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ITALIE

La FGCI adhère à l'Internationale socialiste

· Inprecor n° 252, 2 novembre 1987 · p. 13-15 · 2 000 mots

Italie Écologie

des jeunesses communistes italiennes (FGCI), Luciano Vecchi,

Bruxelles. Les dirigeants de la FGCI ont également expliqué que incompatible avec leur maintien dans la Fédération mondiale

ITALIE

La FGCI adhère à l'Internationale socialiste

DANS UNE CONFERENCE DE PRESSE du 6 octobre dernier, le responsable des rapports internationaux de la Fédération a annoncé que son organisation participera désormais à l'Internationale des jeunesses socialistes avec le statut de

"partenaire consultatif".

dans ce sens leur avait été adressée par les dirigeants de l'Internationale en question avant son récent congrès de leur adhésion à l'Internationale socialiste n'est pas des jeunesses démocratiques (FMJD) qui se compose majoritairement des organisations de jeunesse des différents partis communistes mondiaux.

L EST UTILE de revenir sur les vicissitudes de la FGCI au cours des dernières années. Cette organisation avait déjà subi des difficultés à partir des années 50 mais avait connu une certaine relance au début des années 60, au moment où la radicalisation de la jeunesse commençait à s'esquisser. Cependant c'est justement lors de la montée de cette radicalisation, qui l'avait prise au dépourvu, qu'elle avait subi un déclin brutal.

surtout dans les lycées et

Les jeunes, dans les universités, suivaient dans leur large majorité les organisations et les mouvements d'extrême-gauche et la FGCI leur apparaîssait comme une organisation conservatrice, incapable d'animer leurs mobilisations, tout en s'y accrochant parfois à la dernière minute dans le seul but de ne pas être complètement isolée.

Une assez longue période de marginalisation s'est ainsi ouverte pour elle, même si, grâce à l'influence croissante du Parti communiste vers la moitié des années 70, elle rassemblait toujours quelques dizaines de milliers de jeunes.

Le projet de relance de la FGCI

Ainsi, au début des années 80 la

FGCI n'était pas en condition de polariser des mouvements de masse ni d'influencer des secteurs importants de la jeunesse.

Elle n'était pas non plus un réservoir de recrutement pour le parti. Sa faiblesse contribuait en fait à accentuer le phé-

Vecchi, une proposition allant nomène de vieillissement de celui-ci. Rappelons quelques données significatives, tirées des publications du parti lui-même. Dans la deuxième moitié de 1984, par exemple, le PCI avait 187 000 membres au dessus de 70 ans et 178 000 en dessous de 30 ans (1) ; 4,62% de ses membres avaient plus de 80 ans et 4,10% moins de 26 ans. L'âge moyen du parti à l'époque était de 49 ans. La situation n'a pas sensiblement changé depuis lors.

Fin 1984, le Comité central du PCI avalisait un projet que la direction de la FGCI avait préparé pour son XXIIIe Congrès. Le but de ce projet était de créer les conditions d'une relance de l'organisation, "de lancer une opération de refondation et d'ouvrir une véritable phase de reconstitution".

Le projet partait d'une constatation très générale, juste : "On doit aux jeunes une grande partie des luttes les plus importantes de ces dernières années : pour la paix, pour la sauvegarde de la nature et de l'environnement, contre les pouvoirs criminels (maffia et camorra), pour une nouvelle qualité de la vie et une nouvelle culture". Il expliquait que "le rapport jeunes-politique semble passer de plus en plus par de grandes options idéales, celles de la paix, de la liberté et de la défense de l'environnement. En partant de ces grandes options, le problème se pose de donner une identité nouvelle aux forces organisées elles-mêmes". La crise des mouvements traditionnels de jeunesse, liés aux partis, et ne faisant que trans-

1) Rappelons que les effectifs du PCI oscillent autour de 1,5 million.

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mettre une ligne politique décidée par les adultes, était jugée comme absolument "irréversible"

Dans ce projet on tirait la conclusion que la FGCI devait acquérir une autonomie totale par rapport au parti et transformer assez radicalement ses structures : "Nous devons envisager un très large réseau articulé pour assurer la présence des jeunes communistes, avec un caractère fédératif accentué". Plus concrètement, la FGCI devait maintenir "une fédération de plusieurs organisations ayant leur propre remise de cartes et leurs propres groupes dirigeants". On envisageait quatre niveaux d'organisation, c'est-à-dire : 1) la ligue des lycéens communistes et la ligue des étudiants communistes ; 2) la ligue des chômeurs et des jeunes travailleurs ; 3) la ligue des cercles organisés sur une base territoriale ; 4) les centres d'initiative.

