Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Congrès du COSATU

· Inprecor n° 252, 2 novembre 1987 · p. 7-11 · 4 128 mots

Afrique australe Syndicalisme

Le congrès du COSATU

PLUS DE 1400 DELEGUES OUVRIERS représentant 712 231 syndiqués ont participé au deuxième congrès du COSATU en juillet dernier. L'ambiance générale était à la combativité.

La réception des délégations dans un hôtel de Johannesburg a rapidement tourné au meeting : pendant cinq heures ce ne furent que chants et slogans anti-gouvernementaux.

Durant les quatre jours de la conférence, chaque nuit, les délégués chantaient et dansaient dans la rue.

Le titre d'un article de l'hebdomadaire Weekly Mail rend assez bien compte de l'atmosphère du débat: "La question principale : était-il assez combatif ?"

Tony ROUX

ORS DE SON LANCEMENT en décembre 1985 - intervenu au terme de quatre années de longues et difficiles discussions

Congrès des syndicats sud-africains

(COSATU) était déjà sans doute la plus puissante centrale syndicale de toute l'histoire des ouvriers noirs d'Afrique du

Sud. Le chiffre de cotisants à la date du deuxième congrès, qui s'est déroulé à la mi-juillet, corrobore largement cette affirmation. En l'espace de dix-neuf mois, la progression est impressionnante : de

430 000 membres cotisants regroupés en 33 syndicats différents à 769 000 syndiqués répartis en 13 syndicats et secteurs industriels, et représentant environ un million de sympathisants.

Une centrale syndicale en pleine expansion

Augmentation de la surface militante du COSATU, concentration de ses forces par branche d'industrie, et maintien de la combativité syndicale malgré la répression, sont les éléments marquants l'évolution récente de cette confédération. En 1986 les grèves ont augmenté à la fois en nombre, en durée des conflits et en chiffre de travailleurs impliqués.

1987 peut d'ores et déjà être considérée comme une année de forte de l'activité revendicative du mouvement ouvrier. Malgré la répression dont ils sont devenus la cible de la part de l'Etat, du patronat et des groupes clandestins d'extrême-droite, les syndicats du COSA-

TU ont été à la pointe de la plupart de ces conflits sociaux. D'importantes victoires ont été enregistrées dans le secteur d'Etat (travailleurs des chemins de fer, des postes) tandis qu'une gigantesque démonstration de force a été par les mineurs en grève durant trois semaines (Cf. Inprecor numéro 249 du 21 septembre 1987).

De plus larges secteurs d'activité (construction, employés de maison, travailleurs municipaux, chemins de fer)

couverts par le COSATU. D'autres comme les salariés agricoles ou les chômeurs sont en voie d'organisation. Accélérer ce processus est une des tâches que s'est fixée le récent congrès du COSATU. Cette évolution positive ne doit cependant pas cacher les problèmes de structuration interne non réglés et les importants débats politiques qui animent la centrale.

La réalisation de l'unification syndicale par branche d'industrie a rencontré beaucoup de résistance (Cf. Inprecor numéro 244 du 8 Juin 1987). Les fusions furent beaucoup plus lentes que ne le laissait prévoir le délai de six mois adopté lors du congrès de fondation. Ce publiquement reconnu par les responsables syndicaux. Sydney Mufamadi secrétaire général adjoint du COSATU explique ainsi que les "syndicats généraux se sentent poussés trop rapidement et considèrent qu'ils ont besoin de davantage de temps pour discuter concrètement des changements à opérer. Mais les syndicats de branche pensent que les syndicats généraux traînent les pieds et que c'est la tâche de l'exécutif central (du COSATU-ndlr) d'essayer de trouver un équilibre entre les positions." (Cf. Weekly Mail, 24 octobre 1986). Le plus souvent les obstacles à l'unification combinent deux choses : d'une part l'existence de divergences d'orientation et d'autre part les difficultés de cohabitation, héritées de la période antérieure et parfois aggravées par les nouveaux débats, entre les syndicats déjà structurés sur une base industrielle et les syndicats généraux moins bien préparés à leur intégration-dissolution dans les structures des fédérations.

