PENDANT LE CONFLIT, des militants du Parti socialiste unifié (VSP) allemand qui étaient au Mexique sont allés à Puebla rencontrer les ouvriers de Volkswagen qui occupaient l'usine. Ils les ont interwievés pour SOZ, l'organe du VSP
- SOZ : Où en est le conflit auAujourd'hui, comme depuis le début du conflit, le ler juillet, nous luttons pour défendre nos droits, tels qu'ils sont définis dans la législation mexicaine du travail et dans la Constitution.
Concrètement, cela signifie le droit à la négociation des salaires, puisque l'accord salarial en vigueur a pris fin le 30 juin. La direction de l'entreprise veut faire porter les négociations sur les "conflits économiques" et pas sur des augmentations de salaires garanties par contrat. Cela fait partie de la stratégie du patronat qui veut affaiblir le syndicat et, dans la foulée, faire passer son plan de licenciements. Au total, elle veut licencier 723
- La direction de l'entreprise a expliqué dans de nombreux encarts publicitaires dans les journaux comme aux autorités, que ses usines de Puebla étaient dans une situation économique et financière difficile.
Bien sûr qu'il y a des problèmes économiques ! Ils ne sont pas particuliers au Mexique, mais concernent le monde entier. Mais même s'il y a de sérieux reculs sur le marché intérieur mexicain, Volkswagen au Mexique pourrait maintenir, voire développer, son secteur
A notre avis, les problèmes actuels concernant le marché mexicain ne justifient absolument pas les attaques organisées contre nos conventions collectives
Les "conflits économiques" prétexte. C'est flagrant quand on voit que les usines s'agrandissent ici. Là, derrière, on construit un nouvel hangar où des machines neuves doivent être installées, qui intègrent les tout derniers progrès technologiques, provenant principalement de l'usine VW à Charleston aux Etats-Unis.
garantir notre niveau
(Deux milliards de pesos soit 1,4 millions de dollars ont été dépensés par VW pour transférer la production des voitures Golf des Etats-Unis à Puebla, ndlr)
Où est-elle cette fameuse crise si l'on peut engager des investissements aussi gigantesques ? Où est-elle quand la direction de VW, juste avant les élections au poste de gouverneur, offre 75 voitures aux autorités et se répand en cadeaux généreux à l'adresse du gouvernement ? Les autorités se rangent sans hésitation aux côtés de la direction de VW. Elles aussi veulent détruire notre syndicat indépendant.
- Quelle est la part de la production des usines de Puebla destinée à l'exportation ?
Nous n'avons pas encore pu obtenir les derniers chiffres de la direction, mais nous savons qu'actuellement l'essentiel de la production concerne l'exportation. Mais peu importe, nous insistons encore une fois : nous refusons de prendre en compte "les problèmes économiques" mis en avant par la direction. Notre combat concerne la hausse nécessaire des salaires, face à l'inflation, à la hausse des prix actuelle et à la crise générale qui touche le Mexique. Sans doute savez-vous que le gouvernement vient d'augmenter à nouveau le prix de l'essence de 28%. Nous les travailleurs, nous ne pourront préserver et garantir notre niveau de vie qu'en luttant.
- Qu'avez-vous fait pour faire contrepoids à la démagogie et aux attaques massives de la direction de VW relayées par les media, avec notamment ces pages entières de publicité dans les journaux ? Quelles sont les possibilités de faire connaître vos positions, la justesse de vos revendications ?
L'intérêt porté par les media à notre grève est récent. Des journalistes ne se contentent pas de participer aux conférences de presse et aux forums de notre grève, ils font aussi des articles qui rendent compte, dans une certaine mesure, de la réalité. En particulier sur notre revendication d'une augmentation de 100% des salaires. Cette revendication est négociable, elle n'est pas à prendre ou à laisser, comme veut le faire croire la direction.
Nous essayons de faire connaître nos revendications et nos positions par la diffusion de tracts, des pintadas ( peinture de
mot-d'ordre sur les murs, ndlr), des manifestations, en nous rendant dans d'autres usines, d'autres syndicats etc.
- Au Mexique, contrairement à l'Allemagne, il n'y a pas de caisse de grève. Comment arrivez-vous à soutenir une grève qui dure depuis déjà plusieurs semaines ?
Il était clair dès le début qu'on en viendrait à la grève quand la direction a décidé, dès le mois de mai, de déposer un recours devant les autorités, pour obtenir le règlement d'un "conflit économique".
Dans les ateliers, les réunions de service, dans les discussions individuelles ou collectives, nous avons essayé de faire comprendre à nos camarades ce que signifiait cette initiative de la direction et nous les avons encouragés à se préparer à la grève, en mettant de côté le plus d'argent possible.
Le fait que nous ayons pu soutenir une grève jusqu'à maintenant et que nous soyons prêts à la poursuivre, montre que les travailleurs de VW et leurs familles voient clairement de quoi il retourne, quelles conséquences auraient une défaite ou une victoire non seulement pour nous, mais aussi pour l'ensemble de la classe ouvrière mexicaine.
- Quel type de soutien avez-vous recueilli jusqu'à présent, et de la part de qui ?
Nous avons été soutenus par d'autres syndicats et par la population de Puebla, aussi bien moralement que matériellement. Certains syndicats ont décidé pendant la durée de la grève de nous apporter une certaine somme d'argent, comme nous le faisons nous-mêmes quand d'autres usines sont en grève. Nous recevons des dons provenant des paysans de la région de Puebla, des dons en nature, du maïs, des haricots etc. Nous avons le soutien moral particulièrement fort de la part d'organisations syndicales et politiques nationales, d'étudiants, de paysans, de vendeurs de rue, qui ont pris part, sous une forme ou une autre aux actions que nous avons organisées.
- Et la solidarité internationale ?
Nous avons reçu des télégrammes de solidarité de la Centrale unique des travailleurs (CUT) du Brésil, d'Espagne, de Belgique. Nous avons envoyé une brève information sur les raisons de notre grève aux syndicats des pays où VW a son siège social ou des usines.
Le conflit va se durcir, si VW continue à se montrer aussi intraitable et s'en tient à ses exigences inacceptables. Si c'est nécessaire, nous transformerons ce conflit sur les salaires en un conflit social avec toutes ses conséquences. Nous partirons de Puebla et nous étendrons la lutte à l'ensemble du pays avec l'appui de toutes les organisations qui se sont déclarées solidaires.
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EL SALVADOR