Inprecor 1974–2004

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MOYEN-ORIENT

Iran-Irak : sept ans de carnage

· Inprecor n° 249, 21 septembre 1987 · p. 3-4 · 1 682 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

Iran Golfe et Irak URSS et Russie

de

carnage

EN REPRENANT, depuis le 29 août, ses attaques contre les installations pétrolières iraniennes et les tankers les desservant, l'aviation irakienne a provoqué la reprise des hostilités sur une vaste échelle dans les eaux du Golfe arabo-persique. Moins de deux semaines après, le bilan s'établissait déjà à une quinzaine de navires marchands de diverses nationalités, endommagés par l'aviation de Bagdad ou par les vedettes de Téhéran. Salah JABER

E NOUVEL EMBRASEMENT de la guerre du golfe et, en particulier, de l'action contre le trafic maritime, fait suite à une trêve tacite observée par les deux belligérants depuis le 20 juillet dernier. C'est à cette date, en effet, que le Conseil de sécurité des Nations-Unies avait adopté - à l'unanimité - sa résolution numéro 598 exigeant un cessez-le-feu immédiat entre l'Iran et Irak et le retrait de leurs forces armées de part et d'autre de la frontière séparant les deux pays et reconnue internationalement.

Renforcement de la présence impérialiste L'adoption de cette résolution précéda de peu le début de la navette des vaisseaux de guerre américains dans les eaux du Golfe, pour escorter des pétroliers koweitiens arborant le pavillon des Etats-Unis. L'affaire des mines, en août, fournira un prétexte pour le renforcement de la présence militaire impérialiste dans cette région du monde, avec l'intervention de la marine britannique dans le Golfe arabo-persique et de la marine française dans le Golfe d'Oman.

Une formidable armada impérialiste al-

Allez les p'tits gars, TUEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES

TRAO

USA lait se constituer sur les lieux : 30 navires américains, dont deux porte-avions, 10 navires français, dont un porte-avions, et 8 navires britanniques.

Le gouvernement italien a pris la décision d'y ajouter 8 navires de sa marine militaire, de sorte que la composition nationale de la flotte impérialiste dans le Golfe arabo-persique et à ses abords, sera bientôt identique à celle de la "Force multinationale" qui avait si lamentablement échoué au Liban.

Le déploiement de ces machines de guerre flottantes créera, fin août, un climat de sécurité relative pour la navigation marchande dans la voie d'eau séparant la péninsule arabique de l'Iran. C'est ce dernier pays qui, paradoxalement, profitera au premier chef de cette situation. Les exportations de pétrole iranien s'accroîtront spectaculairement, étant favorisées de surcroît par la hausse de la demande due à l'inquiétude suscitée par la tension militaire, ainsi que les émeutes de la Mecque (30 juillet-ler août). Avec la hausse consécutive des prix du brut, les recettes de Téhéran atteindront 25 millions de dollars par jour, soit cinq fois leur niveau de la période trouble de 1986.

Cette aubaine pour l'Iran a naturellement renforcé les arguments des jusqu'auboutistes du régime des ayatollahs, partisans de la "guerre jusqu'à la victoire" contre le régime baassiste de Saddam Hussein. On ne pouvait s'attendre, dans ces conditions, à ce que Téhéran accepte le cessez-le-feu exigé par l'ONU. Pour éviter cependant de se mettre à dos le concert des nations, l'Iran choisit de tergiverser. Cette attitude, en se prolongeant, incitera l'Irak à rompre la trêve du mois d'août.

