Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Libérez Mayekiso !

· Inprecor n° 252, 2 novembre 1987 · p. 11-13 · 1 652 mots

Afrique australe Syndicalisme Femmes

syndicats mais d'une tentative ouverte et délibérée de réduire pour affaiblir le syndicalisme indépendant. Le cas de Mayekiso

Libérez

Mayekiso !

L'ACTUEL ETAT D'URGENCE qui sévit Paul SMITH

U N REGIME QUI A CONDAMNE

Mandela à la prison à vie, assassiné Biko, qui torture des enfants et fait du racisme son idéologie officielle, n'a aucun crédit moral auprès de la majorité de ceux qu'il gouverne. La mesure de sa faillite est donnée par la stature de ses opposants. De nombreux syndicalistes se sont portés en première ligne dans la bataille contre l'apartheid en Afrique du Sud et un grand nombre en Afrique du Sud a touché toutes les composantes du mouvement populaire. Pour la première fois le mouvement syndical dans son ensemble a été la cible de cette répression.

Il ne s'agit plus d'une attaque sélective contre certains toute l'activité syndicale, d'entraver le fonctionnement des directions nationales et intermédiaires et de faire taire le mouvement ouvrier. La répression contre les cheminots noirs en grève, les attentats contre les locaux du COSATU, l'utilisation des bandes de "vigilants" contre les cadres syndicaux, etc. ont été les moyens utilisés ces derniers mois est de ce point de vue exemplaire. L'article qui suit rend compte de la situation dans laquelle se trouve ce dirigeant ouvrier et explique les raisons d'une campagne internationale pour sa libération.

d'entre eux sont devenus les victimes de la terreur d'Etat. C'est pourquoi les projecteurs se tournent tout naturellement en péril auvers ces combattants, jourd'hui. Quelle est leur histoire, dans quelles circonstances luttent-ils ? Comment pouvons-nous les aider ?

Qui est Mayekiso ?

Moses Mayekiso (que ses intimes appellent "Moss") est une incarnation vivante du courage, de la culture et de la dé-

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termination politique dont beaucoup font preuve dans le mouvement syndical sud-africain. Son histoire nous apprend comment des milliers de syndicalistes vivent sous la menace constante au pays de

Moses Mayekiso (aujourd'hui Secrétaire général du NUMSA, le deuxième en importance des syndicats du Congrès des syndicats sud-africains COSATU) est né au Transkei en 1949. Il a commencé à travailler comme mineur migrant. Il a subi les accidents mortels et les graves blessures qui frappent les mineurs. Il a connu les foyers pour travailleurs migrants, les salaires de misère, la cruelle discrimination raciale. Il a quitté la mine pour travailler en usine, et en dernier lieu chez Toyota, où il a organisé le Syndicat des métallurgistes et travailleurs assimilés (MAWU). Il devint délégué principal d'atelier, fut réprimé et licencié. L'organisation syndicale régionale du Transvaal le prit comme permanent à l'organisation et en 1980 il devint secrétaire de cette branche. Mais il hésitait à prendre ce poste. Il se sent plus proche de la base. C'est, à bien des égards, le plus important dans sa vie. Mais il n'est pas du tout "basiste" ; au contraire, pour lui, les ouvriers, la grande masse des simples ouvriers, devraient contrôler et diriger leurs propres organisations, comme apprentissage en vue de la prise en mains du contrôle sur tous les aspects de leur vie. Cette conviction profonde a poussé Mayekiso à promouvoir largement les structures démocratiques exemplaires du syndicat des métallos. C'est pour cela aussi qu'il n'a jamais jugé bon de déménager de son logement insalubre d'une seule pièce, sans électricité, avec des toilettes communes, qu'il partage avec sa femme, son frère et sept enfants, dans le township d'Alexandra.

La lutte pour l'unité du mouvement

Moses fut le représentant du MAWU dans les dicussions pour l'unité syndicale qui ont conduit à la formation du COSATU, en décembre 1985. La lutte pour l'unité du mouvement contre l'apartheid, la place dirigeante à conquérir par les travailleurs, la défense de la Charte de la liberté comme point de départ de cette unité, voilà les thèmes principaux sur lesquels Mayekiso a fait porter ses efforts. Il a appelé au développement de la Charte dans le sens des revendications pour la jeunesse, pour les femmes, bien sûr, pour la consolidation de l'unité du mouvement ouvrier dans le sens de sa progression.

Il était donc tout naturel que M. Mayekiso "le dirigeant syndical" devienne Moses "le président du Comité d'action d'Alexandra". Au plus fort de la lutte dans cette région et après la grève du Transvaal de septembre 1984, à laquelle plus d'un million d'étudiants et d'ouvriers ont participé,

Get détenu dans l'isolement total pendant plus d'un mois. Il fut accusé dans le cadre de la Loi de sécurité intérieure. Puis, après un raz-de-marée de grèves et de manifestations, les charges furent abandonnées.

En 1985 il fut élu secrétaire général du MAWU. Il incarnait le lien entre les syndicats dans les communautés. Le 6 février la "guerre des six jours" éclata à Alexandra à la suite d'une intervention policière contre un cortège funéraire. demeure fut attaquée ; mais il n'étais pas là. En avril 1986, Moses Mayekiso fut à nouveau emprisonné. Une fois de plus, il subir le cachot et "techniques d'interrogatoire" de la police sud-africaine. Une nouvelle grève réussit à obtenir sa libération en mai 1986 et il partit en Suède chercher des appuis pour son syndicat.

