L'ouverture de l'inscription sur les listes électorales en février et la promulgation de la loi sur les partis politiques en mars dernier (voir encadré) sont deux étapes importantes pour la dictature sur la voie qui devrait mener au plébiscite de 1989.
Rappelons que selon la constitution de 1980 qui fut le premier jalon vers la "démocratie" version Pinochet, un seul candidat - civil ou militaire - choisi par la junte militaire au pouvoir pourra être présenté.
Pour sa part, la Démocratie chrétienne, malgré ses protestations réitérées contre ces lois et le lancement d'une campagne en faveur d'élections libres à laquelle s'est associé le MDP, a finalement accepté de jouer le jeu dont les règles sont fixées par la dictature.
Elle va se faire enregistrer comme parti et appelle ses militants à s'inscrire sur les listes électorales. Cette politique ne va pas sans remous en son sein. Son aile syndicale, par la voix de Ricardo
Hormazabal responsable du syndicat des banques s'est opposé à l'enregistrement, se déclarant favorable à l'alliance avec la gauche.
Rofolfo Seguel, président du Commandement national des travailleurs
(CNT) (organisation syndicale unitaire) l'une des figures les plus populaires de la DC, déclarait amèrement après l'échec de la mobilisation du 25 mars convoqué par le CNT et le peu d'empressement des partis d'opposition à se rallier aux manifestations : "la seule chose qui intéresse aujourd'hui les politiciens, c'est le siège qu'ils pourront obtenir au Parlement avec ou sans
Pinochet comme président" (Latin américan W.R. 9 avril 1987).
Quant aux partis socialistes Nuñez et Briona (du nom de leurs dirigeants respectifs), qui sont d'ailleurs en passe de fusionner, ils viennent d'emboîter le pas à la DC. D'ailleurs le Général Mathei, membre de la Junte pour l'armée de l'air, sans doute l'un des militaires les plus courtisés par l'opposition bourgeoise, s'est prononcé pour
Orlando SERRA
Quand, en juin 1985, Pinochet lève l'état de siège (1) promulgué après la grève générale du 30 octobre 1984, il se trouve dans un état de faiblesse absolue.
Toute série de scandales une éclaboussent le régime. Le plus important l'affaire des trois dirigeants concerne communistes retrouvés égorgés en mars
1985 et l'action en justice menée contre les carabiniers. Les responsables de la police sont sur la sellette ; le chef du corps des carabiniers César Mendoza est obligé de démissionner en août 1985.
L'unité des forces armées, pilier du régime, loin de se ressouder à la faveur de l'état de siège est de plus en plus mal en point. Les déclarations de membres du haut commandement des trois armes autres que l'armée de terre - l'aviation, la marine et les carabiniers- prenant une certaine distance vis-à-vis de Pinochet se multiplient. Il est de notoriété publique qu'ils rencontrent régulièrement l'opposition bourgeoise. Celle-ci passe à l'offensive en
"l'Accord signant national pour une démocratie totale", accord qui regroupe 11
Pinochet leur légalisation disant que "le 17 janvier 1987). électoraux. en tout cas pour l'instant. affaire de conjoncture. politique au Chili. partis politiques de centre-droite et de droite, la colonne vertébrale en étant la surtout, la mobilisation des masses est intacte comme le montrent tous les mouvements qui se succèdent de juillet à novembre, culminant avec la grande "protesta" des 4/5 novembre 1985. La situation est on ne peut plus favorable pour envisager l'attaque frontale contre la
Tout repose alors sur propositions que vont faire les directions du mouvement de masse.
REPOUSSER L'ECHEANCE
Or, l'opposition bourgeoise regroupée au sein de l'Alliance démocratique où la DC est hégémonique et la gauche, opportuniste vis-à-vis de la DC, vont se dérober et repousser de façon permanente cette perspective d'attaque frontale contre Pinochet. C'est la situation qui prévaut à partir de septembre 1985.
Le CNT refuse de mettre à l'ordre du jour la perspective d'une grève générale contre le régime, grève générale qui ne sera convoquée que les 2 et 3 juillet 1986. Et quand les étudiants se mettent en grève socialisme n'est pas anticonstitutionnel" en se hâtant d'ajouter que "les partis marxistes ou léninistes sont eux clairement prohibés par la Constitution" (El Païs
La gauche regroupée dans le MDP, a clairement rejeté ces deux lois et appelé ses militants à ne pas s'inscrire sur les registres
En franchissant une nouvelle étape vers 1989, Pinochet a agi fort intelligemment. Il réussi à diviser profondément, voire durablement, l'opposition entre ceux qui seront légalisés et ceux qui ne le seront pas, entre ceux qui participeront au plébiscite et ceux qui le refusent,
De plus, malgré leurs déclarations indignées et véhémentes, l'opposition bourgeoise et ses alliés tel le PS Nuñez sont bel et bien passés sous les fourches caudines de Pinochet et viennent d'entériner de fait la Constiution de 1980 qu'ils rejettaient en parole.
