Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ECONOMIE

Crise monétaire et concurrence impérialiste

· Inprecor n° 245, 22 juin 1987 · p. 3-6 · 3 862 mots

Japon et Corée Économie mondiale États-Unis Allemagne

Les marchés des change sont en émoi. Le dollar est en chute libre ; on assiste à une nouvelle flambée de l'or. Comment doit-on estimer ce nouvel épisode de la crise financière ?

La dévalorisation du dollar par rapport au yen et aux monnaies du "système monétaire européen" (Cf. Inprecor numéro 235 du 2 février Ernest MANDEL

Le problème de la dette en dollars n'est pas seulement - ni même en premier lieu -un problème des pays dits du Tiers-monde. Certes, ces derniers avec 1 000 milliards de dollars de dettes, sont particulièrement vulnérables, étant donné le rapport entre cette dette et leurs revenus d'exportations ou, mieux encore, leur revenu national.

Il n'empêche que ces 1 000 milliards de dollars ne représentent qu'à peine 15% du montant global des dettes en dollars, auxquelles il faudrait ajouter les dettes libellées en d'autres devises convertibles. Celles-ci s'élèvent au total à 7 500 voire 8 000 millions de dollars environ. Finalement, 60 % des habitants de la planète -si l'on inclut la République de Chine populaire - totalisent 15% du total de la dette. "On ne prête qu'aux riches ", plus que jamais l'adage demeure valable (1).

LA MONTAGNE DE DETTE A COMMENCE A BOUGER

Endettement étranger d'autres puissances impérialistes (par exemple, la dette étrangère de la France s'élève à 55-60 milliards de dollars) ; endettement des ménages aux Etats-Unis, où 15 à 20% des achats se font à crédit ; endettement des entreprises (toute la vague de fusions et d'OPA qui s'est effectuée ces dernières années aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne a été financée par le crédit) ; croissance rapide de la dette publique aux Etats-Unis ; voici les sources supplémentaires de l'endettement mondial, aux côtés des dettes du Tiers-monde et des pays dits socia-

Pendant la période 1976-1980, ce fut surtout la dette du Tiers-monde et des Etats ouvriers bureaucratisés qui s'accrut proportionnellement plus que l'endettement global. Cela permit d'amortir quelque peu les effets de la récession 1974-1975, à tel point que "l'aide au Tiers-monde" apparut surtout comme une aide aux industries exportatrices des pays impérialistes.

Pendant la période 1983-1985, ce fut surtout la dette des grands trusts améri-

Crise monétaire

et concurrence impérialiste

cains et britanniques qui s'accrut. Mais, de balance des paiements américains inondèrent les Etats-Unis et le monde entier de dollars.

La loi de l'offre et la demande jouant sur le marché des changes - déterminant le cours réciproque des devises les unes par rapport aux autres sur un marché des changes "flottant", c'est à dire sans parité

ONE fixe entre devises - il était inévitable que le dollar reprenne sa chute libre, initialement renversée entre 1980 et 1984. C'est ce qui se passe depuis 1985.

La mécanique objective qui est à la base de ce mouvement ne doit pas être sous-estimée. Elle apparaît clairement si l'on regarde le "système monétaire" d'un point de vue mondial. Il se représente comme un système à quatre pôles : le dollar ; le yen ; le mark allemand et ses monnaies européennes satellites ; les devises

Tiers-monde et des pays dits

Il y a quelques devises qui occupent une

ECONOMIE 1987) est-elle simplement une arme de la guerre commerciale que l'impérialisme américain a déclenchée contre ses principaux concurrents ou reflète-t-elle aussi une crise financière plus profonde de cet impérialisme et de l'ensemble du système monétaire international qui ne s'est toujours pas totalement détaché du dollar ? position intermédiaire, telle la livre sterling qui oscille entre le dollar et les monnaies du SME, le won sud-coréen et le dollar de Taïwan (2) qui oscillent entre le dollar et le yen ; le rial séoudien qui décroche par rapport au dollar etc. Mais pour l'essentiel, c'est bien d'un système quadri-

