Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Les prochains mois seront décisifs

· Inprecor n° 253, 16 novembre 1987 · p. 13-16, 16-17 · 3 486 mots

El Salvador Syndicalisme

LE 29 OCTOBRE DERNIER, le commandement général du Front

Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN) annonçait sa décision de boycotter les réunions qui devaient se tenir avec

Duarte les 30 octobre et 4 novembre, dans la ville de Mexico.

Il entendait ainsi protester contre l'assassinat par des groupes milliers de personnes ont suivi le cercueil dans la capitale, San

Déjà contraint d'engager le dialogue avec les révolutionnaires qu'il entend promulguer ne pourrait bénéficier aux auteurs de

Pour leur part, les dirigeants du FDR, Guillermo Ungo et Ruben

Salvador en novembre, afin de mettre à l'épreuve la réalité de

Les prochains mois seront décisifs para-militaires, trois jours auparavant, du président de la

Commision des droits de l'Homme au Salvador

(non gouvernementale), Herbert Anaya Sanabria, dont des

Salvador, le 30 octobre.

alors qu'il s'y était refusé dans un premier temps, la mort de

Anaya Sanabria place Duarte dans une position encore plus inconfortable et il s'est hâté de déclarer que l'amnistie ce crime.

Zamora ont affirmé qu'ils n'excluaient pas une tournée au l'application des accords d'Esquipulas.

Notre collaborateur, Arnold Berthu, revenu de ce pays voici peu, analyse pour inprecor la situation actuelle.

Arnold BERTHU

INSI, A L'HEURE du contact

A de paix d'Esquipulas, le peuple salvadorien loin de là, la répression diminuer. De septembre 1986 à juin 1987,

127 syndicalistes et membres de coopératives ont été capturés, sassinés. Si pour cette même période, on ajoute aux syndicalistes, toutes les personnes n'appartenant pas à la guérilla et assassinées par l'armée, on chiffre de plusieurs centaines. La presse salvadorienne a révélé que durant les sept premiers mois de l'année, sonnes ont été victimes "d'actes d'indiscipline" de membres de l'armée.... 33 en sont mortes. Enfin, Les entreprises en militarisées et l'armée manifestants.

La répression pour seule réponse

En fait, la répression est la seule réponse que puisse fournir le régime de

Duarte qui est dans une impasse politique totale. Ses promesses électorales n'ont pas été tenues. Le président déclarait vouloir réaliser au moment de son élection en 1984 une "révolution démocratique et pacifique", rétablir l'égalité sociale. Par exemple, il promettait d'approfondir la réforme agraire de 1979 en donnant plus de terre aux paysans et en diminuant le poids de leur dette. Il n'en a rien été et la Confédération de l'association des coopératives salvadoriennes (COACES) qui l'avait soutenu en 1984 a rejoint la gauche syndicale organisée dans l'Union nationale des travailleurs salvadoriens (UNTS).

La réapparition des "escadrons de la mort"

Duarte promettait aussi le respect des droits des travailleurs, mais la liberté syndicale et le droit de grève n'ont toujours pas été rétablis dans le pays. Enfin, conséquence de la crise économique, le niveau de vie des couches populaires a baissé considérablement.

Sans en revenir à la répression massive des années 1980-1983 - rappelons que la guerre a fait en huit ans 60 000 morts ! - le régime a de plus en plus recours à la répression sélective et les "escadrons de la mort" de sinistre mémoire, ont fait leur réapparition. Mais malgré les coups très durs qu'elle a portés au mouvement de masse, cette répression n'a pu endiguer la progression et l'unification des organisations populaires. Voilà peu, Julio Portillo, dirigeant de l'UNTS nous déclarait : "J'ai été blessé trois fois depuis 1979 ; je ne loge

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jamais au même endroit mais, dans la journée, tout le monde sait où me trouver car nous agissons au grand jour ; je connais les risques encourus, comme tous mes camarades... Mais rien ne nous fera renoncer". Et ils sont effectivement des milliers ceux et celles qui jouent à un degré ou à un autre un rôle dans l'organisation des masses.

Des villes en effervescence

Le rythme des grèves qu'on enregistre depuis 1984, s'est accéléré ces derniers mois. Ces luttes concernent tant les travailleurs de la santé (qui ont fait 4 mois de grève), les enseignants, les télécommunications, la distribution d'eau, certains ministères comme celui de l'Intérieur, que les ouvriers de l'industrie. Généralement, ces grèves qui portent sur l'amélioration de la protection sociale, sur les salaires, ne se concluent pas par une victoire des travailleurs : le patronat et le gouvernement gardent une position intransigeante et recourent aux licenciements des "meneurs", à l'emprisonnement, voire à l'assassinat pur et simple. Néanmoins, la vague de grève se poursuit et ce, pour trois raisons. Tout d'abord, la crise économique aiguë, ensuite, la dynamique enclenchée par l'unification syndicale au travers de l'UNTS, enfin, l'existence du FMLN et son activité croissante.

