L’impérialisme britannique s’est révélé incapable d’offrir la moindre perspective d’amélioration des conditions de vie à la population catholique. Bien au contraire, ses conditions de vie ont empiré.
II. Luttes revendicatives et libération nationale
Nous publions ci-dessous la deuxième, et dernière, partie de l’article de Gerry Foley (voir « Inprecor-Intercontinental Press » n° 24 du 27 mars 1978).
À la fin des années 60, l’illusion dominante était que le gouvernement de Belfast allait mettre au point des réformes démocratiques ; cette illusion fut réduite à néant par les pogromes d’août 69. Alors une révolte surgit dans les ghettos catholiques qui chassa effectivement la police.
Un soulèvement de masse se déclencha dans le Sud, menaçant la stabilité du gouvernement de Dublin. Cette crise montra bien une nouvelle fois l’interdépendance du régime néo-colonial et des forces catholiques bourgeoises et modérées dans le Nord.
Il est vital pour les intérêts de Dublin de garder un moyen d’intervention sur la situation politique dans les ghettos du Nord. D’un autre côté, la faible bourgeoisie catholique et les éléments pro-bourgeois du Nord ont besoin du soutien de Dublin afin de marchander avec l’impérialisme britannique et les unionistes, et d’avoir la crédibilité nécessaire auprès des masses catholiques en tant que « négociateurs ».
Ainsi en 1969 et 1970, le gouvernement de Dublin fut forcé d’avoir recours à un bluff dangereux. Il promit de ravitailler en armes et en équipement militaire les dirigeants modérés des ghettos catholiques. Le but de cette opération était d’empêcher l’émergence d’une direction plus radicale. Mais même ainsi le gouvernement britannique ne pouvait le tolérer.
Le parti Fine Gael, alors dans l’opposition, fut informé de l’opération parallèle de l’armée irlandaise, probablement par des agents britanniques au sein de l’appareil gouvernemental de Dublin.
Le dirigeant du parti, Liam Cosgrave, s’éleva avec indignation contre la tentative d’importer des armes pour les groupes de défense du Nord.
Le premier ministre, Jack Lynch, se démarqua de ce projet ainsi que son gouvernement, jetant le blâme sur quelques membres du cabinet et sur un officier subalterne des Renseignements irlandais. Les illusions selon lesquelles l’armée britannique serait venue défendre les catholiques s’évanouirent en juillet 70 quand les troupes envahirent le ghetto catholique du Bas-Falls pour y trouver des armes. Aucune opération de ce genre n’a jamais été entreprise dans les quartiers protestants, bien que les forces paramilitaires protestantes soient bien connues pour être beaucoup plus lourdement armées qu’aucune force de défense catholique.
En juillet 70 également, après la « bataille des Falls », les troupes britanniques se mirent à tirer au hasard avec l’intention de tuer, quand des heurts se produisirent avec les foules catholiques.
Le SDLP fut forcé de se retirer du Parlement de Belfast et de menacer de mettre sur pied une autre assemblée.
Le 18 août, les Britanniques prouvèrent qu’ils n’avaient nullement l’intention de traiter avec les représentants catholiques : ils maltraitèrent violemment une poignée des principaux dirigeants modérés pendant une manifestation à Derry.
La confrontation avec les bourgeois nationalistes catholiques du Nord mena rapidement à une confrontation avec Dublin. Le gouvernement de Lynch déclara soutenir une campagne de « résistance passive » pour faire tomber le Parlement à Belfast. Il commença à lancer des protestations plus fortes et publiques contre les incursions de l’armée britannique aux frontières. La possibilité d’affrontements entre les armées britannique et irlandaise aux frontières se fit plus réelle. Cette marche au conflit arriva à son point culminant dans le massacre du dimanche sanglant à Derry à la fin janvier 1972, qui suscita des mobilisations de masse dans les deux parties du pays. Une grève générale spontanée balaya le Sud. La situation politique échappa au contrôle de toutes les forces intéressées au maintien d’un indispensable statu quo. Ce soulèvement fut vite maîtrisé parce qu’il manquait une direction capable de faire avancer les masses, mais la situation ne fut désamorcée qu’au moment où le gouvernement britannique suspendit le Parlement de Belfast, créant l’illusion parmi les catholiques qu’il allait imposer des réformes à la caste des colons protestants.