Ces conflits ont conduit à des difficultés organisationnelles comme le regrettait le message du Comité exécutif du COSATU aux militants pour l'année 1987 : "Laisser les divergences mener à une scission dans un syndicat, comme c'est arrivé au NUTW (textile-ndlr) ; ou suspendre l'organisation d'une région, comme c'est arrivé dans les régions de la province orientale du Cap ou du Witwaterrand ; ou affaiblir un syndicat local, comme c'est arrivé à Johannesburg, c'est terrible, camarades." (Document du COSATU Cf. Inprécor 244 du 8 juin 1987).

clivages sur deux questions

Des divergences sont appparues publiquement lors du congrès du Syndicat des travailleurs du commerce d'alimentation et assimilés d'Afrique du Sud (CCAWUSA) à la mi-juin. Cette réunion devait définir l'orientation politique du syndicat et fixer les modalités de la fusion avec deux petits syndicats, le Syndicat des travailleurs de l'hôtellerie et de la restauration (HARWU) et celui des Travailleurs du commerce de détail et assimilés (RAWU).

Sur ces deux questions une ligne de clivage est apparue entre plusieurs branches régionales du CCAWUSA et celle de Johannesburg. Au terme d'un congrès contesté les positions défendues par les représentants de la région de Johannesburg furent entérinées. Ainsi la Charte de la liberté n'a pas été adoptée comme programme de référence avec l'argument du refus de diviser un syndicat dont un courant d'adhérents se revendique du Manifeste de l'Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO) ou du National Forum.

Comme le note un commentateur du South African Labour Bulletin (SALB, juillet 1987), "le congrès s'est achevé sur l'insatisfaction évidente de nombreuses branches par rapport aux procédures adoptées et aux décisions prises. Ces tensions se sont étendues aux pourparlers de fusion, aggravant d'autant la division". Résultat : deux ailes du CCAWUSA se présentaient au congrès d'unification avec le RAWU et l'HARWU fin juin. Cette réunion de fusion se réalisa finalement sans l'aval de la branche de Johannesburg du CCAWUSA et entérina des résolutions contradictoires avec celles du précédent congrès du Syndicat du commerce et de l'alimentation, en adoptant notamment la Charte de la li-

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berté et en décidant de changer le nom du syndicat unifié.

La fondation du COSATU en 1985 n'avait pas mis fin aux discussions et aux divergences. Elle constituait certes une nouvelle donne en fixant un cadre unique de débat et d'action, mais d'importantes différences d'approche subsistaient.

Ce pas avant l'unification ouvrière fut cependant un élément essentiel pour expliquer la rapide croissance du COSATU. La preuve a été faite de la viabilité et de l'efficacité d'un cadre de front uni ouvrier impliquant diverses traditions syndicales, dès lors que, pour le moment, le fonctionnement démocratique est la règle de résolution des conflits politiques. Cette évolution a été garantie par l'attachement d'un large courant syndical au maintien de ce cadre de travail unitaire. C'est sans doute ce qui a permis de voir évoluer les termes même du débat.

Les termes du débat

La réflexion sur la perspective socialiste est maintenant explicitement mise à l'ordre du jour de la discussion. La grande majorité des directions du COSATU semacquise à la nécessité d'attribuer à la classe ouvrière le rôle dirigeant dans la lutte actuelle. Ce sont donc les questions de la forme et du contenu programmatique à donner à cette orientation générale qui suscitent de nombreuses

Ces différences renvoient à des visions stratégiques parfois fort divergentes. Quelles étapes fixer à la lutte en cours ? Comment contre l'apartheid et lutte contre l'exploitation capitaliste ? Quelle définition donner à société réellement une

"déracialisée" ? Jusqu'où le mouvement syndical doit-il s'engager dans la propagande socialiste et dans les luttes aujourd'hui, pour le concrètes, dès contrôle ouvrier ? Tels sont les thèmes généraux qui sous-tendent l'actuel débat syndical. Après avoir été au centre de querelles idéologiques aux marges du mouvement syndical (Cf. Inprecor numéro 232 du 15 décembre 1986), la question de la perspective socialiste et place du mouvement syndical dans ce combat, est maintenant au coeur des discussions du COSATU.

l'ANC et du courant chartiste qu'il indans cependant liberté. Néanmoins plusieurs orientations différentes se dessinent à son endroit. lier combat voir l'adoption de la Charte de la liberté par le COSATU comme une fin en soi. Ce programme de revendications démocratiques est estimé suffisant pour réaliser l'étape démocratique de la lutte. Quant à la question d'une perspective socialiste elle ne l'ordre du jour. Deux autres Charte comme l'élément d'une mobilisation l'exploitation. ranger les prises de position du NUM et de la du NUMSA (1). Mais ces positions divergent sur le degré d'adéquation programmatique de la Charte de la liberté pour une transcroissance socialiste de la

