L'organisation du processus de grève générale en riposte au plan Bresser rencontre son plus grand obstacle dans la difficulté de construire l'unité d'action avec la CGT. Trois dates ont été proposées : le 15 juillet que proposait la CUT ; le 12 août, qui fut repoussée par le secteur majoritaire de la CGT (mais toutefois acceptée par le PC do B et la direction de la Contag) ; et finalement, le 20 août sur lequel se mirent d'accord l'exécutif national de la CUT et la CGT.
ETTE VALSE des dates n'est pas gratuite. Elle reflète des processus profonds en cours dans le mouvement syndical : les relations d'unité et de confrontation entre la CUT et la CGT, mais aussi un processus de mutation des rapports de forces à l'intérieur de la propre CGT.
La compréhension de ces deux questions sera d'une importance fondamentale pour que la CUT puisse diriger le procesus d'unification des luttes dans la période qui s'ouvre.
Les relations de la CUT et de la CGT
Nous avons toujours souligné le renforcement notable de la CUT depuis qu'elle fut créée en 1983. Cette croissance peut se mesurer à différents éléments : la conquête de la direction de syndicats par la CUT, la présence de cette dernière dans la majorité écrasante des grèves qui se produisent dans le pays - y compris les expériences de grèves nationales catégorielles -, la construction d'un appareil propre de la CUT, son unité beaucoup plus solide que la CGT, l'organisation des oppositions syndicales classistes.
Nous devons expliquer les raisons fondamentales de cette progression de la CUT. Une centrale qui représente un pôle d'indépendance de classe bénéficie de la puissante montée des luttes syndicale qui se développe depuis de nombreuses années et qui ne fut pas brisée par la transition bourgeoise. Une centrale qui représente un projet de conciliation de classe est en permanence affaiblie par le peu de possibilité existant de conclure un pacte social quand la politique du gouvernement est clairement anti-ouvrière.
Ce renforcement de la CUT amène une situation où c'est elle qui occupe une position d'hégémonie, de leader dans les principaux pôles actifs du mouvement syndical. Mais cette constatation ne doit pas nous amener à sous-estimer la force de la CGT.
L'influence de la CGT Dans la principale concentration de travailleurs du pays - le grand São Paulo -la CGT dirige le syndicat le plus important, celui de la métallurgie, et d'autres également très forts, celui des électriciens, des chauffeurs, celui des métallos de Osasco et Guarulhos. La CGT dirige aujourd'hui une grande partie des syndicats de Baixada Santista et la plus grande partie des syndicats dans les campagnes de l'Etat. Elle a aussi la direction de syndicats métallurgiques clés, comme ceux de Porto Alegre et de Rio de Janeiro.
L'influence de la CGT est aujourd'hui largement dominante dans les syndicats ruraux, à travers la direction de la Confédération des syndicats agricoles (COMTAG). Elle dirige par exemple, l'un des noyaux les plus importants de travailleurs agricoles, celui de la zone de Mada de Pernambuco.
On peut encore constater l'influence de la CGT par la masse des travailleurs inorganisés, sans grande expérience de lutte comme le sont en général les travailleurs de la construction civile, ceux du commerce, et d'autres catégories de moindre importance.
Ce poids de la CGT a pour conséquence une grande inertie, c'est un facteur important de restriction de l'énergie du mouvement. Travailler pour une grève générale avec la neutralité ou même l'appui formel de la CGT ou de fractions de la CGT a donc beaucoup plus d'efficacité que de préparer cette même grève générale contre la CGT, quand tous ses appareils, son influence, sa puissance de feu sont dirigés contre cette grève. Ceci est encore plus vrai quand on sait que le gouvernement et les media répercutent au maximum et donnent la plus
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De même, il est significatif que les deux seuls processus partiels de grève générale réalisés par les travailleurs - le 21 juillet 1983 et le 12 décembre 1986 - furent convoqués unitairement par l'ensemble des forces du mouvement syndical.
Les évolutions à l'intérieur de la CGT
Tout cela ne signifie absolument pas que la CUT doive se soumettre en pratique aux vetos de la CGT. Cela signifie simplement qu'un des deux points centraux de la tactique de la CUT doit être comment travailler pour une politique d'unité et de pression sur la CGT.
Pour tracer cette politique, il est fondamental de connaître la réalité actuelle de la CGT, ses divergences intérieures qui jouèrent par exemple d'un grand poids dans la discussion récente sur la date de la grève générale.
La CGT peut être divisée aujourd'hui en trois secteurs fondamentaux, dont l'évolution dans les deux dernières années donne le sens général de l'évolution de la centrale.
Le secteur majoritaire aujourd'hui dans la CGT est celui qui donne sa substance politique et matérielle à "Joaquinazão", son président actuel. (1). Il est fondamentalement composé par la direction des confédérations syndicales, c'est-à-dire par des dirigeants qui ont une trajectoire de décennies de parasitage de l'appareil syndical, sans liens depuis des lustres avec la base du mouvement. Comme secteur sans rapports avec les processus de mobilisation (nous pourrions l'appeler "la bureaucratie traditionnelle"), il est aujourd'hui incapable de répondre à toute une série de questions posées par la situation.
