La 18ème session du Conseil National Palestinien (CNP) s'est tenue à Alger, du 20 au 25 avril dernier. Parmi les multiples institutions quasi-étatiques de l'OLP, cet organe joue le rôle du Parlement ; il n'en a toutefois pas le mode de désignation. En effet, la composition du
CNP, qui varie d'une session à l'autre, n'est pas déterminée par voie électorale. Elle est fixée par le Comité exécutif (CE) de l'organisation
- dominé, depuis 1969, par le Fatah, la principale formation palestinienne que dirige Yasser Arafat - puis confirmée au début de chaque session par les membres de la session précédente. Le CNP est, en réalité, l'émanation de l'exécutif de l'OLP : lieu de débats, certes, il a pour fonction de "légitimer" les décisions ou les compromis adoptés majoritairement par les membres du CE - c'est-à-dire, en dernière ins-tance, par la direction du Fatah. Celle-ci est à tel point hégémonique dans l'OLP qu'elle dispose, à elle seule, de la majorité et du quorum au sein du CNP.
Ainsi, lorsque ses choix politiques se trouvèrent fortement contestés, à partir de 1983, par la gauche traditionnelle du mouvement palestinien, les FPLP et FDLP, ainsi que par la Saïka et le FPLP-CG
(voir encadré) - toutes composantes de l'OLP et du CNP au même ti-
Salah JABER
1er septembre 1982 : le dernier contingent de combattants de l'OLP quitte Beyrouth par la mer, sous la protection de
"multinationales", composées de forces soldats américains, français et italiens, et sous le regard de l'armée israélienne assiégeant la capitale libanaise depuis la mi- juin. C'est le résultat de longues tractations engagées dès le début du siège entre la direction Arafat et l'envoyé spécial de
Reagan, Philip Habib. Le même jour, en vertu du même "deal" à l'évidence, le président américain rend public son fameux
"plan de paix" : aucune mention explicite du Golan syrien occupé par Israël depuis
1967, et officiellement annexé par Begin en 1981 (le Sinaï a été restitué à l'Egypte en vertu des accords de Camp David : retrait israélien achevé en avril 1982) ; en revanche, le discours de Reagan est centré sur le problème de la Cisjordanie et de
Gaza, derniers territoires de la Palestine du mandat colonial britannique (1918-1948) a avoir été occupés par l'armée sioniste, en juin 1967 : "les Etats-Unis sont fermement convaincus que la meilleure chance de parvenir à une paix stable, durable et juste est d'instaurer un autogouvernement des Palestiniens de la rive occidentale du
Jourdain et du secteur de Gaza, en associa-
Arafat à l'heure du bilan
La XVIlle session du Conseil National de l'OLP
(1ère partie)
ment palestinien. suivie par la direction partie traitera du rôle des perspectives. Elle
20 septembre 1982 : alors que le monde entier est encore sous le choc de l'horreur des massacres de Sabra et Chatila, le monarque jordanien Hussein se fait l'écho du président américain : "le temps est venu d'entamer des discussions avec l'OLP pour définir la forme des relations entre les Jordaniens et les Palestiniens au sein d'une future confédération".
9 octobre 1982 : Arafat arrive à Amman, où il rencontre le roi Hussein et déclare, le 12 octobre, que leurs entretiens ont été "très réussis, très constructifs et très positifs" et qu'ils "ont largement porté sur une éventuelle confédération jordano-palestinienne et se poursuivront à l'avenir ".
L'OPTION JORDANIENNE D'ARAFAT
Pour saisir la portée de cette attitude "fraternelle", il faut garder à l'esprit le fait que Hussein est le maître d'œuvre de la plus grande des hécatombes subies par le peuple palestinien : celle du "septembre noir" (1970). En avril 1981, la 15ème session du CNP, réunie à Damas, exprimait encore "son appui à la lutte du mouvement national jordanien ", c'est-à-dire à l'opposition jordanienne, anti-monarchique et anti-impérialiste, clandestine bien entendu. Dans la résolution de la session suivante, celle de février 1983 tenue à Alger, la direction Arafat impose une formulation tre que le Fatah - la direction Arafat n'hésita pas à réunir, l'année suivante, une 17ème session du CNP à Amman, la capitale du royaume jordanien, en l'absence des susnommés. Cette session, réunissant le quorum requis, put se prévaloir d'être "légitime", appellation devenue en quelque sorte la propriété de la direction Arafat au sein du mouve-
La récente session d'Alger, s'étant déroulée avec la participation renouvelée des FPLP et FDLP, a été qualifiée de session de réconciliation, tout en marquant par sa numérotation la continuité avec celle d'Amman. La grande majorité des médias a cru y voir une victoire éclatante d'Arafat : il est vrai que ce dernier est passé grand maître dans l'art de déguiser les défaites en triomphes. Mais en l'occurrence, il fallait être bien peu au courant de l'histoire récente du mouvement palestinien pour être dupe. La 18ème session du CNP a consacré, en fait, la faillite totale de la politique suivie par Arafat depuis 1982
( La première partie de cet article dresse le bilan de la politique de l'OLP jusqu'au dernier CNP, la deuxième de l'URSS, du compromis élaboré au CNP et sera publiée dans notre prochain numéro.)
