La XVIlle session du Conseil National Palestinien •
MOYEN-ORIENT
La 18ème session du CNP, tenue à Alger du 20 au 25 avril dernier, a été marquée par la réintégration - après quatre ans de rupture - des FPLP et FDLP dans les rangs de l'OLP, dominée par le Fatah de
Yasser Arafat (voir encadré). Cette "réconciliation" a été, en fait, déterminée avant tout par l'impasse à laquelle était parvenue la politique droitière de la direction Arafat. Ces dernières années, en effet,
'OLP avait choisi "l'option jordanienne" : une alliance avec la Jordanie qui avait culminé avec l'accord d'Amman, en février 1985, par lequel le roi Hussein et Arafat prévoyaient une délégation commune à des négo-
Si l'URSS a manifesté clairement son irritation à l'égard de la politique menée par Arafat, notamment après la conclusion de l'accord d'Amman, elle n'en a pas moins maintenu des rapports avec l'OLP et, en particulier, les membres "centristes" de sa direction. En fait, Moscou a constamment gardé l'espoir de récupérer l'OLP.
Kremlin estimait, à juste titre, que la carte américaine jouée par Arafat ne pouvait qu'être perdante, le maximum de concessions que l'OLP est en mesure d'offrir demeurant incompatible avec les conditions minimales d'un accord avec la fraction la plus "modérée"
de l'establishment sioniste. En effet, si Hussein, peut trouver son compte dans la cogestion avec Israël de bantoustans palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, quel intérêt pourrait y trouver la bureaucratie de l'OLP que dirige Arafat ? Or telle est la seule et unique formule de
"réglement" sur laquelle pourraient déboucher d'éventuelles négociations avec l'Etat sioniste, quelle qu'en soit la forme, du moins dans le cadre du rapport des forces actuel qui n'est pas près de changer.
L'aveuglement d'Arafat face à cette évidence est lié à son refus d'en tirer toutes les conséquences : c'est toute la contradiction d'une bureaucratie bourgeoise dirigeant un mouvement de libération nationale, tout en étant dépendante des suppôts arabes de Washington, Arabie saoudite en
Lête.
LE ROLE DE MOSCOU
Les dirigeants soviétiques avaient donc de bonnes raisons de croire que, par dépit sinon par conviction, la direction de l'OLP serait de nouveau contrainte de se tourner vers eux. Mais pourrait-on se demander, pourquoi tiennent-ils à un allié aussi peu fiable, qui n'a aucune affinité idéologique ou politique avec T'URSS ? C'est parado-
L'OLP à la croisée des chemins
(2ème partie)
xalement cet aspect-ci d'Arafat qui intéresse Moscou, au premier chef. Musulman bon teint, reconnu par les régimes islamiques les plus réactionnaires et parrainé par les Saoudiens, indéniablement populaire au sein des masses palestiniennes, ce qui le met en position de s'opposer efficacement aux manœuvres israélo-jordanoaméricaines, faute de pouvoir y prendre part, le leader de l'OLP est un allié inestimable pour une bureaucratie soviétique en quête de respectabilité islamique. D'autant qu'elle est confrontée au double problème de l'Iran et de l'Afghanistan, et fait, de surcroît, l'objet d'une tentative systématique d'éviction du Proche-Orient par les EtatsUnis, depuis quinze ans.
Avant l'accord d'Amman, Moscou avait déployé d'intenses efforts pour ramener dans son giron l'OLP et la réconcilier avec la Syrie, autre pièce maîtresse de son dispositif proche-oriental. Ces efforts étaient relayés par les instruments directs de la politique soviétique dans la région : FDLP et PCP - alors en alliance avec le FPLP - et le régime sud-yéménite. Ils avaient débouché sur les accords d'Aden de mars 1984, dont Arafat devait montrer le peu de cas qu'il faisait en convoquant la 17e session du CNP à Amman, huit mois plus tard, en l'absence de ces organisations. Depuis, le FPLP, imité par le FLP (Yacoub), avait rompu son alliance avec ses partenaires alignés sur Moscou, pour rejoindre la dissidence du Fatah, la Saïka, le FPLP-CG et le FLPP, dans le cadre du Front du salut national palestinien (FSNP) lié à la Syrie et à la Libye, et dont l'une des revendications était la destitution d'Arafat de la présidence de l'OLP pour trahison de la cause nationale. Le FDLP et le PCP, respectant les consignes du Kremlin, maintinrent contre vents et marées leurs
L'annonce par Hussein du gel de l'accord d'Amman, en février 1986, allait fournir à Moscou et à ses relais politiques ciations avec Israël, dans la droite ligne des propositions américaines.