Or, si le dollar perd rapidement de sa valeur par rapport au yen et aux monnaies européennes, tel n'est pas le cas par rapport aux monnaies des pays du Tiersmonde, y compris celles des pays semi-industrialisés à l'exception - mais pour combien de temps encore ? - de la Corée du Sud et de Taïwan. Même lorsque leurs balance commerciale est créditrice par rapport aux Etats-Unis, ces pays connaissent un taux d'inflation supérieur à celui des Etats-Unis (3). La demande - la pénurie -de dollars à des fins d'investissements et de thésaurisation (fraude, sauvegarde de fortunes privées) y reste constante. En conséquence, les monnaies de ces pays se dévalorisent sans cesse par rapport au dollar, même au "marché noir" et au "marché gris" des pays dits socialistes, et l'actuelle chute du dollar, ainsi que la hausse de taux d'intérêt qui l'accompagne, ne leur profite guère.

GUERRE COMMERCIALE

ET GUERRE FINANCIERE

Il y a donc dans la chute du dollar par rapport au yen et aux monnaies européennes, quelque chose d'incontrôlable, en

(1) Voir le chapitre sur l'endettement mondial dans Ernest Mandel, "La crise", Paris -Flammarion, 1985.

(2) Le dollar taïwanien est monté de 20% par rapport à la devise américaine. Taïwan détient aujourd'hui des réserves de change d'une contre-valeur de plus de 50 milliards de dollars. Sur ce plan, elle se place donc en troisième position mondiale, après la RFA et le Japon, mais avant les Etats-Unis, la France, l'Italie, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne etc.

(3) L'inflation se propage actuellement au Brésil au rythme de 80% par an pour ne prendre que cet exemple.

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plus des desseins de l'administration Reagan. Une énorme boule de neige s'est mise en mouvement, personne ne peut l'arrêter, ou du moins, l'arrêter complètement.

Pour le grand public, la chute du dollar apparaît avant tout comme un moyen de l'impérialisme américain de redresser le déficit catastrophique de sa balance commerciale, d'arrêter l'inondation du marché des Etats-Unis de biens industriels en provenance de l'étranger, y compris de pays comme Taïwan, la Corée du Sud, le Brésil, avec lesquels les Etats-Unis ont actuellement une balance déficitaire pour produits manufacturés, la majeure partie de ces importations ne provenant pas de succursales des trusts américains établies à l'étranger.

Un dollar au cours plus bas, cela signi-

TABLEAU 1 (En milliards de dollars)

Principaux déficits commerciaux des USA en 1986)

Japon 58,6

Canada 23,3 Taiwan 15,7 RFA 15,6 Corée du Sud 7,1

Italie 6,5

Hong Kong 6.4

(source: International Herald

Tribune 11 mai 1987) fie une chute des prix des produits américains par rapport à ceux des produits japonais et européens, donc - suppose-t-on -une chute des importations et une hausse des exportations des Etats-Unis, jusqu'à ce que l'équilibre de la balance commerciale se rétablisse dans un an, deux ans, peutêtre trois, personne n'ose faire de pronostic précis.

Il y a sans doute une part de vérité un proter de

dans cette analyse, mais une part seulement. La réussite du l'administration Reagan est incertaine. Ce dessein reflète un déplacement soudain et significatif des préoccupations - et du poids - des banquiers et spéculateurs de Wall Street vers celles du grand capital industriel (4). Mais, surtout, tout ce scénario doit être revu et corrigé dans le contexte des réactions prévisibles des principaux concurrents de l'impérialisme américain, les impérialismes japonais et ouest-allemand.

Et l'image qui se dégage en définitive est bien plus complexe que les apprentissorciers de la Maison Blanche ne l'ont imaginée.

Ce sont les capitalistes japonais qui ont financé l'essentiel du déficit de la balance commerciale des Etats-Unis au cours des dernières années, en souscrivant massivement aux emprunts publics américains

Les exportations de capitaux japonais se sont élevées en 1986 à 145 millions de dollars brut (et quelque 100 milliards de dollars net) dont 47 milliards d'achat d'obligations d'Etat américaines. Mais ces achats diminuent rapidement : de 56,4% de l'ensemble d'obligations l'étranger au premier trimestre à 38,5% au quatrième trimestre. En mars 1987, cette chute s'est accentuée : 2,5 milliards de dollars d'obligations américaines seulement furent achetés; (Far Eastern Economic Review, 16 avril 1987).