Les villes en sont en ébullition. Cela se traduit par le rythme soutenu auquel grèves et manifestations se succèdent, mais aussi par le fait que les murs sont littéralement couverts de slogans anti-américains, contre Duarte, pour le FMLN etc. Autre fait significatif, l'ouverture publique de locaux d'organisations de masse liées à l'UNTS. De ce point de vue, nous sommes loin de 1984 époque où la seule organisation de gauche à disposer d'un local était le syndicat des enseignants (ANDES). Fait nouveau, également, le succès remporté dans la capitale par l'arrêt des transports décrété en juin par le FMLN.

En effet, depuis 1984, le FMLN organise environ six fois par an, un arrêt des transports. Il ne s'agit pas d'une grève en tant que telle mais plutôt d'une cessation du trafic pendant 24 heures (ou plus) obtenue par le FMLN sous la menace de représailles à l'égard des sociétés de transport par autobus ou par camion. Jusqu'à juin 1987, l'arrêt des transports concernait le trafic rural et interurbain (y compris les chemins de fer dont deux tiers des locomotives ont été détruites par le FMLN). En juin 1987, 80% du trafic de la capitale a été stoppé pendant 24 heures. Ce succès fait figure de symbole et montre bien les limites de la capacité de contrôle de Duarte et de l'armée. Il est également un bon indicateur de la popularité du

FMLN. Il symbolise pardualité de faitement la pouvoir politique et militaire qui existe aujourd'hui au Salvador.

Julio Portillo déclarait en août dernier: "La création de l'UNTS en février

1986 était le résultat d'un effort tenace de rassemblement des organisations syndicales à tradition de gauche ou, pour employer d'autres termes, des organisations indépendantes du gouvernement d'une part, et d'une majorité des organisations populaires qui ont soutenu Duarte en

1984 (L'Union populaire démocratique et (UPD,

COACES et l'Association nationale des Indigènes salvadoriens -ANIS- ndlr).

Sous la pression du gouvernement, de la CIA et de l'Institut américain pour le développement du syndicalisme libre (AIFLD) - voir page 7 - la direction de l'UPD a quitté l'UNTS en novembre 1986. Mais la base est restée avec nous. De plus, l'essentiel du secteur coopératif et l'organisation des indigènes est également resté.

"Ne pas forcer les rythmes"

En avril dernier, la Confédération des salvadoriens (CTS, travailleurs d'obédience social-chrétienne, ndlr), nous a quitté mais nous maintenons une volonté d'unité d'action avec eux et une de ses composantes principales nous a contactés depuis pour se joindre à nous de nouveau. C'est l'Association nationale des travailleurs du ministère de l'Agriculture et de l'Elevage (ANTMAG). Mais nous ne voulons pas forcer les rythmes.

Par ailleurs, sur notre "gauche", la majeure partie des secteurs syndicaux qui avaient suivi une ligne gauchiste dans le cadre de la Fédération syndicale révolutionnaire (FSR) participe maintenant à l'UNTS. Celle-ci vient de se doter d'un comité national exécutif qui consolide notre unité™ (1)

De fait, on peut dire qu'avec la création et le développement de l'UNTS s'est constitué un puissant bloc populaire qui associe les travailleurs des villes - industrie, institutions financières et services publics) et ceux des campagnes puisque

COACES regroupe plus de 80 000 paysans coopérateurs auxquels il faut ajouter des petites entreprises coopératives comme certaines compagnies de bus par exemple, et que l'Association nationale des travailleurs agricoles (ANTA) qui ap partient à l'UNTS, regroupe elle-aussi un nombre significatif d'ouvriers agricoles, les étudiants, les indiens. (au travers d'ANIS), le comité des femmes, le Comité de défense des droits de l'Homme et l'organisation des réfugiés intérieurs et extérieurs qui veulent se réinstaller dans les zones conflictuelles ou dans les zones sous contrôle du FMLN par l'intermédiaire du Comité chrétien pour les déplacés d'El Salvador (CRIPDES).

Ce bloc populaire s'est fixé une perspective politique clairement anticapitaliste et anti-impérialiste (CF. Inprecor numéro 226 et 240).