Eprouvant de plus en plus de difficultés à résister aux offensives iraniennes et ayant perdu tout espoir sérieux de retourner la situation militaire en sa faveur, Bagdad

TRAN

n'a d'autre choix, en effet, que de contraindre Téhéran à cesser le combat faute de moyens financiers. Le débouché maritime exigu de l'Irak étant condamné depuis le début du conflit, le régime de Saddam Hussein s'est doté d'oléoducs pour l'exportation de son pétrole. Il est aujourd'hui en mesure d'écouler 2,5 millions de barils/ jour, soit la totalité de sa production pétrolière disponible, à travers la Turquie et le royaume saoudien. Iran, par contre, reste tributaire du trafic maritime dans le Golfe, notamment à partir de son terminal pétrolier de l'ile de Kharg.

"La guerre des pétroliers"

C'est donc à ce nerf de la guerre iranienne que le pouvoir irakien s'attaquera à partir de 1981, alors que les combats se prolongeaient au-delà de ses prévisions et tournaient à son désavantage. La seule parade trouvée par Téhéran sera la menace d'un blocage total de la navigation dans le Golfe, qui pénaliserait les alliés arabes de l'Irak et pertuberait gravement l'approvisionnement pétrolier de l'Europe occidentale et du Japon, provoquant, du même coup, un nouveau bond des prix du brut avec ses conséquences néfastes sur l'économie capitaliste mondiale. L'Iran exercera ses représailles principalement contre le Koweit, voisin de l'Irak dont la force militaire propre est négligeable et qui subira attaques militaires et attentats terroristes de la part des Iraniens.

Les pressions arabes et mondiales sur l'Irak pour empêcher l'escalade de la "guerre des pétroliers" perdront de leur efficacité à mesure que Bagdad perdra du terrain contre son ennemi, à partir de 1982 Les opérations des deux belligérants contre le trafic maritime s'intensifieront en 1984. Puis, en 1985-1986, l'aviation irakienne étendra ses attaques à l'ensemble

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TURQUIE

URSS

5 Mosoul

Penjwin

• Kirkouk

Soleymanieh

• Kermanchah

Bagdad

Karkheh

Dehloran

Amarah

Euphrate

IRAK

• Ahwaz

Karun

Bassorah

Khorramshar

Chatt el Arab

Abadan

Fao

ZONE NEUTRE lle de Kharg

Golfe

ARABIE SAOUDITE

BAHREIN

• Riyad

QATAR

300 km

100

Le Golfe des terminaux pétroliers iraniens, traînant une extension des représailles iraniennes dont le Koweit pâtira au premier chef. Excédé, l'émirat demandera alors aux puissances occidentales, Etats-Unis en tête, d'assurer la protection de sa flotte pétrolière en butte aux attaques permanentes de

Devant leur refus de "se mouiller" face à un régime aussi imprévisible que celui de

Téhéran, le Koweit se tournera vers l'URSS qui accédera tout de suite à sa demande, en soviétiques à mettant trois pétroliers disposition. Moscou cherchait de la sorte à mettre Washington dans l'embarras, où moment où la cote de l'administration Reagan était au plus bas auprès de ses alliés arabes et traditionnels, en raison des révélations de l'Irangate. La suite est connue.

S'il y a un dénominateur commun de la politique des grandes puissances face à la guerre du Golfe, c'est bien leur duplicité et leur exploitation ignominieuse de l'énorme marché d'armes en tous genres ainsi entretenu. Des Etats-Unis jouant sur les deux tableaux, notamment par l'entremise d'Israël du côté iranien, à l'URSS et à la France, principaux fournisseurs d'armes de Bagdad tout

Mer Caspienne

• Téhéran

IRAN lé

Desfoul

Suse sein,

Susangerd

Bandar Khomeiny

Le Ganaveh

Bender Abbas lle Larak

Détroit d'Ormuz

Elle Sirri

Ras al-Khaimah

Sharjah

Dubai

Abou Dhabi

EAU

OMAN bilisés que lorsque leurs importations pétrolières se sont trouvées menacées. La

"liberté de navigation dans le Golfe" est leur unique souci.

