Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

[La société polonaise de la seconde moitié des années 1980]

· Inprecor n° 254, 30 novembre 1987 · p. 21-22, 22-25 · 4 640 mots

Ce texte n'a pas de titre dans la revue ; le titre entre crochets est le nôtre.

Pologne

DOCUMENT

D EUX MECANISMES princi-

paux influent sur la formation de la conscience sociale polonaise. Le premier consiste en une synthèse de valeurs empruntées à diverses sources, dont d'une part la tradition propre à notre société, et de l'autre à l'idéologie du système socialiste. L'acceptation d'une série de valeurs importantes de l'idéologie socialiste résulte de l'influ-ence exercée par ce système durant des décennies.

Il s'agit en particulier des principes de l'égalité et de la justice sociale (qui sont, il est vrai, diversement interprétés), de la sécurité sociale et en conséqence de la responsabilité de l'Etat en ce qui concerne la satisfaction des besoins essentiels des ci-

Ces principes sont devenus, avec le temps, des critères de jugement du fonctionnement du système lui-même, provoquant des protestations à une échelle de masse lorsque le "socialisme réel" n'appliquait pas de manière suffisante ses propres principes, en même temps qu'existait une approbation massive de la nationalisation de l'industrie lourde et des principes de l'économie planifiée.

Un système particulier de valeurs

Le degré d'acceptation de la nationalisation des autres secteurs de l'économie, mis à part l'agriculture, le commerce de détail et l'artisanat, dont le caractère privé était largement préféré, était relativement élevé. (...) Cette synthèse particulière d'une série de valeurs socialistes, de valeurs démocratiques traditionnelles et du patriotisme polonais a produit, entre autres, le système de valeurs qui en 1956 appelé "voie polonaise au sociaet qui est réapparu vingt-cinq ans plus tard sous la forme modifiée de la

Cela allait de pair (et va toujours de pair) avec l'attachement durable d'une grande partie de notre société à l'Eglise et à la religion qui constituent pour une large majorité de Polonais un élément essentiel de leur système de valeurs.

Le second mécanisme est celui l'intéraction durable de ce système de valeurs avec la réalité socio-économique au cours des diverses périodes de notre histoire et avec l'expérience concrète accumulée par les gens et les groupes sociaux pendant plus de quarante ans d'existence du "socialisme réel" dans notre pays. Cela concerne aussi bien l'expérience des temps plus ou moins normaux, que celle des événements dramatiques, que les Polonaisse se plaisent à nommer selon les mois(octobre, mars, août, etc.) ou en rappel des années au cours desquelles ils ont eu lieu : 1956, 1957, 1968, 1976, 1980-

Ces expériences ont renforçé certaines valeurs et en ont modifié d'autres. (...)

Mais dans le cadre global tracé par ces deux mécanismes se dessine une image extrêmement complexe et différenciée tant du point de vue de la structure de notre société qu'en ce qui concerne les clivages au sein de la conscience sociale.

Facteurs de différenciation

Nous avons d'une part un système complexe d'institutions étatiques divisé en secteurs, branches et niveaux (au sein de chaque branche). Au sein de ce système agissent des gens différents du point de vue de leur âge, sexe ou origine sociale, de leur formation et de leur métier. diffèrent également par leur situation matérielle et leur consommation de biens et services - autrement dit, par la place qu'ils occupent dans notre société. Un autre facteur de différenciation est l'appartenance (ou la non-appartenance) à l'appareil d'Etat et de gestion et l'étendue éventuelle du pouvoir ou de l'influence exercée.

Mais, dans notre pays, les gens se différencient également en fonction de leur attitude envers le système socio-politique, ce qui s'exprime, entre autres, par leur appartenance au parti ou à d'autres organisations politiques liées au système. Ces différenciations, objectives comme subjectives, et les divisions, voire conflits qui leur sont liés, sont également un élément important de la structure sociale. Les attitudes, valeurs et comportement humains, caractérisent les groupes sociaux de façon parfois aussi forte (et même plus forte) que la différenciation économique, démographique ou professionnelle des citoyens de notre pays. Le rôle du facteur politique s'est tout particulièrement accru dans la dernière Inégalités et tensions sociales