Les organisations qui sont partie prenante de l'UNTS constituent la cible privilégiée de cette répression sélective que nous mentionnions plus haut, mais qui a été incapable jusqu'à présent d'endiguer son renforcement. L'existence même de T'UNTS est un obstacle à l'isolement des

1) Font partie de ce comité : Guillermo Rojas du Conseil de coordination des travailleurs de l'Etat et des municipalités (CCTEM) ; Julio César Portillo, du CTEM et de ANDES ; Marco Tullio Lima et Orlando Fuentes de COACES, Febe Velasquez et Daniel Garcia ; la Confédération salvadorienne du Travail (CST) dont fait partie la FENASTRAS ; Jorge Lopez de l'Association générale des employés du ministère de l'Intérieur (AGEMHA) ; Adrien Esquino Lisco, ANIS ; Humberto Centeno du Syndicat des travailleurs des télécommunications ; Miguel Aleman de la Fédération des coopératives de la réforme agraire de la région orientale (FECORAO).

D'autre part, la FSR dont parle Portillo était liée au Mouvement ouvrier révolutionnaire (MOR), scission des Forces populaires de libération (FPL-l'une des composantes du FMLN) après la mort de Salvatore Cayetano Carpio (Marcial) en 1983.

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luttes. Dans chaque grève menée dans une entreprise, des délégués organisés dans l'UNTS et provenant d'autres secteurs sont présents. C'est un pas en avant considérable par rapport à la situation de division qui prévalait dans le mouvement de masse dans les années 1979-1980.

Un travail de démoralisation de l'armée ailleurs, ces derniers mois, l'UNTS est devenue plus offensive l'égard des forces armées, poursuivant un travail systématique de démoralisation des troupes. Ainsi peut-on lire dans le bulletin qu'elle publie : "Huit mille délégués des différents syndicats et associations de travailleurs en conflit avec le patronat et le gouvernement ont marché le 2 juillet sur le Palais présidentiel afin d'exiger la satisfaction de leurs revendications (...) En passant devant l'hôpital militaire, nous avons vu beaucoup de soldats mutilés par la guerre et nous nous sommes adressés à eux en ces termes : la guerre à laquelle vous avez été forcés de participer par le haut commandement des forces armées a pour objectif la défense de l'actuel système d'injustices. Cette guerre commanditée par l'Administration Reagan est dirigée contre nous les pauvres. Vous, camarades soldats, vous êtes en train de défendre les intérêts des riches, des exploiteurs, des corrompus, des "gringos". Aussi, soldats honnêtes, votre place est à côté du peuple, soldats vous aussi, vous êtes exploités" (Bulletin numéro 5)

Les nombreuses communautés chrétiennes de base jouent un rôle actif dans l'organisation populaire. Elles existent dans les quartiers pauvres des villes où elles rencontrent un écho massif, notamment parmi la jeunesse, comme dans les campagnes y compris dans les zones contrôlées par le FMLN. L'auto-organisation est un trait dominant de ces communautés. Les messes ouvertes qu'elles organisations sont autant de lieux de discussions sur la situation sociale et sur ce qu'implique l'engagement militant des chrétiens. Loin de fonctionner en cercle fermé, ces communautés se constituent à partir de la population elle-même. Elles ont réussi depuis deux ans à briser le cloisonnement créé par l'armée entre les populations des zones sous contrôle du FMLN et le reste de la population. Par exemple, depuis 1985, les communautés chrétiennes sont parvenues à imposer l'envoi de camions de ravitaillement (vivres, vêtements, médicaments) dans les régions contrôlées par le FMLN. Ces camions passent avec un sauf-conduit délivré par l'archevêque de San Salvador, Rivera y Damas. Parfois, sous la pression de l'armée, la hiérarchie catholique se refuse à donner le sauf-conduit nécessaire et les communautés se mobilisent alors, allant jusqu'à occuper les bâtiments de l'archevêché pour faire changer d'attitude la hiérarchie. Précisons que les relations ne sont pas des meilleures entre ces communautés qui se revendiquent de Monseigneur Romero, assassiné en 1980, et les dignitaires de l'Eglise. La tension monte également à l'intérieur de cette institution si puissante au Salvador. Ainsi, le 6 juin 1987, Rivera y Damas a fait appel aux forces de l'ordre pour expulser de la cathédrale de San Salvador un groupe de mères et d'épouses de disparus qui avaient entamé une grève de la faim autour de la tombe de Monseigneur Romero qui est enterré dans l'église. Cette initiative a soulevé un tollé dans les communautés chrétiennes de base, d'autant qu'elles sont elles-mêmes visées par la répression.

