Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PHILIPPINES

Assassinat d'un militant

· Inprecor n° 250, 5 octobre 1987 · p. 15-16 · 917 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Philippines et Asie du Sud-Est

LEANDRO ALEJANDRO a été assassiné le 19 septembre 1987. Secrétaire général de la Nouvelle alliance patriotique, Bayan (1) et l'une des figures marquantes de sa génération militante, il jouait un rôle fondamental dans l'animation du mouvement national démocratique légal. Paul PETITJEAN

IL A ETE ABATTU par des tueurs cachés dans une camionnette alors qu'il reve• nait d'une conférence de presse où il avait annoncé que Bayan préparait une série d'actions de masse pour protester contre la militarisation croissante du pays.

Coup sévère porté au mouvement populaire, l'assassinat de Lean vise aussi à réduire par la terreur la capacité d'action légale de la gauche radicale aux Philippines et à accentuer la crise de régime, aiguë depuis la tentative de putsch du 28 août (Cf. Inprecor numéro 249 du 21 septembre 1987). Il illustre de façon dramatique la gravité du processus de remilitarisation générale en cours dans l'archipel, cela même que dénonçait vigoureusement Alejandro lors de la conférence de presse présolidarité internationale doit s'affirmer avec force à l'heure où les escadrons de la mort philippins frappent et où la répression - gouvernementale, militaire et parallèle - se durçit.

Corazon Aquino vient de limoger sept officiers, dont trois généraux et le Colonel Gringo Honasan, figure de proue du coup d'Etat du 28 août. Elle se refuse toujours à imposer la loi martiale, malgré les pression exercées en ce sens par l'état-major. Mais la présidente n'en a pas moins beaucoup cédé aux exigences des militaires. Le général Montano a été placé à la tête du commandement régional de Manille. il avait pourtant été suspendu fin 1986, étant responsable de la sécurité intérieure de la capitale lors du "massacre du pont Mendioquand l'armée à ouvert le feu sur une manifestation laissant de nombreux morts sur le pavé.

Bien que limogés, le colonal Honasan et la plupart des chefs du Mouvement de réforme des forces armées (RAM) impliqués dans le putsch du 28 août, restent en liberté. "Clandestin", Honasan a multiplié les interviews accordées aux media, poursuivant une intense guerre de propagande. Ceux des soldats qui, ayant participé à la rébellion avaient été incarcérés, sont maintenant relâchés, jugés "irresponsables".

La "compréhension" du Pentagone L'affaiblissement des positions de la présidente est manifeste, sur le plan international et régional, comme dans le pays. Le gouvernement américain a condamné le putsch du 28 août. Mais, alors que le Département d'Etat dénonce la volonté de pouvoir des officiers rebelles, le Pentagone - tout en niant toute responsabilité dans le coup - affiche une hension" quant à leurs revendications (2). La réaction de plusieurs des membres de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) (3), et tout particulièrement celle de la Thaïlande et de l'Indonésie, a été excessivement prudente le vendredi 28 août, quand la survie du régime philippin semblait en balance.

Dans le pays même, l'Eglise n'a pas volé au secours d'Aquino comme en d'autres temps. La Chambre des députés est dominée par les clans politiques des grandes familles provinciales, aux alliances instables. Le vice-président Salvador Laurel a publiquement rompu avec Aquino en démissionnant de son poste de ministre des Affaires étrangères. Il flirte sans vergogne avec l'armée. Ancien ministre des Finances, Jaime Ongpin a, de même, pris ses distances. Contesté à cause de la façon il a négocié le service de la dette, Ongpin n'en a pas moins une influence importante et des liens affichés avec les organismes du Fonds monétaire international. Enfin et surtout, l'administration et le gouverned'éléments jugés trop à gauche par les

Le départ du responsable des douanes, Alexander Padilla, est significatif. Progressiste, ancien dirigeant de l'Alliance nationaliste, luttant contre les trafiquants en tout genre, et notamment les trafiquants d'armes, il est devenu la bête noire des militaires et des politiciens de droite.

Aquino a dû éloigner ses deux conseillers les plus proches, le secrétaire exécutif, Arroyo et Teodoro Locsil, qui pourtant eux, avaient donné bien des gages anticommunistes. Le noyau dur de l'équipe 1) Bayan est une coalition d'organisations populaires dont font partie la centrale syndicale KMU et la centrale paysanne KMP. 2) Nayan Chanda, Far Eastern Economic Review, 24 septembre 1987. 3) Sont membres de T'ASEAN, outre les Philippines, la Malaisie, la Thailande, Singapour, l'Indonésie et Brunei. Voir Jane Clade, FEER, 10 septembre 1987.

Page 16

présidentielle est ainsi largement désagrégé. Après le remaniement ministériel, le nouveau gouvernement apparaît bien faible face à une armée forte malgré ses divisions et déjà présente au cœur du pouvoir exécutif.

La militarisation progresse

Corazon Aquino, bien que tenante du régime civil, est prisonnière de ses propres choix : le refus d'engager des réformes sociales radicales et de s'engager pour le "pouvoir populaire", la recherche d'appuis prioritaires au sein de l'armée et de Washington, la déclaration de "guerre totale" lancée à l'encontre de la guérilla communiste et sa politique de contre-insurrection. La militarisation du pays progresse à la fois de l'extérieur et de l'intérieur du régime.

Quand Leandro Alejandro a donné sa dernière conférence de presse, il annonçait des actions de masse que Bayan préparait pour le 21 septembre, le quinzième anniversaire de la proclamation de la loi martiale par Marcos, date aujourd'hui symbolique s'il en est, vu la menace que l'armée fait planer sur le régime civil et les droits démocratiques. Ce jour-là, seule une dizaine de militaires ont manifesté pour la défense des libertés et pour condamner le meutre de Lean. Refusant de tomber dans la provocation en engageant immédiatement l'épreuve de force, les organisations de gauche préparent les funérailles de Lean et la poursuite du combat démocratique.

25 septembre 1987

Une erreur sur cette page ?