très différente des rapports avec la Jordanie : l'appui au "mouvement national" disparaît, pour céder la place à l'affirmation - tout à fait nouvelle pour l'OLP - selon laquelle "les relations futures avec la Jordanie doivent être établies sur une base confédérale entre deux Etats indépendants".
Une fois de plus, la direction Arafat , hégémonique au sein de l'OLP, faisait
"légitimer" son nouveau cours par le CNP, en recourant à des formules ambiguës. Tout en maintenant la formule de l'Etat
"indépendant" adoptée en 1977 - il suffit de regarder la carte pour juger de quelle
"indépendance" pourrait jouir un mini-Etat palestinien en Cisjordanie ! - le principe de la "confédération" avec le royaume jordanien, en harmonie avec l'idée centrale du plan Reagan d'une
"association avec la
Jordanie" et en conformité avec la proposition du monarque jordanien, était introduit. En fait, l'ensemble de la politique de la direction Arafat, depuis son départ de
Beyrouth, allait s'inscrire dans ce double cadre. C'est la fameuse "option jordanienne" qui - dans la mesure où elle converge avec la politique américaine des règlements séparés entre Israël et chacun des Etats arabes qui l'entourent - est en contradiction totale avec la politique précédente de l'OLP qui consistait à défendre, en alliance avec la Syrie et l'URSS, le principe d'un règlement global : sûreté des frontières, en échange du retrait israélien
LA SITUATION D'ISRAEL * Beyrouth AU 26 AVRIL 1982
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MEDITERRANEE
Dien Tel AvivA Amman Jerusalem Gaza a - Heron MER Rafah Yammit 6 MORTE ISRAEL
Ismailia
*Col de Gidi → Col de Mitia SINAI Eilat Akaba ARABIE Uahal SAOUDITE Di-Zahav) e) Cheikh MER ROUGE de tous les territoires occupés en 1967 et de la création d'un Etat palestinien "indépendant". L'objectif de la politique américaine est, en fait, de parvenir à des accords de paix entre Israël et les Etats arabes que Washington considère comme relevant de sa zone d'influence - Egypte, Jordanie, Liban - sans ingérence de l'URSS et en laissant de côté le principal allié régional de cette dernière : l'Etat syrien.
L'option jordanienne d'Arafat impliquait donc la rupture avec la Syrie, l'URSS, et leurs alliés palestiniens, pour une alliance avec la Jordanie, l'Egypte et l'Irak, avec la bénédiction des bailleurs de fonds saoudiens et la perspective de convaincre l'administration américaine d'établir des rapports officiels avec l'OLP. La pratique de la direction Arafat allait lever toute ambiguïté quant à ses intentions politiques. Dès avril 1983, elle parvenait à un premier projet d'accord avec la monarchie jordanienne, prévoyant déjà une délégation commune jordano-palestinienne à des négociations avec Israël. Ce projet mit le feu aux poudres : rebellion de la gauche nationaliste du Fatah contre la direction Arafat, en mai 1983, suivie de combats entre les deux parties ; rupture avec la Syrie, la Libye et leurs alliés palestiniens (Saïka, FPLP-CG) ; combats de Tripoli (Liban-nord), aboutissant à l'évacuation de la ville, en décembre 1983, par les troupes d'Arafat, encore une fois par la mer, mais après avoir été assiégées cette fois-ci par les forces syriennes et leurs alliés palestiniens - forces qui, en 1982, avaient été assiégées à Beyrouth, puis l'avaient évacué, avec les mêmes troupes d'Arafat. De Tripoli, le leader de l'OLP se rendra directement au Caire pour y rencontrer le président égyptien Moubarak, rompant ainsi le boycott de l'Egypte décidé par la
Ligue des Etats arabes, consécutivement à la signature par Sadate des accords de Camp David établissant une "pax americana" entre l'Egypte et Israël en dépit du fait que Moubarak ne remit jamais en cause ces accords, même au plus fort de l'invasion du Liban par l'armée sioniste. Arafat emboîtait ainsi le pas à Hussein qui avait rétabli les relations de son royaume avec l'Egypte en septembre1983.