Dans ces circonstances, la campagne terroriste de l’IRA provisoire accéléra le déclin de l’opposition de masse au système impérialiste mais elle ne fut pas la cause essentielle de cette chute. La raison fondamentale fut la renaissance d’illusions de pouvoir obtenir des améliorations par des négociations dans les conditions auxquelles était confrontée la communauté catholique.
Avec divers hauts et bas, ce climat de faux espoirs continuait depuis le milieu de l’année 72. C’est seulement au cours des dix-huit derniers mois qu’il semble avoir commencé à s’atténuer.
Belfast, 1977. Les «Unionistes», protestants défilent en uniforme.
Les concessions impossibles
Il était inévitable que les espoirs soulevés par l’introduction de l’administration directe britannique et la proposition de divers projets de réformes démocratiques soient déçus. Et finalement cela s’est produit très rapidement. Dans le contexte d’une nouvelle crise économique mondiale, l’impérialisme britannique s’est révélé incapable d’offrir la moindre perspective d’amélioration des conditions de vie à la population catholique. Bien au contraire, ses conditions de vie ont empiré.
Au Sud, de même, une plus grande subordination à l’impérialisme britannique n’a pas apporté les profits économiques escomptés. Les investissements impérialistes croissants de ces vingt dernières années ont effectivement stimulé un certain développement, mais il est apparu évident depuis deux ans que le pays n’a enregistré aucun progrès réel qui puisse le dégager de sa stagnation chronique.
Le nombre de chômeurs recensés dépasse toujours les 100 000 sur une population totale dépassant à peine les trois millions. Le chiffre officiel des sans-travail fléchira probablement avec le renouveau du cycle des affaires internationales. Mais il restera certainement très élevé. La création d’emplois était et est toujours plus lente que l’arrivée de jeunes sur le marché du travail, et il n’y a aucune possibilité de changer cela. Aujourd’hui, contrairement à la tradition historique, le coût d’entretien des chômeurs repose sur la société irlandaise elle-même. Les débouchés traditionnels que fournissait l’émigration — la Grande-Bretagne, l’Amérique du Nord, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — ne sont plus capables désormais de drainer la masse des sans-emplois.
À la fin des années 60, l’illusion dominante était que le gouvernement de Belfast allait mettre au point des réformes démocratiques ; cette illusion fut réduite à néant par les pogromes d’août 69. Alors une révolte surgit dans les ghettos catholiques qui chassa effectivement la police.
Ainsi le principal changement n’apparaît pas tant être la croissance de l’économie de l’État libre que l’affaiblissement des économies impérialistes. Cela rend la situation sociale en Irlande plus explosive. Les contradictions du développement bloqué d’un pays si intimement intégré au cœur de l’impérialisme ont toujours été résolues par l’émigration. La marge étroite qui reste aux principaux partis nationalistes bourgeois pour prendre une position plus anti-impérialiste reflète la montée de profondes tensions. Les masses irlandaises, jusqu’à présent, ne montrent aucun signe de détermination consciente à ranimer la lutte de libération nationale. Mais un tel combat découle inévitablement du rejet de toute répression impérialiste et pro-impérialiste.
Tout mouvement de masse contre le système impérialiste en Irlande au cours des dix dernières années est venu en réponse à des actes de répression qui ont prouvé au peuple irlandais qu’il était toujours opprimé et ne pouvait rien attendre de meilleur de la part de ses maîtres. Les dix dernières années ont également montré une fois de plus que le combat contre l’impérialisme en Irlande est fortement sujet à des hauts et des bas prononcés. Deux facteurs en sont la cause, qui sont en réalité les faces opposées d’une même pièce de monnaie. Le premier, c’est la faiblesse de la nationalité opprimée par rapport aux forces qui l’assujettissent. Le deuxième facteur, c’est que l’Irlande est tellement dominée par la Grande-Bretagne qu’une certaine intégration a pu s’effectuer.
Tandis que le développement global de l’Irlande était avant tout bloqué par la domination britannique, la classe ouvrière irlandaise a pu rechercher un certain niveau de vie « occidental » au moyen de l’émigration temporaire ou permanente. Le capital irlandais a pu rechercher de modestes profits grâce aux liens avec l’économie britannique et aux rentrées d’argent des émigrants. Le résultat de ces deux facteurs entraîne de vives contradictions dans les attitudes des Irlandais. Ces contradictions sont encore avivées par une expérience sans cesse renouvelée de luttes qui se sont conclues par de terribles souffrances, et n’ont pas réussi à faire une quelconque percée fondamentale vers la réalisation des aspirations nationalistes irlandaises.