La différenciation entre les niveaux de revenu et de salaire a été durant des décennies la cause la plus fréquemment invoquée des inégalités et des tensions sociales. Depuis plusieurs années, dant, son rôle diminue comparativement à celui de la différence : "gouvernantsgouvernés", liée à la position occupée au sein de l'appareil de pouvoir et de gestion et qui est grosse de tensions et de conflits

Pour le groupe qui apparaît socialement comme celui des gens aisés, voire riches, la source éventuelle d'insatisfaction des besoins sociaux n'est pas le rapport entre les salaires et revenus et les prix, mais plutôt l'état d'approvisionnement des magasins en marchandises de consommation courante ou de luxe.

Il faut à ce propos garder à l'esprit, qu'à l'autre extrémité de l'échelle venus et de satisfaction des besoins, une partie significative de notre société vit dans des conditions de pauvreté qui vont s'aggravant et qu'environ un cinquième de la population vit en-dessous du minimum social. (Près de la moitié des retraités sont

La jeune génération

Pour l'important professionnel "médian", qui consomme chaque mois la totalité de ses revenus mais n'est pas encore descendu au-dessous du seuil de pauvreté, la lutte pour maintenir à tout prix son niveau de vie actuel et la peur de la pauvreté constituent un aspect primordial de sa vie quotidienne. Cela se manifeste souvent sous la forme de la crainte d'un "déclassement", et par le souci de maintenir, dans des conditions de pauvreté menaçante, les biens et éléments du style de vie auxquels on attribue le rôle d'indices d'un statut socio-économique, récemment acquis avec tant de peine, et aujourd'hui menacés de nouveau par la crise. Pour beaucoup la voiture constitue justement le symbole de ce statut.

De plus, en particulier en ce qui concerne la possession des biens de consommation courante, s'illustre en négatif par sa différence avec les familles qui ont derrière elles une longue période "d'investissements familiaux". Cela est particulièrement dramatique, en ce qui concerne le logement, c'est une question très connue, mais on doit la mentionner ici.

De nombreux jeunes ont, au seuil de leur entrée dans la vie active, la conscience aiguë, qu'en acceptant un travail salarié dans le cadre du secteur étatique, leur salaire ne leur permettra pas, et cela durant de longues années, d'avoir un logement pour leur famille fraîchement fondée, ni d'avoir accès à ces éléments de situation matérielle qu'ils comme naturels au seuil du XXIe siècle (par exemple la voiture) et qui ne sont pas exceptionnels pour la génération précé-

Ils pensent bien souvent que leur salaire ne leur permettra même pas d'acquérir le minimum nécessaire pour leur entretien courant. Cela induit chez eux la conviction que le travail salarié ne peut être le fondement de l'existence future de leur famille et que les liens entre ce travail d'une part et les conditions et le niveau de vie, de l'autre, sont des plus lâches. (...)

Sur le fond d'une frustration générale aux multiples dimensions, c'est avant tout

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l'absence d'espoir raisonnable d'obtenir un logement qui détermine, chez de nombreux jeunes, la vision désespérée de l'avenir. Cette situation réduit à zéro la valeur du travail professionnel aux yeux de secteurs importants de la jeune génération. (...)

La crise en perspective

Enfin il ne faut pas oublier que la course des salaires et des prix, caractéristique de ces dernières années, a signifié et signifiera probablement encore, pour beaucoup de familles, l'affaiblissement de leur pouvoir d'achat et la baisse continue de leur niveau de vie, et provoquera souvent le franchissement du seuil de pauvreté. Aujourd'hui déjà, la majeure partie de notre société exprime la conviction que ses conditions de vie ont empiré. Seule une petite minorité gagnera du fait de cette spirale inflationniste, ce qui provoquera en retour un accroissement de la différenciation sociale. (...) Entre un cinquième et un tiers de la population seulement (suivant le moment de l'enquête) s'attend à une amélioration de ses conditions de vie dans les prochaines années. Une minorité l'espère également, dans un avenir plus lointain. Les pessimistes dominent. (...) L'avenir de notre économie, tel que les gens se l'imaginent, en général dans des tons allant du gris au noir, est fait de crainte pour son propre devenir et celui de ses proches. (...)