Le Japon a renversé dramatiquement la situation pour devenir le premier créancier du monde. En 1981, il ne détenait que 11 milliards de dollars d'avoirs nets l'étranger, alors que les Etats-unis en détenaient 140 milliards. Aujourd'hui, le Japon en détient 200 milliards, alors que les Etats-Unis sont devenus débiteurs à l'égard du reste du monde.

Il n'y a là rien d'anormal dans l'histoire du capitalisme. Marx signalait déjà au 19e siècle que les bourgeois britanniques finançaient une partie des exportations britanniques en prêtant des capitaux-argent aux clients de la GrandeBretagne. Les Etats-Unis avaient fait de même avec leurs clients européens à l'époque du plan Marshall, après la Seconde guerre mondiale.

Seulement voilà, la livre sterling du 19e siècle et le dollar de 1948 étaient des monnaies stables, "bonnes comme l'or Mais le dollar d'aujourd'hui est une monnaie en voie de dévalorisation. En l'espace d'un an, les propriétaires japonais de bons du trésor américains ont perdu 30 à 40% de la valeur de ce capital, du seul fait de la perte de valeur du dollar par rapport au yen. Continueront-ils, dans ces conditions à souscrire mois après mois, aux émissions américaines ? Rien n'est moins sûr.

_do fume de ta change demer 1l

En réalité, on assiste à un double mouvement de chantage derrière le rideau mesures protectionnistes contre les produits électroniques japonais prises par l'administration Reagan.

D'une part, comme tout gros prêteur, le Japon doit trembler à l'idée que le cours du change du dollar continuera sa lente descente. Au bout d'une autre année, encore 30% de ce capital pourrait s'évaporer ! Mais, par ailleurs, le Japon peut aussi faire trembler les Etats-Unis : si la chute du dollar se maintient, c'est l'ensemble des avoirs liquides ou semi-liquides en dollars qu'ils détiennent que les capitalistes japonais pourraient d'un seul coup jeter sur le marché. Cela provoquerait non seulement l'effondrement du dollar, mais aussi l'insolvabilité du système bancaire américain, déjà mal en point. Au taux de change actuel, il n'y a plus une seule banque américaine parmi les dix plus grandes banques du monde, dont la plupart sont d'ailleurs japonaises.

Ce n'est pas la seule arme de rétorsion

DEFiCiN Public

HONK!

dont dispose l'impérialisme japonais. côté un yen et un mark chers, de l'autre, un dollar bon marché, cela veut dire que les terrains, les biens immobiliers, les ac-

(4) Comme l'idéologie reflète généralement les préoccupations des classes dominantes, voici qu'apparaît un ouvrage à succès aux Etats-unis sur la "réindustrialisation" : Stephen Cohen -John Zysman, "Manufacturing matters, the myth of the post-industrial Economy". New-York, Basic Books, 1986.

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Tout d'abord la hausse du yen par rap- par exemple, les Japonais produisent déjà tions et les entreprises américains sont bon marché pour les bourgeois japonais et allemands. C'est donc le moment d'acheter en masses des entreprises aux Etats-Unis et avant tout, dans le domaine de la technologie avancée. Les capitalistes japonais et allemands ne s'en privent pas.

C'est bien là que le bât blesse. Nous vivons à l'époque impérialiste, non à l'époque du capitalisme libéral de libreconcurrence. L'impérialisme américain ne peut tolérer la "désindustrialisation" de son pays. Elle impliquerait une dépendance croissante des Etats-Unis par rapport aux produits de haute technologie, y compris de produits militaires, importés ou propriété de l'étranger (Japon et Corée du Sud, en attendant la RFA).

