Les relations parti-syndicat sont un des thèmes classiques de l'histoire du mouvement ouvrier. Mais de la diversité de l'expérience internationale des travailleurs, nous ne pouvons extraire une formule générale qui résume cette question. Nous devons examiner ce problème sur la base de la réalité vivante tout en observant les acquis théoriques accumulés à partir de la lutte internationale des travailleurs. EM TEMPO
A POSITION que nous avons sur cette question, que nous défendons à l'intérieur du PT, reprend les aspects "classiques" de la relation parti(s)-syndicat. Le point de départ de cette conception est une distinction claire entre le caractère de l'organisation partidaire et le caractère de l'organisation syndicale : le parti est une organisation politique d'avant-garde (et de masse) ayant des rè-gles propres découlant de cette fonction ; le syndicat est lui une organisation qui a pour but d'unifier l'ensemble de la classe, qui s'oppose à l'exploitation capitaliste, mais qui s'insère également à l'intérieur des relations sociales de ce système. Malgré les limites dues à ces conditions structurelles, les syndicats ont un potentiel d'action de masse qui peut dépasser la simple lutte pour des réformes et leur permet de se constituer en un instrument d'expression de l'énergie révolutionnaire des travailleurs. Toutefois, ce potentiel ne s'exprime pas spontanément. Il dépend d'une intervention consciente du (des) parti(s) qui se situent dans une perspective révolutionnaire.
La politique syndicale du PT
C'est face à cette question que le PT doit développer sa politique syndicale et, en particulier, sa politique de construction de la Centrale unique des travailleurs (CUT).
C'est une question qui aujourd'hui n'est pas encore résolue par le parti, bien que nous ayons déjà une ligne syndicale qui contribue à aller dans ce sens. Pour jouer
CUT
concrètement ce rôle de catalyseur des potentialités du syndicalisme classiste représenté par la CUT, nous devons éviter une double erreur : d'un côté, celle qui consisterait à vouloir "résoudre" les difficultés de construction du PT comme parti révolutionnaire à travers une conception qui donnerait un rôle de parti à la CUT, ce qui, dans la pratique serait à la fois une négation de la tâche spécifique et fondamentale de la construction du parti tout en faisant obstacle à la construction de la CUT ; de l'autre côté, à partir des difficultés que rencontre le PT dans sa construction, vouloir imposer des limites au développement de la CUT, en la subordonnant artificielle. ment au stade actuel du PT, en tirant u trait sur la nécessité de dépasser le problèmes de construction du PT.
Orientations fondamentales
Nous défendons un syndicat classiste, démocratique et indépendant, ce qui signifie un syndicalisme organisé autour de quatre axes :
- Indépendance du syndicat par rapport à l'Etat : il est impératif de lutter contre toute tentative de contrôle que la bourgeoisie veut imposer sur les syndicats, pour que ces derniers puissent être des organismes qui servent à la lutte.
- Démocratie dans les syndicats : elle est incontournable pour obtenir la plus large participation, de meilleures conditions pour l'unité de classe, pour favoriser le développement de la lutte des classes et pour que les syndicats soient une école de démocratie ouvrière, qui prépare les tra-
vailleurs à l'exercice futur du pouvoir.
Recherche de l'unité de classe, de la participation des masses : nous comprenons le syndicat comme étant l'organisme le plus élémentaire de front unique (réunissant tous les courants de classe, depuis les réformistes jusqu'aux révolutionnaires).
- Une ligne d'action syndicale combative, dirigée vers la mobilisation permanente de la classe en défense de ses intérêts.
Le rôle des syndicats Un syndicalisme qui réunit ces conditions assumera un rôle révolutionnaire, dans la mesure où il contribuera à unifier les travailleurs, à les mobiliser comme classe contre la bourgeoisie, devenant ainsi un apport fondamental à la construction d'une alternative des travailleurs.
A ce point, nous devons retourner à la question : dans quelle mesure le mouvement syndical peut-il avoir un caractère politique ?