En fait, les pressions exercées par l’impérialisme sur le peuple irlandais, combinées à la faiblesse de la bourgeoisie irlandaise, ont gelé la situation du pays depuis cinquante ans. Il y eut un temps d’arrêt à partir de la trahison par la bourgeoisie de la lutte pour l’indépendance, qui aboutit à la guerre civile de 1921-22, jusqu’à la naissance du mouvement des droits civiques au Nord, en 1968. Puis le déclin de la lutte des droits civiques sembla engendrer un nouveau gel.
Dans ces conditions, penser que des avantages limités peuvent être obtenus en évitant la question nationale trouve une certaine crédibilité. En conséquence, il existe de fortes tendances à penser qu’aucun progrès n’est possible dans la lutte nationale avant qu’un niveau de développement économique et social plus élevé puisse être obtenu. Cette tendance pousse à croire que, puisque depuis si longtemps aucun progrès n’a été réalisé dans la lutte nationale, cette question nationale a dû, en fait, être essentiellement résolue par l’histoire, ne laissant au Nord qu’un problème secondaire.
La liaison entre des luttes partielles et immédiates et la question globale de libération nationale a donc eu particulièrement tendance à s’obscurcir en Irlande. Cela s’exprime au niveau politique par une division entre ceux qui se consacrent avant tout à conserver vivante la flamme de la résistance nationale et ceux qui préfèrent lutter pour obtenir des améliorations concrètes pour les masses.
Ces deux tendances peuvent être ou ne pas être animées d’un esprit révolutionnaire. La première se méfie, disant que toutes les luttes partielles ne sont qu’une diversion à l’objectif fondamental, et donc inutiles et même trahissant la cause. La seconde, au contraire, se méfie de ceux qui placent les exigences nationales en priorité, les traitant de nationalistes stériles, ne se souciant pas des besoins de la classe ouvrière, ou bien allant effectivement à leur encontre. Cette division s’est approfondie du fait que, jusqu’à maintenant, dans l’histoire irlandaise, les pires soupçons des deux groupes ont été confirmés par les événements.
La percée des droits civiques
La lutte des droits civiques au Nord a réussi une percée parce qu’elle avait dépassé ce dilemme pendant quelque temps. Elle réussit à mobiliser les masses de la fraction la plus opprimée du peuple irlandais, en commençant avec des exigences immédiates, comprises et soutenues par tout le monde. De plus, ces revendications pouvaient obtenir l’appui du reste de la majorité nationale et de l’opinion publique des pays impérialistes eux-mêmes. Ce caractère attrayant des revendications des droits civiques fut particulièrement important. En premier lieu, les contradictions dans l’attitude du peuple irlandais concernant la lutte anti-impérialiste divisèrent différentes couches de la population. Pour les jeunes chômeurs des ghettos catholiques irlandais, le seul espoir réside dans la révolution nationale. Une fois la lutte entreprise, cette couche de population a continué à combattre en dépit d’un isolement toujours plus profond, d’incroyables querelles et de pertes considérables.
Pour la plupart des autres couches du peuple irlandais, et même pour la minorité catholique du Nord, la perspective de la lutte nationale s’est souvent montrée plus menaçante que prometteuse. C’est si vrai que Liam Cosgrave, présidant le gouvernement de coalition nationale, a pu accuser publiquement la fraction du peuple irlandais opprimée dans le Nord de constituer une espèce dangereuse, étrangère au reste de la majorité nationale.
Une rue du ghetto catholique d'Ardoyne – Belfast – en 1975.
Le 13 juin 1974, Liam Cosgrave disait : « Ils (les gens du Sud) expriment de plus en plus l’idée que l’unité ou l’alliance intime avec un peuple si profondément rempli de violence et de ses effets n’est pas ce qu’ils désirent. » De plus, le soutien international est très important pour le conflit irlandais. Situé au cœur même de l’alliance impérialiste occidentale, le peuple irlandais n’a pas de chance réaliste de soutien d’aucune puissance étrangère. Ses seuls alliés potentiels sont au sein des masses des pays impérialistes eux-mêmes. Il faut remarquer que la plupart des luttes en Irlande se sont déroulées généralement en période d’agitation sociale montante en Europe de l’Ouest.