Quant au MDP, tout du moins sa composante socialiste et communiste, la question est de savoir s'il va maintenir sa fermeté actuelle. Pour l'instant, il y a tout intérêt. Cela lui permet de peser sur les contradictions au sein de la DC et lui permet d'apparaître comme la seule expression politique des intérêts des secteurs populaires face à la capitulation de la DC. Mais les concessions politiques de ces derniers mois (Cf. Inprecor numéro 225 du 8 septembre 1986)
indiquent clairement que sa détermination actuelle pourrait n'être qu
Ecrit par un membre du groupe Pour le socialisme dont les militants se réclament du marxisme-révolutionnaire, l'article ci- dessous fait le point des principaux problèmes de la situation en avril 1986, ils sont absolument isolés et vont subir une grave défaite. Autrement dit, entre cette période la plus favorable et la convocation effective de la grève, il se passe une année durant laquelle Pinochet
Ce qui était impensable à la fin de
1985, se met en place à partir de marsavril 1986. La répression massive, inima - ginable au moment de la levée de l'état de siège, refait son apparition. Une quaran -
"poblaciones"
perquisitionnées de façon terroriste par l'armée en avril-mai. 15 000 sont arrêtées, soit près de 20% des habi - tants des poblaciones ! L'armée intervient de façon systématique contre les manifes - tations de rue, ce qui ne s'était pas produit les attaques l'Eglise, et notamment contre le Vicariat de la solidarité qui organise la défense des prisonniers politiques, les dénonciations des violations des droits de l'homme, se
1) La levée de l'Etat de siège ne signifie pas loin s'en faut, le retour à la vie normale mais celui à l'état d'urgence en vigueur au Chili depuis septembre 1973.
Pinochet intensifie sa pression contre tous les secteurs.
Les 2 et 3 juillet, quand la grève générale est enfin appelée, elle a lieu trop tard, au moment où, au sein du mouvement masse, la confiance dans la mobilisation a commencé à décroître, ce qui explique que la grève générale est un demi-échec, demi-succès. La mobilisation est importante, mais pas à la mesure de ce qu'on pouvait attendre d'une grève générale de 48 heures. C'est un succès la première journée et pratiquement un échec la deuxième et, surtout, aucune prespective n'est proposée.
Tout au long des six premiers mois de 1986, la mobilisation s'est usée faute de perspectives politiques.
Sur la base de cette usure, l'opposition bourgeoise, c'est à dire en premier lieu la DC, prend l'initiative de rompre l'unité de l'ensemble de l'opposition qui s'était faite autour de la création de l'Assemblée civile en avril 1986. Cette rupture, faite sous un prétexte dérisoire (une déclaration d'un dirigeant communiste au journal chilien El Mercurio, où il faisait une allusion à un de l'AC) entraîne l'Assemblée civile qui n'est plus instance unitaire et d'autre part, une paralysie du mouvement de masse, un accroissement du désarroi que l'on sentait après la grève de juillet. Ce faisant, la DC cherche clairement à lever tout obstacle au dialogue avec les forces armées qui font de la rupture avec les communistes une des conditions à un quelconque pacte avec l'opposition bourgeoise. Sa tentative de faire revivre l'Accord national - en piètre
Men l'élargissant encore à droite, même si elle se soldera par un échec, va dans le même sens. De juillet à septem -bre 1986, les mobilisations prennent un cours nettement descendant et la journée du 4 septembre est clairement un échec. Si l'appréciation de la grève générale de juillet pouvait être mitigée, il ne fait pas de doute que le 4 septembre est un échec
Cette journée était appelée par deux instances, d'abord de facon extrêmement formelle par l'Assemblée civile, voulait "une journée pour la démocratie et par le MDP essayant de déborder sur la gauche de façon purement gratuite en appelant à la grève générale alors qu'il n'a pas l'autorité pour le faire. Le CNT peut appeler à la grève générale puisque c'est un organisme unitaire, mais pas le MDP.