Il est clair que la lutte syndicale et les syndicats ont obligatoirement des caractéristiques politiques. La première tâche du syndicat doit être d'organiser l'ensemble des travailleurs de sa base pour lutter en défense de leurs intérêts, avant tout économiques. Mais ces luttes économiques ont aussi un caractère politique si elles s'élargissent, c'est le cas de la lutte contre la politique économique du gouvernement, contre le plan Bresser. Des méthodes de lutte déterminées - comme la grève - ont en elles-mêmes un caractère politique, notamment quand elles sont confrontées à la répression. De même, les syndicats doivent participer aux luttes plus larges, qui concernent les intérêts généraux des travailleurs, comme par exemple, la lutte pour les élections présidentielles au suffrage direct.
La limite de l'activité politique des syndicats est donnée par la nécessité de maintenir son caratère d'organisme front unique, devant être capable d'unifier une large majorité de la classe (pour autant, cette limite peut varier, selon que l'ensemble de la classe progresse plus ou moins).
La ligne syndicale du PT pose de façon correcte cette question : "La CUT et les syndicats ne doivent pas se restreindre aux revendications économiques. En agissant pour que la CUT et les syndicats assument des revendications politiques, les militants du PT doivent être attentifs à ce que ces revendications expriment les aspirations, les revendications et les besoins des larges masses et non d'une petite partie des travailleurs" (Ligne syndicale du PT, mai/ juin 1986)
A partir de là, nous pouvons avancer dans la définition du rôle que la CUT et les syndicats doivent avoir pour construire une alternative des travailleurs.
La CUT et les syndicats doivent être l'expression de l'indépendance de classe des travailleurs sur le plan syndical. Cela signifie surtout une pratique de classe indépendante, développant la conscience de classe des travailleurs, favorisant le mouvement de lutte pour leurs intérêts, contre la bourgeoisie, son Etat et son régime économique. C'est le sens de la résolution adoptée par le second congrès national de la CUT
De cette façon, les syndicats sans adopter un programme de lutte pour le pouvoir, ce qui exigerait une conscience politique plus avancée que celle de l'ensemble du mouvement de masse, acquièrent une dynamique anti-capitaliste et socialiste.
Cette compréhension du rôle de la CUT dans la construction d'une alternative des travailleurs, impulsant une pratique syndicale et politique de classe, est entièrement cohérente avec la politique d'unification du prolétariat dans la perspective d'indépendance politique, partie prenante d'un effort plus global des travailleurs. Bien évidemment, il n'échoit à la CUT qu'un aspect de cette politique. Il revient aux partis (et en vérité, fondamentalement au PT) de développer l'ensemble de cette posuffisante.
La politique du front unique
Le CUT n'organise pas tous les travailleurs sous sa direction. Il existe des secteurs inorganisés et des secteurs sous la direction de la CGT. Il est fondamental que la CUT (en plus d'avoir une politique d'unité action avec d'autres secteurs) cherche à attirer en son sein l'ensemble des syndiqués. Cela signifie concrètement continuer de lutter pour la croissance de la CUT et pour attirer à elle des secteurs qui sont dans la CGT. Avec cette force croissante, la CUT est un pôle d'attraction chaque jour plus grand.
Elargir la CUT signifie disputer la direction des syndicats qui ne lui sont pas encore affiliés aujourd'hui, mais aussi travailler pour attirer vers la CUT des courants politiques qui sont aujourd'hui dans le camp de la CGT, comme le PCB et le PC do B. Certains camarades peuvent craindre qu'attirer ces secteurs dans la CUT sera contradictoire à la ligne syndicale que nous voulons pour cette centrale, car ils craignent l'ingérence d'une politique réformiste, de conciliation de classe. Mais le fait est qu'il est possible de les attirer dans la CUT en maintenant l'hégémonie des secteurs classistes. La lutte pour l'hégémonie qui aujourd'hui se développe entre la CUT et la CGT ne disparaîtrait pas, mais elle s'opérerait à l'intérieur de la CUT, dans des conditions très largement favorables pour nous et pour l'organisation de la lutte des classes.