Poursuivant sur sa lancée, la direction Arafat rompra avec les FPLP, FDLP et FLP (Yacoub), qui avaient adopté une attitude de neutralité face aux combats de Tripoli, et plus généralement une approche conciliatrice à l'égard d'Arafat, jusqu'au voyage de celui-ci au Caire, et même au-delà puisque les trois formations - réunies, avec le PCP, au sein de l'Alliance démocratique -étaient parvenus, en mars 1984, à un accord avec une délégation du Fatah sur une base de dialogue pour la prochaine session du CNP (accords d'Aden). Et pourtant, faisant fi de cet accord en contradiction avec la bonne marche de sa politique, la direction Arafat convoquera le CNP sans les organisations susnommées : le 17ème CNP se réunira en novembre 1984, à Amman même, et sera inauguré par le roi Hussein en personne !
Pour couronner le tout, Arafat conclura avec Hussein, le 11 février 1985, le fameux accord d'Amman : mention des résolutions de l'ONU, "y compris les résolutions du Conseil de Sécurité " ( allusion aux résolutions 242 (1967) et 338 (1973) prévoyant "la terre contre la paix ", et dont l'acceptation par l'OLP est présentée par Washington et une fraction "modérée" de l'establishment sioniste comme condition nécessaire pour d'éventuelles négociations avec l'organisation d'Arafat) ; "confédération arabe entre les deux Etats • jordanien et palestinien " ; "délégation commune " jordano-palestinienne à des "négociations de paix" dans le cadre d'une "conférence internationale ".
BILAN : FIASCO SUR TOUTE LA LIGNE
Dès lors, Moscou ne cachera plus son courroux : Arafat n'y sera plus invité, contrairement à Habache et d'autres leaders palestiniens. La Pravda (du 22 août 1985, à titre d'exemple) constatant que l'accord
"ne prévoit pas la création d'un Etat palestinien indépendant, pas plus qu'une participation de l'OLP sur un plan d'égalité " (à une éventuelle conférence interationale), le qualifie de "nouvelle tractation séparatiste comparable à Camp David, mais cette fois-ci, avec une couverture
". Une fois n'étant pas coutume, la Pravda disait bien la vérité.
Au bout de sa course effrénée vers la droite, Arafat avait opéré un revirement total de ses alliances par rapport à la période 1978-1982, où L'OLP était en première ligne de l'opposition arabe à la politique de Washington et aux accords de Camp David. Pendant ladite période, cependant, la direction Arafat - à travers la constance de son allégeance intangible à la monarchie saoudienne, son principal bailleur de fonds - avait maintenu des rapports, plus ou moins avoués, avec l'ensemble des régimes réactionnaires arabes, y compris les régimes jordanien et égyptien. Fidèle en cela à ses intérêts de direction bourgeoise, dépendante des dynasties pétrolières arabes au double titre de ses intérêts bureaucratiques et de ceux de la diaspora bourgeoise palestinienne qu'elle représente, et misant de surcroît sur l'obtention de la Cisjordanie et de Gaza au moyen d'un règlement négocié avec l'Etat sioniste, inconcevable sans pression des Etats-Unis sur ce dernier, la direction Arafat ne pouvait rompre les amarres avec des gouvernements qui constituent, de fait, le cadre naturel de la stratégie dictée par sa nature sociopolitique, au profit d'une stratégie fondée exclusivement sur l'alliance avec l'URSS, la Syrie, la gauche libanaise et les régimes et forces arabes se situant dans cette mouvance. En outre, la direction Arafat justifiait ses liens avec la réaction arabe par la nécessité d'opposer un contrepoids aux ambitions hégémoniques de Damas.