facteur de confusion pour les secteurs les plus radicaux du mouvement de masse, les poblaciones, l'opportunisme grandissant de la gauche vis-à-vis de la
Le Parti démocrate-chrétien est un parti bourgeois avec des caratéristiques populistes ; il a une base sociale dans les secteurs populaires notamment dans les milieux syndicaux. Pour ce qui est du rapport de forces existant entre la DC et la gauche au sein du mouvement de masse, il faut regarder les trois "secteurs" de ce mouvement. Au niveau étudiant, il y a
toujours une très légère prédominance de la DC qui s'est traduite dans les élections au sein de la Fédération des étudiants chiliens (FECh) en novembre 1986 (2). Dans les poblaciones, la gauche, et ses secteurs les plus radicaux, prédominent nettement. Au niveau syndical, il y a équilibre, bien que cet équilibre ne se tra -duise pas par des rapports de forces très clairs dans les directions, ce qui s'explique par les conditions dans lesquelles ont lieu les élections syndicales. Mais un fait significatif s'est produit en 1986 : dans le grand centre minier de Chuquicamata, l'une des principales mines de cuivre du Chili, la DC qui depuis des années avait la direction du syndicat, a dû laisser la place à la
L'OPPORTUNISME VIS-A-VIS DE LA
DEMOCRATIE-CHRETIENNE
L'opportunisme de la gauche vis-à-vis de la DC s'est concrétisée de façon exem -plaire sur la question de l'Assemblée civile. L'AC se constitue sur une idée juste : la nécessité de la concertation de toutes les forces d'opposition au régime et de l'unité dans la mobilisation. Mais, dès le départ, les cartes sont biaisées au profit de la DC, car l'AC est créée sur la base d'une organisation - une voix. Il y a donc sur-représentation de la petite-bourgeoisie organisée au Chili par le biais des collè - professionnels, d'avocats, de médecins, de commerçants etc., par rapport au mouvement ouvrier. Ce dernier est représenté dans l'AC par le CNT et le CNT a une voix au même titre l'association des camionneurs ou celle des journalistes. Dans cette
Assemblée, les secteurs les plus combatifs se retrouvent donc absolument noyés et, du point de vue politique, cela implique automatiquement que l'Assemblée se trou -ve de facto dirigée par la Démocratie-chrétienne. Cette dernière est sur-représentée politiquement par rapport à son poids réel dans le mouvement de masse. La DC représente un secteur des masses, c'est un fait indéniable, mais la politique de la gauche consistant à accepter le fonctionnement de l'AC tel que la DC l'a imposé impliquait abandonner la direction du mouvement de l'opposition bourgeoise
Une autre illustration de cet opportunisme de la gauche par rapport à la DC, concerne la proposition faite par le MDP grève générale de juillet, qui est une révision de son programme de fondation en 1983, et non des moindres puisqu'elle consiste à envisager favorablement la possibilité d'un gouvernement "d'urgence " présidé par une "personnalité
2) En 1985, la DC obtenait 33,2% lors des élections à la FECh contre 33% pour le MDP. En 1986, la DC avec un petit plus de 40% devance encore très légèrement - de quelques dizièmes - le MDP. La progression des deux s'est faite aux dépens de la droite classique, qu'elle soit pinochettiste ou pas.
Les élections à la direction de la Confédération des travailleurs du cuivre (CTC) d'avril 1987, ont confirmé cet important glis -sement à gauche. C'est désormais un socialiste qui assure la présidence du syndicat et, sièges à pourvoir, 7 sont revenus au MDP, 3 à des syndicalistes indépendants et seulement 5 à la DC qui dominait largement le syndicat du cuivre jusqu'à la démission de Rodolfo Seguel en
"Démocratie maintenant" (DR) de consensus " qui pourrait être un militaire. A partir de juin 1986, la gauche fait donc la même distinction que la DC entre les bons et les mauvais militaires, pour essayer de trouver une solution négociée de transition, impliquant le dialogue et glissement programmatique du MDP, cette concession majeure à l'opposition bourgeoise (voir interview de Gabriel Valdès page 7) est grosse d'implications pour le mouvement de masse mais aussi facteur de crise dans le MDP et surtout, sa force principale, le Parti communiste chilien.
DE LA CRISE LARVEE A LA CRISE
L'un des éléments nouveaux de ces derniers mois est sans aucun doute l'apparition d'une crise au sein du PCch qui se manifeste, si l'on veut résumer sièrement, par une opposition entre d'une part les secteurs traditionnels du parti, opposés sinon à la lutte armée du moins à toute possibilité insurrectionnelle et, d'autre part, ceux qui ont "pris au sérieux" pourrions nous dire, ce qui avait été le virage tactique du PC au début des années quatre-vingt qui devait se traduire par la naissance du Front patriotique Manuel Rodriguez (FPMR) en décembre 1983. II serait faux de croire que pour le moment il existe deux lignes bien définies au sein du PC, il s'agit plutôt deux sensibilités qui, à terme sont facteurs de crise grave. De ce point de vue, l'attentat contre Pinochet, le 7 septembre 1986 n'est sans doute pas l'élément le plus important, même s'il fut le plus spectaculaire. Plus significative sans doute est l'affaire "des arsenaux".
