Inprecor 1974–2004

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ETAT ESPAGNOL

L'état de grâce est fini pour Felipe Gonzalez

· Inprecor n° 243, 25 mai 1987 · p. 3-4, 6, 6-8 · 4 485 mots

État espagnol Syndicalisme

la crise. Sur ce terrain également, il sé. Les élections qui devaient permettre le

ETAT-ESPAGNOL

Le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez se trouve confronté à une vague de mobilisations sociales sans précédent depuis sa venue au pouvoir en 1982. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) qui s'était fait un point d'honneur à ne céder sur aucune revendication ouvrière doit faire face à une succession de grèves qui touchent à peu près tous les secteurs, public et privé.

Deux questions sont au centre des mouvements sociaux de ces deux derniers mois. D'une part les négociations salariales, d'autre part la lutte contre les licenciements entraînés par la reconversion industrielle. La bataille contre ces licenciements est à l'origine de conflits très durs où les affrontements avec la police sont quasiquotidiens comme dans les chantiers navals de Puerto-Real en Andalousie, dans les mines du Léon, à Hunosa dans les Asturies, à Reinosa en

Cantabrique où un militant des Commissions ouvrières a trouvé la mort le 6 mai dernier après une "expédition punitive" de la Garde civile

(voir page 5). Dans ce contexte, l'Union générale des travailleurs

(UGT), la centrale syndicale socialiste que dirige Nicolas Redondo est en position difficile. Les pertes qu'elle a subies dans les secteurs im-

DOCUMENT

La victoire du gouvernement socialiste lors du reférendum sur l'OTAN en mars

1986 et des élections législatives de juin

1986, la faible activité de la classe ouvrière qui depuis la grève générale du 20 juin 1985 n'avait mené aucune lutte d'ampleur, ajoutées aux exigences du patronat, ont amené le gouvernement de Felipe Gonzalez à un approfondissement de la politique d'austérité. Cette aggravation s'est notamment traduite dans les négociations collectives où le gouvernement entend désormais lier les augmentations de salaires à la productivité et à l'acceptation d'une modification des conditions de travail. De même, la part patronale des versements à la sécurité sociale a de nouveau été réduite alors que les attaques contre le salaire indirect des travailleurs se sont multipliées.

Enfin, la politique de

"flexibilisation" du marché du travail suit son cours et une seconde vague de reconversions industrielles est en marche.

LE PROJET DU GOUVERNEMENT

Cette aggravation de l'austérité s'est accompagnée au plan syndical d'un projet visant à mettre sur pieds un syndicalisme de conciliation afin de pouvoir imposer plus facilement une solution capitaliste à

L'état de grâce est fini

pour Felipe Gonzalez

ouvrières du gouvernement. s'agissait d'un tournant du gouvernement socialiste. En effet, comme tout gouvernement social-démocrate, le gouvernement du PSOE a utilisé ses liens avec la classe ouvrière pour imposer des mesures réactionnaires. Avec les élections syndicales de novembre dernier, le gouvernement comme l'UGT ont essayé de franchir un saut qualitatif en ce sens pour parvenir à une hégémonie de l'UGT dans le monde du travail et consolider ainsi un syndicalisme de conciliation, se prêtant aux pactes sociaux, et se basant sur la représentation obtenue dans les élections syndicales et non sur la participation des travailleurs aux sections syndicales. Ce quait de remettre aux lendemains d'élections la signature du pacte social. Car même si l'UGT se présente comme le chantre de la politique de concertation, les fruits de cette dernière, en terme de chôde perte de pouvoir d'achat, d'extension de l'emploi précaire, auraient pu paraître inacceptables à bien des travailleurs. Le patronat exigeait un nouveau resserrement de la politique d'austérité.

