Chaos économique et crise politique Après les émeutes de l'université de Tananarive (voir Inprecor numéro 237 du 2 mars 1987) Madagascar a été le théâtre en février et mars de manifestations et de pillages à l'encontre de la communauté indo-pakistanaise, nombreuse dans le com -merce. Pris comme bouc émissaire de la crise économique qui sévit dans le pays, ces "Karanas" pouvaient en effet sym -boliser, pour une partie de la population malgache, la corruption et la spéculation qui depuis des années détruit ce pays à petit feu. Mais d'importantes suspicions pèsent sur le pouvoir qui aurait très bien pu en coulisse favoriser ces attaques contre les "étrangers" et autres "saboteurs de la révolution malgache" Le Président Ratsikara avait déclaré : "Je suis contre tous ceux qui n'obéissent pas aux lois et règlements du pays et qui ont fauté, mais à l'égard des Indiens, Pakistanais ou des Chinois". La formule est suffisament ambiguë pour indiquer tout de même que les lois ne sont pas res -pectées par certains de ces "étrangers"
Cela ne peut que prêter à rire quand on sait combien l'ensemble du pouvoir est miné par la corruption et comment chaque clique qui compose le Front national au clientélisme et de prébendes.
Tous les partis qui se partagent le pouvoir se réclament de la "révolution na -tionale et démocratique" (RND). Ratsikara qui contrôle le principal parti, l"Avant-garde de la révolution malgache" (AREMA) ose encore évoquer la lutte pour le socialisme alors que depuis 1975, date de son arrivée au pouvoir, il s'est appliqué à maintenir l'équilibre précaire du Front national en distribuant simplement les parts du gâteau. Pour le régime malgache la "RND" s'est réduite à une politique de nationalisations et à des relations de coopération avec les pays socialistes.
Mais cela n'a jamais constitué une politique en soi pour libérer un pays de l'emprise étrangère et pour donner la démocratie aux masses. C'est d'ailleurs précisément le contraire qui s'est passé.
Cela n'empêche pas tous les zélateurs du régime malgache de faire encore sem -
blant d'y croire. La fraction pro-soviétique qui est intégrée à l'un des partis au pouvoir, l'AKFM, continue de jouer le jeu. Dans une interview récente
"La nouvelle , Gisèle Rabesahala, ministre de la Culture et dirigeante explique que "les changements survenus après 1975 et l'option fon damentale qui a été adoptée par le peuple pour aller vers le socialisme, l'option que le Président et le gouvernement s'efforcent, en général, de faire passer dans les faits correspondent aux intérêts de la classe ouvrière et des travailleurs de Madagascar".
schéma toute protestation populaire, toute crise économique ou toute difficulté est l'œuvre soit de saboteurs in - soit de manœuvres Rappeler que l'impérialisme porte une écra -sante responsabilité dans la dépendance de Madagascar n'absout en rien le régime actuel. Au contraire, ces gens-là sont dans le même camp que l'impérialisme face aux besoins des travailleurs et des malgaches qui n'en peuvent mais. Alors que sévit une très grave sécheresse dans le sud du pays où la population n'a d'autre possibilité que de survivre en achetant au alors que dans la capitale même, des voix s'élèvent maintenant pour dénoncer l'exis -pauvres sans logis, Ratsiraka interrogé sur l'ampleur de la disette répond à une radio française : "Très franchement, j'avoue mon incompétence à compter les morts ; je ne peux le faire qu'avec un certificat de
Voilà un bien triste anniversaire de l'insurrection malgache de 1947 qui fit des dizaines de milliers de morts dans le camp nationaliste face aux troupes françaises. Ceux qui combattaient à l'époque pour l'émancipation de leur pays n'avaient cer -tainement pas comme espoir le lisme" de l'Amiral Ratsiraka.