Dans le conflit irlandais des dix dernières années, la dichotomie traditionnelle entre, d’une part, ceux qui sont intéressés avant tout par la lutte contre les fléaux sociaux spécifiques, et d’autre part, ceux qui mettent l’accent sur la lutte anti-impérialiste, se retrouva dans le conflit qui opposa les républicains officiels et provisoires. Chacun à leur façon, ils ont mal compris les leçons du mouvement des droits civiques, et ont mis sur pied des plans d’action qui provoquèrent son déclin.
Les officiels furent pris au piège dans la mesure où le mouvement des droits civiques ne pouvait mener directement à la révolution anti-impérialiste. Les provisoires, d’un autre côté, en vinrent à croire qu’ils y étaient déjà parvenus, et que la lutte ne pouvait se poursuivre que par des moyens militaires traditionnels. Les provisoires furent aussi induits en erreur par les illusions prédominant dans les cercles politiques irlandais, même parmi ceux qui se prétendaient marxistes révolutionnaires, selon lesquelles les impérialistes britanniques n’avaient pas d’intérêt fondamental à rester en Irlande du Nord, ou à maintenir l’hégémonie protestante. Cela les amena à sous-estimer l’importance des pressions militaires nécessaires pour convaincre les Britanniques de se retirer.
En fait, une lutte de guérilla uniquement soutenue activement par une minorité dans la minorité du Nord, et une minorité encore plus étroite au Sud, n’a aucune chance de venir à bout des impérialistes. La direction des provisoires elle-même a fini par le reconnaître dans une certaine mesure. Ce fut le sens du discours de Jimmy Drumm à la commémoration de Bodenstown en juin 1977.
Ce rassemblement annuel sur la tombe de Wolfe Tone, considéré comme le fondateur du républicanisme irlandais, est la mobilisation de masse la plus importante des membres et des partisans du mouvement républicain, et en général le discours central est un élément majeur d’orientation politique. Drumm, un vieux dirigeant républicain de Belfast, a déclaré : « Nous pensons qu’une guerre victorieuse de libération ne peut pas se dérouler uniquement contre les opprimés des six comtés, ni en réaction à la présence physique de l’armée britannique. La haine et le ressentiment engendrés par cette armée ne peuvent nourrir la guerre, et l’isolement des républicains socialistes dans la question de la lutte armée est dangereux… Nous avons besoin d’un lien positif avec la masse du peuple irlandais qui ne sait rien ou presque des souffrances dans le Nord, à cause de la censure des media et du renforcement du conservatisme à travers tout le pays. Nous devons prendre position sur les problèmes économiques et sur chaque lutte populaire. »
Ainsi, les dirigeants provisoires ont explicitement reconnu que quelque chose n’allait pas. Mais ils semblent incapables de trouver une solution. Ce que Drumm proposait n’était rien d’autre qu’une répétition du projet essayé sans succès par les officiels dans les années 70. L’idée est qu’un appui peut être trouvé pour organiser la guérilla en engageant des luttes sociales au jour le jour. Ce n’est pas une stratégie de mobilisation de masse pour réaliser une percée révolutionnaire. Les provisoires, pas plus que les officiels, n’ont de conception concrète sur la manière dont les luttes sociales spécifiques se combinent avec les objectifs révolutionnaires, et encore moins quelque ligne que ce soit pour intervenir. Ils ne semblent pas tellement savoir ce qu’ils veulent accomplir en participant à ces luttes, si ce n’est gagner l’attitude bienveillante des ouvriers.
Dans leur tournant vers « la politique de classe », les officiels ont finalement complètement échoué à lier leur participation à des luttes sociales à une stratégie amenant le peuple irlandais à se libérer lui-même de la domination impérialiste. D’abord, ils ajournèrent la perspective de libération nationale à une étape historique ultérieure, puis ils commencèrent à opposer leur conception du combat économique à la lutte anti-impérialiste. De cette façon, ils en vinrent à considérer la campagne militaire des provisoires comme étant plus dangereuse pour la classe ouvrière irlandaise que la domination impérialiste, puisqu’ils croyaient qu’elle empêchait les travailleurs catholiques et protestants de s’unir sur des objectifs économiques. À partir de cette position, les officiels commencèrent logiquement à voir les impérialistes jouer un rôle au moins temporairement positif en Irlande du Nord, empêchant une guerre civile à grande échelle. Ils se mirent à utiliser toute leur influence pour s’opposer à un mouvement en Grande-Bretagne exigeant le retrait des troupes. Enfin les officiels reconnurent que l’impérialisme jouait un rôle historique progressiste dans le développement d’une économie moderne en Irlande. Au printemps 1977, ils publièrent une brochure intitulée : « La révolution industrielle irlandaise ». L’argument de cet ouvrage est que la responsabilité du sous-développement du pays incombe à la bourgeoisie irlandaise, et que les investissements impérialistes devraient être bien accueillis, puisqu’eux seuls créeraient une classe ouvrière qui pourrait s’orienter vers le socialisme.