Une hégémonie classiste
Cela ne signifie pas défendre "une réunification de la CUT et de la CGT", politique qui est critiquée à juste titre dans le document "Ligne syndicale du PT" et qui impliquerait - ainsi qu'il y est dit - remettre en question les acquis fondamentaux de la CUT. Cela veut tout simplement dire que ces secteurs réformistes peuvent être contraints à rejoindre la CUT dans des conditions qui seraient défavorables à leur politique de collaboration de classe et favorables aux intérêts classistes (si les secteurs classistes étaient très faibles, le cas de figure serait inversé).
Jusqu'à présent, la CUT a combiné les caractéristiques d'une centrale syndicale avec celle d'un courant politique large ayant des positions classistes dans le mouvement syndical. Cette situation n'est pas le fruit de notre conception mais le produit de son processus de formation, de la séparation d'avec la CGT. Dans la pratique, la CUT fonctionne quasiment comme un courant syndical du PT.
Ce cadre tend à se modifier. Le propre renforcement de la CUT amène à élargir son hétérogénéité politique, et entraîne donc l'apparition de positions ouvertement réformistes ou très confuses. Tout cela est
GITE
positif, puisqu'allant dans le sens d'une CUT qui serait une centrale unique, un élément fondamental d'un syndicalisme classiste, démocratique, indépendant et masse.
Conjointement, cette évolution rendra plus brûlante la question de la lutte pour la conservation de l'hégémonie classiste de la CUT. Celle-ci sera l'objet de disputes permanentes entre des positions politiques très différenciées, des plus réformistes aux plus révolutionnaires, en passant par les hésitantes et en arrivant aux plus gauchistes et sectaires.
De cette façon, l'organisation de l'intervention des militants du PT au sein de la CUT, à son unification qui est déjà partie prenante de notre compréhension stratégique de construction du PT comme parti révolutionnaire, acquiert une importance toujours plus grande. il échoira fondamentalement aux militants du PT, de garantir l'hégémonie classiste dans la CUT et son caractère de centrale démocratique et indépendante.
Plusieurs conditions sont nécessaires : - L'approfondissement des définitions du PT tant sur le plan général (le caractère propre du parti) que dans le domaine syndical, permettant d'avoir un degré d'unité politique plus grand.
- Le dépassement du type d'affrontement sectaire qui a caractérisé les propres militants du PT, dans différents processus syndicaux et qui a une grande responsabilité dans notre défaite aux élections de la métallurgie de São Paulo (1).
- L'existence d'une démocratie effective sur tous les plans, dans le PT comme dans la CUT. Fondée sur les principes de la démocratie ouvrière, la CUT doit aujourd'hui vaincre les visions exclusivistes et les pratiques bureaucratiques qui régissent la centrale. Une action consciente de défense de l'exercice de la démocratie intérieure est nécessaire, tout comme il est nécessaire de comprendre que les relations entre les différents secteurs qui composent la CUT et qui la rejoignent doivent se règler par l'action commune dans le mouvement de masse et par l'intégration à l'intérieur de la CUT d'expériences syndicales distinctes. Très souvent ces différences reflètent des conceptions en processus de formation et encore non solidifiées aujourd'hui, particulièrement si nous prenons les idées qui sont simultanément présentes dans la CUT et dans la CGT.
Septembre 1987
1) Lors des élections du syndicat de la Metallurgie de São Paulo en juin dernier, 3 listes étaient en présence. La liste 1 était dirigée par Luis Antonio de Mederios appuyée par la bureaucratie de la CGT et son secrétaire général, Joaquinzão, la liste 3 était officiellement appuyée par la CUT et certains secteurs du PT. Puis apparu une liste 2 regroupant des secteurs en rupture de ban avec la CGT, (dissidents du PDT, militants du PCB et du PC do B) mais aussi de certains militants du PT et de la CUT, comme la tête de liste Lucio Belentanni.
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