Inprecor 1974–2004

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DOSSIER BRESIL

Construire le Parti des travailleurs

· Inprecor n° 249, 21 septembre 1987 · p. 16-18 · 2 278 mots

Brésil Syndicalisme

SEPT ANS après son congrès de fondation en 1980, nul ne peut nier que le Parti des travailleurs (PT) du Brésil ait accumulé depuis, principaux secteurs populaires du pays que dans sa définition

Confronté à une situation où les enjeux et les responsabilités sont problèmes qui existent quasiment depuis sa création, notamment sur le plan organisationnel, mais également au niveau de ses

Cet article - paru dans Em Tempo - fait partie d'une contribution plus large, où d'autres thèmes sont abordés, et que des membres d'un courant du PT - Démocratie socialiste - vont soumettre à la discussion dans la période de pré-congrés qui s'ouvre au niveau

Construire le Parti des travailleurs d'énormes acquis tant au niveau de son influence dans les politique. Toutefois, il demeure indéniablement de grandes faiblesses dans la construction du parti.

plus grands que jamais, le PT ressent le poids de certains définitions programmatiques et stratégiques.

des Etats et au niveau national.

João MACHADO

A TACHE FONDAMENTALE du PT, celle qui justifie historiquement son existence, est d'organiser politiquement de façon indépendante de la bourgeoisie les secteurs actifs et conscients de la classe ouvrière. Le parti a un rôle auquel rien ne peut se substituer : politiser les luttes des travailleurs, non pas en opposant la lutte politique aux revendications immédiates ou sectorielles, mais en les combinant et en les radicalisant.

Cela signifie rendre l'activité politicopartidaire partie prenante de l'activité quotidiennes des travailleurs les plus conscients, transformer le PT en un espace où ces camarades discutent politique, approfondissent et consolident leur conscience de classe afin qu'elle dépasse les limites de la défense des intérêts immédiats. C'est le lieu où ils s'organisent comme militants politiques, comme militants d'un parti et élaborent la ligne politique servant à intervenir dans les différents mouvements sociaux.

Le PT dispose d'une énorme influence parmi les militants des mouvements sociaux - populaire, syndical, femmes, étudiants, paysans etc. - Le PT compte des dizaines et des dizaines de milliers de sympathisants qui forment une partie non négligeable des travailleurs politiquement actifs du pays. Pourtant, l'activité politique qu'ont ces camarades demeure extérieure à l'activité du parti, se réduisant bien souvent au plan corporatiste des luttes immédiates. Ceux qui composent l'avant-garde des mouvements sociaux, s'ils sont bien souvent sympathisants du PT, ne sont pas adhérents au parti alors qu'ils devraient participer à la vie et aux discussions du parti pour avancer vers un militantisme politique conséquent et développer une conscience de classe socialiste.

Voilà pourquoi les failles organisationnelles entraînent une déperdition du potentiel du parti.

L'organisation à la base

Il existe un consensus pour dire que le manque d'organisation à la base est la racine de cette situation que nous devons dépasser de toute urgence. Conséquence de ce manque d'organisation - on pourraît dire, de ce manque de fondations de l'édifice du parti - notre structure organisationnelle souffre de trois graves faiblesses :

- La séparation entre l'intervention politique au plan institutionnel (activité des groupes parlementaires) et l'intervention dans les mouvements sociaux (activité des militants du PT peu ou pas organisés, dans les structures du mouvement de masse).

- La distanciation entre le PT et la CUT. Ces militants, sans réponses à leurs demandes, finissent par s'éloigner structures du parti. La CUT devient le lieu où s'expriment les inquiétudes politiques créées par la radicalisation des luttes syndicales.

- La distanciation entre la direction du parti (précairement établie sur la structure des directoires) et la base du parti, cette dernière étant à peine appelée pour voter dans les congrès ou pour se mobiliser dans les activités du parti, telles les campagnes électorales.

Nous ne pouvons faire porter la responsabilité de cette situation sur les militants d'avant-garde des mouvements sociaux. Beaucoup d'entre-eux rejoindront le PT, mais finiront par s'en éloigner. Le problème étant qu'à l'heure actuelle, le PT se joint fort peu aux discussions et à l'intervention de ces militants dans les mouvements dont ils sont partie prenante. Cela appauvrit la vie du PT parce qu'elle n'intègre pas pleinement la riche expérience et l'apprentissage pratique qui s'opèrent dans les mouvements sociaux.