La discussion s'est surtout centrée ces derniers mois autour de l'appréciation du contenu et de la fonction de la Charte de la liberté, programme politique de fluence et qui domine le mouvement de masse. Elle s'est illustrée tout au long des congrès syndicaux de branches qui ont précédé le deuxième congrès du COSATU. Tous les courants du mouvement syndical reconnaissent le caractère mini- SATU (2). mal des revendications de la Charte de la

Une première position semble conceserait tout bonnement pas à approches voient la contre l'oppression nationale et On peut grossièrement y lutte. Elles divergent aussi sur la dynamique sociale spontanée que ce document peut enclencher par lui-même dans son application concrète.

Enfin, un autre courant s'oppose à l'adoption de la Charte ou de tous documents politiques, considérant que ce serait là un facteur de division du mouvement syndical et que le débat sur ces documents n'a pas traversé la base du CO-

Deux pôles dans la discussion

Les deux principaux pôles de discussion dans ces débats sont représentés par les documents adoptés par les deux plus puissants syndicats industriels, le

Syndicat national des mineurs (NUM ) et celui de la métallurgie ( NUMSA ).

Le NUM et le NUMSA ont tous deux adopté la

Charte de la liberté lors de leur congrès. Leurs différences d'appréciations ne résident donc pas dans la nécessité d'un programme démocratique synthétisant taires du mouvement de masse, fonction fixent depuis des décennies d'autres programmes similaires. Elles concernent par deux autres aspects : d'une part le contenu et la place spécifique des revendications vrières reflétant les récentes expériences du mouvement ouvrier sud- africain ; d'autre part, laforme d'unité à réaliser entre les diverses composantes du mouvement de masse et l'hégémonie politique ouvrière à y instaurer. En un mot, la Charte de la liberté concentre-t-elle les principales revendications ouvrières actuelles ? Jusqu'à quel point est-elle l'unique ou le meilleur instrument pour

1) Le Syndicat des travailleurs de la métallurgie

(NUMSA) qui revendique I30 000 adhérents est le résultat de la fusion du MAWU, du NAAWU et du MICWU et de quelques autres petits syndicats.

2) Une telle appréciation a été adoptée par le congrès du CCAWUSA dont une résolution affirme "les revendications de la Charte de la liberté, bien qu'importantes, sont limitées. l'adoption de l'un ou l'autre des deux documents" (Charte de la liberté ou manifeste d'Azanie - ndlr), ouvre la porte à de sérieuses divisions dans le syndicat". Ce courant syndical où les militants proches du

National Forum ont une influence a donc résolu "de discuter à tous les niveaux du syndicat et des fédérations de l'importance d'un programme d'action socialiste qui liera ensemble tous les travailleurs indépendamment de leur affiliation politique" (Cf. SALB, juillet 1987).

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L'auto-limitation proposée ne | objective : la dimension ouvrière dans la mouvement de masse ? Ne revient-il pas à ce dernier de définir une orientation programmatique rassemblant les revendications ouvrières avec leur dynamique socialiste possible ?

Les résolutions du NUM semblent à cet égard vouloir opérer une certaine auto-limitation.

La position du NUM La politique du Syndicat des mineurs est explicitée de la sorte par son dirigeant Cyril Ramaphosa : "Notre point de vue est le suivant: bien, en fin de compte il faudrait un système où il n'y aurait aucune exploitation par personne -un système socialiste - mais alors il faudrait quand même obtenir un mandat des gens. Nous pensons qu'il serait incorrect, à ce stade, de dire que nous voulons ce type de socialisme, le mettre sur le papier, noir sur blanc, alors que c'est une question qui doit être discutée à une échelle bien plus vaste" (Cf. SALB, maijuin 1987). Certes cette affirmation n'empêche pas que l'on rencontre dans le journal du NUM des articles ayant une perspective socialiste. Lors du congrès du Syndicat des mineurs, James Motlatsi, président du NUM, déclara "Ce n'est que dans une Afrique du Sud démocratique et socialiste que la classe ouvrière et tous les opprimés pourront contrôler les richesses qu'ils produisent" (Cf. SALB, mars-avril 1987). Une des résolutions de son congrès précise "Les travailleurs de ce pays ne luttent pas seulement pour de meilleures conditions de travail dans les mines, mais pour une société socialiste dirigée par la classe ouvrière." Et le NUM ne rejette pas l'idée du contrôle ouvrier puisqu'il affirme "la solution aux problèmes des ouvriers est claire - il faut qu'ils exercent le contrôle sur leurs lieux de travail". Il faut signaler à cet égard l'hétérogénéité possible des directions syndicales sur toutes ces questions.