La conviction que la crise est durable est liée aussi bien à la certitude qu'il s'agit d'une crise profonde (ici apparaît surtout la question de la dette extérieure) qu'à celle, ce qui est tout aussi important, que le système, trop centralisé, est structurellement inefficace. Une bonne partie des Polonais accorde encore (bien que de moins en moins) au socialisme une certaine supériorité sur le capitalisme dans le domaine de la distribution des biens et dans celui de la sécurité sociale, malgré, là aussi, les nombreuses transgressions des principes de la justice sociale.

Mais le jugement porté sur l'efficacité et le rendement du système économique socialisé, planifié et centralisé, et sur son aptitude à satisfaire de facon correcte l'ensemble des besoins est généralement défavorable. Par ailleurs on ne s'attend pas à des changements significatifs dans l'avenir ni à ce que la réforme économique soit efficace. (...)

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Nombreux sont ceux qui mettent l'accent sur la nécessité d'améliorer la technologie et l'organisation de la production et refusent d'approuver les tentatives visant à faire payer au consommateur, par la hausse des prix, le coût des dysfonctionnements du système. L'assainissement du marché par une augmentation des prix trouve encore une certaine compréhension (en dehors des économistes professionnels) auprès des familles aisées et riches, car cela leur laisse entrevoir l'espoir d'un accès plus facile, sans tickets de rationnement ou sans queues, à beaucoup de biens de consommation.

Les augmentations successives des prix soulèvent par contre beaucoup d'émotion aussi bien parmi ceux qui ont déjà franchi le seuil de pauvreté, que parmi ceux qui tentent encore de lutter contre une telle perspective.

Ces deux catégories, et surtout les plus pauvres, sont en effet, en général, les perdants dans la course des prix et des salaires qui représente un danger bien réel pour leur niveau de vie déjà fragile, voire extrêmement bas et leur inquiétude se transforme parfois en rage, ou en un sentiment d'impuissance qui se transforme en apathie.

Mais en même temps l'idée que des augmentations des salaires et des pensions compensant totalement le mouvement des prix sont socialement justes et moralement fondées se renforce. Car malgré la diversité des opinions au sujet de l'égalitarisme, la conviction que notre système socio-économique devrait garantir au moins les besoins essentiels des citoyens semble être un effet général et durable de quarante ans d'éducation socialiste.

Le sentiment que ce principe est remis en cause constitue un des principaux facteurs potentiels de rejet du système. (...)

Problèmes de la réforme

Les attitudes favorables à une décentralisation de la gestion, liées d'ailleurs à l'acceptation de l'idée d'autogestion, apparaissent plus fréquemment parmi les spé cialistes ayant un niveau d'études supérieur mais qui n'appartiennent pas à l'appareil du pouvoir et parmi les ouvriers hautement qualifiés.

Au sujet de l'autogestion on observe une certaine dualité d'attitudes. D'une part certaines questions importantes concer-

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nant le fonctionnement de l'autogestion ne rencontrent qu'un intérêt limité parmi les travailleurs. A cause sans doute du piètre modèle fourni par le système d'autogestion existant actuellement (allusion aux conseils ouvriers mis en place après 1980-81 et qui végètent depuis lors, ndlr). Mais d'autre part, l'idée même d'autogestion jouit au vu des résultats de nos enquêtes d'un important soutien dans la population.

Dans ces enquêtes les gens déclarent ressentir un fort blocage au niveau d'un besoin ressenti comme essentiel : la possibilité d'exercer une influence sur ce qui se passe dans leur entreprise dans son ensemble. Il semble que de nombreux travailleurs, qui déclarent vouloir exercer une influence sur le devenir de leur entreprise et soutenir l'idée générale d'autogestion, considèrent les solutions autogestionnaires proposées comme insuffisantes.

De l'avis de nombreux travailleurs, le développement de l'autogestion ouvrière devrait être un élément de changements plus larges dans le sens de "l'ouverture" du système socio-économique, un facteur de satisfaction à un degré plus grand qu'aujourd'hui du besoin d'être sujet plus qu'objet dans la société et finalement permettre la réalisation de nombreuses initiatives et aspirations humaines. (...)