Un an après, le roi jordanien suspendait cet accord et fermait les bureaux du Fatah dans son royaume, tout en agissant de concert avec le leader travailliste israélien Shimon Pérès pour préparer les conditions d'une transaction portant sur la Cisjordanie et le secteur de
Gaza, sans l'OLP. La première partie de cet article, publiée dans le numéro précédent d'Inprecor, dressait le bilan de la politique menée par Arafat. Cette deuxième et dernière partie analyse le processus de la "réconciliation" palestinienne et ses perspectives.
régionaux l'occasion de renouveler leurs efforts auprès de la direction de l'OLP, avec des chances beaucoup plus sérieuses cette fois-ci. Tandis que l'Algérie lançait, avec la bénédiction de Moscou, un appel à la réunification de l'OLP et offrait d'accueillir sur son territoire la réunion du
CNP qui la consacrerait, des négociations étaient engagées sous auspices soviétiques, entre des représentants du Fatah loyaliste et les FDLP et PCP. Dans un premier temps, elles aboutiront, à "un accord de Moscou" en août 1986, suivi en septembre par la "déclaration de Prague"
signée par les trois formations. Cette déclaration contenait déjà l'ensemble des éléments essentiels de la plate-forme politique qu'adoptera la 18e session du CNP :
elle prévoyait la suppression de l'accord d'Amman - tout en reconfirmant la formule ambiguë du 16e CNP préconisant une
"confédération (jordano-palestinienne) entre deux Etats indépendants "-, souhaitait la réconciliation avec la Syrie, mais remettait à plus tard la décision au sujet des rapports avec l'Egypte. Sur le plan organisationnel, la déclaration de Prague envisageait une réforme de la structure de direction de l'OLP dans un sens plus collégial et plus frontiste. Elle fixait le mois d'avril
1987 comme date du prochain CNP devant se réunir à Alger, avec la participation - pour la première fois - du PCP en tant que
Les six mois qui suivront l'accord de
Prague seront marqués par un intense déploiement d'efforts dans deux sens opposés : les efforts de la fraction droitière dominante du Fatah, dirigée par Arafat, pour une réconciliation avec la Jordanie et la réactivation de l'accord d'Amman ; et les efforts de Moscou et de ses relais et alliés régionaux pour la réalisation du contenu de la déclaration de Prague. Nous avons déjà décrit le sort des efforts d'Arafat dans la première partie de cet article, ceux du
Kremlin et consorts s'avèreront plus fruc-
tueux. La Syrie ayant formulé des conditions préalables à tout rétablissement de ses rapports avec la direction de l'OLP,
"radicales" pour être acceptées d'entrée de jeu par celle-ci (rupture des relations avec l'Egypte, notamment), les efforts du clan soviétique vont se concentrer sur la Libye et le FPLP.
Avec Kadhafi, les conciliateurs ne rencontreront aucune difficulté : le régime libyen, aux abois depuis que Washington mène une offensive militaire, politique et économique contre lui, et confronté à de graves revers au Tchad, est plus dépendant que jamais de Moscou. Ses déboires le contraignent aussi à mettre de l'eau dans le vin de sa politique arabe. La guerre des camps au Liban lui fournira l'occasion de tendre la main à la direction de l'OLP, sans perdre la face. Du coup, le FPLP et autres organisations et groupes palestiniens, bénéficiant des subsides de Kadhafi, se trouveront soumis à une pression convergente avec celle de Moscou. Le FPLP sera cependant la cible principale des conciliateurs, étant à la fois le maillon essentiel et le plus faible du FSNP : l'organisation la plus prestigieuse, la plus autonome à l'égard de la Syrie, mais aussi la plus partagée politiquement avec une fraction conciliatrice active (Abou Ali Moustafa, Bassam Abou Charif) et un Georges Habache jouant, à son habitude, le rôle du fléau de la balance. Comme de coutume, celui-ci hésitera jusqu'au demier moment, pour finir par se contredire en maugréant.