Et celle du NUMSA Mais la conception défendue par Ramaphosa semble mettre surtout l'accent sur la dynamique sociale objective de la lutte démocratique. Dès lors, le contenu de la Charte de la liberté "un document pour guider la lutte contre l'oppression nationale" est aussi présentée comme une base possible de la lutte ouvrière pour le socialisme, conçue un peu comme une transcroissance assurée de l'étape démocratique nationale .

Le NUMSA a également adopté la Charte de la liberté, mais "comme contenant les revendications politiques minimales reflétant la conception de la majorité des travailleurs de la métallurgie, d'une Afrique du Sud, libre et démocra-

Foyer de travailleurs à Soweto (DR) tique, sans discrimination." Il considère donc surtout ce document comme "une première pierre, valable pour commencer à bâtir notre programme en tant que classe ouvrière" (Cf. SALB, juillet 1987). Le fond du débat est là.

La direction prolétarienne du mouvemasse doit s'exprimer concrètement dans les luttes diennes, mais également à travers ses références programmatiques propres. Le NUMSA se prononce donc l'élaboration d'une Charte ouvrière synthétisant les revendications ouvrières de l'heure et définissant une orientation stratégique spécifique. Il affirme "le nouveau syndicat et d'autres organisations de la classe ouvrière devraient se donner comme priorité l'élaboration d'un programme politique clair".

Interrogé sur cette perspective, le dirigeant des mineurs Cyril Ramaphosa a reconnu que "une charte ouvrière qui exige la reconnaissance des syndicats et de comités démocratiquement élus de délégués d'atelier doit être considérée comme un complément à la revendication de liberté d'association qui est inscrite dans la Charte de la liberté" (Cf. SALB, mai-juin 1987). Mais ce faisant il limite d'emblée le contenu de cette "Charte ouvrière" à certaines revendications démocratiques (droit de grève, droit syndical dans les entreprises) qui ne figurent pas dans la Charte de la liberté. Il semble vouloir arrêter là l'apport programmatique du mouvement syndical,

"toute autre position, j'en ai peur, jouerait, au contraire, en faveur de ceux qui, lors du procès en trahison de 1956 ont caractérisé la Charte de la liberté comme un document communiste et donc subversif."

s'explique pas, à notre sens, par les seuls risques répressifs encourus. Elle s'adosse à une conception stratégique de la lutte. Il est certain que si l'on attribue à la Charte la capacité d'enclencher une dynamique naturelle de transcroissance de l'étape démocratique à l'étape socialiste, il ne paraît pas utile de se doter d'un programme aux références socialistes trop précises. Mais alors comment faire valoir l'hégémonie ouvrière sur le mouvement de masse dont on se réclame ? Cette dernière peut-elle se réduire à l'adoption du programme démocratique général (la Charte de la liberté) par le mouvement syndical et à la constitution, sur cette base, d'un front unique entre le COSATU et le courant chartiste ?

Vers un programme ouvrier ?

L'élaboration d'un programme ouvrier semble répondre à une double nécessité dans l'esprit de ses défenseurs. D'une part il serait un élément de la démarche stratégique vers "la création d'une société socialiste contrôlée par les travailleurs". Et d'autre part, elle donnerait consistance à la nécessité de concrétiser dans les faits "le rôle pratique dirigeant de la classe ouvrière industrielle dans la lutte pour l'instauration d'une société socialiste" (Cf. SALB, juillet 1987).

C'est la première fois qu'est ainsi précisé, par un grand courant syndical, le contenu concret de l'hégémonie ouvrière sur le processus de mobilisation populaire. Cette formulation constitue un apport important au débat.

En effet, tant que l'idée d'hégémonie ouvrière reste un concept général, tout le monde semble d'accord. Car il est bien difficile d'aller à l'encontre d'une réalité

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•bjective : la dimension ouvrière dans la ormation sociale et son poids politique grandissant. Mais chaque sensibilité donne de cette idée une concrétisation particulière : hégémonie du Parti communiste sud-africain, de l'ANC, ou encore des syndicats industriels ?