Deux aspects de la réforme semblent aujourd'hui intéresser particulièrement les travailleurs : le problème de la sécurité de l'emploi (c'est-à-dire de la possible apparition du chômage à une échelle socialement sensible) et la question de la différenciation des salaires.

Garantir le droit à l'emploi

L'acceptation des licenciements économiques croît lentement ces dernières années. Elle est plus fréquente chez ceux qui ont un sentiment de sécurité sur le marché du travail. Les travailleurs ayant les qualifications les plus hautes acceptent plus facilement les exigeances de la rationalité économique. Cependant l'attitude fortement enracinée au cours des quarante dernières années, selon laquelle dans un système socialiste l'Etat doit garantir le droit au travail, interfère toujours dans ces questions. L'importance de la sécurité de l'emploi, sans égards aux besoins économiques de l'entreprise, apparaît plus fortement parmi les travailleurs les moins qualifiés, ayant un niveau de formation

En ce qui concerne la question des salaires et revenus, des attitudes largement égalitaristes dominaient depuis des années. Elles signifiaient l'acceptation du principe que le travail doit être payé en fonction de sa valeur, en même temps que le refus d'une forte différenciation des salaires et revenus. (...)

Cet égalitarisme s'est significativement affaibli ces dernières années, cédant du terrain devant l'acceptation des différences économiques.

Mais aujourd'hui comme hier les thèmes égalitaires (tout comme l'idée du plein emploi) sont clairement situés sur le plan social. Au sein de l'intelligentsia l'égalitarisme est le plus rare chez les spécialistes hautement qualifiés et bien payés.

Parmi les ouvriers, les qualifiés y sont plus rarement favorables que les non- qualifiés. Dans le contexte actuel cela implique que tation de certains traits de la réforme est clairement liée au niveau des qualifications, qu'elle promet de mieux employer et mieux rémunérer. (...)

L'égalité des chances

Il est intéressant de noter que l'existence de différences socialement visibles dans la consommation des représentants du secteur privé par rapport au reste de la société soulève bien moins de réprobation que la transgression au sein du secteur public du principe de la progression sociale grâce au mérite individuel et de ce qui est considéré comme privilèges injustes de l'élite au pouvoir. Les revenus de l'initiative privée semblent assez largement perçus comme la "rétribution de l'activité dans des conditions de risque".

Certains semblent même penser que ces revenus proviennent d'un autre feuille", que celui du secteur public, et que donc ils doivent être jugés selon d'autres critères. (...)

En somme on peut dire que le modèle d'une économie plurisectorielle jouit d'un soutien décidé de la majeure partie de notre société. (...)

Le principe de l'égalité des chances concerne en premier lieu toutes les questions liées à la promotion sociale. Une condition importante de l'acceptation du

"socialisme réel"

après la système du guerre fut la réalisation, à l'époque, en particulier envers la jeunesse ouvrière et paysanne, du principe de la promotion so-

EUFEMIZM

C'est un bâton en forme de carotte ! cio-professionnelle par l'accès de tous à tous les niveaux de l'enseignement. Mais ensuite ce principe fut de plus en plus délaissé. (...)

Cela a conduit à une élitarisation croissante de l'accès à l'enseignement, surtout à ses niveaux moyen et supérieur. L'accession aux niveaux les plus élevés de l'échelle sociale s'est restreinte de plus en plus aux jeunes issus de ces mêmes couches, comme cela se passe dans d'autres types de systèmes sociaux. Ce processus se poursuit actuellement.

L'importance de l'origine sociale a donc commencé de nouveau à être vécue comme un facteur déterminant des chances de l'individu dans la vie. Globalement la conviction que la Pologne est un pays où existe l'égalité des chances pour les jeunes de toutes origines diminue de plus en plus. Par contre s'est renforcée l'opinion que l'origine sociale, appuyée au besoin par les pots-de-vin ou par les relations des parents au sein de l'appareil du pouvoir, joue un rôle considérable dans la détermination des chances de chaque enfant. Les statistiques concernant le succès scolaire des jeunes de différentes couches sociales sont là pour témoigner que ces convictions ne sont pas dénuées de fondement. (...)