Le FPLP ne se joindra pas aux négociations de Tunis, en mars dernier, entre le Fatah loyaliste et ses deux partenaires du CNP d'Amman (FLP d'Aboul Abbas et FLA) d'une part, et les deux formations prosoviétiques, le FDLP et le PCP, de l'autre. Ces négociations déboucheront, le 16 mars, sur l'adoption d'un document de travail, tout à fait conforme à celui de Prague - y compris le report de la décision sur l'Egypte, principale pomme de discorde avec Arafat. Il était néanmoins important que le Fatah confirme, en signant ce nouveau document plus solennel que celui de Prague, l'engagement contracté alors, d'abroger l'accord d'Amman, d'autant plus qu'Arafat avait entre-temps déployé des efforts en sens contraire. Parallèlement, Kadhafi convoquera les composantes de l'opposition à Arafat à se réunir en Libye afin de fixer leurs conditions pour la réunification de l'OLP. Il en résultera le "document de Tripoli", signé le 23 mars par les organisations que finance la Libye FPLP, FDLP, FPLP-CG, FLP (Yacoub), FLPP et même le Fatah-CR d'Abou Nidal. Parmi les composantes du FSNP seuls refuseront de se joindre au dernier document, le Fatah-dissidence et la Saïka exigeant tous deux, avec l'appui de Damas, la destitution d'Arafat comme condition d'une réunification de l'OLP. Par contre, le FDLP signera, quant à lui, les deux documents - celui de Tunis et celui de Tripoli - prétextant qu'ils ne sont pas contradictoires. En fait, la différence principale entre les deux documents portait sur la question des rapports avec le régime égyptien. forme de Tripoli, contrairement à celle de Tunis, se prononçait clairement pour la rupture avec le gouvernement du Caire, ce qui n'était pas pour déplaire au régime libyen dont les rapports avec l'Egypte de Moubarak sont antagoniques.
Les tractations pour convaincre le FPLP de prendre part aux prochaines négociations entre formations palestiniennes et à la 18e session du CNP - prévues respectivement pour les 10 et 20 avril, à Alger, par le document de Tunis - se concentreront donc sur la question égyptienne. Le FPLP exigera que le Comité exécutif de TOLP, en tant que tel, se prononce en faveur de l'abrogation de l'accord d'Amman et de la rupture des relations avec le Caire, préalablement à la réunion du CNP. Soumis aux pressions conjuguées de Moscou, de l'Algérie, du FDLP et du PCP, avec l'assentiment de la Libye, Habache, imité par le FLP (Yacoub), finira par se joindre à la nouvelle session du CNP, sans avoir obtenu gain de cause au sujet de l'Egypte. En revanche, les FPLP-CG, FLPP et Fatah-CR - ces deux derniers ayant poursuivi les tractations avec le Fatah loyaliste jusqu'au dernier moment - refuseront de se joindre au CNP, en invoquant leur attachement au document de Tripoli. En fait, le problème de sa représentation dans les instances de l'OLP semble avoir été le facteur déterminant pour le groupe d'Abou Nidal.
LE NOUVEAU COMPROMIS D'ALGER
La capitale algérienne a été à deux reprises, le lieu où s'est élaboré un comproétabli entre la fraction dominante de l'OLP dirigée par Arafat, en pleine accentuation de son cours droitier, et la gauche nationaliste et stalinienne du mouvement palestinien. Sur les deux questions au centre des tractations du dernier CNP, celles des rapports avec la Jordanie et l'Egypte, la session de 1983 avait adopté les positions suivantes:
- Le CNP s'engageait à "consolider les relations particulières et privilégiées qui lient les peuples jordanien et palestinien " et considérait, tout en réaffirmant le statut de l'OLP en tant que "représentant unique et légitime du peuple palestinien ", que "les relations futures avec la Jordanie doivent être établies sur une base confédérale entre deux Etats indépendants ";
- Tout en soutenant "la lutte du peuple égyptien et de ses forces patriotiques pour mettre fin à la politique dictée par les accords de Camp David ", le CNP appelait le Comité exécutif à "fonder les rapports a-
vec le régime égyptien sur la base de son renoncement à la politique décidée à Camp David".