Mais le résultat des élections a fait échouer ce projet, car si l'UGT a obtenu plus de délégués que les Commissions ouvrières, elle est perdante dans les entreprises de plus de 50 travailleurs, dans les secteurs clés de l'économie et en général, là le mouvement ouvrier est bien organiportants de la classe ouvrière lors des élections syndicales de novembre dernier (Cf. Inprecor numéro 236 du 17 février 1987) ont constitué un avertissement expliquant pour beaucoup la prise de distance qu'elle affiche vis-à-vis des mesures les plus ouvertement anti-

Pour leur part, les Commissions ouvrières liées au Parti communiste espagnol (PCE), préparent leur prochain congrès dans une situation délicate pour la direction de cette centrale et particulièrement pour le secrétaire général, Marcelino Camacho. En effet, la direction confédérale a été mise en minorité en mars dernier au sein du propre

Conseil confédéral sur une question de première importance : l'appel à la grève générale en réponse à la multiplication des attaques gouvernementales. Ce résultat est le produit de l'éclatement du Parti communiste mais aussi des divergences au sein même du PCE sur cette

L'article qui suit est élaboré à partir d'un rapport effectué par la

Commission syndicale de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR)

section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol.

renforcement de l'UGT comme instrument privilégié du gouvernement pour imposer sa politique réactionnaire, ont finalement consacré sa défaite. Du même coup, elles sont apparues comme un élément de première importance pour que le mouvement ouvrier reprenne moralement confiance en soi.

En conséquence, le projet du gouvernement visant à imposer un syndicalisme de conciliation et à obtenir un pacte social a échoué pour le moment. Si nous ajoutons à cela un mécontentement social grandissant dans l'ensemble des couches sociales qui s'est traduit dans les mobilisations de la jeunesse, celle des ouvriers agricoles, des petits paysans et celles du mouvement ouvrier lui-même, on peut tirer la conclusion suivante : bien que le gouvernement n'ait pas renoncé aux objectifs qu'il s'est fixés, il est obligé d'adapter ses projets à la réalité sociale du moment en procédant à une reconversion industrielle qui ne heurte pas de front le mouvement ouvrier mais qui soit introduite graduellement, en retardant les dipositions légales sur la flexibilité du marché du travail etc.

Un an après la victoire du gouvernement dans le referendum contre l'OTAN, le mouvement de masse est en pleine activi-

La jeunesse a fait irruption sur la scène politique, devenant par là-même un protagoniste de première importance et, une sé-

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rie de secteurs sociaux les plus divers se mobilisent ouvertement contre la politique du gouvernement - petits commerçants contre les horaires libres, paysans contre la politique agricole et les effets de l'intégration de l'Espagne à la CEE, secteurs de la santé contre la politique suivie dans ce domaine social - et le mouvement ouvrier fait preuve d'un degré de combativité qui contraste radicalement avec l'attentisme de ces dernières années.

UN PROFOND MALAISE SOCIAL

Ce malaise social généralisé a plusieurs raisons. Il faut chercher sa cause première dans des effets cumulés de la politique d'austérité développée par le gouvernement socialiste ces dernières années.

Ensuite il est important de souligner qu'objectivement, la situation des travailleurs s'est améliorée en 1986. D'un côté, même si la part des salaires dans le Produit intérieur brut (PIB) a continué de baisser, pour l'immense majorité des travailleurs, la perte de pouvoir d'achat a été infime ou nulle. D'un autre côté, l'emploi s'est accru. Durant les 18 mois qui viennent de s'écouler, 543 000 postes de travail (en chiffres nets) ont été créés et, à l'heure actuelle, il y a plus de salariés occupant un emploi qu'il n'y en avait quand le PSOE est arrivé au gouvernement. Conséquence de ces deux éléments, la consommation des ménages salariés a elle aussi augmenté.

Mais ces différents facteurs, auxquels il faudrait en ajouter certains autres, bien loin de renforcer la crédibilité d'une politique d'austérité comme voudrait le faire croire le gouvernement a eu des effets inverses sur la conscience des travailleurs. Ces derniers se sont sentis dans des conditions plus favorables pour exprimer dans la mobilisation le malaise social né des effets cumulatifs de cette même politique

15 DE JUNIO?

d'austérité.