L'horreur et l'absurde lions de victimes du carnage irano-irakien qui émeuvent les gouvernements des puissances mondiales. Cela fera sept ans, ce

20 septembre, que la guerre du Golfe a commencé, sept ans d'une guerre dont l'horreur mêlée d'absurdité évoque irrésistiblement celle des tranchées de la première guerre mondiale.

cours, pas même le gaz moutarde auquel l'armée de Sadam Hussein a eu recours, soixante-dix ans après celle de Guillaume

II. Sept ans dont le bilan humain est couramment estimé à près d'un million de morts, militaires et civils, et davantage de blessés et d'invalides, l'énorme masse des sans-abri et des orphelins. Ce bilan risque encore de s'aggraver considérablement, avec la reprise par les deux belligérants du bombardement des en essayant d'améliorer leurs relations avec

Téhéran, y compris par la dad.

vente "indirecte" de matériel militaire, en passant par la Chine, la Grande-

Bretagne, l'Allemagne de l'Ouest et l'Italie qui vendent armes et matériel aux deux parties, tout en condamnant la poursuite de la guerre, c'est un concert mondiales.

d'hypocrisie rarement égadans l'histoire mondiale.

L'Irak de Saddam Husenvahisseur hier fanfaron du sol iranien, aujourd'hui contenant avec peine la progression iranienne sur son propre territoire, n'est pas dupe des satisfecit que lui décernent les puissances mondiales pour la volonté de paix qu'il affiche maintenant.

C'est pourquoi il a choisi de retourner le chantage iranien contre l'Iran et de provoquer l'internationalisation du conflit, de sorte que celui-ci commence à peser réellement le conflit, en sur les puissances impérialistes. L'objectif de

Bagdad est de les amener à imposer la cessation des combats, rejetée avec obstination par Téhéran.

Et, de fait, les Etats impérialistes ne se sont morains.

gouvernements,

Ce ne sont certainement pas les milabords ;

- Un d'armes à

- Un ditionnel

Rien n'aura manqué au remake en zones civiles et la menace iranienne de recourir aux armes chimiques et bactériologiques face à l'utilisation de gaz par Bag-

A ce terrible bilan, s'ajoutent les immenses dégâts matériels, évalués en centaines de milliards de dollars et le recul économique considérable que les deux pays en guerre se sont mutuellement infligés en sept ans et qu'il leur faudra des dizaines d'an-nées pour compenser. Cette dernière perspective remplit d'aise les puissances

Elles se réjouissent d'avance à l'idée des fabuleux contrats que ne manquera pas d'apporter à leurs industries civiles la reconstruction de l'Iran et de l'Irak, deux pays que leurs réserves en hydrocarbures rendent solvables à la différence de la plupart des pays dépendants. En attendant, la destruction mutuelle des deux ennemis aura rapporté aux industries militaires des mêmes puissances, plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Arrêter cette guerre

L'intervention des vautours impérialistes ne saurait faire cesser le carnage, bien au contraire ! Au lieu d'ajouter leurs propre consommation d'armes à celle des belligérants, les puissances mondiales seraient mieux avisées de cesser d'alimenter suspendant toute livraison d'armes aux deux Etats ennemis. D'autant plus que l'intervention actuelle des puissances impérialistes dans le Golfe est porteuse du danger d'une grave accentuation de la tension entre elles et l'URSS

C'est pourquoi d'ailleurs Moscou a proposé le retrait du Golfe de tous les navires de guerre appartenant à des pays non rive-

Ce n'est donc pas uniquement par devoir internationaliste envers les travailleurs iraniens et irakiens, victimes de la guerre d'extermination que mènent leurs mais aussi dans l'intérêt de la paix mondiale, que le mouvement ouvrier international doit aujourd'hui se prononcer résolument pour :

- Le retrait immédiat de toutes les flottes étrangères du Golfe et de ses embargo total sur les livraisons l'Iran et à l'Irak ; cessez-le-feu immédiat et inconentre les deux belligérants. 11 septembre 1987 numéro 249 du 21 septembre 1987

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