L'éternel sourire du premier ministre danois Poul Schlueter s'est évanoui et la bourse de Copenhague a connu un moment de panique lorsqu'est tombé le résultat des élections législatives. Il ne fallait pas en chercher la raison dans une victoire des partis ouvriers mais tout simplement parce que la stabilité de la coalition des quatre partis bourgeois était menacée. Soren JOHANSEN
Le gouvernement sortant comptait sur une victoire facile après une courte campagne électorale de trois semaines. Les partis ouvriers n'étaient pas préparés et n'avaient aucune alternative gouvernementale à présenter. Toutefois, gouvernementale (le Parti conservateur, la Gauche radicale, le Parti populaire chrétien et le Parti démocratique du centre) perdaient sept sièges et l'ensemble des partis bourgeois, trois. est due à ce que le gouvernement devra solliciter désormais le soutien de six partis bourgeois pour avoir la majorité au parlement qui compte 175 sièges.
Faiblesses des partis ouvriers
Ces quatre dernières années, le gouvernement Schlueter reposait sur le soutien du parti bourgeois du centre, Gauche radicale qui passe de 10 à 11 sièges. Le Parti progressiste, populiste d'extrême-droite passe quant à lui de six à 9 sièges.
Ce résultat reflète la faiblesse de la direction politique du mouvement ouvrier danois qui est incapable de défaire Schlueter après cinq années de politique d'austérité. Les chômeurs et les couches les plus faibles des travailleurs ont été durement touchés par cette politique.
La social-démocratie, de loin le parti ouvrier le plus important, vient de connaître son troisième revers électoral en six ans. De 38% en 1959, il est passé à 28% cette année. La direction du parti n'a pas présenté de réelle alternative à la politique bourgeoise du gouvernement. Ces cinq dernières années, ils n'ont pas fait appel à leur force, notamment à la Confédération nationale du travail (LO), la grande centrale syndicale, pour mobiliser contre le gouvernement.
Ils pouvaient le faire, notamment parce que les syndicats renégocient un nouveau contrat tous les deux ans. Au printemps 1985, la situation sociale pouvait se développer vers ce qui aurait pu être une grève générale renversant le gouvernement. Mais le mouvement fut bloqué par la direction de LO. Cette année, les dirigeants syndicaux ont fait de rapides accords avec le patronat, afin d'éviter le développement d'une telle situation.
Renforcement du Parti socialiste populaire
Le Parti socialiste populaire a encore une fois augmenté ses voix. sièges, il représente la moitié de la socialdémocratie. Ce parti, que l'on peut caractériser comme un parti de gauche réformiste, provient d'une scission dans le Parti communiste en 1958. Il n'a plus aucun lien
Le soutien croissant que rencontre ce parti ne peut être expliqué par ses activités parmi les travailleurs ou les mouvements sociaux. De fait, sa capacité de mobilisation est très limitée, en tant que par-
Mais beaucoup d'intellectuels le voient comme une force qui veut un réel changement. Et, contrairement à la social-démocratie, il n'est pas marqué par son intégration dans l'Etat capitaliste depuis des décennies.
Les changements dans la gauche
Pout beaucoup d'ouvriers, le thème central des élections étaient "A bas Schlueter, pour une majorité ouvrière au parlement". Beaucoup d'entre-eux ont vu dans le Parti socialiste populaire, la seule force qui pouvait tirer la social-démocratie sur la gauche, loin de sa politique d'accords avec les partis bourgeois. Leurs aspirations ne se seront pas réalisées.
A gauche, deux changements majeurs se sont produits. La Gauche socialiste a subi un revers très sérieux, en perdant la moitié de ses voix et toute représentation parlementaire. Depuis sa formation en 1969, d'une scission du Parti socialiste populaire, cette organisation de la génération de 68 était considérée comme la représentation parlementaire des mouvements extra-parlementaires. Sa défaite reflète le déclin général de ses forces dû à un tourant droitier dans sa ligne politique qui rend difficile de le distinguer du Parti socialiste populaire, beaucoup plus impor tant. Le parti avait affirmé sa volonté de donner une longue vie à un gouvernement des partis ouvriers, ce qui signifiait un soutien au parlement, même en cas d'attaque contre la classe ouvrière. La perte de la représentation parlementaire, qui é tait un terrain d'unification de cette organisation, accélérera certainement la crise de ce parti.
L'autre modification majeure est l'entrée au parlement du parti Cap commun. Cette organisation a été formée voilà quelques années par le dirigeant du syndicat des marins Preben Moeller Hansen. Comme le reste de la direction, il est un ancien membre du Parti communiste danois. Dans les années 70, il fut exclu du PC. Bien que ce parti soit apparu comme étant globalement de gauche dans la campagne, il a refusé d'être lié d'une quelconque manière à la gauche ou au socialisme. Il a mené une campagne extrêmement populiste contre "le cirque parlementaire" etc. Beaucoup d'observateurs ont noté les similitudes avec le parti d'extrême-droite populiste, le Parti progressiste, y compris au niveau des déclarations racistes.
Le Parti communiste a obtenu 5 000 voix se situant maintenant environ à 1% des votes. C'est un tournant pour ce parti qui a régulièrement perdu à toutes les élec
Pour sa part, le Parti socialiste ouvrier (SAP), la section danoise de la IVe Internationale a également participé à ces élections. Il a obtenu environ 2000 voix, soit quelques centaines de moins que lors des dernières élections. L'un des points centraux de la campagne était la défense des réfugiés politiques et des immigrés, la lutte contre la politique d'austérité et la né. cessité de solutions anti-capitalistes à la
Le SAP va maintenant tenir un congrès extraordinaire pour faire le bilan de sa campagne et décider s'il doit commencer à collecter les 25 000 signatures nécessaires pour se présenter aux prochaines élections. Dans ce cadre, l'organisation discutera également de la possibilité d'une collaboration entre les partis de gauche, et savoir si l'on pourra présenter une liste commune de la gauche lors de cette échéance.
C'est une idée en discussion à l'intérieur de l'ensemble de la gauche.
14 septembre 1987