En effet, l'augmentation de l'emploi salarié, la réduction du nombre de travailleurs touchés par les expédients dits de "régulation de l'emploi", la croissance économique de certains secteurs comme la construction, ont eu pour conséquence que les travailleurs jouissant d'un emploi - à l'exception de certain secteurs touchés par la reconversion industrielle - ont désormais moins peur de perdre leur emploi. Si auparavant, la chute de l'emploi était un facteur contribuant à réduire la combativité des travailleurs la peur de perdre leur emploi pesant sur la conscience, aujourd'hui, la création d'emplois joue exactement en sens inverse alors même que les raisons de manifester leur mécontentement sont nombreuses.

Premièrement, cette croissance de l'emploi ne signifie pas que le problème du chômage soit relativisé. Elle signifie simplement que subjectivement, la peur de perdre leur poste de travail chez les travailleurs a diminué. Mais le taux de chômage élévé et la façon dont il s'est accru sous le gouvernement socialiste explique que le chômage demeure l'une des premières causes du malaise social. En effet, si le nombre de salariés occupant un emploi s'est légèrement accru pendant la période socialiste, il n'en demeure pas moins qu'avec l'augmentation de la population active et la baisse de l'emploi non salarié, le nombre de chômeurs supplémentaires durant cette même période est de 700 000. Un total de trois millions de chômeurs demeure la dénonciation la plus éloquente de cette politique d'austérité pour les travailleurs,

Deuxièmement, pendant la période socialiste la précarisation de l'emploi a considérablement progressée. Troisièmement, si l'on excepte 1986, la perte cumulée de pouvoir d'achat est énorme. Enfin, Que sont devenues les promesses de Felipe Gonzalez ? (DR)

¿QUE HACEN LOS POLITI

COS, HAN OLVIDADO SUS PROGRAMAS DEL

¡PEDIMOS JUSTICIA!

l'austérité fait sentir ses effets de façon dramatique dans certains services sociaux. Dans le cas de la santé, la détérioration du service public est telle - même le matériel minimum pour opérer manque - qu'elle provoque des mobilisations généralisées à l'ensemble du secteur.

L'INTROUVABLE PACTE SOCIAL

Les négociations collectives en cours se déroulent sans qu'il n'existe de pacte social servant de point de référence. La perte de crédibilité de la politique de concertation que nous mentionnons plus haut ajoutée aux résultats des élections syndicales, a rendu impossible la signature d'un tel pacte social. Carlos Solchaga, le ministre de l'Economie et des finances qui poursuit une politique de stabilisation à outrance, en a appelé à la "responsabilté patronale" pour que les employeurs n'augmentent les salaires que de 5%, taux d'inflation officiellement prévu pour 1987. Il n'a pas hésité à jouer du chantage liant la baisse de la part patronale à la sécurité sociale au respect de cette limite tout en leur rendant extrêmement coûteuse toute velléité de dépasser ce taux en mettant en pratique une politique de restriction monétaire et en élevant les taux d'intérêts. Enjoignant au patronat de "ne pas céder au chantage" des organisations syndicales, il précisait que le "gouvernement ne tolérerait pas" des augmentations supérieures à 5%.

Cette politique salariale est appliquée le plus durement dans le secteur public. L'entreprise nationale de chemin de fer, Renfe, en est un bon exemple. La direction a proposé une hausse salariale de 5%, une convention collective pour trois ans, la mobilité des fonctions et la mobilité géographique, la polyvalence des postes de travail, la modification des normes de travail etc. En résumé tous les éléments fondamentaux contenus dans le projet du gouvernement socialiste.

Résultats de cette politique, les négociations collectives en cours sont fortement conflictives d'autant qu'elles sont généralement menées, du côté ouvrier, dans l'unité d'action par les Commissions et l'UGT. Comme nous le verrons plus loin la direction de cette dernière semble prendre ses distances avec le gouvernement. Mais bien des points négatifs dans l'attitude des directions syndicales sont à souligner comme à l'usine automobile SEAT où malgré des mobilisations ponctuelles -à la différence des années passées - il n'a été possible ni de déborder les directions syndicales ni d'empêcher que ces dernières signent un accord défavorable aux travailleurs. Même chose pour la signature par I'UGT de la convention générale de la mé tallurgie où l'immense majorité des travailleurs n'aura que 6% d'augmentation pour 1987.

