Inprecor 1974–2004

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DOSSIER CHILI

Grave crise dans le MIR ; Interview de Pascal Andrès Allende

· Inprecor n° 242, 11 mai 1987 · p. 11-13, 13 · 2 149 mots

Argentine et Chili

Le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) chilien, fondé en 1965, connaît

Le bilan de l'activité passée, les perspectives tactiques et stratégiques, le modèle de

Par la place qu'occupe le MIR dans le mouvement ouvrier chilien et dans le mouvement révolutionnaire latino-américain, ce débat est important et concerne tous les révolutionnaires,

Cette crise est publique au Chili. Les débats qui traversent le MIR sont des questions

INPRECOR présente aujourd'hui les différentes positions en présence. Nous publions ci- dessous une interview d'Andrès Pascal Allende, secrétaire général du MIR depuis la mort de

Miguel Enriquez en 1974, interview réalisée par la revue chilienne APSI. D'autre part,

INPRECOR a rencontré Jorge Flores, représentant du MIR en Europe, opposé à l'orientation

DOSSIER CHILI actuellement une crise très grave. construction du parti, sont au centre des divergences. au-delà même de ce continent. essentielles discutées dans toute la gauche chilienne. Nous y reviendrons. défendue ici par Pascal Andrès Allende.

- APSI : On parle beaucoup de deux logiques dans les formes que prend aujourd'hui l'opposition au régime, la logique politique et la logique militaire. Pourriez-vous m'expliquer comment les deux coexistent ?

- Andrès Pascal ALLENDE : Nous ne pensons pas qu'il existe deux logiques. C'est une abstraction.

- Je fais référence à la chose suivante : l'ensemble des forces d'opposition, à travers les organisations sociales, se sont mises d'accord sur des méthodes pacifiques pour parvenir à une situation d'ingouvernabilité. Le MIR, par le biais de quelques organisations, participe à l'Assemblée civile. Alors qu'en-est-il exactement ?

- La réponse me semble évidente. Nous sommes avec l'Assemblée civile et nous sommes pour impulser une mobilisation offensive, pour développer une mobilisation constante, nous sommes pour les protestas et pour les grèves.

- Mais en même temps, vous parler d'armer le peuple ?

- Nous pensons quant à nous qu'il est non seulement légitime que le peuple se rebelle et utilise toutes les formes de luttes, mais que c'est absolument nécessaire pour avancer vers l'objectif que nous nous fixons, en finir avec la dictature. De plus, nous pensons qu'il est indispensable d'organiser militairement le peuple, pour la construction d'une démocratie réelle au Chili, comme pour organiser les futures forces armées démocratiques et populaires.

- Mais c'est Pinochet qui a appliqué la logique de la guerre ? Etes-vous pour entrer dans ce scénario de lutte frontale ?

pense que seulement Pinochet, mais aussi les forces armées,

Grave crise dans le MIR

l'impérialisme américain, le grand patronat, les secteurs de droite, ont déclaré la guerre à notre peuple. Nous n'avons déclaré la guerre à personne. Il suffit de voir dans ces derniers jours, pendant la grève, comment ils ont encore occupé militairement le pays. Aussi, je crois que le peuple a le droit légitime et la nécessité de se défendre contre cette répression.

- Mais êtes-vous en train d'armer le peuple dans un seul but d'autodéfense ou pour préparer un affrontement?

- De fait, nous impulsons activement le développement de l'autodéfense armée et la formation des milices de "La résistance populaire Salvador Allende" qui s'organisent parmi la jeunesse, dans les poblaciones, dans les usines. A ces milices revient de participer aux mesures défensives dans les protestas et les comme à l'agitation armée contre les forces répressives. D'autre part, le MIR forme des groupes de combat qui ont une meilleure préparation militaire un meilleur armement et qui réalisent des actions offensives, avec l'objectif évident déstabiliser la dictature, actions que tout le monde connaît qui ont un caractère de guérilla.

- En parlant de ces actions, vous aviez signalé l'an dernier, dans une interview à El Mercurio, que toutes les actions directes de sabotages, de poses de bombes, d'attentats etc. étaient attribuables pour 50% au FPMR et pour 50% au MIR. Et vous n'avez même pas reconnu 1% de ces actions à d'autres secteurs qui ne sont pas précisément dans l'opposition mais qui ont également commis des attentats ou des sabotages.