Ces formulations ambiguës, nettement en retrait par rapport à celles des sessions précédentes du CNP, se prêtaient aisément à l'interprétation qu'en a faite Arafat et qui lui permit de présenter son alliance ultérieure avec les régimes jordanien et égyptien, ainsi que la conclusion de l'accord d'Amman en février 1985, comme des choix politiques en conformité avec l'orientation adoptée par le CNP, donc "légitimes". Mais par leur ambiguïté même, ces formulations constituaient ce-
même, ces formulations constituaient cependant un compromis entre la direction
Arafat et la gauche conciliatrice, nationaliste et stalinienne, représentée principalement par les FPLP et FDLP. Un compromis où la concession fondamentale était, toutefois, le fait de ces derniers. L'ambivalence évidente et volontaire des formulations ne pouvait avoir d'autre objet, en effet, que d'ouvrir la voie à la nouvelle option réactionnaire de la direction Arafat, contradictoire avec le libellé relativement clair des résolutions adoptées par les précédentes sessions du CNP. En outre, l'acceptation même de la "confédération"
tout à fait inédite pour l'OLP, était une énorme concession faite explicitement par gauche à la direction Arafat, et d'autant plus que l'idée émanait du roi Hussein et faisait écho au plan Reagan.
Par rapport aux résolutions adoptées par la 16e session du
CNP, on aurait pu s'attendre à ce que la nouvelle session d'Alger marque un progrès dans un sens favorable aux
FPLP et FDLP. En effet, la
18e session ne venait-elle pas clôturer quatre années durant lesquelles la direction Arafat avait pu donner libre cours à ses choix réactionnaires,
"option jordanienne"
son pour aboutir en fin de parcours à un fiasco total et lamentable ? Cette fois-ci, effectivement, Arafat et ses compatrouvèrent congnons se traints de faire deux concessions à leurs partenaires de gauche, destinées en premier lieu à satisfaire l'URSS : une concession mineure consistant à intégrer le PCP, en tant que tel, au sein des institutions de l'OLP ; et une concession plus importante symboliquement, l'abrogation officielle de l'accord d'Amman. Il est vrai que celui-ci était depuis longtemps lettre morte, au moins depuis que le roi jordanien avait proclamé sa "suspension", plus d'un an avant la réunion d'Alger. Par son libellé même, l'abrogation de l'accord, ressemble d'ailleurs bien plus à un constat de décès tardif qu'à une mise à mort : "
n'est plus en vigueur, il est considéré comme annulé ". Néanmoins, le fait que l'OLP ait pris officiellement la responsabilité de ce constat, alors que Hussein suspension
(n'excluant pas la réactivation), n'est pas sans importance. Ce faisant, la direction de l'OLP passait outre la mise en garde du président égyptien Moubarak, tout en essayant de finasser en employant la formulation la plus anodine possible.
La position d'Arafat et de ses compagnons est, en fait, extrêmement inconfortable. Ils étaient, à la veille du CNP, confrontés au dilemme suivant :
- Soit ils cédaient à la pression jordano-égyptienne, en acceptant formellement la résolution 242 (1967) du Conseil de sécurité de l'ONU et en renonçant officiellement à la lutte armée anti-sioniste. Cela de réactiver l'accord d'Amman, mais au prix d'une scission encore plus grave que celle de 1983 même du Fatah loyaliste, ainsi que d'une grave crise de confiance parmi les masses palestiniennes soutenant l'OLP et d'une rupture décisive avec l'URSS, la gauche traditionnelle de l'OLP et leurs alliés. Une telle attitude aurait relevé de l'aventurisme réactionnaire le plus insensé - suicidaire de fait - en l'absence d'une ombre de garantie sérieuse de bénéfices pour la direction de l'OLP, dans le cadre de la transaction envisagée avec les Etats-Unis et Israël.
- Soit ils cédaient à la pression de Moscou en abrogeant l'accord d'Amman, de manière à se replacer dans le cadre de la doctrine soviétique pour le règlement du conflit israélo-arabe. Cette dernière prévoit la participation de l'OLP en tant que délégation palestinienne indépendante, à une conférence internationale négociant un "réglement" global du conflit sous tous ses aspects et sur tous les fronts (y compris la création d'un Etat palestinien
"indépendant"), une conférence se tenant sous l'égide de l'ONU et avec la participation des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Le risque évident de ce dernier choix, pour la direction de l'OLP, était de se couper de son allié égyptien et d'offrir un alibi à l'axe Amman-Le Caire pour sa participation à un "Camp David"
bis, réglant le sort de la Cisjordanie et de
Gaza en l'absence de l'OLP. Par contre, le bénéfice du même choix était, lui aussi, évident, à la différence du précédent : restauration du crédit moral de la direction de
IOLP, gravement entamé par son fiasco jordanien ; ressoudage de ses propres rangs et de ceux de l'OLP, et donc renforcement de son poids renouvellement du soutien de
TURSS, avec ce que cela implique quant à l'attitude syrienne et donc, la guerre des camps au Liban.