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Autre facteur de malaise social, la dite "seconde reconversion industrielle" qui est à l'origine des conflits les plus durs.

La première vague de reconversions industrielles, malgré ses conséquences dramatiques sur les travailleurs, était insuffisante pour les besoins du système et était programmée en fonction de la résistance ouvrière qu'elle pouvait suscitée. Cette première tranche de reconversions n'a été menée pour le moment qu'à moitié, et si l'on a bien vu les licenciements de travailleurs, on attend toujours en contrepartie, les investissements qu'était censé faire le patronat. Or, les conditions économiques de certains secteurs impliquent une seconde vague de reconversions industrielles.

LA RECONVERSION INDUSTRIELLE

Dans la sidérurgie, les excédents de capacité de production dominent la situation de ce secteur avec maintenant un facteur aggravant, l'entrée dans la CEE puisque toute l'Europe connaît une situation identique et que les quotas de production assignés à chacun des pays de la Communauté sont en passe d'être réduits. Dans la sidérurgie comme dans d'autres secteurs, on ne fait que commencer à payer la note de l'entrée dans la CEE.

Dans la construction navale, l'évolution de la demande n'a pas suivi les prévisions faites lors de la première reconversion. De plus l'excédent mondial dans ce secteur équivaut à sept fois la production annuelle du globe et avec l'apparition de pays très compétitifs en ce domaine, les estimations de la demande en direction des chantiers navals espagnols ne se sont pas concrétisées, loin s'en faut.

La sidérurgie et les chantiers navals étaient au coeur de la première vague de reconversion. Ces secteurs l'ont payé très cher en terme d'emploi, perdant respectivement 13 000 et 16 000 postes de travail. Mais malgré cette saignée, la crise n'est pas résolue. La situation économique de ces secteurs est insoutenable et les pressions de la CEE qui se réfère à l'accord d'adhésion signé par l'Espagne pour réduire les capacités de production, deviennent chaque fois plus pressantes.

Ces deux secteurs font donc partie avec les mines des objectifs prioritaires dans les démantèlements prévus par le gouvernement socialiste. Les rapports gouvernementaux précisent qu'il faudra supprimer environ 18 000 postes de travail, dans la sidérurgie, 12 000 dans les mines et environ autant dans les chantiers navals.

Avec cette seconde vague de reconversions, le gouvernement prévoit l'assainissement des entreprises publiques fortement déficitaires et l'extension de cette reconversion aux secteurs qui ne furent pas touchés par les premières mesures, comme ce-

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lui des biens d'équipements ou les chemins

Mais ces mesures ne vont pas sans provoquer des conflits très durs comme celui de Reinosa en Cantabrique, de Puerto Real (chantier naval) en Andalousie, ou celui des mines de HUNOSA dans les Astu-

Autre sujet de conflit lié aux reconvertions industrielles, la prorrogation des Fonds de promotion de l'emploi (FPE) (voir encadré) à laquelle s'opposent désormais toutes les organisations syndicales.

Ce profond malaise social s'exprime aujourd'hui dans l'ensemble de l'Etat espagnol, rendait possible la grève

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générale. Mais, pour cette même raison, le fait qu'elle ait été décommandée par les Commissions ouvrières a des répercussions des plus négatives. Tout d'abord, on a perdu une bonne occasion d'entreprendre une action généralisée dans une situation où se produisait une montée des mobilisations. En ce sens, la convocation même de la grève générale aurait stimulé les mobilisations partielles et aurait porté un coup d'ampleur à la politique économico-sociale du gouvernement. Ensuite, cette non convocation de la grève générale provoque un sentiment de frustration au sein de l'avant-garde la plus combative qui y voyait une perspective de généralisation des luttes actuelles. A l'inverse, la décision prise donne un répit au gouvernement socialiste et au patronat qui voyaient se multiplier cette pause, ils sont en meilleures conditions pour poursuivre leur offensive contre les droits fondamentaux des travailleurs. Enfin, elle signifie une victoire des secteurs les plus droitiers des Commissions ouvrières, un déplacement vers la droite de ce syndicat. Conséquence de cette évolution, l'UGT se sentira moins soumise à pression et pourra avoir une marge de manoeuvres plus importante.