Réorienter le processus

Ces trois faiblesses peuvent s'aggraver. Nous ne pourrons modifier cette situation qu'avec une réorientation ferme et décidée du processus de construction du PT. Pour ce faire, les traditionnels appels à mettre en valeur les noyaux de base sont insuffisants. Ces derniers ne s'accroissent pas et ne fonctionnent pas pour des raisons très objectives :

- La structure du parti continue fondamentalement à être basée sur les directoires qui concentrent le pouvoir de décision. Les noyaux ne sont que les appendices de la structure déterminée par la loi organique des partis qui, aujourd'hui encore, détermine la dynamique organisationnelle du PT.

- Pour que ces noyaux fonctionnent, ils doivent avoir une vie politique active, des discussions politiques systématiques sur les questions d'actualité, une formation politique socialiste, une orientation pour agir dans les champs d'intervention des militants.

Rien de cela ne pourra-t-être obtenu à une échelle significative, sans l'appui de la structure générale du reste du PT. Les discussions doivent passer par la presse, les activités de formation et les orientations des secrétariats et commissions du parti au niveau municipal, des Etats ou national. Le PT ne peut avoir 5 ou 10 000 noyaux, chacun avec son journal, son cours de formation et son orientation pour le mouvement populaire, syndical, étudiant, femmes etc. Ces tâches doivent trouver une réponse collective au sein du

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parti. - Pour parvenir au niveau de professionnalisme requis par tâche, il est nécessaire d'envi-sager avec beaucoup plus de sérieux, comme une activité politique et d'organisation, la question des ressources financières indispensables. Aujourd'hui, les ressources matérielles du parti dépendent fondamentalement des contributions des parlementaires, ce qui est une grave déformation.

Le parti doit pouvoir s'auto-financer collectivement, ce qui dépend par-dessus tout de l'éducation politique de ses membres, de la formation d'une conscience et d'une tradition organisationnelles qui associent à l'engagement politique celui du soutien financier. Honorer cet engagement devrait être une condition pour exercer ses pleins droits de militant du PT, d'intervenir dans les délibérations et les rencontres du parti.

- Il sera décisif de définir une position indépendante face à la législation des partis qui obéit aux intérêts et objectifs des partis des classes dominantes. Nous devons structurer le PT en accord avec nos besoins et trouver un moyen de satisfaire les exigences légales sans toucher à l'identité du parti, notamment sur cette question des noyaux qui doivent être notre structure de base et non pas les directoires comme le prévoit la loi.

Directions et expressions des luttes

Pour s'attaquer à ces problèmes et les dépasser, il sera nécessaire de corriger des conceptions et positions erronées sur les questions de construction du parti. L'une d'entre-elles voit le PT comme une "expression des mouvements sociaux". Selon cette vision, le PT n'est qu'un "reflet" des luttes et revendications des mouvements sociaux, sans aucune préoccupation et encore moins structure pour favoriser, susciter et diriger ces luttes. Le parti ne prend aucune initiative, étant à la remorque du spontanéisme des luttes sociales.

Cette position implique une stérilisation programmatique, en niant toute élaboration des définitions programmatiques au nom des "discussions et décisions de la

Au début, cette position pouvait être justifiée par l'idée que nous construisions un parti "de bas en haut". Mais avec les années qui ont passé, cette "vertu" se transforme en un grave défaut. La capacité d'attraction des masses dépolitisées (fruit d'une profonde inégalité d'expériences politiques) sera le produit de notre participation aux luttes, de la définition claire de

PT

PARTIDO DOS TRABALHADORES

notre programme, et la réponse à la cohésion, l'unité et la cohérence que nous aurons démontrées dans le champ des luttes et à l'unification en un puissant mouvement d'ensemble des exploités et opprimés.

Elle dépend fondamentalement de l'homogénéité et de l'union des militants autour d'objectifs stratégiques. Si nous ne clarifions pas publiquement sommes et où nous allons, nous ne serons pas une référence politique et nous n'attire-rons pas en nos rangs les millions que nous voulons organiser.

Une pleine et claire définition grammatique ne va pas à l'encontre ou ne dispense pas d'une pratique de démocratie intérieure. Bien au contraire, elle la place à un niveau supérieur d'exigences.

Une fausse dichotomie suggère un "parti de cadre" - petit, restreint, sectaire, formés de militants "blindés" qui décident de tout et dirigent tout - s'opposant à un "parti de masse", de structure lâche, sans cotisants réguliers, où chacun fait ce que bon lui semble, attirant les adhérents pour faire nombre dans les congrès n'importe quel parti bourgeois.

Parti de cadre parti de masse

Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Un parti est toujours l'avant-garde d'une classe et/ou d'une fraction de classe. La cause en est simple et évidente. Le problème essentiel de l'organisation au sein d'une structure partidaire est la formation de la conscience de classe, qui est un processus inégal parce que le niveau d'expérience politique et d'organisation des classes laborieuses est différenciée. Pourtant, un parti d'avant-garde ne doit pas être un petit parti de "notables" et de cadres "blindés", surtout dans un pays de 140 millions d'habitants.