Depuis 1980, les forces armées ont quintuplé en nombre. Aux 50 000 soldats dont la moitié a reçu une formation contre-insurrectionnelle, il faut ajouter 25 000 membres des groupes paramilitaires. L'état major reconnaît avoir 17 000 hommes hors de combat (entre morts et blessés) depuis décembre 1980. Actuellement, le FMLN inflige quelques 600 pertes par mois au: forces armées, ce qui explique en partie pourquoi les unités militaires sont partiellement incapables d'assimiler réellement la formation contre-insurrectionnelle.

La stratégie militaire du FMLN Les dégâts majeurs sont causés par les embuscades, les mines, les francs-tireurs. Par ailleurs, le FMLN concentre ponctuellement ses forces pour des attaques de grande envergure contre des casernes importantes. En 1987, trois casernes stratégiques ont été attaqués et leurs occupants défaits : El Paraiso, San Francisco de Gotera et Santa Rosa de Lima. Dans les trois cas, la troupe n'a pratiquement pas résisté. A Santa Rosa, les militaires au nombre de 2 000 sont partis en débandade. Trois éléments entrent en ligne de compte dans la stratégie militaire du FMLN. Premièrement, il peut concentrer ses efforts sur l'attaque de l'armée dans la mesure où se sont multipliées les milices populaires. Celles-ci s'organisent parmi la population civile des zones contrôlées par le Front et se chargent des tâches d'auto-défense, de vigilance, de sabotage etc

Deuxièmement, le FMLN dispose maintenant d'importants commandos de guérilla urbaine. FMLN fait un travail d'organisation en direction de l'armée et dans celle-ci. tionnel, une partie des objectifs des forces armées est politique, c'est pourquoi dans la situation présente, il se retourne contre elle. Ce projet échoue parce que les masses n'y croient pas : les exactions se poursuivent, la situation économique empire, le FMLN se renforce. L'armée, en se lançant dans une campagne explicitement politique à travers le plan "Unis pour reconstruire" (Cf Inprecor numéro 240) est devenue plus perméable aux contradictions sociales.

L'echec des militaires

Autre facteur de crise de l'armée, son échec militaire. Lors d'opérations de type ratissage d'une région, de plus en plus souvent, la troupe refuse de continuer dès qu'un soldat saute sur une mine. Et dans ce cas, les officiers n'insistent pas et mentent à leurs supérieurs en déclarant que l'opération a été menée à bien. Le commandement militaire a donc une vision faussée de la situation sur le terrain et de l'état des forces dont il dispose. C'est pourquoi l'état-major modifie pro-

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taille pour savoir qui recevra l'investiture comme candidat à la présidence de la république pour les prochaines élections de 1989, a déjà commencé.

La crise de la démocratie-chrétienne

Les postulants sont au nombre de trois : Rey Prendes, actuel ministre de la Culture et des Communications, Fidel Chavez Mena, ministre de la Planification et Morales Erlich, maire de la capitale. Anticommuniste farouche, surnommé "ministre de la Terreur et du Mensonge" par l'UNTS, dauphin potentiel de Duarte, Prendes est actuellement impliqué dans une sombre affaire de détournements de fonds. Sur ce plan, Erlich n'a rien à lui envier. Seul Chavez apparaît comme un peu plus respectable, et il a le soutien de l'ambassade américaine, du patronat et de la démocratie-chrétienne guatemaltèque.

La lutte interne dans le PDC est féroce, falsifications et pots de vin vont bon train. C'est ainsi que Prendes a accusé Chavez d'avoir en juin 1987 introduit près de 40 000 "fausses affiliations" au PDC. Et le 6 septembre 1987, dans une réunion pré-électorale, un partisan de Prendes a tiré à bout portant dans le dos d'un partisan important de Chavez, la fusillade générale n'a pu être évitée de justesse que par l'intervention de l'armée !

Esquipulas : un échec pour Duarte

La signature des accords d'Esquipulas est pour Duarte un échec cuisant. Pendant de longs mois il a manoeuvré pour empêcher la conclusion d'un tel accord. Ce n'est que contraint et forcé qu'il s'est résolu à le signer et, c'est à reculons qu'il s'achemine vers son exécution. Il sait que le FMLN a mené campagne en faveur du dialogue, rencontrant un large écho dans une population qui aspire à la paix, mais il est hors de question pour la guérilla de déposer les armes. Le FMLN ne craint en rien la supression de l'aide extérieure puisqu'il tire sa force de son enracinement populaire, alors que Duarte à tout à perdre de l'arrêt de l'aide extérieure, c'est-à-dire américaine. Finalement, Duarte, après force tergiversations a dû se résoudre à renouer le dialogue avec le FMLN-FDR interrompu depuis 1984 et ce, dans la capitale même, San Salvador. Mais en fait, quoi qu'il fasse, Duarte est incapable de reprendre l'initiative. Et les autres partis de la bourgeoisie n'ont pas d'alternative crédible à offrir, bien qu'ils se démènent pour profiter de la crise du PDC et se gagner les faveurs des EtatsUnis. Le Parti de conciliation nationale (PCN) le deuxième parti bourgeois du