LES COMMISSIONS OUVRIERES A LA VEILLE DE LEUR CONGRES

Que la grève générale ait été décommandée montre combien ce syndicat est soumis à des pressions contradictoires. Certains facteurs poussent la direction à un comportement plus mobilisateur. En effet, les élections syndicales montrent qu'il est rentable pour les Commissions ouvrières et en général pour le Parti communiste espagnol (PCE), d'adopter une attitude de confrontation avec le gouvernement socialiste. Se situer en dehors des cadres institutionnels pousse à établir le rapport de force dans la mobilisation. Le malaise social et la proximité des prochaines élections municipales, portent à prendre l'initiative sur le terrain de la mobilisation sociale afin de pouvoir la capitaliser. Finalement, les secteurs les plus combatifs des Commissions ont un meilleur terrain pour cultiver la mobilisation ouvrière.

L'appareil confédéral des Commissions ouvrières et les pro-soviétiques du Parti communiste des peuples d'Espagne (PCPE) que dirige Ignacio Gallego ont été les secteurs les plus sensibles à cette évolution sur la gauche dans leur discours et leur façon de procéder. Mais ce changement est très limité. Premièrement, ils ne remettent pas cause sur le fond la politique de la concertation. Deuxièmement, comme le montrent entre autres, la convention de la métallurgie, le pré-accord signé dans les banques et la prorogation des FPE en Euskadi toutes occasions où ils furent aussi droitiers que l'UGT, ce changement verbal est loin de se traduire dans la pratique. La majorité de la direction et des cadres du syndicats sont toujours installés dans les pratiques anté-

Et ce qui vient de se passer avec la question de la grève générale, montre bien que les facteurs négatifs l'ont emporté. L' opposition intérieure à la convocation de la grève a été très forte, notamment parmi les dirigeants du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC) - nom du PCE en Catalogne - les partisans de Gerardo Iglesias, l'actuel secrétaire général du PCE, au sein de l'Union de Madrid et ceux de l'ancien secrétaire général du PCE, Santiago Carillo regroupés aujourd'hui dans le Parti des travailleurs d'Espagne - Unité Communiste (PTE-UC) créé en février dernier. Nous savions que l'on se heurterait à une telle résistance mais il est vrai que nous pensions qu'elle serait plus facile à vaincre. Marcelino Camacho (DR)

Cette résistance à la grève générale, très répandue chez les cadres et les dirigeants des Commissions, trouve ses racines dans le profond réformisme dans lequel ils ont été éduqués et qui est le cadre de pensée de ces cadres et dirigeants.

Ce réformisme implique une conception des rapports entre patrons et salariés basée sur la négociation non sur l'affrontement ; sur la conciliation et non time et une vin tondel sur la mobilisation. Il implique une action miste ; une conception de l'unité d'action avec l'UGT basée sur l'adaptation au syndicalisme de conciliation que représente cette dernière. Les négociations collectives en cours qui, dans beaucoup de secteurs, se font dans l'unité d'action avec IUGT en sont un bon exemple, beaucoup de dirigeants syndicaux se pliant aux propositions qu'ils pensent être acceptables pour cette centrale. Ce réformisme soustend également une philosophie de co-responsabilité pour trouver une solution à la crise, laquelle se traduit généralement par le culte du pacte social et plus concrètement, dans l'acceptation des FPE, de la reconversion industrielle etc. Il faut y ajouter la peur d'aller vers une confrontation avec le gouvernement et de la "déstabilisation" qu'elle pourrait provoquer. Voilà les éléments qui sont déterminants dans la pratique politique du syndicat bien qu'une série d'autres facteurs puissent pousser vers la gauche une partie de la direction des Commissions.