Aussi derrière la discussion sur la Charte de la liberté se profile celle sur les alliances concrètes et la conception du front uni. Mettant en avant des critères de représentativité, le NUM propose une alliance particulière avec le courant chartiste. Il critique de ce fait certaines interprétations de la conception initiale d'indépendance organisationnelle du COSATU. Il est bien évident qu'une organisation comme le COSATU se doit, dans sa politique quotidienne, de faire la part des choses entre des organisations dont l'influence est massive et qui dirigent réellement une partie du mouvement de masse et des groupes minoritaires strictement propagandistes et absents du terrain réel des luttes de classes à l'échelle nationale. Mais c'est une toute autre affaire que de chercher à réglementer cela par une définition restrictive de ce qu'est une organisation "progressiste"

Dès lors que l'adoption de la Charte de la liberté deviendra l'élément nécessaire à cette caractérisation, le risque de glissements sectaires et de divisions est présent, y compris au sein du mouvement syndical. Certaines formulations de Cyril

WORKERS MOBILEE AND TEAD FORT

Ramaphosa peuvent prêter, à cet égard, à confusion, notamment lorsqu'il affirme "Au niveau politique, la Charte de la liberté a été adoptée comme document pour guider et s'il y a une organisation qui soit violemment opposée aux principes de la Charte de la liberté, nos membres trouveront très difficile de la considérer comme une organisation progressiste avec laquelle ils pourraient faire alliance" (Cf. SALB, mai-juin

Le mouvement politique partie prenante du débat

Les formations politiques légales ou illégales interviennent également dans ce débat (3). Une position au sein de IUDF s'est exprimée dans plusieurs articles. Dans l'un d'entre eux, paru dans Isizwe (La nation) en novembre 1986, sous le titre "erreurs ouvriéristes", elle critique à la fois les dirigeants syndicaux qui rejettent une définition politique trop précise du mouvement syndical et ceux qui proclame trop ouvertement leur engouement pour le socialisme. "Pour L'UDF, le problème n'est pas que les ouvriéristes réclament, à juste titre, le rôle dirigeant pour la classe ouvrière, mais plutôt ce qu'ils entendent par là" (4). Ce que cet article rejette c'est l'idée que "le rôle dirigeant de la classe ouvrière signifie le rôle dirigeant des syndicats progressistes". D'où une conception des alliances qui réduit le role du mouvement syndical à un élément de l'unité antiapartheid, parmi d'autres, sur la base de la Charte.

Le Parti communiste sud-africain, pour sa part, s'est lancé dans une réelle offensive idéologique sur ce terrain. Un de ses organes "Umsebenzi" contient ainsi une claire mise en garde en affirmant : "Le mouvement syndical (...) ne peut agir en tant qu'avant-garde politique de la classe ouvrière. S'il essaye de le faire, il risque de commettre un suicide organisationnel comme puissance de masse. Nous devons donc nous garder de tentatives prématurées d'intégrer formellement les objectifs du socialisme dans les programmes des syndicats et des fédérations auxquelles ils appartiennent. Un syndicat ne peut exiger un niveau aussi élevé de conscience politique de ses membres ou sympathisants comme condition pour rejoindre ses rangs" (Cf. Umsebenzi, second trimestre 1987). C'est la raison pour laquelle il poursuit : "l'adoption par le récent congrès du NUM de la Charte de la liberté reflète de façon correcte le sentiment et la compréhension des masses populaires. C'est l'indice d'un lien plus réaliste entre la lutte économique et politique dans la période actuelle".

Cette orientation découle d'une conception stratégique spécifique. Le PC nalyse le processus révolutionnaire comme composé de deux étapes, l'une démocratique et l'autre socialiste. Rejettant tout étapisme vulgaire, il affirme dans certains de ses écrits qu'il n'y a pas de muraille de Chine entre les deux et que la réalisation de la seconde étape est tout aussi importante que la première. De ce fait, la classe ouvrière doit se porter à l'avant garde de la lutte pour garantir l'avenir.

La nature sociale de l'Etat démocratique n'est toutefois pas définie. Pour le PC, elle résulterait des rapports de forces sociaux du moment donné. Sans nier la part d'évidence dans cette affirmation, on peut affirmer toutefois que le rapport des forces est quelque chose qui se construit. Or c'est précisément sur la manière tactique de construire le rapport des forces en faveur de la classe ouvrière que porte le débat au sein du mouvement populaire. Et la discussion sur la formule précise à adopter en faveur du socialisme porte sur la nature sociale de l'Etat (démocratie de masse, contrôle ouvrier ...).