Rappelons brièvement les faits. Après services de renseignements de l'armée font une découverte on ne peut plus "opportune" : des arsenaux d'armes considérables dans le nord du Chili, plus de 50 tonnes de matériel, pour une valeur de 10 millions de dollars, plus de 2 000 fusils, des centaines de bazookas, des explosifs, des munitions etc.
D'après la CIA, il s'agit là de l'arsenal
DEr le plus important découvert en Amérique latine depuis les mouvements armés des années soixante. Sur le moment, tout le monde, y compris les secteurs de l'opposition bourgeoise, pense que l'affaire est un coup monté de bout en bout par l'armée elle-même avec l'aide des Américains. Le général en retraite, Gustavo Leigh, chef de l'aviation au moment du putsch de 1973, met publiquement en doute les assertions des services de sécurité.
Or le plus étonnant, c'est que le FPMR va revendiquer, plusieurs mois après, (en novembre 1986) la paternité de ces arsenaux, en donner la preuve et préciser que le Front à une école de guérilla dans
Comment interpréter cet événement ? Jusqu'à l'an dernier, le FPMR était une organisation qui accompagnait les mobi -
Use livrant à bombes parfois spectaculaires - voire des attentats contre des officiers. De même, il est à peu près sûr qu'il mène un travail clandestin en direction des soldats et des sous-officiers de l'armée, travail qui s'est traduit notamment par la désertion de soldats et d'un jeune officier vers les rangs du FPMR, qui fut revendiquée pu bli -quement par les intéressés. D'autre part, le FPMR se fixe comme but la formation de poblaciones. Evidemment, dans ce cadre la présence de ces milliers d'armes individuelles prend une toute autre dimension.
Un discours politique clair n'accomsouligner les discordances apparues sur la place publique dans les déclarations faites par différents dirigeants du PC, surtout contre Pinochet. (voir page 8 ). La crise est ouverte au sein du PC entre l'aile "traditionaliste" qui prône dialogue avec les forces armées et transidemeurent sur la ligne de populaire" qui donna naissance au FPMR voilà plus de trois ans. Il est impossible de dire aujourd'hui quels peuvent être les développements de cette crise, même si son apparition est indubitablement un des éléments les plus importants de 1986.
UN "BUNKER" RETRECI
Après l'attentat, Pinochet promulgue l'état de siège qui ne sera levé qu'au mois de janvier 1987, mais malgré centaines d'arrestations, les perquisitions dans les poblaciones et les assassinats en tous genres, il est incapable de traduire en terme d'initiative politique ce nouveau rapport de force qui semble favorable à la dictature. Au contraire, l'initiative politique est dans le camp de l'opposition bourgeoise et des secteurs de l'armée partisans de l'ouverture. Trois membres de la junte, les représentants de la marine (Merino), de l'aviation (Matthei) et des carabiniers (Stange) ont des contacts régu -liers avec cette opposition, avec au centre des conversations, même si ce n'est pas un débat public, la possibilité d'une réforme constitutionnelle qui modifierait les mécanismes de la transition prévue pour 1989. Concrètement cela signifie le remplacement du plébiscite par des élections générales directes. Ce manque d'initiative politique de Pinochet traduit une réalité que l'on pourrait dépeindre de la façon suivante : il y a en ce moment au Chili un bunker, Pinochet et son "gang" qui tire sa force du soutien que lui accorde ses fidèles de l'armée de terre (4). Mais si l'on compare ce bunker à l'énorme place forte armée qu'était la dictature il y a encore six ou sept ans, c'est un bunker fort rétréci dans la mesure où les trois autres armes défendent une ligne politique très différente de Pinochet en ce qui concerne la transition à un régime civil. L'armée chilienne entend se parer des vertus du "professionnalisme" face à la conception idéologique de l'armée qui est celle de Pinochet.
Si l'on fait la somme de toutes les forces qui aujourd'hui veulent une solution de transition en 1989, on parvient à un ensemble assez impressionnant. L'ensemble des partis de l'opposition bourgeoise, une bonne partie des forces armées, l'impérialisme américain (5) et très certaine-
4) Même cette fidélité a été ébréchée, notamment par les déclarations du Général Danus, qui s'est fait remarquer par ses protes -tations contre l'assassinat en septembre dernier du journaliste José Carrasco, membre du MIR, directeur de la revue Analisis (Cf. Inprecor numéro 229 du 3 novembre 1986) et sa partici -pation à une messe à la mémoire de Salvador Allende. Le Général Danus a été mis en retraite en décembre dernier.