Le rejet de la grève générale ouvre une crise dans les Commissions ouvrières notamment parce que ce syndicat est dans une période de préparation de congrès. Cette crise n'est pas étrangère, à celle que connaît depuis maintenant près de dix ans le Parti communiste et qui s'est traduite par l'éclatement en de multiples fractions qui s'opposent au sein même des Commissions ouvrières.

Le courant du PCE a été le plus divisé sur la question de la grève générale. Marcelino Camacho, le secrétaire général des Commissions, qui y était favorable, sort affaibli par la décision prise ; dans un certain sens, c'est également vrai pour Gerardo Iglesias qui s'était prononcé ouvertement en faveur de la grève générale. Par contre le secteur le plus modéré du PCE dans les Commissions en sort renforcé.

- Le courant pro-soviétique, le PCPE, déterminé par son processus d'unification avec avec le PCE - ils sont déjà ensemble dans la coalition électorale Gauche Unie (IU) - a pris un cours droitier ce qui n'a pas été sans avoir des répercussions négatives. Malgré tout, certains secteurs de ce courant résistent à cette évolution droitière que suppose la fusion avec le PCE et ses implications politiques. Toutefois, il ne faut se faire aucune illusion sur la portée de cette "résistance" même si conjoncturellement et dans certains endroits, elle peut donner des résultats intéressants. Sur la question de la grève générale, ce courant a clairement fait cause commune avec l'appareil du syndicat et a maintenu une position de mobilisation ce qui ne va pas sans susciter un certain nombre de contradictions. D'une part, cette attitude lui rend plus aisée l'alliance avec un secteur du PCE - Camacho et l'appareil confédéral des Commissions- mais d'autre part, elle lui rend plus difficile le rapprochement avec d'autres secteurs de ce parti. En effet, alors que PSUC était des plus hostiles à la convocation de la grève générale, le Parti

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communiste de Catalogne, (PCC, prosoviétiques - scission du PSUC) a voté pour.

- Le courant du PTE que dirige Santiago Carillo, part du principe que la lutte des travailleurs doit avoir la droite pour objectif et non l'actuelle politique du gouvernement socialiste. C'est pourquoi il s'oppose à toute mobilisation contre ce dernier sous qu'elle pourrait être capitalisée par la droite. Ce courant commence presque à faire de l'unité d'action avec l'UGT le principe suprême. Il s'est opposé à la grève générale comme il le fit auparavant lors de celle du 20 juin 1985, arguant que les conditions n'étaient pas réunies, qu'il fallait les créer à la base par la négociation collective, qu'il ne faut pas rompre l'unité d'action avec l'UGT, que l'ennemi c'est la droite économique et non le gouvernement, etc. La convergence qui s'est opérée entre un large secteur de l'actuel PCE et les positions de Carillo sur la question de la grève générale n'est pas une coïncidence. Ces deux courants sortent du même moule réformiste.

LES CONTRADICTIONS UGTGOUVERNEMENT SOCIALISTE

Le résultat des élections syndicales et l'échec des projets du gouvernement et de l'UGT visant à construire un syndicalisme de conciliation sous l'hégémonie de cette dernière, le malaise social existant dans le pays ont pour conséquence d'approfondir les contradictions entre le syndicat socialiste et le gouvernement.

Ce dernier faisait reposer jusqu'à présent, toute sa politique vis-à-vis des syndicats sur ses liens avec avec l'UGT. Celle-ci, chantre de la politique de concertation sociale, jouait un rôle clé dans la démobilisation se convertissant ainsi de plus en plus en "contremaître du changement". La grève générale du 20 juin 1985 a montré que si les Commissions ouvrières optaient pour la mobilisation, les contradictions entre l'UGT et le gouvernement socialiste s'aiguisaient. Mais en l'absence de mobilisation, la politique du gouvernement et du patronat faisant de la plus minime concession une victoire de l'UGT, et la propre paralysie des Commissions ouvrières, ont eu pour conséquence de faire de l'UGT le modèle à suivre pour beaucoup de dirigeants réformistes