Le XXIlle congrès

Le XXIlle congrès qui s'est tenu en février 1985, approuva ce projet et les changements qu'il impliquait, en décidant en même temps d'abandonner le centralisme démocratique. Deux ans après, la conférence de Modène poussait encore plus loin la transformation organisationnelle dans le sens de la décentralisation.

Comme l'expliquait le quotidien du Parti communiste, l'Unità (10 février 1987), "les ligues, les cercles, les centres se regrouperont dans des conseils fédéraux, territoriaux, composés pour moitié de membres élus sur des bases unitaires et pour moitié de membres élus proportionnellement par les structures existantes sur le territoire donné". Un conseil fédéral national sera élu sur les mêmes critères.

Cette mutation organisationnelle n'est pas allée de pair avec des changements réels sur le terrain politique. Le leit-motiv des résolutions, des rapports, d'innombrables articles et interviews de dirigeants et notamment du secrétaire à l'organisation, Pietro Folena, est la proclamation réitérée de la nécessité de "faire un saut qualitatif, de se renouveler, de découvrir, d'inventer, de refonder, etc." Mais le plus souvent ces excellentes intentions ne débouchaient que sur l'utilisation de concepts fumeux et d'une terminologie prétendument sophistiquée ou sur des interprétations idéalistes, voire moralistes, d'idées fondamentales du marxisme et du mouvement ouvrier.

Par exemple, le texte du XXIIIe congrès parlait d'un "nouveau socialisme" en expliquant, entre autres : "Nous considérons que la modification structurelle de la société, le processus constant de socialisation de fonctions autrefois privées est un besoin qui ne saurait être éludé. Mais en même temps un tel besoin ne naît que si l'on fait un choix éthique en faveur des valeurs d'égalité, de justice, de liberté... Pour nous le socialisme n'est pas non plus un processus voulu et pensé par un seul protagoniste, la classe ouvrière, qui, en se libérant, libère la société tout entière. Il est, par contre, la construction de diffé rents protagonistes qui cherchent des réponses aux questions cruciales de notre époque."

Le débat du congrès n'a guère apporté non plus de clarifications. L'Unità elle-même remarquait dans son commentaire que les interventions n'avaient pas fourni beaucoup d'éléments sur ce qu'il fallait proposer aux jeunes ni sur ce qu'il fallait faire...

Le fait est que la FGCI n'avait et n'a toujours pas de projet politique propre, de stratégie politique propre.

Fondamentalement, ses axes stratégiques restent ceux du parti communiste dont elle a suivi et suit l'évolution de plus en plus ouvertement social-démocrate. Elle accepte le cadre de la société bourgeoise en se limitant à proposer des réformes du système. Elle partage égale ment la perspective "européenne" du parti en s'opposant aux "deux blocs" qu'elle met sur le même plan, mais en acceptant I'OTAN, présentée comme un "pacte défensif", ce qui est une mystification. Ajoutons, en passant, que sur cette dernière question il y avait eu au XXIIIe congrès le débat le plus vif puisque des délégués avaient proposé que la FGCI se prononce pour le retrait de l'Italie de I'OTAN. Les dirigeants s'étaient tirés d'affaire en proposant à leur tour un amendement mi-chèvre mi-choux, qui leur permettait de maintenir pour l'essentiel l'orientation du projet.

Autonomisation organisationnelle et politique

Néanmoins, tout cela n'a pas empêché la FGCI d'assumer parfois, dans le cadre de son autonomisation organisationnelle, des attitudes différentes de celles du Parti. Ainsi, lorsque le groupe parlementaire du PCI a pris une position ambiguë dans le débat sur le nucléaire et appuyé substantiellement le plan énergé tique du gouvernement, elle a exprimé publiquement son désaccord. Ensuite, elle s'est engagée dans la campagne de signatures pour les trois référendums sur le nucléaire alors que le PCI prônait un référendum purement consultatif.