Quand le gouvernement de Dublin fut obligé d’afficher un certain soutien aux catholiques nord-irlandais en 1969-70, les officiels y virent seulement un danger. Ils avancèrent l’idée que la bourgeoisie catholique ne ferait rien pour améliorer les conditions des travailleurs et que si les masses catholiques acceptaient une aide quelconque de sa part, cela enfoncerait un coin au sein de la classe ouvrière, divisant catholiques et protestants.
Les officiels suivirent la logique de cette position d’une manière de plus en plus systématique, au point de considérer la rupture de Paddy Devlin avec le SDLP comme une scission de gauche. Ainsi, probablement, pensent-ils que le tournant du SDLP, qui désormais s’oppose à la répression britannique et unioniste, est une autre tentative pour diviser les travailleurs. Au début du présent conflit, les provisoires s’intéressèrent davantage à obtenir le soutien des éléments nationalistes bourgeois. En fait, à l’origine, il n’y avait pas de démarcation franche entre eux et les bourgeois nationalistes.
Cependant, comme Dublin et le SDLP s’alignèrent derrière la campagne de répression britannique de 1973-74, une vive réaction se développa contre eux parmi les rangs des provisoires et de leurs sympathisants. Ce fut l’un des principaux facteurs de la radicalisation des nationalistes militants. Mais dans la mesure où cette réaction ne mena pas à une compréhension globale de la dynamique du combat national en Irlande, elle eut ses aspects négatifs. Un de ces aspects apparaît très clairement dans l’attitude des provisoires envers l’entrée en conflit du SDLP avec les forces répressives impérialistes. Ils ne le prirent pas comme une occasion mais comme un danger. Ils pensent que si le SDLP peut s’associer aux protestations contre la répression, il sera capable de recouvrer sa crédibilité aux yeux des masses nationalistes et parvenir à bloquer plus efficacement la lutte contre l’impérialisme.
Ainsi, les provisoires n’ont pas appris que la seule façon de briser l’emprise d’une formation comme le SDLP est de tirer avantage de ses contradictions pour engager ceux qu’il influence dans le soutien des luttes concrètes contre les impérialistes. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas encore appris les leçons du mouvement des droits civiques.
La position des trotskystes irlandais
Expliquer ces leçons est devenu l’une des tâches principales de la Section irlandaise de la Quatrième Internationale, maintenant engagée dans l’unification avec le groupe « People’s Democracy » (Démocratie du peuple), originaire de Belfast, et qui joua un rôle majeur dans la montée du mouvement des droits civiques. Cette tâche fut exposée dans l’édition de décembre/janvier du journal de People’s Democracy, Unfree Citizen (le dernier numéro depuis son remplacement par Socialist Republic, l’organe du groupe fusionné). L’article principal disait :
« La lutte est de nouveau à l’ordre du jour, mais elle est toujours dispersée et diffuse. Notre tâche l’année prochaine sera de renforcer et de renouer les fils nombreux et variés, en les fusionnant, en liant les luttes anti-capitaliste et anti-impérialiste au Nord et au Sud et en forgeant un puissant mouvement de masse fondé sur la classe ouvrière. »
Un autre article exposait : « Il y a eu une opposition à l’invitation du SDLP à la Conférence de Coalisland (pour construire un mouvement anti-répressif). Nous croyons que le SDLP est formé d’opportunistes qui ont trahi la lutte anti-impérialiste, mais nous reconnaissons également que des milliers de gens honnêtes sont toujours sous leur emprise… Si nous devons reconstruire un important mouvement de masse, nous devons prendre ces gens au SDLP, mais nous ne pourrons pas les convaincre simplement en dénonçant le SDLP sans cesse. Si pourtant, ils peuvent être intégrés à une opposition politique de masse contre la brutalité et la répression, là où le SDLP pourra être mis à l’épreuve et où ils pourront juger que ses paroles ne seront pas suivies d’actions, alors ils pourront être arrachés à leurs illusions… »
Mars 1978