Cela serait insupportable pour le grand capital américain. Quand les Japonais ont acheté l'un des principaux trusts électroniques "sophistiqués" des Etats-Unis - la Fairchild - Washington a dit non. Mais, comme à l'époque impérialiste, c'est le capital financier qui décide en dernière analyse, on ne peut sauver les usines américaines sans sauver le dollar, avant tout celui des banques américaines. D'où le choix déchirant devant lequel est placé l'impérialisme américain. La pression politique, le chantage militaire, - y compris la menace de réduction de la présence américaine au Japon et en Europe - ne peuvent rien décider à eux seuls. La bataille décisive se mènera sur le terrain industriel et tel point l'administration Reagan, au même moment où elle impose des droits de douanes surélevés à certains produits japonais, se voit obligée de faire monter le taux d'intérêt sur ses emprunts publics. Sans cette "prime contre pertes de change" - un écart de 6% entre les taux d'intérêt aux Etats-Unis et ceux au Japon - les capitalistes japonais ne souscriraient plus aux obligations américaines (5). "Les institutions financières japonaises affirment de manière insistante que si les taux d'intérêt à long terme ne s'élèvent pas au moins jusqu'à 9,25%, ils ne seront plus de gros acheteurs comme il l'ont été dans le passé" (Business Week, le 11 mai 1987)

Dès lors, les Etats-Unis ne pourraient plus couvrir le déficit de leur balance commerciale qu'en liquidant ce qui reste de l'or de Fort Knox et des avoirs américains à l'étranger.

Or, la hausse des taux d'intérêt - conjuguée à la relance de l'inflation aux EtatsUnis - accentue le cours vers la récession dans ce pays. Et la récession n'encourage guère la "réindustrialisation", loin s'en faut. On voit le dilemme.

Mais à son tour, le Japon apparaît comme un géant aux pieds d'argile, étant donné le contexte de crise monétaire et de (mini ?) récession internationales.

port à toutes les autres devises, rend les exportations japonaises très vulnérables. Elles reculent déjà en volume même si elles augmentent encore en valeur. Elles sont surtout de moins en moins compétitives par rapport à celles de la Corée du Sud, de Hong Kong, du Brésil, voire de

LA CRISE FRAPPE A LA PORTE DU JAPON

Ensuite, tout l'énorme excédent commercial japonais est concentré sur trois secteurs : l'acier, l'automobile, les appareils électroniques. La concurrence y est féroce ; l'expansion de la demande mondiale y tend vers zéro ou est d'ores et déjà

Deux réactions prévalent alors à ToNakasone, premier ministre du Japon, le "géant aux pieds d'argile".... kyo. D'abord, la relance de la demande intérieure, et il faut savoir que le niveau de vie des masses japonaises, surtout en matière de logement et de sécurité sociale, est encore inférieur de 25% à celui des Etats-Unis et des pays européens les plus riches. Mais comme la dette publique japonaise est déjà très élevée, pareille relance stimulerait à coup sûr l'inflation et saperait encore davantage la compétitivité internationale des entreprises japonaises.

Deuxième solution, une accentuation de l'exportation des capitaux, plus massive vers les Etats-Unis et l'Europe comme vers l'Asie du sud-est et du sud, vers certains pays d'Amérique latine, voire vers certains Etats ouvriers bureaucratisés, avant tout la Chine.

Dans le domaine des magnétoscopes,

1,9 millions d'appareils en Europe contre 1,7 millions d'appareils produits par les firmes européennes (Business Week, 13 avril 1987). Mais les Sud-Coréens occupent déjà 10% du marché ; vendant à moitié prix, leur part risque encore

Pareil déplacement massif des investissements productifs vers l'étranger, accentuerait la récession qui a déjà commencé au Japon et causerait une nette flambée du chômage, ce qui n'encouragerait guère les importations américaines.

La conséquence immédiate de ce choix douloureux, c'est que la hausse du yen se traduit au Japon même par une pléthore de capitaux-argent et par des banquiers en quête désespérée de nouveaux placements (6). Vu le climat qui prévaut à l'échelle de l'économie capitaliste internationale, c'est la spéculation boursière à outrance qui a été déclenchée. La capitalisation des titres à la Bourse de Tokyo dépasse déjà celle de Wall Street au taux de change actuel yen/ dollar : 2 750 milliards de dollars. A son tour, cette énorme vague de spéculation est principalement financée à crédit. Les boursicoteurs de Tokyo achètent à crédit en offrant en garantie les Mais celles-ci ont atteint un cours vertigineux : 70 fois les dividendes rapportés par ces actions ! (Financial Times, 28 avril 1987). En outre, une bonne partie des achats d'obligations à long terme à l'étranger s'effectue également par crédit (dollars achetés à court terme) accordé par

Ces dernières doivent donc à leur tour s'endetter lourdement à l'étranger. Selon les statistiques de la Bank of Japon que rapporte la Far Eastern Economic Rewiew du 9 avril 1987, à la fin de l'année 1985, le secteur privé du Japon détenait des obli-

Get actions étrangères pour milliards de dollars, mais devait pour 161 milliards de dollars de devises à court terme à l'étranger.