UNA NUOVA

PER CAMBIARE

LA POLITICA

E LA SOCIETA'

Plus récemment, elle a critiqué la décision du PCI de voter en faveur de l'ancien Premier ministre Spadolini, reaganien de choc, comme président du Sénat. Elle n'a pas caché, à plusieurs reprises, son mécontentement à l'égard des syndicats, en les critiquant, par exemple, parce qu'ils n'avaient décidé d'aucune grève à l'occasion de la "marche pour le travail", lancée avec un très grand succès en décembre 1985 par différents mouvements et organisations de jeunes.

Les raisons d'une adhésion

Du point de vue organisationnel, la FGCI n'a pas été capable de se renforcer substantiellement, même si elle a pu faire état d'un certain recrutement au cours des dernières années. Début 1985 elle avait 45 000 adhérents, dont 16 000 femmes. Deux ans plus tard, la conférence de Modène a fixé comme objectif 55 000 membres (100 000 pour 1990). Ajoutons que le critère de militantisme n'est pas trop rigide. Il suffit de rappeler qu'aux réunions préparatoires du XXIIIe congrès n'ont participé que 10 000 membres et 13 800 à celles qui préparaient la conférence de Modène. Le rapporteur à cette conférence, Pietro Folena, a même fait état de membres n'établissant un contact avec l'organisation qu'une fois par an !

A la fin de 1986 la FGCI avait mis l'accent sur des succès remportés lors des élections aux conseils d'établissement dans les lycées. Ses listes, baptisées "arc-en-ciel", auraient obtenu, selon les zones, entre 40 et 50% des voix. Mais ces élections ont une portée très limitée du fait que seule une petite minorité d'élèves y participe.

Le débat, après la défaite électorale du PCI en juin 1987, a été aussi l'occasion d'un bilan de l'organisation des jeunesses. C'est en effet un bilan réaliste que le secrétaire Pietro Folena a dressé devant

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le Comité central du parti : la FGCI n'est présente que dans 20% des lycées ou des écoles supérieures et des universités, dans 15% des communes, dans "un nombre dérisoire" d'usines. Dans les grandes villes "sa présence est encore plus mince". Les résultats électoraux étaient, par ailleurs, éloquents : selon une enquête dont personne n'a contesté le bien-fondé, alors qu'au total le PCI remportait 26,6% des voix, le Parti socialiste (PSI) 14,3% et la Démocratie-chrétienne (DC) 34,3%, parmi les jeunes, le PCI obtenait 14%, le PSI 18,4%, et la DC 24% (dans les grandes villes respectivement, 15,8%, 20,2% et 22,3%). PCI et FGCI ont donc de bonnes raisons de s'inquiéter.

Il est évident que la décision d'adhérer à l'Internationale socialiste des jeunesses a été inspirée par l'espoir d'élargir la marge de manœuvre de la FGCI à l'échelle internationale et de renforcer les rapports qu'elle avait déjà avec des organisations socialistes, dont en premier lieu les jeunes de la social-démocratie allemande.

Dans l'esprit de ce qu'on appelle le "nouvel internationalisme" , en d'autres termes un "internationalisme" qui implique les rapports internationaux les plus disparates, sans engagement aucun, les dirigeants de la FGCI ont expliqué, que l'adhésion à I'IS n'est pas incompatible avec la présence dans la FMJD, à laquelle la FGCI a adhéré dès sa formation.

La décision de la FGCI - qui, faut-il le souligner, a été prise sans convoquer aucun congrès ni conférence nationale - a provoqué des réactions dans le parti. Cela amenait l'Unità à publier le 8 octobre, un article d'Armando Cossutta, un des opposants les plus connus (Cf. Inprecor numéro 211, du 20 janvier 1986), qui demande une discussion dans toutes les instances du parti, et exprime son désaccord en disant notamment: "L'Internationale socialiste est une organisation mondiale (et non seulement européenne) composée de socialistes et de sociaux-démocrates : pourquoi les communistes devraient-ils y entrer ?"

Le Bureau de presse du PCI publiait dans le même numéro du journal son propre commentaire en expliquant que "la décision de la FGCI non seulement est un acte qui est du domaine d'une autonomie acquise depuis longtemps, mais est aussi en harmonie avec les orientations générales du PCI."

On ne saurait contester ce dernier point. La décision de la FGCI correspond à une logique politique incontestable. N'en déplaise à Cossutta, les jeunes "communistes" italiens ont choisi une maison qui leur convient parfaitement. •

15 octobre 1987.

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