La balance penchait donc résolument en faveur du dernier choix, et ce d'autant plus que certains facteurs aggravaient le caractère déjà totalement aléatoire du premier :
empêtrement de l'administration Reagan dans l'affaire
Irangate ; incertitude du rapport des forces en Israël entre le Likoud, hostile au principe même d'un compromis sur la
Cisjordanie et Gaza, et le bloc travailliste dirigé par Pérès ;
intransigeance de ce dernier contre toute participation de l'OLP à d'éventuelles négociations ; etc. C'est pourquoi, bon gré mal gré, la fraction
Arafat ne pouvait que se plier, à la pression de Moscou, recompagnons "centristes" au sein de la direction du Fatah et de l'OLP. La mort dans l'âme, elle acceptera, que l'accord d'Amman soit officiellement abrogé et ne pourra pas s'opposer à l'adoption par le CNP d'une motion sur la "conférence internationale"
conforme à la doctrine soviétique
"conférence à pleins pouvoirs sous l'égide de l'ONU et sur la base de l'ensemble de ses résolutions relatives à la question paconflit israélo-arabe
( c'est-à-dire en incluant les résolutions de l'Assemblée générale qui reconnaissent les droits nationaux du peuple palestinien, contrairement aux résolutions du Conseil de sécurité), à laquelle prendront part les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ainsi que les parties concernées, y compris l'OLP sur un pied d'égalité avec
les autres délégations à la conférence".
Cependant, tout en faisant ces concessions inévitables, la direction Arafat prendra le plus grand soin d'écarter toute formulation susceptible de faire obstacle à la poursuite de sa politique d'alliance privilégiée avec la Jordanie et l'Egypte. Elle sera aidée par le fait que la rupture avec ces deux pays n'est pas exigée par l'URSS -qui déploie elle-même une offensive de charme à leur égard - mais uniquement par le FPLP et, dans une moindre mesure, le FDLP. La fraction Arafat réussira le tour de force de faire adopter par la 18e session du CNP, des formulations au sujet des relations avec la Jordanie et l'Egypte qui, par rapport à celles de la 16e session, représentent un nouveau pas à droite ! Dans la même veine, elle imposera également au CNP une motion de soutien explicite à l'Irak de Saddam Hussein dans sa guerre contre l'Iran, alors que la session de 1983 s'était limitée à appeler à la cessation de
Il faut dire, toutefois, que la tâche de la direction Arafat n'était pas bien ardue, face à des directions aussi molles que celles de la gauche palestinienne représentée CNP. En effet, au lieu de se battre pour des positions politiques conformes à leurs prétentions idéologiques et programmatiques et à l'intérêt bien compris de la lutte nationale du peuple palestinien, les dirigeants des FPLP et FDLP mèneront à Alger une lutte acharnée pour la reconduction des formulations adoptées lors de la 16e session du CNP, celles-là mêmes dont se targua Arafat pour justifier sa politique des quatre dernières années ! Rappelons, à titre d'exemple, que le 12e CNP (1974) se fixait pour objectif "en collaboration avec les forces nationales jordaniennes.. d'instaurer en Jordanie un pouvoir national démocratique " Les formulations de 1983 étaient un compromis de nature opportuniste par rapport à la ligne antérieure de TOLP, défendue par la gauche du CNP. Du fait de l'attitude de cette dernière, le nouveau compromis de 1987, partant des formulations de 1983, ne pouvait qu'être pire encore. C'est ainsi que d'une session à l'autre du CNP, au fil des ans, la gauche palestinienne avalise l'irrésistible dérive droitière de l'OLP au nom de la sacro-sainte "unité nationale", vieil alibi des compromissions en tous genres.