Le risque d'un krach bancaire sur le modèle de celui de 1929 à Wall Street pourrait donc surgir aujourd'hui de l'insolvabilité de gros débiteurs du Tiersmonde, de l'effondrement du dollar ou d'un

(5) A la veille de la dernière vente aux enchères mensuelle des bons du Trésor américains, Wall Street et Washingthon étaient très inquiets : "achèteront, achèteront pas ?". Finalement les Japonais ont acheté mais seulement 20% du volume habituel (International Herald tribune, 4 mai 1987 ; Sunday Times, 10 mai 1987)

(6) Voici une remarque intéressante du Japan Economic Journal du 16 mai 1987 : "Les institutions financières japonaises affrontent un jeu d'argent... créé par un excès de liquidités. Alors qu'elles subissent une grande pression pour prêter, il n'y a qu'un cercle restreint d'emprunteurs " explique un analyste du département bancaire de la Bank of Japan. "Ils n'ont pratiquement pas de choix sinon de prêter aux Etats-Unis ".

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krach à la bourse de Tokyo.

Ce qu'il importe de souligner, c'est que la concurrence sur le marché mondial - qui n'est plus en expansion - est déterminée en dernière analyse par la loi de la valeur, c'est-à-dire par le mouvement à moyen et à long terme de la productivité du travail dans les principaux pays concernés. A ce propos, le déclin relatif des Etats-Unis reste frappant, comme il ressort du tableau ci-dessous, sur l'évolution de la balance commerciale américaine.

TABLEAU II : solde négatif (en milliards de dollars valeur 1972)

(Source : Le Monde, ler avril 1987)

HAUTE TECHNOLOGIE AUTRES PRODUITS INOUSTRIELS

1972 1974 1S76 1$78 1980 1982 1934

Il est vrai qu'en principe, aucune puissance capitaliste n'a intérêt à long terme à étrangler l'expansion du commerce mondial par des mesures protectionnistes. Chacune finirait par subir par ricochet une contractions de ses débouchés, sauf la plus compétitive, et encore. C'est pourquoi les voix qui mettent en garde contre une extension de la guerre commerciale ne cessent de s'amplifier (7). Et ce n'est n'est guère un hasard si c'est surtout en Allemagne que les avertissements en ce sens se multiplient (Die Zeit, 8 mai 1987). De toutes les grandes puissances impérialistes, c'est elle qui dépend le plus des

Mais résorber le déficit commercial sans guerre commerciale, par le seul jeu de la chute des taux de change du dollar et la "réflation" en RFA, c'est aussi porter un coup très dur aux exportations allemandes et celles des autres pays d'Europe. C'est donc étendre la récession du Japon et des Etats-Unis vers l'Europe. Et avec une économie capitaliste internationale en récession, comment les exportations américaines pourraient-elles prendre un véritable essor ? C'est littéralement la quadrature du

Une autre dimension de la concurrence capitaliste internationale et de la "guerre commerciale" ne doit pas être occultée. Chaque bourgeoisie "nationale" - celles des pays du Tiers-monde et des pays semi- - batoc contamin de faire payer par les salariés de son pays les frais d'une compétitivité internationale accrue de ses firmes. EXPORTER L'AUSTERITE ET LE CHOMAGE ?