- Il est possible que les choses aient été comprises ainsi. Toutefois il faut expliquer que si dans l'interview en question mes paroles ne furent pas modifiées, par contre l'ordre des questions le fut. Si

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bien qu'il reste aujourd'hui cette image que toutes les actions militaires étaient de notre fait ou du FPMR. Mais, un peu plus loin dans cette même interview, il est clairement montré que opposons aux actions terroristes. Ici, le seul qui fasse usage du terrorisme, c'est le torture, des assassinats et des auto-attentats.

- Est-ce que cela signifie que vous êtes pour les actions de "justice" ?

- Mais au Chili, il n'y a pas de justice et donc nous continuerons de réaliser des actions contre les groupes répressifs. De fait, nous avons agi contre les forces spéciales des carabiniers. également opéré des actions Manuel Contreras (1) . Elles ont échoué. Ce "monsieur" a beaucoup de chance, c'est le diable qui doit l'aider. Maintenant je tiens beaucoup à ce qu'il soit très clair que armées sont uniquement dirigées contre les forces répressives qui assassinent le peuple. En plus des actions armées, nous également des sabotages et des coupures d'électricité entre autres, mais nous veillons toujours soigneusement à ce que nos actions ne touchent pas des innocents et les gens du peuple dont dont nous faisons partie.

- Pardon, mais en faisant toutes ces actions, vous entraînez une répression plus forte contre le peuple, un plus grand nombre de morts et une radicalisation accentuée du pays.

- Ecoutez, dans les premières années de la dictature, quand il y eut des milliers d'assassinats, des actions de ce type n'existaient pas. Et pourtant la répression a continué, chaque jour plus forte, durant toutes ces années. On continue de tuer au grand jour. Il suffit de voir le cas de ceux qu'on vient de brûler. (2)

- Mais que pensez-vous résoudre avec ce type d'actions armées ?

- Eh bien par exemple, dans le cas de Carol Urzua (3), nous voulions porter un coup aux services de renseignements. Bien entendu cette action a été fortement critiquée, parce que c'était juste au moment où les courants qui veulent négocier dans l'opposition était à la recherche d'un dialogue avec le gouvernement. Dans cette perspective, l'action Carol Urzua a été critiquée par certains secteurs politiques, mais pas par les secteurs populaires. En conséquence, nous croyons qu'asséner des coups à la dictature est facteur de mobilisation, de renforcement et d'impulsion de la rebellion anti-dictatoriale.

- Mais ne pensez-vous pas que le MIR, qui existe en tant que force, mais qui est minoritaire, en réalisant ces actions laisse sans conduite la majorité de l'opposition qui n'est pas pour la guerre ?

- La question que vous me posez suppose que le MIR conçoit la lutte contre la dictature comme une lutte entre deux appareils armés : celui de la résistance, d'un côté et celui du régime de l'autre. Nous avons une stratégie militaire. Nous impulsons activement la participation populaire dans la mobilisation sociale, dans l'autodéfense comme dans la lutte militaire. Sur ce terrain, naturellement, on n'est pas encore parvenu à un développement de l'affrontement armé à la dictature. En conséquence, nous ne pouvons pas dire qu'il existe une armée populaire face à l'armée dictatoriale. Nous avons des militants du peuple qui participent à la lutte armée. Ce n'est pas la majorité mais ce n'est pas un problème, car dans aucun processus révolutionnaire, comme le démontre l'histoire, ce n'est physiquement les armes. Mais bien sûr, la majorité de ce peuple appuie l'articulation formes de lutte. Notre politique ne consiste pas à faire une guerre

"cow-boys" entre la CNI et le MIR. Nous posons le problème de l'affrontement armé contre la dictature comme faisant partie d'un processus qui impulse la rebellion populaire, qui impulse l'organisation sociale et politique et l'organisation des milices de masse. En conséquence, je le redis, nous pensons qu'il y a pas contradiction entre les différentes formes de lutte. Il s'agit de profiter du moment pour articuler toutes les formes de lutte. Nous avons un profond respect pour l'Assemblée civile et pour l'action que développent tous les partis politliques.

- Pourtant, des secteurs très importants du pays et de l'opposition maintiennent fermement que cette contradiction existe.