La résolution du dernier CNP ne se contente pas de reconduire le principe de la "confédération jordano-palestinienne" adopté en 1983. Elle défend l'accord d'Amman, tout en le proclamant caduc, ouvrant ainsi la voie à son éventuel renouvellement. Au sujet de l'Egypte, cette résolution est libellée de manière à ne comporter aucune offense au régime de Moubarak et aucune entrave à la poursuite des rapports établis avec lui. Elle ignore de surcroît les "forces patriotiques" égyptiennes, dont la résolution de 1983 soutenait la lutte contre les accords de Camp David
On comprend, dès lors, que le rédacteur en chef du porte-parole officieux du Fatah loyaliste, paraissant à Paris (Al-Yom Assabeh, du 11 mai dernier), ait eu beau jeu de se gausser du FPLP, en rappelant la longue histoire des reculades de cette organisation, pour conclure : "Même au sujet de ces deux questions précises (les rapports de l'OLP avec la Jordanie et l'Egypte ndlr), le raidissement du FP n'a pas résisté jusqu'au bout. La formulation acceptée par le FP à propos de l'abrogation de l'accord d'Amman justifie le fait de l'avoir conclu en disant que c'était 'dans le but de réaliser l'intérêt commun des peuples palestinien et jordanien conformément aux décisions du sommet arabe de Fès' et que l'accord était fondé sur les décisions des CNP', et ne les violait donc pas comme l'affirment les textes du FP.
De même, la formulation acceptée par le FP au sujet des relations avec l'Egypte ne vise pas à rompre ces relations (comme hange comte et di de l'OLP de définir les principes des relations égypto-palestiniennes sur la base des sessions consécutives du CNP. Et lorsque le FP a insisté pour que soit citée en particulier la l6e session du CNP (la résolution qui mentionne les accords de Camp David), il a accepté que ne soient évoqués de ladite résolution que les principes palestiniens de base (Etat, retour et autodétermination).
C'est pourquoi nous pouvons dire que le raidissement de l'attitude du FPLP est purement formel. Sur le fond, le FP penche pour la politique des ponts ouverts que pratique l'OLP ".
L'auteur des lignes qui précèdent a, au moins, le mérite de la franchise quant à la nature des résolutions adoptées par la 18e session du CNP !
QUELLE "CONFERENCE
INTERNATIONALE"?
Comment, dès lors, interpréter la réaction de Moubarak, ordonnant la fermeture des bureaux de l'OLP au Caire, au lendemain de la dernière session du CNP ? L'étonnement d'Arafat et de ses compagnons face à cette mesure était, à n'en pas douter, tout à fait sincère. Ils s'étaient battus avec acharnement jusqu'à la dernière minute, prenant plusieurs fois le risque d'un éclatement du CNP, pour écarter toute formulation pouvant nuire à leurs rapports avec le régime égyptien. En réalité, Moubarak a voulu, en réagissant comme il l'a fait, marquer son irritation non pas à l'égard d'une résolution au libellé si anodin, mais bien à l'encontre de la signification globale de la 18e session du CNP : un succès important de la politique soviétique au Proche-Orient, que rien ne pouvait mieux symboliser que le rôle déterminant joué par la délégation de l'URSS dans les
Ce succès intervient à point nommé au milieu d'une offensive politique globale de Moscou en direction des pays arabes, illustration parmi d'autres de la dynamisation de la politique extérieure de l'URSS sous Gorbatchev, qui contraste fortement avec la grande inertie du système bureaucratique à l'intérieur. En même temps que se tenait le CNP à Alger, le "numéro un" soviétique recevait à Moscou le principal allié arabe de l'URSS, le président syrien Hafez El-Assad. En une sorte de duplex avec le CNP d'Alger, les deux chefs d'Etat publiaient une déclaration commune dé nonçant les "accords partiels et séparés " (allusion à la doctrine américaine, illustrée par les accords de Camp David) et appelant à la convocation d'une "conférence internationale à pleins pouvoirs" sous l'égide de l'ONU, etc. Cette formule est identique à celle qu'adoptait au même moment la réunion d'Alger. Au-delà de la portée symbolique de ce coup double, Gorbatchev, tout promettant à son allié l'accroissement de son aide militaire et économique, lui demandait instamment d'assouplir son attitude à l'égard de l'OLP et du régime irakien, auquel Moscou a nettement accru son soutien ces derniers mois dans la guerre contre l'Iran de Khomeini.