A nouveau emprisonné Entretemps, le second état d'urgence fut proclamé, le 12 juin, en Afrique du Sud. Malgré des risques évidents, Moses revint chez lui et fut arrêté à son arrivée à l'aéroport Jan Smuts. Depuis lors il est resté en prison à Johannesburg. Il y fut détenu, sans aucune charge, jusqu'à la fin de 1986, puis ensuite accusé de trahison. Cette accusation fit place à celle de subversion et de sédition, quand la trahison ne tint plus. Les visites sont rarement autorisées et jusqu'à récemment il connaissait de mauvaises conditions de

Des charges ridicules, mais passibles de la peine de mort, sont portées contre lui. L'Etat sud-africain affirme "les accusés doivent allégeance à l'Etat, à tout moment". Avec cette présomption il se retrouve accusé d'avoir pris le contrôle de certains quartiers d'Alexandra" et/ou de rendre les dits quartiers ingouvernables par le pouvoir,

1) établissant des organes de pouvoir populaire ;

2) formant un Comité d'action d'Alexandra ;

3) organisant les habitants en comités par maison, par rue et par quartier ;

4) en formant des tribunaux popu-

5) en lançant une campagne contre la police sud-africaine, le Conseil municipal d'Alexandra et contre les collaborateurs du système.

De plus, Moses est accusé de "lancer un boycott des loyers" et de "tentatives de forcer l'Etat à accéder aux revendications", et, même encore plus incroyable, de vouloir "changer les noms de rues en MK (sigle de là branche armée de l'ANC), Biko, Soviet, Mandela, ANC, Slovo, Bazooka, Tambo". Moses doit répondre de ces charges devant le tribunal en même temps que Paul Tshabala, Richard Mdakane, Obed Bapela et Mzanele Mayekiso (frère de Moses).

25 000 détenus Ce sont 25 000 personnes qui ont été détenues, à un moment ou un autre, depuis le début de l'état d'urgence, au début proportion de pas élevée. Aujourd'hui les syndicalistes sont en première ligne de la bataille et soumis à des attaques croissantes. Lors de son congrès en juillet, le COSATU a appelé à une campagne de "bas les pattes" devant la montée des activités terroristes et répressives de l'Etat. La menace plane aujourd'hui d'une législation encore plus anti-syndiale. Tout conflit important tombe rapidement sous le coup de la répression.

Mais cependant les syndicats restent encore relativement stables et ont approfondi leur maturité politique à laquelle l'exemple de la vie de Moses n'est peutêtre pas étrangère. Le congrès de juillet du COSATU a engagé le mouvement à organiser un syndicat de chômeurs, à chercher à toucher les femmes travailleuses "doublement opprimées", à nouer des liens avec le mouvement syndical indépendant de Namibie et avec les mouvements ouvriers anti-impérialistes du reste de l'Afrique. Les syndicats gardent encore jalousement leur indépendance syndicale tout en fournissant une direction politique à la lutte de l'ensemble des

Le syndicat de Moses s'est toujours profondément engagé dans cette direction. Parmi les syndicalistes emprisonnés dans les premiers jours de l'état d'urgence, les membres du MAWU figufaçon disproportionnée. Aujourd'hui, le COSATU, dans son ensem-

Best impliqué dans une l'organisation de jeunesse de l'UDF, la SAYCO, formée en février de cette année, et les nouvelles organisations nationales de femmes. C'est là l'héritage de militants comme Moses Mayekiso.

La mobilisation doit se maintenir

Moses et ses co-accusés ont comparu devant la Cour suprême de Johannesburg le lundi 14 septembre 1987. Moses souffre probablement d'un ulcère à l'estomac, d'une hernie et de douleurs à l'oreille. Aucun médecin, n'appartenant pas au per-

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sonnel pénitenciaire, n'a été autorisé à l'examiner. Aujourd'hui Mayekiso est enfermé avec d'autres personnes d'Alexandra, au nombre de huit, qui sont accusées d'avoir formé un tribunal populaire ; tous ceux qui l'ont vu disent qu'il garde le moral.

Le procès proprement dit, dont on pense qu'il durera 5 ou 6 mois, a été repoussé au 19 octobre sous prétexte qu'aucun juge n'était disponible avant cette date et on peut penser qu'à ce moment-là un membre du tribunal va tomber malade. Les vacances d'été s'étendent, en Afrique du Sud, de décembre à janvier, peut-être le gouvernement pense-t-il que la mobilisation de soutien à Moses et ses compagnons sera retombée d'ici là ?

Le souci de M. Mayekiso a toujours été de construire l'unité la plus large avec tous les groupes engagés dans la lutte. Sa vie est devenue, de ce fait, le bien de tout le mouvement anti-apartheid, nationalement et internationalement. C'est aujourd'hui que ce mouvement doit agir pour les sauver, lui et ses camarades, qui risquent la peine de mort, ainsi que tous les autres syndicalistes, dirigeants ou adhérents, qui pourrissent actuellement dans les geôles d'Afrique du Sud.

Le NUMSA (qui a élu Moses comme secrétaire général, en son absence), déclare : "(nous) appelons la communauté syndicale internationale à organiser une campagne pour sa libération. Le syndicat approuve toutes les formes d'initiatives indépendantes et responsables de soutien sur la scène internationale et souhaite la plus grande coopération entre les groupes pour atteindre l'objectifs recherché".

28 septembre 1987.

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