On peut donc se demander si l'élaboration démocratique d'un programme ouvrier n'est pas justement le meilleur moyen d'assurer l'hégémonie et l'unité des masses prolétariennes dans le cours de la lutte et d'influer ainsi sur le rapport des forces. Les acquis organisationnels du COSATU n'offrent-ils pas concrètement la possibilité d'une éducation socialiste de masse, d'un engagement de larges couches ouvrières derrière un programme ouvrier?

C'est en cherchant à répondre à cette possibilité réelle qu'est apparue l'idée d'une "'Charte ouvrière" dont l'élaboration permettrait d'ouvrir un tel débat sans hypothéquer la légalité syndicale ni limiter les capacités d'intervention et d'unité du mouvement syndical.

Le second congrès du COSATU

Le second congrès du COSATU en juillet dernier a marqué un point d'inflexion dans le débat syndical. Il exprime le maintien d'une orientation propre de la centrale et l'attachement à la démocratie interne et à l'unité forgée lors de la fusion de 1985 entre diverses sensibilités syndicales.

3) Ces discussions ne se limitent pas au COSATU. Le SACTU pôle syndical en exil lié à l'ANC, s'est aussi exprimé sur ces thèmes. Son message au congrès du COSATU est présenté de la sorte par la revue Work in Progress de septembre 1987 : "Dans un message assez peu clair, le Congrès des syndicats sud-africains a beaucoup étonné la plupart des délégués en leur disant qu'ils devaient débattre du socialisme, mais ne pas 'aller jusqu'à en faire une politique'. Quelques délégués ont adopté une présentation plus crue de cet argument."

4) Isizwe, novembre 1986, repris par SALB, marsavril 1987.

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Après avoir été adoptée par plusieurs syndicats de branche, la Charte de la liberté l'a été par la conférence du COSATU comme un document qui "comprend les revendications minimales de la majorité démocratique, ce qui pose les bases de la construction d'une société sans exploitation" (Cf. Weekly Mail, 24 juillet 1987). C'est une claire reconnaissance de l'impact de ce document auprès des larges masses ouvrières. Le COSATU affirme par ailleurs que la lutte contre l'oppression nationale et celle contre l'exploitation économique sont "complémentaires l'une de l'autre et font partie d'une lutte continue pour la libération totale" (Cf. Work in Progress, septembre 1987).

La spécificité du COSATU

Le débat sur l'orientation politique du COSATU n'est pas clos. Comme l'a déclaré Jay Naidoo "le COSATU doit, tout de suite, s'atteler à la tâche immédiate du développement d'une compréhension ouvrière cohérente de la Charte, tout en encourageant la plus large discussion sur la démocratie et le socialisme dans les rangs des diverses fédérations" (Cf. Weekly Mail, 24 juillet 1987). C'est là une vision particulière du rôle de ce document.

Mais la question d'un programme complémentaire n'est pas apparue comme un point des débats soumis au vote. Néanmoins Jay Naidoo a affirmé que cette idée avait des partisans dans le COSATU mais que ses implications n'étaient pas encore tout à fait claires. Et il ajoute : "Si, cependant, la plupart de nos membres veulent une charte syndicale ou ouvrière, nous devrons en tenir compte" (Cf. Work in Progress, septembre 1987).

Une élaboration politique spécifique est donc bien en train de se faire jour au sein du COSATU reflétant en cela l'expérience de ces dernières années d'un mouvement syndical non-racial qui s'est trouvé à la pointe des luttes sociales. Jay Naidoo a sans doute résumé la sensibilité majoritaire en disant: "Nous tons la Charte comme un indicateur et non comme un strict schéma (...). La lutte pour une société sans exploitation ne connaîtra pas d'interruption. Il n'y a pas de contradiction entre l'adoption de la Charte de la liberté comme programme de revendications minimales et la lutte pour une telle société (5)".

29 septembre 1987 5) International Labour reports, septembreoctobre 1987. Jay Naidoo apporte par ailleurs une clarification intéressante sur la question des alliances en précisant :"le front unique d'alliances est basé sur un accord sur le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans la lutte pour la libération" (Cf.Work in Progress, septembre 1987).

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MAYERISO RE.

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