Les occasions et prétextes pour y parvenir ne manque guère : diktats du Fonds monétaire international (Brésil), obligation pressante d'assurer le service de dette (Mexique), maintien "économie ouverte" (France sous l'Union de la gauche), réduction drastique du taux d'inflation (Grande-Bretagne sous Thatcher ou Espagne sous Gonzalez), à moins que ce ne soit d'abord la hausse des prix du pétrole puis la baisse des prix du pétrole ou encore la réduction du déficit des finances publiques (Belgique sous les différents gouvernements Martens). Mais le résultat est toujours le même : compétitivité accrue sur le marché mondial (pour les exportations) recherchée par une compression des

Se laisser entraîner sur ce terrain comme le font déjà nombre de bureaucraties syndicales dans le monde entier est extrêmement dangereux. Il n'y a aucune limite à l'abaissement des salaires et à l'extension du chômage, sinon la non-reproduction physiologique de la force de travail, c'est-à-dire la mort par la faim pure et simple. Selon le Sunday Times du 19 avril 1987, un ouvrier manoeuvre dans les mines de cuivres de Kitwe en Zambie, reçoit à présent un salaire inférieur à 3$ par semaine pour 84 heures de travail heb-

Certes, on n'en est pas encore là, en Europe, au Japon, aux Etats-Unis. La résistance ouvrière reste farouche. Les acquis ouvriers ne font que s'effriter lentement . N'empêche que cet effritement est déjà très réel aux Etats-Unis où le pouvoir d'achat des salaires est inférieur de 14% à ce qu'il était en 1973, se situant même à un niveau légèrement plus bas qu'en (Financial Times, 13 mai 1987). Néanmoins, la "compétitivité" de l'industrie américaine n'a jamais été aussi basse.

Et surtout, la bourgeoisie cherche avec acharnement à étendre à l'échelle internationale le modèle d'une "société duale" provenant du Japon et de l'Asie de l'Est, où se cotoyent un secteur ultra-moderne, relativement protégé et bien rémunéré et un secteur "archaïque" (ainsi qu'une infrastructure sociale) aux salaires et conditions de travail misérables, avec basse composition organique du capital et taux de surexploitation élevé.

Relevant le luxe étalé par les nouveaux riches à Taïwan Business Week, (13 avril

1987) souligne : "Mais les rues dans lesquelles roulent les voitures ne sont pas celles d'une nation industrialisée moderne. Les rues de Taipei sont polluées, les chaussées pleines de nids de poules. Une fumée noire nauséabonde s'échappe de bus antiques. Les trottoirs, constellés de trous, sont encombrés d'une nuée de motocyclettes qui y sont garées.

A Taipei, une usine n'est bien souvent qu'un appartement dans une arrière cour où les travailleurs s'affairent six jours par semaine dans une lumière chiche et sans air conditionné ".

C'est donc une politique de gribouille que de vouloir sauver l'emploi par le protectionnisme et les concessions salariales. Cela déclenche un mouvement infernal de spirale descendante des "coûts salariaux" à l'échelle internationale, qui finirait par paupériser tous les salariés du monde

Mieux vaut résister tous ensemble, dans tous les pays, à toute politique d'austérité et lutter contre le chômage par une lutte internationale pour une réduction radicale de la semaine de travail, sans diminution du salaire hebdomadaire.

Mieux vaut annuler d'un seul coup les dettes du Tiers monde que d'y encourager les bas salaires.

Mieux vaut lutter pour des solutions anti-capitalistes à la crise et pour une pers pective socialiste à l'échelle continentale et mondiale que de poursuivre la course à l'abîme : le chômage massif et durable, la régression sociale, la paupérisation, la "société duale", l'Etat fort, le mouvement ouvrier démantelé et la guerre.

Ernest MANDEL (7) La logique capitaliste dans la crise a ses règles de conduite : "Nous sommes tous dans le même bateau. Ne le faisons pas chavirer par de fausses manoeuvres. Mais manoeuvrons quand même pour être dans la meilleure position au cas où il chavire ". Lors de son voyage au EtatsUnis, Nakasone a annoncé un certain nombre de mesures dont "le recyclage de 30 milliards de dollars des excédents japonais en prêts aux pays en voie de développement d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie, dans les trois prochaines années.(...) Dans le passé, des engagements similaires d'utiliser les capitaux japonais pour stimuler la croissance furent critiqués comme autant de projets d'assurer la vente des produits japonais". (Far Eastern Economic Review, 14 mai 1987).

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