Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Défendre le COSATU !

Inprecor n° 242, 11 mai 1987 · p. 3 · 1 039 mots

Afrique australe Syndicalisme

Le 29 avril le siège du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) à Johannesburg a été encerclé par des policiers armés ensuite pris d'assaut le bâtiment, chassant métho -syndicalistes qui s'y trouvaient. Ainsi le régime de Pretoria s'est engagé dans une confrontation ouverte avec la principale centrale syndicale du pays. Ceci à la veille de de taille : le ler mai qui a été l'occasion en 1986 d'une grève, la plus massive de l'histoire du pays, et les élections législatives "blanches" du 6 mai, pour venait d'appeler à deux jours de "protestations pacifiques".

Cette attaque contre le COSATU intervient après une série d'incidents graves. Nous assistons en effet depuis plusieurs jours à une escalade de la répression contre le mouvement syndical indépendant qui au cours des dernières années a constitué l'un des maillons forts du mouvement populaire. Le 22 avril à proximité de Doornfontein, près de Johannesburg, la police sud-africaine a tué 6 hommes noirs. Ce n'aurait été qu'un triste fait divers dans cette Afrique du Sud réactionnaire et raciste s'il ne s'était agi cette fois-ci de six ouvriers des chemins de fer en grève. Le 22 avril toujours, la police entrait dans le local national du COSATU à Johannesburg et s'y livrait à d'importantes dégradations. Elle venait y chercher des grévistes blessés à Doornfontein.

Moses Mayekiso, dirigeant du syndicat de la métallurgie (MAWU) et d'une organisation communautaire sur son township, Alexandra, emprisonné depuis des mois, avec quatre autres de ses camarades, vient d'être accusé de haute trahison pour avoir dirigé des comités de quartier. Il risque de ce fait une très lourde

Alors que l'état d'urgence sévit depuis juin 1986 et que le mouvement populaire, en général, a déjà été durement frappé, les attaques contre le COSATU constituent un nouvel objectif pour

Le mouvement ouvrier international doit se mettre en alerte pour la défense du COSATU et de tous les syndicats indépendants d'Afrique du Sud. La répression contre le COSATU, si elle se poursuivait, ne viendrait pas simplement s'ajouter aux autres formes de répression contre l'ANC, l'UDF, la National Forum etc. Elle représenterait un pallier supplémentaire franchi par le régime contre le mouvement de masse.

Le mouvement syndical sud-africain et en premier lieu de COSATU, représentent le plus haut niveau d'unité combativité atteint dans ce pays. Pratiquement tous les courants politico-syndicaux s'y retrouvent et débattent de l'avenir de leur lutte. Le congrès du COSATU, prévu pour juillet, pourrait d'ailleurs constituer une étape importante dans l'affirmation de ce syndicalisme de classe. Dans le cadre d'une campagne nationale pour un salaire minimum garanti le COSATU vient de confirmer le radicalisme de son combat. Dans son journal du mois de mars, il est proclamé que les travailleurs peuvent diriger la société, que les patrons ne doivent plus faire la loi dans les entreprises, qu'il faut ouvrir leurs livres de comptes et que la lutte anti-apartheid est combinée à une lutte pour le socialisme.

D'autre part le COSATU a accentué sa collaboration avec les organisations communautaires, notamment avec des composan -tes du Front démocratique uni (UDF). Il a confirmé son choix d'aider et de collaborer avec ce qu'il y a de plus militant et de plus radical au sein des communautés, à savoir les mouvements de jeunes. La création récente du Congrés de la jeunesse sud-africaine (SAYCO) qui unifie les mouvements jeunes qui se réclament de l'UDF a d'ailleurs été marquée par un certain nombre de contacts avec le COSATU.

Tout cela le régime de P. Botha ne peut le supporter. Il ne peut laisser indéfiniment se renforcer et se radicaliser un mouvement ouvrier qui s'affirme peu à peu comme la structure essentielle du mouvement populaire. Alors que les associations communautaires mouvement syndical, lui, a réussi grâce à son implantation dans les entreprises à croître, à impulser un nombre spectaculaire de grèves et à radicaliser le niveau de conscience des secteurs qu'il influence. The Observer de Londres notait le 26 avril qu'un "changement est intervenu dans la lutte de résistance des Noirs. Celle-ci s'est déplacée du terrain des organisations politiques et communautaires, lesquelles ont été sérieusement désorganisées par l'action des forces de l'ordre sous l'état d'urgence, vers celui du mouvement syndical, qui a traversé intact l'état d'urgence, voyant même ses forces s'accroître".

Or, précisément, ce mouvement vient lui-même de franchir un pas supplémentaire dans son combat. La grève des cheminots noirs est la première de cette ampleur dans un secteur public aussi vital. Elle s'ajoute à une grève dans les postes qui dure maintenant depuis 30 jours. L'Etat ne peut accepter pareille audace. Il est d'ailleurs confronté à un autre problème : celui du mécontentement des travailleurs blancs des services publics qui ne sont pas d'accord pour continuer à remplacer sur le tas les grévistes noirs à des tâches jugées comme subalternes et dégradantes pour leur race. Ces grèves dans les chemins de fer et dans les postes constituent donc un défi sans précédent. Elles ne font que confirmer l'arrogance ouvrière après la grande grève des employés des magasins OK Bazaar qui a connu un très large soutien de la population et de divers autres secteurs syndicaux.

Face à de tels enjeux il est urgent que se multiplient les initiatives de soutien aux syndicats sud-africains, au COSATU et à tous les syndicats de branche. Le COSATU est un acquis pour toutes les composantes du mouvement populaire ; toute menace contre ce syndicat est donc une menace contre l'ensemble du

Il est tout à fait important que les organisations ouvrières dans le monde puisse informer de ce qui se passe en Afrique du Sud. Il faut que les délégations syndicales se rendent dans ce pays et puissent ainsi rendre compte en toute légitimité de ce qu'est le mouvement ouvrier et populaire dans ce pays. Il faut aider financièrement les syndicats qui luttent et qui sont réprimés. Il faut que les syndicalistes sud-africains qui déplacent à l'étranger pour faire connaître leurs luttes puissent bénéficier d'une audience maximum et d'un soutien militant actif.

doit motiver, sans autre délais, un soutien international large et militant aux syndicats indépendants sudPOUR L'ENVOI DES MESSAGES DE SOUTIEN COSATU Soutien à Mayekiso Po Box 1019. Johannesburg 2000 6th. FloorAngus Mansions AFRIQUE DU SUD 268 Jeppe Street

Johannesburg 2001 AFRIQUE DU SUD (Tél : 011-4022210)

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