Par contre, lorsque la même direction opta pour son nouveau cours droitier à partir de 1982, elle n'hésita pas à brûler tous les ponts avec ses alliés de la veille. Modérée et conciliatrice quand elle se situait dans le camp opposé à l'impérialisme américain, elle se montra tout à fait immodérée, une fois passée dans l'autre camp. Il est évident que le régime syrien, l'allié de la veille, a des visées hégémoniques sur le mouvement palestinien en général, visées que l'on ne saurait combattre efficacement, et sans trahir la cause nationale du peuple palestinien, que par le renforcement du mouvement lui-même en tant que mouvement de masse, ainsi que par le renforcement des forces de gauche qui sont ses alliés stratégiques les plus sûrs dans la lutte contre le sionisme, l'impérialisme et les régimes arabes, commencer par la gauche libanaise qui a toujours combattu au côté des Palestiniens jusqu'en 1982. Il est tout aussi évident, et à bien plus forte raison, que le régime jordanien a, lui aussi, des visées hégémoniques, non pas tant sur le mouvement palestinien que sur la Cisjordanie, en tant que territoire et population ayant été soumis au trône jordanien, depuis leur annexion par celui-ci en 1949 jusqu'à l'invasion israélienne en juin 1967. Du point de vue même des intérêts bourgeois représentés par Arafat, la prudence s'imposait absolument dans la pratique de son nouveau cours droitier. Même dudit point de vue, le prestige dont jouit la direction Arafat jusqu'à ce jour est l'un des plus immérités qui
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JORDANIE Suez
dans cette optique-là que Hussein avait en- ment bancaire arabe (jordano-égyptien) en soient : son bilan est celui d'une longue suite de défaites et de fiascos, beaucoup plus graves que les quelques succès partiels dont elle peut se prévaloir et qui sont dus, en fait, à la ténacité des masses palestiniennes, plutôt qu'à sa propre politique.
L'inéluctable arriva : Hussein profita de la "couverture palestinienne" selon l'expression judicieuse de la Pravda - pour entreprendre une série de mesures visant à le remettre en position de revendiquer la Cisjordanie occupée. Des mesures qui, si elles ne bénéficiaient pas de ladite "couverture palestinienne", auraient suscité un vaste tollé palestinien et arabe, orchestré par nulle autre que l'OLP : en d'autres termes, des mesures que Hussein n'aurait jamais osé adopter s'il ne s'était senti les mains libres du fait de la politique de TOLP.
En avril 1983, les rapports Hussein-Arafat étaient arrivés à une impasse, en raison de l'opposition palestinienne et syro-libyenne à ce dernier. Il lui avait fallu huit mois pour brûler entièrement les ponts avec ladite opposition : rencontrant Moubarak, après avoir évacué Tripoli en décembre 1983, Arafat choisissait de se compromettre à fond dans son option politique réactionnaire. La voie devenait libre pour Hussein : en janvier 1984, le roi convoquait le Parlement jordanien suspendu depuis 1974, à la suite de la décision du sommet arabe de Rabat reconnaissant l'OLP comme "seul représentant légitime du peuple palestinien" - la moitié des députés du Parlement jordanien sont, en effet, des représentants de la Cisjordanie, élus en avril 1967, peu avant l'invasion israélienne, et dont le statut n'avait plus lieu d'être depuis la décision du sommet arabe. Puis en avril 1985, consécutivement à la conclusion de son accord avec Arafat, Hussein mettait sur pied, à Amman, une nouvelle équipe ministérielle comprenant, pour la première fois depuis 1974, onze ministres palestiniens dont la plupart sont originaires de Cisjordanie.