5) Ces pressions s'opèrent notamment par un discret chantage aux crédits demandé par le Chili aux organismes internationaux, FMI, Banque inter-américaine de développement (BID) ou Banque mondiale. Mais Pinochet ayant mis un point d'honneur à payer la dette rubis sur l'ongle, le Chili a obtenu facilement ses lignes de crédit. Par contre, les investisseurs étrangers boudent le Chili la situation sociale étant fiable : "toute la question est de savoir ce quipeu passera dans la rue", déclarait récemment le chargé d'affaires d'une grande banque américaine (Latin American weekly report 21 mars 1987).
ment les partis de gache qui se rallieraient certainement à une solution de ce type. Mais jusqu'à présent, se dresse un obstacle de taille qui n'est autre que Pinochet lui-même. Que peut-il faire ? Sous la pression d'une partie de la junte, il pourrait prendre lui-même l'initiative de réformer la constitution et d'organiser des élections anticipées pour empêcher une unité de l'opposition bourgeoise débouchant sur la présentation d'un candidat unique à des même ainsi, il est loin d'être certain de remporter ces élections. Autre solution, attendre et manoeuvrer jusqu'en 1989. La constitution de 1980 lui en donne le droit puisque c'est lui seul qui fixe la date du plébiscite. Mais cette attente peut permettre à tout le bloc pour l'ouverture de se structurer et de se mettre éventuellement d'accord sur un candidat unique - civil ou militaire - qui aurait l'aval de la Junte au dépens de Pinochet. Enfin, ultime possi -bilité, faire ce qu'avait fait Marcos aux Philippines au nom de la loi martiale : repousser les élections à une date indéterminée et demeurer à la tête de l'Etat. C'est là le chantage permanent de Pinochet qui manie couramment le "après moi, le chaos" voire pire, le communisme ! Les derniers remaniements opérés au sein du haut état-major de l'armée qui se sont traduits par le retour en force des "idéologues" du Centre national d'information (CNI), nom pudique de la police politique, sont là pour que chacun puisse prendre l'avertissement au sérieux.
Reste une inconnue de taille à toutes ces spéculations : l'état du mouvement de masse.
LA POLITIQUE DES
REVOLUTIONNAIRES
Nous pensons qu'il faut se battre au-
Premièrement, il faut mener la bataille pour la rupture démocratique contre toute politique visant à assumer l'héritage du pinochettisme impliquant une solution "à l'argentine" voire pire, du problèmes des droits de l'homme se résumant à "on oublie tout et on pardonne" et qui signifierait maintenir intact l'appareil répressif ou laisser pour le moins une place institutionnelle importante aux militaires telle qu'elle est prévue dans la constitution de 1980.
Il faut se battre pour la rupture démocratique, qui signifie le renversement de la dictature, l'élection d'une Assemblée constituante traduisant cette rupture démocratique à la fois sur le plan politique et social, contre les accords avec le FMI, contre le paiement de la dette extérieure, en défense de la souveraineté nationale. C'est le premier axe de bataille, essentiel pour maintenir effectivement une politique de gauche aujourd'hui au Chili.
Deuxième axe de bataille, l'organisation du mouvement de masse. L'échec de l'année 1986 a très clairement révélé une faiblesse organique du mouvement de masse, faiblesse qui a permis à l'opposition bourgeoise d'asseoir son hégémonie comme elle a pu le faire au travers de l'Assemblée civile. Il faut aujourd'hui poser les bases de la contre-offensive mouvement populaire, faire un pas avant dans la recomposition organique du mouvement ouvrier et, notamment, poser sans délais le problème de la refondation de la Centrale unique des travailleurs comme le prévoit le dernier accord du CNT, dans deux ans. Il y a urgence à se largement la dimension syndicale, qui soit Centrale ouvrière bolivienne (COB), l'axe autour duquel gravite l'ensemble des forces populaires pour la défense de leurs revendications, pour la rupture démocratique et contre une politique qui impliquerait de fait, la négation absolue de toutes les revendications ouvrières et populaires. S'il y a transition négociée, s'il y a négo -ciations avec les forces armées, ce ne peut être qu'aux dépens de l'ensemble du peuple, aussi bien sur le plan politique que sur le plan social puisqu'une telle issue impliquerait certainement un pacte social empêchant toute reconquête travailleurs alors même que leurs droits ont été systématiquement bafoués au cours de ces treize dernières années.
Orlando SERRA Février 1987.