Nous voulons construire un parti d'avant-garde composé de milliers, de millions de travailleurs participant activement à la vie et à la lutte politique, car telle est la dimension des tâches qui s'offrent à nous. Précisément pour cela, il faut dès maintenant, se battre pour un parti qui ne soit pas composé d'adhérents qui votent tous les quatre ans ou qui, de temps en temps, sont appelés à un congrès pour plébisciter ou dire amen aux propositions de la direction. Démocratie et unité dans l'action Nous défendons toujours la nécessité d'une centralisation croissante de l'activité des militants du PT. L'organisation de la base militante du PT est une condition pour unifier l'action des militants confrontés aux différents événements ou dans les différents mouvements sociaux.

La construction de l'unité d'action, de la cohésion de l'intervention des militants du PT qui agissent dans les fronts de masse est indissolublement liée à la pratique effective de la démocratie interieure dans le PT et dans les relations du parti avec les mouvements sociaux. Un profond respect pour toutes les positions et la garantie de leur représentation sont facteurs par excellence, de l'unité d'action du parti. Ceci ne peut dépendre de la bonne volonté d'éventuelles majorités, mais ce doit être un principe de base du parti, adopté de façon explicite et claire à tous moments et pour toutes les instances du PT.

A São Paulo et au plan national nous avons encore de graves distorsions déjà dépassées à Minas Gerais, Rio de Janeiro et Rio Grande do Sul (1), la représentation proportionnelle dans les instances exécutives des diverses positions présentes dans les congrès, à partir du moment où elles obtiennent 10% des votes, n'est pas assurée.

Une position peut représenter 45% des votes dans un congrès et, dans la pratique, être complètement marginalisée dans les instances du parti - au plan zonal, municipal, des Etats ou national. Cet état des choses, non seulement étouffe l'énergie mobilisée pour construire le parti, mais transforme les rencontres en confrontations et estimations des rapports de force, alors qu'elles devraient être des moments d'élaboration des axes politiques. Le résultat est profondément dépolitisateur, sectarisant et en conséquence, n'est pas éducatif.

La représentation démocratique des po-

(1) A São Paulo, où le PT a ses forces les plus importantes, la proportionnelle ne fonctionne pas pour les différents courants du PT.

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sitions, y compris dans les directions exécutives - principe que nous défendons aussi pour une structure syndicale démocratique et pour n'importe quelle organisation des travailleurs - doit être associée à la garantie du droit de tendance, réglementée statutairement (ou par le règlement intérieur, si l'on ne veut altérer la loi des partis).

Le droit de tendance Des divergences politiques surgissent inévitablement dans le cours de la lutte des classes. Les classes sociales elles-mêmes, y compris la classe ouvrière, sont politiquement hétérogènes, du fait de trajectoires et expériences distinctes, de niveaux de conscience différents. Différents courants politiques, qui ne sont pas antagoniques en principe mais qui apportent des contributions différenciées au processus d'émancipation sociale, expriment la diversité d'expériences et de positions à l'intérieur de la classe ouvrière.

La garantie du droit de tendance au sein du PT n'exclut pas mais bien au contraire assure une croissante unité d'action publique de tous les militants du PT. Si les instances de discussion et de délibération sont démocratiques, il est impératif qu'une fois les décisions prises, le parti agisse avec unité et cohésion. Cette unité n'est pas déterminée par caprice ou dans un esprit d'une plus grande orthodoxie. Elle est déterminée par l'unité et la force de l'ennemi commun. L'Etat bourgeois - à travers les monopoles, la police, les forces armées, les moyens de communications - est chaque fois plus uni dans son action répressive, dans sa capacité d'action. Le parti étant un instrument de lutte des travailleurs, il a également besoin d'unité, de cohésion, de force dans sa capacité de riposte et dans l'esprit offensif de ses actions.

Cette unité ne signifie pas se contenter de prendre des décisions dans des congrès, mais bien les matérialiser dans la pratique, depuis l'application des résolutions organiques sur le fonctionnement des noyaux, cotisations, ventes des journaux, jusqu'à l'unité requise par l'intervention dans les fronts de masse, communautés, syndicat, étudiants etc.

C'est là que nous matérialiserons les positions et les propositions que nous avons discutées que nous en testerons la viabilité. Et aujourd'hui des affrontements décisifs de la lutte des classes s'engagent, forgeant la conscience de classe de larges masses de travailleurs, et qui peuvent et devraient créer un large mouvement politique socialiste dont des millions de brésiliens seront partie prenante.

Julllet 1987.

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