Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER AFRIQUE DU SUD

"Ouvrez vos livres de comptes"

Inprecor n° 244, 8 juin 1987 · p. 19 · 1 096 mots

Afrique australe Syndicalisme

Nous voulons voir vos livres de comptes. Nous voulons voir comment chaque centime que nous avons produit pour vous a été dépensé. Nous ne voulons pas voir Simplement des relévés de compte, mais tous vos reçus, carnets de chèques et documents financiers. Nous avons besoin de nous renseigner sur ces choses-là pour voir à quel point vous nous volez. Le capitalisme en Afrique du Sud est totalement anti-démocratique. Le gouvernement ne permet pas aux Noirs de voter ni d'avoir un quelconque pouvoir de décision sur la manière dont on dépense les richesses du pays. Il ne consulte même pas les consommateurs ni les travailleurs quand il pense augmenter le prix du pain ou de l'essence. Il ne les consulte pas non plus quand il décide comment dépenser l'argent des impôts. Il nous refuse ne serait-ce que le plus petit avis sur tout ce qui touche au gouvernement. Il se sert de son pouvoir pour garder les richesses entre les mains d'une minorité. "POUR LES PATRONS, LA DEMOCRATIE EST

UN PRINCIPE A COMBATTRE"

Cela se passe exactement de la même façon avec les patrons. Quand ils décident de ce qu'ils vont faire avec les bénéfices, ils ne consultent pas les travailleurs qui ont permis ces bénéfices.

En effet, s'ils n'étaient pas obligés, ils ne nous consulteraient même pas sur nos augmentations de salaire. Regardez dons comment ça se passe là où il n'y a pas de syndicats, comme dans l'agriculture. Ce sont les patrons qui décident du montant des augmentations de salaire, si augmentation il y a. Ce n'est que grâce au pouvoir de nos syndicats que nous pouvons contraindre ceux-ci à négocier sur mentations de salaire.

Pour les patrons et le gouvernement, la démocratie n'est pas un principe qu'il faut défendre. Pour eux elle serait plutôt à combattre. Ils essaient d'écraser nos syndicats et de casser nos grèves. Ils tentent de détruire nos organisations, communautaires, de jeunesse, de femmes, d'étudiants, organisations politiques, emprisonnant nos dirigeants. Tout cela parce qu'ils veulent garder leurs richesses et leur pouvoir. La dernière chose qu'ils accepteraient serait que nous ayions notre mot à dire sur la répartition des richesses de ce pays.

INJURY 10

Prenez, par exemple, le budget national. Chaque année le gouvernement reçoit des milliards de rands des impôts. Nous ne sommes pas consultés sur les financements attribués. Le gouvernement décide d'élaborer seul son budget.

"NOUS DEVONS DECIDER

DES PRIORITES"

Les livres de comptes et de budget du pays devraient nous être ouverts afin de voir comment vont être dépensées les richesses que nous produisons. Nous devons avoir le pouvoir de décider des prio-

C'est identique dans les usines. Nous travaillons dur tous les jours pour faire les profits d'une société. Mais les patrons gardent leurs livres de comptes fermés.

Nous devons avoir le droit de regard sur l'argent des bénéfices que nous produisons. Nous devons pouvoir étudier les dossiers de la société afin de pouvoir décider comment les bénéfices devraient être dépensés. Ainsi nous serions capables de vérifier si ce que nous disent les patrons sur les profits est vrai. Souvent ils cachent des profits, ou en dépensent une grande partie sur des choses inutiles. Nous pourrions décider de recevoir cet argent sous la

Parfois les livres de comptes des patrons nous montreraient qu'il y a très peu d'argent dans les coffres de l'entreprise. Dans ce cas-là nous devons savoir pourquoi. Nous ne pouvons pas soutenir un système où nous travaillons beaucoup pour finir par apprendre qu'il n'y a rien pour nous. Si tout notre travail s'inscrivait dans un plan de production général pour le bien de tous, nous ne travaillerions pas en

"COMMENT AVOIR ACCES AUX LIVRES DE

COMPTES?"

Comment pouvons-nous avoir accès aux livres de comptes ? Nous pouvons en avoir un résumé dans les bilans d'entreprise si celle-ci est "anonyme". Des "sociétés anonymes" permettent aux membres du public d'en acheter une partie sous forme d'actions cotées à la Bourse de Johannesburg.

Des individus ou sociétés peuvent alors acheter les actions de cette entreprise.

Mais le nombre d'actions qui peuvent être achetées est fixé, et donc si une ou deux personnes achètent la majorité des actions, ils peuvent contrôler cette société, même si d'autres en possèdent également.

Ces sociétés anonymes sont obligées de rendre public leurs bilans pour leurs nombreux actionnaires.

Dans ces bilans on trouve le rapport du président, un rapport sur les activités de la société, une liste des autres entreprises qui lui appartiennent ou sont contrôlées par la société mère et enfin un rapport sur les finances préparées par les experts comptables de la société.

Dans le rapport financier est dressée la liste des bénéfices qui ont été faits, impôts payés, des emprunts aux banques, des bénéfices versés aux actionnaires etc. Ces rapports sont normalement disponibles dans les bibliothèques publiques, et quiconque peut demander à les voir.

Mais parce qu'ils ne sont que des résumés, ceux-ci ne montrent pas tous les détails, notamment d'où viennent les profits, sur le montant des salaires des directeurs et cadres, sur celui des ouvriers, sur quelles machines, achetées à quels fournisseurs et à quel prix ? Autrement dit, tous ces détails très importants n'y sont pas inclus. Les employés des sociétés anonymes ne peuvent donc avoir accès qu'à des renseignements limités. Un examen plus détaillé révèlerait encore plus d'informations. Si l'on veut apprendre tout sur la manière dont sont gérées nos sociétés, nous ne pourrons le faire que si nous sommes bien organisés pour exiger que le patron nous ouvre les livres de comptes.

Les salariés qui travaillent pour des sociétés privées ont actuellement encore moins la possibilité d'avoir des informations sans s'organiser pour lutter. La loi dit que ces sociétés ne sont pas obligées de donner les détails de leurs profits ou de leurs pertes sauf au gouvernement, qui les garde au secret.

Si nous voulons découvrir de quelle manière ces patrons dépensent l'argent que nous produisons pour eux, alors nous devons exiger qu'ils nous ouvrent leurs livres de comptes. Les informations que nous y apprendrions renforceraient notre lutte et aideraient à établir notre contrôle sur ce qui se passe là où nous travaillons. S'ils ont emprunté de l'argent aux banques, à d'autres sociétés ou à la société mère, alors nous devons voir aussi les livres de comptes de ces sociétés.

Les patrons ne consentiront pas à nos revendications facilement. Rien ne leur est plus cher que ces secrets d'affaires, excepté leurs bénéfices ! Nous serons obligés de nous battre pour faire ouvrir les livres de comptes. Cette bataille constitue un élément clef de notre lutte pour un salaire décent.

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