La stratégie arabe de Gorbatchev est cohérente et relativement simple. Elle s'articule autour des deux points chauds du Proche-Orient : le conflit israélo-arabe et la guerre du Golfe. Au moment où l'administration américaine, empêtrée dans le scandale des ventes d'armes à l'Iran via Israël, apparaît comme plus que jamais compromise avec "les ennemis des Arabes", Moscou s'érige en champion de la cause arabe tous azimuts. Son offensive de charme ne se limite pas à ses alliés traditionnels, y compris l'Irak avec lequel I'URSS a réchauffé des relations qui s'étaient refroidies avant 1985. Elle touche même les clients de Washington. Une dé. légation soviétique de haut rang a récemment fait une tournée dans les émirats du Golfe, les assurant du soutien résolu de Moscou à leur sécurité (contre l'Iran) L'URSS a aussi loué trois pétroliers de sa flotte au Koweit, menacé par Téhéran. Enfin, Moscou a octroyé généreusement à l'Egypte un rééchelonnement de sa dette militaire (3 milliards de dollars) à des conditions très avantageuses, qui ont eu pour effet de mettre dans un embarras certain une administration Reagan incapable de telles prodigalités face à un Congrès hanté par le déficit budgétaire américain.
Cependant, Moscou ne pourrait mieux trouver pour rehausser son image de champion de la cause arabe qu'une "conférence internationale" pour le règlement du contentieux israélo-arabe. L'URSS, qui partage
entièrement le point de vue officiel des Etats arabes - retrait israélien de tous les territoires occupés en 1967 et création d'un Etat palestinien indépendant, en échange de la paix et de la sécurité des frontières - et qui est plus ferme à ce sujet que certains d'entre eux, comme l'Egypte naguère ou la Jordanie aujourd'hui, aurait là une magnifique occasion de dénoncer la complicité israélo-américaine. Sans plus d'ailleurs, car ces conditions ne sauraient en aucune façon être admises par l'Etat sioniste. Or, en vérité, Moscou n'a aucun intérêt à ce que s'instaure aujourd'hui une "paix" entre Israël et les Etats-arabes. L'antagonisme israélo-arabe est beaucoup plus coûteux, en termes financiers et politiques, pour les Etats-Unis que pour l'URSS et c'est pourquoi d'ailleurs Washington est pressé d'aboutir à une "pax américana" tre ses clients arabes et Israël.
Depuis les annés où Henry Kissinger dirigeait le Département d'Etat, le gouvernement américain s'est lancé dans un intense effort visant à établir des règlements séparés entre Israël d'une part, de ses voisins arabes - à l'exception de la Syrie - d'autre part. Cette avait connu son premier et principal succès, sous Carter, avec la signature du traité de paix égypto-israélien. Elle avait subi un grave revers sous Reagan, avec l'effondrement du traité élaboré avec peine entre Israël et le gouvernement libanais d'Amine Gemayel. Aujourd'hui, l'administration américaine concentre ses efforts sur le front israélo-jordanien. Or, le roi Hussein ne peut se permettre une attitude à la Sadate, son royaume étant bien trop faible pour cela. Il a besoin d'une couverture internationale pour pouvoir négocier officiellement et conclure un accord avec Israël. Mais il s'accorde toutefois avec ses compères travaillistes israéliens et l'administration américaine pour exclure une conférence internationale à pleins pouvoirs", où l'URSS et la Syrie auraient un droit de véto.
C'est pourquoi Hussein, Pérès et le secrétaire d'Etat américain George Schultz ont élaboré en commun leur propre conception de cette conférence. Après une séance inaugurale en grande pompe, elle se scinderait en commissions bipartites qui examineraient le contentieux entre Israël et chacun de ses voisins, et qui seraient pleinement autonomes dans leurs décisions. En somme, une telle conférence internationale ne serait rien d'autre -pour reprendre l'expression judicieuse de l'hebdomadaire américain Newsweek -qu'une feuille de vigne pour des négociations directes et séparées entre la Jordanie et Israël. Toutefois, en supposant même que l'opposition des faucons du Likoud en Israël, hostiles à tout compromis territorial en Cisjordanie et à Gaza, puisse être surmontée, ladite feuille de vigne risquerait fort d'être transparente, dans la mesure où la Syrie et l'URSS ne sauraient se joindre à une telle opération.