Le retour des travaillistes sionistes au gouvernement israélien, en septembre 1984, à la suite des élections parlementaires de juillet, allait rendre possible l'exécution du second volet de la politique visant à préparer une nouvelle mainmise de la Jordanie sur la Cisjordanie. En effet, le plan Reagan - s'il ne pouvait que satisfaire Hussein - était également en harmonie avec une des options principales du bloc travailliste sioniste : le fameux "plan Allon" (du nom de son concepteur, Ygal Allon, ex-ministre et ténor du bloc travailliste, décédé en 1978), prévoyant une restitution partielle (2/3) de la Cisjordanie à la souveraineté jordanienne, avec le maintien d'un dispositif d'implantations sionistes, le long du Jourdain notamment, pour "garantir la sécurité d'Israël". C'est
tretenu des rapports constants - connus de tous, bien que secrets - avec les travaillistes israéliens. De retour au pouvoir, ceux-ci vont collaborer étroitement avec leur vieux compère : le pendant indispensable des mesures décidées à Amman étant de renforcer le leadership jordaniens en Cisjordanie nommera, en novembre 1985, à la tête de la plus importante municipalité de Cisjordanie - celle de la ville de Naplouse - le président de la chambre de commerce locale, Zafer Al-Masri, neveu président du Sénat jordanien et oncle du ministre des affaires étrangères du royaume. Zafer Al-Masri sera assassiné, en mars 1986, par le FPLP, ce qui n'empêchera pas Pérès de revenir à la charge en désignant trois nouveaux maires en Cisjordanie, en novembre. En même temps, Amman entreprend - de concert avec ses compères travaillistes - de réactiver l'intégration économique de la Cisjordanie au royaume jordanien : réouverture, avec autorisation israélienne, d'un établisse-
Cisjordanie ; reprise du versement par Amman des salaires de fonctionnaires employés en Cisjordanie sous tutelle israélienne ; et surtout, lancement d'un plan quinquennal jordanien de développement pour la Cisjordanie et Gaza (c'est la première fois qu'Amman s'occupe directement et unilatéralement du secteur de Gaza, qui était sous tutelle égyptienne jusqu'en 1967). Pour le financement de ce dernier plan, Amman lancera des appels pressants aux puissances impérialistes, Etats-Unis en tête, et aux monarchies pétrolières arabes, sans rencontrer, il est vrai, un accueil enthousiaste. Entretemps, Hussein -jugeant que la "couverture" de l'OLP ne lui était plus indispensable, voire même devenait une entrave au développement de ses rapports avec les dirigeants sionistes, qui opposent leur véto absolu à tout contact avec l'organisation - s'en débarrassera de manière tout à fait méprisante. Son prétexte sera bien trouvé : dès son accord conclu avec Arafat, Hussein sommera ce dernier de remplir la dernière condition requise pour que devienne possible le con-
L'accolade Hussein-Arafat... (DR) tact officiel entre l'OLP et l'administration américaine, ainsi que la participation de représentants désignés par l'OLP à des négociations avec Israël dans le cadre d'une conférence internationale. En d'autres termes, Hussein sommera Arafat d'abattre sa dernière et unique carte : l'acceptation officielle et sans ambages par l'OLP de la résolution 242 (novembre 1967) du Conseil de sécurité de l'ONU - reconnaissant le droit de l'Etat d'Israël à "vivre en paix", sans aucune mention du droit des Palestiniens à l'autodétermination, même partielle -avec le corollaire de cette acceptation : la renonciation officielle de l'OLP à la lutte armée anti-sioniste. Or le voudrait-il, Arafat trouverait une immense difficulté à justifier cette ultime concession devant son propre mouvement, en l'absence de la garantie formelle de contreparties américaine et israélienne, que ni Hussein, ni les alliés saoudiens et égyptiens, n'ont été jusqu'ici en mesure d'apporter. Ainsi, accusant la direction rechignante de l'OLP de verser", Hussein décidera unilatéralement, le 19 février 1986, la "suspension" l'accord qu'il avait conclu avec Arafat un an auparavant. Ce sera le prélude à une série de mesures hostiles à l'organisation palestinienne, dont les plus importantes seront : en avril, la "scission" d'une fraction du Fatah, dirigée par l'un de ses chefs les plus pourris, Aboul Zaïm ( Atallah Atallah), passé à la solde d'Amman ; puis en juillet, la fermeture des bureaux du Fatah loyaliste en Jordanie. Parallèlement, les négociations entre l'administration américaine progresseront vers la définition du cadre d'un réglement séparé jordano-israélien, sans l'OLP, s'ajoutant au réglement égypto-israélien.