Les élections syndicales sont venues modifier de façon substantielle cette situation. L'UGT est apparue comme trop impliquée dans la politique gouvernementale et a perdu les élections dans des secteurs ou des entreprises clés (HUNOSA, Telefonica, Renfe, les banques) et des régions importantes (Barcelone, Madrid). Ces pertes significatives ont obligé l'UGT a se démarquer de la politique gouvernementale, en demandant des augmentations de salaires plus élévées que les 5% indiqués par le gouvernement, se mettant à mobiliser contre les reconversions industrielles, parfois même en concurrence aux Commissions ouvrières comme dans le cas de HUNOSA. Nicolas Redondo a décidé de concentrer ses attaques contre Solchaga et l'UGT a décidé unilatéralement de se retirer de la commission parti-syndicat où elle siège avec le PSOE. De même, certains secteurs de l'UGT commencent un discret chantage en direction du PSOE, dans la perspective des élections municipales, mena-çant de ne pas appeler à voter pour ce parti s'il poursuivait aussi brutalement sa politique sociale. L'UGT entend ainsi obtenir des concessions du gouvernement qui redorerait son image de marque de syn-

Ce changement d'attitude de l'UGT peut influer positivement sur la mobilisation dans la mesure où elle remet maintenant en question l'austérité, mais elle a ses limites. Tout d'abord, malgré ses conflits avec le gouvernement l'UT n'a pas rompu le cordon ombilical avec lui mais au contraire essaie de rétablir les ponts. C'est pour cette raison que l'UGT centre toute sa dénonciation sur la question des salaires et non sur l'ensemble de la politique économique. Ensuite, l'UGT bénéficie du fait que les Commissions ouvrières ne peuvent apparaître comme une alternative au syndicalisme de conciliation qu'elle-même représente. Dans la pratique quotidienne, beaucoup de dirigeants des CO sont aussi droitiers que ceux de l'UGT ce qui facilite la politique de conciliation du syndicat socialiste. Enfin, si ses conflits avec le gouvernement sont déterminés par le degré de mobilisation des travailleurs, cela ne l'empêche pas de s'opposer à la mobilisation comme ce fut le cas lors de la grève générale des Asturies, ayant toujours en tête le souci de fermer toute brèche qui pourrait s'ouvrir. En ce sens, la grève générale décommandée par les Commissions ouvrières lui a donné un répit considérable.

QUELLES ECHEANCES ? La discussion des conventions collectives est une échéance immédiate pour le mouvement ouvrier. Contrairement aux années précédentes, elle se fera sans pacte social, dans un contexte fortement marqué par les nombreux conflits en cours et avec la possibilité réelle dans de nombreux secteurs d'aller au-delà du maximum des 5% que veut imposer le gouvernement comme le montrent les conventions déjà signées. Toutefois, si dans de nombreux endroits le patronat est prêt à céder sur les salaires, ce ne peut être qu'au prix de contreparties sur les conditions de travail : travail de nuit ou de fin de semaine, flexibilité des emplois et mobilité géographique, augmentation de la productivité etc. Or, comme le démontre l'accord passé dans les banques, beaucoup de dirigeants syndicaux sont prêts à céder sur ces points en échange d'un "bon" réajustement des salaires. La mobilisation des travailleurs reste clé pour imposer des conventions qui leur soient favorables. Et là encore, l'attitude passée des directions syndicales montre qu'il y a loin du discours à la réalité. Preuve en est la grève de la métallurgie à Barcelone prévue pour le 12 mars et décommandée par les Commissions ouvrières la veille, alors qu'elles signaient un

La lutte contre les reconversions industrielles demeure le principal axe de bataille dans les mois qui viennent. Elle inclue la bataille contre le prolongement des FPE. Beaucoup de secteurs déjà touchés dans le passé vont de nouveaux être affectés par la "reconversion permanente" (sidérurgie, chantiers navals, mines). Il est probable que les attaques gouvernementales contre ces secteurs se heurteront à l'hostilité de toute la population des régions touchées comme la lutte de HUNOSA.

La préparation du IVe Congrès confédéral des Commissions représente un enjeu important pour tous les révolutionnaires. •

Commission syndicale de la LCR; Avril 1987.

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