Reste l'OLP. L'exclusion de celle-ci de l'ensemble du processus arrange, pour des raisons différentes, aussi bien Jordaniens qu'Israéliens. En ce sens, la dernière session du CNP, en rendant l'hypothèse d'une participation de l'OLP à la conférencefeuille de vigne encore plus improbable, a tout lieu de satisfaire Pérès et Hussein. En particulier, la fermeture des bureaux de
CONFERE CE IN S
PEOPLE
PAUSE TY ALES Arafat paraît satisfait (dr) TOLP en Egypte, qui s'est acompagnée de l'invitation au Caire d'Aboul Zaïm, le transfuge du Fatah à la solde d'Amman, constitue un alignement de la politique égyptienne sur la politique jordanienne en ce domaine. Néanmoins, l'Egypte de Moubarak, comme l'Arabie Saoudite, souhaitent ardemment en réalité que l'OLP, sur la lancée des quatre dernières années, fasse les ultimes concessions permettant de l'associer à des négociations avec Israël, dans le cadre d'une délégation jordano-palestinienne commune. En effet, si Hussein et Pérès n'entendent aucunement associer l'OLP - quelque assagie qu'elle pût être - à leur gestion commune de la Cisjordanie et de Gaza, les autre partenaires arabes de Washington ne partagent pas leurs motivations. Bien au contraire, ils estiment qu'une couverture palestinienne - et seule l'OLP d'Arafat peut l'assurer - est encore plus nécessaire à un réglement du sort des deux territoires palestiniens occupés depuis 1967, qu'une couverture internationale. Faute de quoi, tout réglement sera soumis à une opposition et à une surenchère très puissantes de la part de Moscou et de l'ensemble de ses alliés arabes, y compris l'OLP et la majorité des Palestiniens qui la suit. C'est pourquoi l'attitude égyptienne, contrairement à celle de la Jordanie en 1986, ne doit pas être interprétée comme un acte d'exclusion de l'OLP, mais comme un acte de pression sur celleci pour la ramener dans le giron du Caire. Ainsi donc, la direction Arafat se retrouve soumise, au lendemain de la 18e session du CNP, à de fortes pressions contradictoires. Une fois de plus, elle est à la croisée des chemins. D'une part, s'exerce sur elle la pression de Moscou pour compléter le pas franchi au CNP par une réconciliation de l'OLP avec la Syrie. Gorbatchev a préparé le terrain du côté syrien, et Georges Habache s'est immédiatement attelé à cette tâche après la session d'Alger. Il a été reçu à Damas par Hafez El-Assad, qui lui a déclaré que le dernier CNP était "un pas dans la bonne direction " qu'il attendait de voir confirmé politiquement, et complété par la réunification avec les autres organisations membres du FSNP.
D'autre part, elle subit la pression de l'Arabie Saoudite et de l'Egypte qui vise pratiquement à annuler les résultats politiques du dernier CNP, en rétablissant non seulement les rapports officiels de l'OLP avec le régime de Moubarak, mais aussi ses rapports avec la Jordanie, y compris le renouvellement de l'accord d'Amman.
Entre ces deux chemins opposés, la direction Arafat par sa nature même de direction bourgeoise droitière penche résolument en faveur du second ; et ce, en dépit du dernier CNP qu'elle a subi comme un compromis imposé par les circonstances et dont elle ne demande pas mieux que de se débarrasser, dès que cela lui semblera possible. En tout état de cause, elle ne s'engagera nullement à fond du côté soviéto-syrien, à moins de ne plus avoir d'autres choix. Autrement dit, elle ne cessera jamais d'explorer l'autre voie dans l'espoir qu'elle se débloque. Ainsi, dès sa première réunion de travail, le nouveau Comité exécutif élu par la 18e session du CNP - et dominé comme d'habitude par la fraction Arafat, en dépit des revendications de collégialité brandies par la gauche - a décidé, le 17 mai dernier, qu'une délégation présidée par Arafat lui-même se rendrait bientôt au Caire, tandis qu'une autre délégation palestinienne de haut rang se rendrait à Amman !
Les représentants des FPLP, FDLP et PCP au CE ont "exprimé leurs réserves " Le 20 mai, un porte-parole du FP déclarait que son organisation "constate avec inquiétude cette violation évidente des résolutions du CNP et y voit un indice qui ne favorise pas la réunification de tous les Palestiniens ". L'opportunisme stalinien ou nationaliste a toujours été plus conciliateur avec les directions bourgeoises que celles-ci avec lui : il a toujours été perdant à ce jeu-là. C'est une vieille leçon de l'histoire des luttes nationales.
23 mai 1987 ; Salah JABER