Devant ce fiasco retentissant de l'option jordanienne d'Arafat, les "centristes" de la direction de l'OLP qui ont maintenu des rapports avec Moscou - notamment Abou Lotf (Farouk Kaddoumi) et
Abou Iyad (Salah Khalaf) - préconiseront une rupture claire et franche avec cette ligne désastreuse et le retour à une politique plus équilibrée, rendant à l'OLP sa marge de manœuvre traditionnelle. Les "Saoudiens" de la direction palestinienne -notamment Arafat lui-même et son alter ego, Abou Jihad (Khalil Al-Wazir) - tenteront néanmoins de se cramponner à l'option jordanienne, avec l'espoir que les pressions combinées de l'Arabie Saoudite, de l'Irak et de l'Egypte, tous trois alliés communs de l'OLP et de la Jordanie, finivenir à de meilleurs sentiments. De même que la bataille de Tripoli, en 1983, avait fourni à Arafat les conditions politiques et psychologiques qui lui permirent de franchir le Rubicon vers la rencontre Moubarak, le leader de 1'OLP cherchera dans la tournure dramatique prise par la guerre des camps au Liban, à la fin de 1986 et au début de 1987, l'occasion de compenser moralement sa déconfiture politique. La mobilisation des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza en solidarité avec les camps au Liban sera, pour Arafat, une démonstration de force dont il escomptera qu'elle convainque Hussein de la nécessité de composer avec lui.
Autrement dit, avant de voir dans la solidarité combattante de toutes les fractions palestiniennes dans les camps du Liban, face au mouvement Amal, l'occasion d'une réconciliation politique inter-palestinienne, Arafat y verra d'abord l'occasion d'une réconciliation avec Hussein! Il rencontrera ce dernier pendant le sommet islamique de Koweit, fin janvier, et annoncera urbi et orbi que le roi et lui-même ont convenu de "tourner la page et d'ouvrir un nouveau dialogue à tous les niveaux ". En fait, la seule concession de Hussein, sur insistance des dirigeants saoudiens, fut de permettre à Abou Jihad de se rendre à la mi-février à Amman (dont il avait été expulsé quelques mois auparavant) pour une réunion du comité mixte jordano-palestinien gérant l'aide des pays arabes à la Cisjordanie et à Gaza. Cette réunion fut l'occasion pour le compagnon d'Arafat de constater que l'attitude jordanienne était restée inchangée sur le fond. Les deux hommes durent se rendre à l'évidence : ils n'avaient plus d'autre choix que de faire machine arrière par rapport à leur politique des quatres dernières années.
Laissons à George Habache le soin de tirer le bilan de cette politique, en réponse à la question d'un journaliste koweitien :
"Oui, l'après-Beyrouth, ce grave tournant dans l'expérience de la révolution palestinienne, a abouti à ce que les "modérés" accentuent leur "modération". Tel a senti qu'il ne restait devant lui que la voie américaine et a manifesté un dépit notoire quant à la possibilité de continuer à poursuivre l'objectif de l'indépendance nationale. Mais quel a été le résultat ? Est-ce que cette option s'est avérée correcte ? Qu'ont obtenu ceux qui ont misé dessus ? Ont-ils réellement réussi à sauver quelque chose après quatre ans d'essai et d'expérimen-tation ? Ont-ils pu éviter de nouveaux massacres encore plus vastes ?
La réponse à ces questions et interrogations ne relève plus de suppositions et de prévisions, comme c'était le cas juste après la sortie de Beyrouth, car nous sommes aujourd'hui en présence du résultat d'une expérience de plusieurs années, et nous pouvons tirer le bilan nécessaire. Le résultat effectif de cette politique a été seulement davantage de déchirements internes palestiniens et de tension dans les rapports palestino-arabes patriotiques et palestino-internationaux, davantage concessions gratuites qui n'ont pas satisfait, malgré leur énormité, les cercles impérialistes et sionistes. Le résultat a été l'éviction de la direction de l'OLP de Jordanie, l'affaire Aboul Zaïm, le plan de développement et le partage jordano-israélien des rôles. Qu'a-t-il pu être sauvé, et qui a profité de cette politique, nous-mêmes ou les ennemis de notre cause ?
"Et quels massacres ont-ils pu être évités grâce à cette politique ? La liquidation physique du peuple et de la révolution a-telle cessé, ou bien nos problèmes se sont-ils aggravés au Liban, où nous faisons face à une guerre d'extermination, tandis que les rapports de la direction de l'OLP avec la plupart des parties libanaises sont tendus ? La liquidation physique a-t-elle pu être évitée, ou bien s'est-elle étendue jusqu'aux locaux palestiniens en Tunisie même ?" (Al-Qabas du 17 avril 1987).
Les inconditionnels de la direction de l'OLP méditeront ce bilan.
Salah JABER