- Bien évidemment il y a contradiction pour ceux qui veulent négocier avec les forces armées. Il y a contradiction pour ceux qui veulent négocier avec le gouvernement et parvenir à un accord de transi-

Run régime de démocratie restreinte. Pour eux il y a contradiction : pour ceux qui acceptent que les forces armées continuent de jouer un rôle clé dans le futur de ce pays. Aujourd'hui, les grandes majorités nationales (et je ne fais seulement référence populaire mais aussi à de larges couches intermédiaires) exigent un changement démocratique profond dans notre pays. D'autre part, le régime de Pinochet est isolé socialement et politiquement, il lui reste que la force militaire, l'avait pas il ne durerait plus très longtemps. Maintenant, on ne peut estimer le rapport des forces en fonction du seul faut également prendre compte les forces qui sont pour pérenniser l'ordre économique et social actuel et les changement démocratique et populaire. C'est la véritable polarisation qui s'accentue dans notre pays. Dans cette optique, je pense qu'il y a des forces puissantes qui s'opposent à un profond changement politique et social, si bien que notre lutte n'a pas pour seul but d'en finir avec Pinochet. Nous voulons de profondes transformations démocratiques, économiques et sociales. Le rapport des forces doit donc aussi s'estimer en fonction de la volonté de réaliser ce changement.

- Voyez-vous la fin du régime par une défaite militaire ou par une négociation avec les forces armées ? En un mot, à la nicaraguayenne ou à l'argentine ?

- Ce sera forcément "à la chilienne" parce que chaque pays a sa propre réalité. Nous pensons que la fin du régime se fera au travers du développement d'un affrontement social, politique et militaire. Cela ne signifie pas une guerre entre deux armées. Il s'agit d'en finir avec un certain état de choses à travers l'ingouvernabilité produite par la lutte sociale, par la lutte politique et par la lutte militaire. régime sera remplacé par un autre et là, les alternatives sont différentes. Nous pensons qu'il faut un gouvernement large, national et populaire. Maintenant, le problème c'est que nous sommes face à une tentative de concertation de forces différentes parmi lesquelles les forces armées, l'impérialisme, patronat, secteurs de droite et même des courants de l'opposition bourgeoise, qui veulent un accord impliquant la fin du régime actuel en 1989 et son remplacement par un nouveau gouvernement civil ou militaire qui, en définitive, mettrait sur pieds une démocratie restreinte. Si cela venait à se produire, nous ne pensons pas que la crise sociale, économique, politique et morale de ce pays serait résolue.

- Donc vous pensez qu'aussitôt après ce gouvernement, il faut installer une démocratie profonde et populaire.

- C'est ce que nous voulons ; en finir avec ce régime et conquérir ainsi une démocratie profonde.

- Pourriez-vous me dire quelles sont les caractéristiques de cette démocratie que vous proposez ?

- Il faut remplacer la dictature par un gouvernement d'urgence, constitué de toutes les forces démocratiques conséquentes et qui se base sur le pouvoir populaire, c'est-à-dire un gouvernement de caractère démocratique et populaire qui répondrait aux aspirations du Chili : abrogation de la constitution dictatoriale assemblée constituante

1) Manuel Contreras, chef de la DINA, compromis dans l'assassinat aux Etats-Unis en 1976, de l'ancien ministre de l'UP, Orlando

2) Durant la grève de juillet 1986, deux jeunes gens furent arrosés d'essence et brûlés vifs par les carabiners.

3) Carol Urzua, un des responsables des services de renseignements chiliens. Abattu par le MIR en septembre 1983.

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démocratiquement élue où notre peuple décide souverainement le futur institutionnel du pays ; élimination de tous les appareils répressifs ; réfonte démocratique forces armées; faire passer en jugement tous les responsables de la dictature ; suspension de tous les juges compromis avec la dictature afin d'entreprendre une profonde restructuration du système judiciaire ; en finir avec tous les groupes monopolistes qui contrôlent l'économie du pays ; rétablissement des libertés politiques et sociales sans aucune restriction. Maintenant si ce changement porte au pouvoir un autre gouvernement bourgeois qui ne donne pas satisfaction revendications populaires, qui maintient les forces armées intactes même s'il les fait rentrer dans leurs casernes, nous continuerons à lutter pour un gouvernement démocratique et populaire. Si un gouvernement de ce type ne voit pas le jour, la rebellion va s'accentuer et nous serons avec les masses, avec toutes les

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formes de luttes nécessaires, pour atteindre l'objectif d'un authentique gouvernement démocratique et populaire tel que je l'ai autre, favorables à la négociation avec les militaires. Y-êtes-vous disposés ?

- Nous n'allons pas négocier, nous allons lutter.

- Vous allez rester totalement isolés ?

- Non, nous ne serons pas seuls parce que nous sommes insérés dans le mouvement populaire qui est la majorité de ce

Propos recueillis par APSI ; Santiago du Chili, août 1986

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