Les Américains ne sont pas plus égaux devant la pauvreté qu'ils ne le sont
Toutes les statistiques et enquêtes le prouvent: les Noirs et les femmes forment une part disproportionnée de la population vivant au-dessous du seuil officiel de pauvreté.
Alors que les Noirs représentaient 12% de la population fédérale en 1980, ils formaient 33% de la population pauvre. En conséquence, ils sont affectés trois fois plus que les Blancs par les réduction des dépenses sociales. Si un Américain blanc sur 8 vit dans la pauvreté, c'est le cas pour un Américain noir sur trois. En outre, vivent dans la pauvreté 51,6% des enfants noirs (contre "seulement" 21,8% des enfants blancs), 54,6% des foyers noirs dont le chef est une femme et 61% des familles noires dont le chef est âgé de moins de 25 ans. Un quart des enfants noirs naissent de mères adolescentes (mais une des mesures de Reagan a été de couper les financements des programmes d'éducation sexuelle).
LE CHOMAGE CAUSE PREMIERE
Une des causes premières de la pauvreté est le chômage et, là également, Noirs et Blancs ne sont pas touchés de la même façon. Les Noirs ont été les premiers frappés par la suppression de 3 millions d'emplois ouvriers depuis 1980.
En 1985, année de reprise économique, le taux de chômage était de 5,9% pour les Blancs, mais de 14,9% pour les Noirs. La différence était encore plus forte pour les jeunes : 18,8% pour les jeunes blancs et 41,4% pour les jeunes noirs. En outre, les Noirs qui vivent dans la pauvreté touchent des revenus qui n'égalent que 44% de ceux des pauvres blancs. Il y a à cela diverses raisons : la concentration des Noirs dans les emplois à bas salaires ; le fait que, en 1985, le salaire horaire d'un Noir représentait seulement 54% de celui d'un Blanc (et les allocations chômage sont amputées dans la même proportion) ; la concentration des Noirs dans les Etats les plus pauvres où l'aide sociale est plus réduite ; le nombre plus grand de femmes seules avec enfant parmi les Noirs.
femmes et des femmes noires en particulier - est encore plus alarmante. Actuellement deux adultes sur trois ayant un revenu au-dessous du seuil de pauvreté sont des femmes. Du milieu des années soixante au milieu des années soixante-dix, alors que le nombre d'adultes hommes vivant dans la pauvreté diminuait, le nombre de foyers pauvres dont le chef est une femme augmentait au rythme de 100 000 par an. Les individus vivant dans une famille monoparentale dirigée par une femme représentaient 13,70% de la population totale en 1980, mais 33% de la population pauvre. Plus de la moitié des familles dirigées par des
Pour les femmes, la pauvreté commence le plus souvent avec le divorce. A l'heure actuelle 50% des mariages finissent par un divorce. Dans 80% des cas les enfants sont confiés à la mère et 40% des pères ne versent aucune aide.
Le Council on Economic Opportunity (supprimé par Reagan) a sonné l'alarme en déclarant : "Toutes choses restant égales par ailleurs, si la proportion des pauvres vivant dans des familles dont le chef est une femme devait continuer à s'accroître au rythme où elle s'est accrue entre 1967 et 1978, la population vivant dans la pauvreté serait uniquement composée de femmes et d'enfants d'ici l'an 2000". On n'a jusqu'ici aucun signe d'une diminution de cette proportion, au contraire.
LES DISCRIMINATIONS DANS L'EMPLOI
Les femmes seules sans enfants sont également touchées plus que les hommes par la pauvreté, du fait de la discrimination qui les frappe à l'embauche. Elles sont à 80% concentrées dans des emplois à bas salaires (commerce, services, travaux non qualifiés) et leur salaire horaire moyen atteint seulement 59% de celui des hommes.
Cette ségrégation dans les emplois les moins bien rémunérés pour les Noirs et pour les femmes risque de s'accentuer dans la période à venir et le risque, pour ceux-ci d'augmenter. En effet, les emplois actuellement créés se trouvent essentiellement dans les services et le commerce l'administration Reagan a lancé une attaque ouverte contre l"affirmative action", c'est-à-dire l'embauche préférentielle de Noirs et de femmes dans des emplois traditionnellement réservés aux hommes blancs.
Sources : The State of Black America 1985, National Urban League, New York, 1986.
The Annals, Mai 1985, "the changing Nature of Proverty".
Dissent, Printemps 1984 "the feminization of proverty".