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gressivement la forme d'intervention militaire, en intensifiant les bombardements aériens et par mortiers. Mais cette politique est peu payante dans la mesure où les forces du FMLN ne sont pas concentrées. Ce développement de la guerre aérienne vise à réduire les pertes militaires. Par contre, le nombre des victimes civiles s'accroît.

Un écho favorable

L'état-major aurait voulu porter les effectifs de l'armée à près de 100 000 hommes. Pour atteindre cet objectif, il a obtenu voici deux ans, l'instauration du service militaire obligatoire. Néanmoins, l'armée ne dispose annuellement que de 12 à 15 000 nouvelles recrues forcées. Le nombre de jeunes qui choisissent l'exil ou la clandestinité et le passage dans les zones sous contrôle du FMLN s'accroît. Par ailleurs, alors que l'afflux des dollars américains entraîne de plus en plus de corruption et de parasitisme au sein des hautes sphères militaires, la condition des simples soldats ne cesse de se dégrader : nourriture en quantité insuffisante, vexations de la part des gradés etc., qui s'ajoutent à l'insécurité causée par le FMLN. La démoralisation de l'armée commence à se transformer en mécontentement vis-à-vis de l'état-major et du gouvernement créant un terrain favorable au travail que le Front mène en direction de l'armée. C'est ainsi que le FMLN défend une série de revendications qui trouvent un écho favorable chez les jeunes recrues : amélioration des conditions de vie dans les casernes, suppression des punitions arbitraires, proposition d'arrêt de l'utilisation des mines...

Après que le régime ait perdu une large partie de sa base sociale, c'est au tour du propre parti de Duarte, la démocratie-chrétienne d'entrer en crise. La ba-

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pays avec un quart des élus au Parlement, représente l'oligarchie agro-exportatrice traditionnelle. Il essaie de rénover son image de marque en se réclamant de la social-démocratie et en déclarant que la seule solution de rechange passe par une négociation véritable avec l'UNTS et le FMLN. Il est vrai, qu'à la différence du PDC qui entretient des liens étroits avec d'autres organisations syndicales, le PCN peut plus aisément envisager le dialogue avec l'UNTS.

L'Alliance républicaine nationaliste (ARENA), le troisième parti bourgeois avec 1/Se des élus à l'Assemblée nationale, cherche aussi à modifier son image de marque en se joignant à la demande d'un véritable dialogue avec le FMLN, alors qu'il y a encore un an, seules les armes pouvaient parler pour lui et en s'intégrant à la mise en place d'une commission "pluraliste" chargée de faire la lumière sur l'assassinat de Monseigneur Romero, alors que chacun sait qu'ARENA est impliquée jusqu'au cou dans ce meurtre et qu'ils relancent les sinistres escadrons de la mort. Enfin, ce parti vient de connaître une scission téléguidée par l'ambassade américaine et qui a donné naissance au Parti libération.

Le FMLN a l'initiative

Le FMLN quant à lui, considère qu'il doit profiter au maximum d'une situation qui lui est favorable sur bien des plans. Au niveau international, l'Administration américaine est affaiblie par l'Irangate et par la signature d'Esquipu-las ; au niveau national, le mouvement populaire connaît une activité sans précédent depuis 1979-1980, la guérilla a progressé, le projet politique de Duarte est en crise, la bourgeoisie salvadorienne est divisée, et l'armée entre également en crise. Les prochains mois seront décisifs.

16 octobre 1987

Duarte et son parti démocrate chrétien en 1984. (...) En janvier 1986, cet appui politique se désintégrait. Duarte imposait un programme d'austérité qui frappait durement les paysans et les classes salariées. Duarte a dû supporter les inconvénients politiques que lui ont rapportés ses mesures d'austérité, mais un rapport secret de la CIA de septembre 1986 révélait que depuis sa venue au pouvoir, il avait résisté aux pressions exercées par l'Administration Reagan pour qu'il exécute ces mesures. L'administration américaine voulait

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Les syndicats jaunes

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