Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER BRESIL

Contre le plan Bresser et la politique du FMI !

Inprecor n° 249, 21 septembre 1987 · p. 15 · 1 037 mots

Économie mondiale Brésil Syndicalisme

LES ELECTIONS de novembre 1986 furent un triomphe indéniable pour le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), principale composante de l'alliance au pouvoir, et un succès personnel pour le président José Sarney.

ES PARTIS de la gauche réformiste qui avaient soutenu le gouvernement, et notamment le Parti communiste brésilien (PCB, pro-soviétique) et le Parti communiste du Brésil (PC do B, pro-albanais), payaient chèrement cette politique et se voyaient réduits à la portion congrue. Pour sa part, quoique affaibli, le Parti démocratique du travail (PDT) dominé par la figure charismatique de Leonel Brizola (1) se maintenait. Par contre, recueillant les fruits de sa politique classiste, le Parti des travailleurs (PT) se renforçait notablement. (Cf. Inprecor numéro 234 du 19 janvier 1987).

Mais la promulgation du plan Cruzado II (2) quelques jours après les élections devait mettre à mal la popularité présidentielle et déclencher une vague de colère populaire et de grèves ouvrières.

L'armée intervient contre les grèves

Entre janvier et mai 1987, on recense plus de 530 grèves, dont 11 grèves nationales catégorielles, mouvements qui se heurtent à une répression très dure. Ainsi, en mars dernier, l'armée occupait avec ses chars les raffineries de pétrole dont les ouvriers étaient en grève, et la flotte militaire intervenait contre la marine marchande, en grève depuis 3 semaines.

Toutes ces luttes sociales, qui s'accompagnent de violentes émeutes dans les principaux centres urbains du pays, ont pour point de départ des revendications salariales : en quelques mois, le pouvoir d'achat des travailleurs a baissé de 30 à 37% selon les catégories.

Le salaire minimum, que perçoivent 42% des travailleurs brésiliens (62% dans le Nordeste) est le plus bas de toute l'his-

Il est aujourd'hui de 2 200 cruzados (1 dollar = 48 cruzados et 60 au marché noir), alors que les dépenses mensuelles de base sont estimées à 16 000 cruzados.

Le plan économique de choc mis en place en juin dernier par le nouveau ministre des Finances, Luis Carlos Bresser Pereira, aggrave encore cette situation.

L'orthodoxie du FMI

Avec le plan Bresser, finies les mesures "hétérodoxes" dont se glorifiait Sarney avec Cruzado I. C'est un retour dans le giron du Fonds monétaire international et l'application stricte de ses "recommandations" afin "d'assainir" l'économie et de juguler l'inflation qui court allègrement cation de la monie P valuation de la monnaie, priorité donnée aux exportations (pour payer le service de la dette extérieure qui atteint 108 milliards de dollars), compressions des dépenses publiques (sauf l'armée), "vérité" des prix (hausse de 50% du prix des transports en juin dernier) accompagnée d'un blocage partiel (très souple), gel des salaires (très rigide) combiné à l'annulation de la clause de sauvegarde que prévoyait Cruzado I au dessus de 20% d'inflation etc. salaire réel : de février 1986 (Cruzado I) à la fin juillet 1987, c'est à 45% que s'élève la perte de pouvoir d'achat des travailleurs !

Sarney qui avait fait la campagne électorale en se proclamant "le Président des pauvres", en promettant l'indépendance vis-à-vis du FMI et la justice sociale, en s'engageant sur la mise en place d'une réforme agraire, est aujourd'hui discrédité et la cible de toutes les manifestations où aux revendications sociales se mêle la question des élections présidentielles directes.

Le propre PMDB avait mené campagne en 1983-1984 pour l'élection présidentielle au suffrage universel. C'est finalement un collège de grands électeurs qui avait désigné Tancredo Neves rapidement décédé et auquel devait succéder Sarney. Cette présidence était censée assurer une transition courte, le temps que se mette en place la constitution et d'appeler à de nouvelles présidentielles (directes cette fois).

Or, Sarney ne l'entend plus de cette oreille. D'une part il a annoncé qu'il comptait se maintenir au pouvoir jusqu'en 1990, d'autre part, il s'oppose au projet de constitution en cours d'élaboration qui prévoit une réduction notable des pouvoirs du président au profit du Parlement. D'ores et déjà, l'armée, composante essentielle de la politique, a fait savoir qu'elle soutenait Sarney sur cette question.

En revanche, au sein même du PMDB, la crise est ouverte sur ce problème. Une aile de ce parti - la "gauche" du PMDB -s'est lancée en campagne avec le PDT, Brizola en tête, pour des élections directes (direitas ja !) sachant que ce mot d'ordre est aussi populaire qu'est impopulaire Sarney. Selon un sondage effectué en août 1987, par la revue Exame, 60% des Brésiliens sont favorables à des élections présidentielles au suffrage universel en 1988, voire même avant.

Dans ce contexte, la présentation pour les présidentielles de la candidature d'Iniacio Da Silva dit "Lula" par le PT, coupe l'herbe sous le pied à l'opposition bourgeoise ou réformiste à Sarney, qui projettait un grand regroupement pour les direitas ja ! pouvant se faire, par exemple, autour de la personne de Brizola.

Une candidature classiste

Le 20 août dernier, la Centrale unique des travailleurs (CUT) que soutient le PT, et la Confédération générale du travail (CGT, réformiste) appelaient à la grève générale contre le plan Bresser. Le mouvement de grève fut inégal selon les villes et les secteurs. Contrairement à l'Argentine ou même au Chili, il n'existe pas de tradition de grève générale au Brésil. De plus, une grande partie de la CGT, qui fut contrainte à lancer ce mot d'ordre sous la pression de la CUT, fit son possible pour que le mouvement ne soit pas un succès

Le Brésil connaît aujourd'hui une situation socialement explosive et politiquement instable et dans ce contexte, les responsabilités du PT sont énormes aussi bien comme parti politique qu'à l'intérieur

Les textes que nous publions dans ce numéro d'Inprecor sont extraits d'Em Tempo, journal du courant marxiste-révolutionnaire dans le PT. Dans le cadre de la préparation du congrès national du PT qui devrait se tenir en décembre prochain, ils abordent les principales questions en jeu pour le PT à l'heure actuelle.

Septembre 1987

(1) Bien qu'il soit lié à l'Internationale socialiste, le PDT est un parti bourgeois qui, par exemple est très lié aux Brande propriétaires fonciers dans la région de Rio Grande

(2) Le Plan Cruzado I a été mis en œuvre en février 1986. Sur cette question, se reporter à l'article de Pierre Salama dans Inprecor numéro 237 du 2 mars 1987.

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