Les individus face aux institutions

Une grande partie de notre société considère comme allant de soi que l'Etat et ses nombreuses institutions ou agences soient responsables de la satisfaction d'un large éventail de besoins essentiels. C'est là, pour beaucoup, une source importante de leur sentiment de sécurité, mais lorsque ces institutions ne réalisent pas les tâches qui sont les leurs, cela devient une source supplémentaire de frustations sociales et conduit soit, au sentiment d'impuissance, et à la perte de légitimité d'un système qui ne réalise pas ses promesses, soit à la recherche de solutions alternatives. (...)

Pour faire face aux situations difficiles on recherche dans notre pays l'aide et le soutien de la famille et de petits cercles d'amis. Cela renforce le rôle de divers types alternatifs de sécurité sociale, par

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exemple l'aide caritative de l'Eglise. Mais en même temps se trouve ébranlée une des principales conditions (à côté de la question de la promotion sociale) de l'acceptation du système socialiste comme assurant aux citoyens la sécurité grâce à l'activité efficace d'institutions vouées au bien des individus. (...)

La question de la corruption ressort fortement dans nos enquêtes. C'est un des aspects de la relation entre les citoyens et les institutions. (...)

Les gens pensent massivement que la justice n'est pas indépendante chez nous et que les jugements rendus dépendent de la position de ceux qui sont en cause. Seule une petite minorité considère que tout le monde est en fait, égal devant la loi. (...)

Libertés et centralisme

Nos recherches antérieures, menées durant plusieurs dizaines d'années, avaient fait apparaître qu'une large acceptation de nombreuses valeurs socialistes, en particulier de celles qui concernent la justice sociale, celle de l'économie collective ainsi qu'une assez large identification des gens avec le socialisme en général, s'accompagnaient d'un rejet du caractère centraliste du système de pouvoir dans le socialisme réel.

En particulier, ce qui était perçu comme limitant la démocratie, la liberté de parole, d'organisation, donc ce etc., qui apparaissait comme une limitation des droits des citoyens, était rejeté. (...)

L'acceptation du centralisme du pouvoir était plus forte chez les membres du POUP que chez les sans-parti, sa fréquence augmentant au fur et à mesure de l'élévation de la position de la personne donnée dans la hiérarchie du pouvoir.

(...)

Parmi les sans-parti, par contre, le rejet de la centralisation du pouvoir était plus fréquente chez les groupes

SOciaux les plus instruits et les plus qualifiés. Cette dernière position se retrouvait surtout au sein ligentsia sans-parti, diplômée de l'enseignement supérieur, mais les attitudes et les valeurs des ouvriers qualifiés de la grande industrie étaient assez semblables.

Ces derniers notamment étaient en tête, parmi tous les groupes socio-professionnels pour ce qui concerne l'importance attachée à la question de la liberté d'expression et à la possibilité de proclamer publiquement des opinions différentes.

Les événements de 1980-81 ont démontré que derrière ces données il y avait particulier les ouvriers, était menacée. (...)

ROBINIE!

TEN

OBRABOWAt BIEDNYCH DUREN

ROZDAL

les pauvres pour distribuer guerre, de l'intel- menées ensuite par le pouvoir, des modifications sont apparues, non pas tant dans le domaine des valeurs, que dans celui des attitudes envers l'appareil du pouvoir et des comportements publics qui leur sont liés. raissaient : les partisans du pouvoir et ses adversaires avec des nuances aux deux extrémités dans leurs propositions respectives, représentaient chacun opinions enregistrées, au centre on trouvait 50% d'attitudes qu'on peut qualifier soit de "centristes", ou indécises (accordes attitudes et des valeurs réelles ainsi qu'une capacité à agir ensemble. Ils ont également montré autre chose, que nous avions sous-estimé dans nos recherches : derrière le mécontentement causé par les violations des principes de la démocratie et de la justice sociale, habituelles à une partie de l'appareil du pouvoir pendant les années 70, existait aussi le sentiment que la dignité de larges groupes sociaux en

Après 1981 cependant, à la suite de l'expérience traumatisante de l'état de

INOW

BOGATYM

"Robin I cet idiot a encore volé aux riches !" et avec les actions normalisatrices

En 1984 trois types d'attitudes appa-

25% des dant de bonnes raisons aux deux parties)

soit d'apathiques, non engagées l'activité publique et manifestant leur manque d'intérêt pour elle. Des évaluations semblables pour l'année 1985 montrent la poursuite de l'érosion des attitudes ouvertement oppositionnelles et une certaine augmentation du soutien au pouvoir.

des modifications claires dans la fréquence des divers comportements et opinions se sont produites.