Le secteur réformiste (qui n'a pas une politique unifiée à l'intérieur de la CGT représenté par le PCB, le PC do B et par la direction de la Contag) a perdu graduellement de l'espace à l'intérieur de la centrale. Sa politique initialement victorieuse au
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Renverser la direction bureaucratique des syndicats (DR) congrès de novembre 1983, quand fut créée la Conclat (2) - qui était plus une coordination qu'une véritable centrale - fut mise en échec lors des divers événements qui se traduisirent par la formation de la CGT. Malgré cela, il représente le secteur ayant la plus grande capacité de mobilisation à l'intérieur de la CGT.
Finalement, et s'autonomisant du secteur de la bureaucratie traditionnelle, est apparu ces dernières années, un secteur que nous pourrions dénommer la "bureaucratie moderne". Avec une forte influence du syndicalisme américain, il a dans Roggério Magri, président du syndicat des électriciens de São Paulo, son principal représentant (sa politique est financée par les grasses subventions de l'Institut américain pour le développement du syndicalisme libre, AIFLD). Un autre représentant de ce secteur est Luiz Antonio de Medeiros, récemment élu à la direction des métallos de São Paulo et qui s'est rendu célèbre par ses déclarations contre la semaine de 40 heures et la stabilité de l'emploi. L'emportant sur Joaquinzão dans la CGT, ce secteur a des possibilités de s'affirmer comme direction de la centrale dans la période qui vient.
Cette appréciation qu'il y a à l'intérieur de la CGT un secteur réformiste qui entrera chaque fois un peu plus en contradiction avec le secteur majoritaire, indique qu'il existe un espace important pour que la CUT puisse exercer une pression permanente pour l'unité d'action et accélérer la distanciation de ces secteurs. Ce serait un coup profond pour la CGT.
Si ce que nous venons de dire est juste, n'aurait-il pas mieux valu que la direction nationale de la CUT maintienne la date de la grève pour le 12 août, afin d'approfondir la dynamique de différenciation entre le PC do B et la direction de la Contag et le reste de la centrale ?
L'un des éléments qui pesa pour beaucoup dans la décision de la direction nationale de CUT de retarder la grève générale fut la faiblesse de préparation, principalement dans la ville de São Paulo et dans l'ABC pauliste; (3)
L'ajournement de l: date a favorisé le maintien de la pression sur les secteurs réformistes, comme une perte de l'espace pour que les secteurs les plus droitiers de la CGT travaillent à l'encontre de la grève. C'est ainsi que Luis Antonio, qui avait pris position auparavant contre la grève, essayant de passer un accord avec la fédération des industries de l'Etat de São Paulo, se vit obligé d'apporter son soutien - tout du moins verbalement - au mouvement, après la décision d'une date commune.
Les réformistes et la CUT Beaucoup de camarades se demandent si cette politique d'unité d'action ne va pas entraîner une entrée des réformistes dans la CUT, ce qui pourraît lui ôter son caractère de centrale classiste, démocratique et s'opposant à la bourgeoisie.
En fait, on doit inverser la question : pourquoi certains secteurs réformistes pourraient-ils rejoindre la CUT ? Ces directions sont toujours sous des pressions contradictoires. D'un côté s'exercent la pression de l'appareil syndical, la pression de l'Etat bourgeois dans lequel ces appareils sont intégrés à des degrés divers et avec lequel ils collaborent. D'un autre côté, existe une pression objective exercée par leur base liée au mouvement ouvrier. Que certains de ces secteurs puissent envisager de rejoindre la CUT reflète indubitablement le processus de renforcement de la CUT comme centrale hégémonique. Mais surtout, elle représente une victoire de la politique classiste qu'ils voient construire.
La CUT a tendance à perdre chaque fois plus ses caractéristiques d'expression d'un secteur du mouvement syndical pour prendre le profil d'une entité de front unique. Ainsi, dans ce processus il est nécessaire dès maintenant de chercher les formes de regroupement des secteurs classistes du mouvement syndical. Une discussion claire sur l'élaboration de l'intervention syndicale du PT, de l'organisation de l'action unifiée des militants syndicaux liés au parti, devrait en conséquence, être l'un des éléments fondamentaux pour garantir le maintien des acquis historiques de la CUT, la démocratie et l'indépendance.
Juillet 1987.
1) Joaquin dos Santos Andrade dit Joaquinzão, prédé cesseur de Luis Antonio à la tête du syndicat des métallos de São Paulo qu'il dirigea pendant 22 ans.
2) En Août 1983, le second Congrès des travailleurs (CONCLAT) décidait de la fondation de la CUT, alors que les réformistes (PCB, PC do B) et les bureaucrates syndicaux (Pelegos) appelaient à un autre CONCLAT pour novembre 1983, qui allait donner naissance à la CGT.
3) L'ABC est la grande banlieue ouvrière de São Paulo où sont concentrés près d'un demi-million de métallos. ABC, c'est São Andre, São Bemardo et São Caetano.