Mais elles cachent une réalité psychosociale compliquée. Car cette attitude relativement positive envers l'appareil d'Etat et le système socialiste s'accompagne d'un faible niveau d'approbation et du manque d'autorité d'une d'organes institutionnels qui composent le système de pouvoir dans notre pays ou qui lui sont clairement

De plus, pour la première fois depuis des décennies nous avons observé, au travers de nos recherches, une baisse de l'identification avec le socialisme et de l'adhésion à l'économie collectivisée (en particulier en ce qui concerne le secteur de la petite production et les entreprises moyennes).

Par ailleurs on trouve, l'expression large du besoin d'activité sociale, de la volonté de réaliser des objectifs extra-individuels, de participer, etc., accompagnée du refus de la trop grande centralisation du pouvoir. Mais le système d'organes instis'occupant tutionnels d'activité sociale"

et existant alors, laissait en marge la très grande majorité de ceux qui déclaraient de tels besoins dont les années 1980-81 ont bien montré l'importance.

Influer sur le sort de son pays

La situation ressemble assez, aujourd'hui, à celle d'avant 1980, mais l'engagement social réactivé durant les années de Solidarité et l'habitude de l'action de masse se manifestent surtout au niveau des frustrations qui se font jour.

Parmi les nombreux besoins tant dans le domaine des aspirations individuelles, que dans celui des conditions de vie et des aspirations au niveau de la sphère publique, c'est le désir d'influencer sur le sort de son pays qui apparaît comme le plus frustré et cela sur une large échelle sociale.

La presque totalité des ouvriers des entreprises varsoviennes et une large majo-

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"Lequel d'entre nous va parler honnêtement, lequel avec courage et lequel de manière critique ?" rité de notre échantillon de population représentatif au niveau national, en font état. Beaucoup de gens déclarent que la liberté, vécue comme la possibilité de s'organiser, de parler et d'exprimer son opinion sur les questions sociales, est bloquée. (...)

Des indécis et des indifférents

Chez d'autres ces besoins semblent aujourd'hui atrophiés. Si l'on se réfère aux recherches citées précédemment, au milieu de l'échelle se trouve un groupe de population qui constitue près de la moitié de notre société. On y trouve (dans des proportions presque identiques) des indécis et des indifférents, lassés, silencieux et apathiques. On voudrait ajouter ici, tristement silencieux, car il s'agit avant tout de gens qui en ont tout simplement "ras le bol".

Il s'agit cependant d'une apathie dont les fondements sont explosifs et qui semble particulièrement sensible, aujourd'hui, aux frustrations économiques. Une bonne partie de ce groupe d'opinion est constituée de gens dont le niveau d'instruction et la position socio-professionnelle sont situés au bas de l'échelle.

Ils sont en conséquence les plus exposés aux effets de la spirale inflationniste. Une éventuelle baisse de l'efficacité économique du système, conduisant à une nouvelle réduction de son niveau de vie ou ne serait-ce qu'à sa stagnation, pourrait jouer, par rapport à ce groupe-là justement, le rôle de détonnateur libérant le mécontentement et l'action collective.

En effet, cette partie de la population qui occupe le milieu de l'échelle des attitudes envers le pouvoir, analysée précédemment est une masse atomisée, qui n'est soumise à aucune autorité, est insensible à toute persuasion et, en fait, incontrôlable. C'est dire qu'elle constitue un ferment particulièrement explosif et difficile à maîtriser en cas de nouvelles tensions. A long terme, ce groupe semble être potentiellement plus dangereux pour la stabilité du système, qu'un groupe structuré et soumis à une autorité, fût-elle d'orientation clairement oppositionnelle. (...)

Ce qui est sans doute plus important, c'est que malgré l'augmentation nette des attitudes favorables à la "normalisation" de nombreuses options typiques des années 1980-81 se maintiennent de façon dominante : l'importance de la liberté d'expression et de la nécessité de la voir respectée par le pouvoir (la modification de la loi sur la censure est, par exemple, exigée) ; la conviction que les travailleurs ont le droit de recourir à des formes de protestations publiques et organisées pouvant aller jusqu'à la grève ; la désapprobation des sanctions radicales prises contre l'opposition politique et la limitation de

L'image de Solidarité

Globalement, l'image de Solidarité, reste positive dans la mémoire sociale, mais elle se teinte d'une certaine mélancolie. Une large majorité considère que ce fut une tentative (ratée mais importante) de démocratisation du système et de modification de la politique économique erronée du gouvernement. Cette majorité, bien qu'elle soit prête à admettre que l'activité des "extrémistes" ait pu porter tort à Solidarité, n'accepte guère l'idée que se cachaient derrière, des forces hostiles à la Pologne populaire.

L'idéal démocratique dominant qui se dégage ici est très éloigné de la théorie et de la pratique du système centraliste. L'importance du respect des libertés et des droits politiques des citoyens est soulignée, tout comme la nécessité contrôle exercé par la société sur le pouvoir et la légitimité d'une opposition politique publique, etc. Il faut souligner qu'il s'agit d'une enquête réalisée en 1985, c'est-à-dire à un moment où la majorité de la société ne remet pas ouvertement en question les tentatives normalisatrices du pouvoir et où la chaude ambiance des années 1980-81 a largement disparu. On peut donc considérer ces valeurs et ces attitudes comme fortement enracinées. (...)

Orientations politiques et réformes économiques

On a vu que l'opposition ou du moins le scepticisme contre surtout dans l'intelligentsia sans-parti et parmi les ouvriers hautement qualifiés de la grande industrie. La jeunesse est également, en général, plus portée à l'opposition que l'ancienne génération. (...)

Mais ces attitudes oppositionnelles soutiennent les valeurs nécessaires à la Rappelons qu'il s'agit du respect des principes de la reconnaissance du mérite en ce qui concerne les salaires et la promotion professionnelle, de celui de la décentralisation de la gestion, de l'accroissement du rôle des mécanismes du marché, et de l'autogestion.

Quant aux cercles directement liés à l'appareil de pouvoir et de gestion et aux travailleurs les moins qualifiés et les

Use sont eux qui, à l'échelle statistique, s'opposent le plus souvent aux valeurs précitées, laissant apparaître des orientations qui l'encontre de la réalisation de la réforme.

Un aspect particulier de notre drame national est que les milieux qui devraient composer la base potentielle de soutien à la réforme proposée par le pouvoir sont en même temps les plus méfiants envers ce pouvoir qui, de son côté, n'a pas confiance en eux. (...)

De nombreuses catégories de Polonais ressentent donc aujourd'hui un blocage aussi bien de leurs valeurs et aspirations publiques, que de leurs besoins et aspirations personnelles, au niveau matériel, promotion socio-professionnelle, ou garantie quant à l'avenir. Cela signifie que par la force des choses, ces gens sont dans un état de frustration généralisée, aggravée du fait qu'ils n'espèrent pas de ra-

Dans nos enquêtes, de très nombreuses personnes soulignent le lien entre l'amééconomique du "ouverture" dans la sphère des droits du citoyen. Nous avons mentionné le fait que les valeurs liées à la démocratie constituent un élément traditionnel de notre éthique nationale et qu'elles figurent en bonne place dans le système de valeurs des grands groupes sociaux, en particulier des ouvriers qualifiés, de l'intelligentsia et de la jeune génération. Ne serait-ce que pour cette raison on peut prédire que les tentatives de réforme économique (impliquant la participation active des travailleurs aux tâches de remise en état de l'économie) qui ne seraient pas, en même temps, porteuses d'une plus large réforme socio-politique et d'une démocratisation du système, seront vouées à l'échec. (...) •

Janvier 1987

Les dessins de Szymon Kobylinski

Iffustrant cet article sont tirés de

Polityka considéré comme l'hebdomadaire officieux du POUP

Get du Bullefin d'information Solidarosc, publié à Paris.

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