Inprecor 1974–2004

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POLOGNE

Du gris au noir ou ... comment les Polonais voient leur avenir

· Inprecor n° 254, 30 novembre 1987 · p. 20 · 581 mots

Pologne

LE GOUVERNEMENT Polonais s'est aujourd'hui engagé dans la voie de la réforme économique et de la "restructuration". Lors de sa session de fin octobre, le Parlement (Sejm) a officiellement annoncé la tenue, le 29 novembre, d'un référendum sur cette question. Dominique LEGRAND A CCOMPAGNEES de commentaires sur la "démocratisation", deux questions proposées au vote des Polonais. La première leur demande d'approuver ou de rejeter "la pleine réalisation du programme d'assainissement radical de l'économie polonaise présenté à la

La seconde pose le problème de savoir si "le pays est en faveur d'un modèle Polonais de démocratisation profonde de la vie politique, ayant pour objectif le renforcement de l'autogestion, l'élargissement des droits des citoyens et l'accroissement de leur participation à la gestion du pays."

Une formidable envolée des prix

Le premier résultat de la réforme serait une hausse formidable des prix, de 40% en moyenne, et de 110% pour les produits alimentaires. Ce relèvement des prix à la consommation, rendu obligatoire par la suppression des subventions, est la mesure la plus importante, la plus sensible pour la masse des Polonais.

Déjà en 1970, 1976 et 1980 des augmentations drastiques des prix avaient provoqué des crises majeures. Même si la situation est différente aujourd'hui, la passivité et/ou la grogne auraient des effets significatifs sur l'application concrète de cette réforme dont les conséquences prévisibles seraient dans l'immédiat la baisse du niveau masses et à plus long terme une différenoctobre, dans un communiqué page 22), la Commission nationale exécutive (KKW) de Solidarité (1) a appelé à boycotter le référendum, pour des raisons politiques, estimant qu'aujourd'hui, pas plus qu'hier, on ne peut faire confiance au gouvernement. Ce communiqué passe sous silence l'importante question de la hausse des prix.

"Eux" et "nous" A l'heure actuelle que peut-on saisir de l'état d'esprit de "l'opinion publique" polonaise? Comment les valeurs et aspirations qui ont si fortement marqué la Pologne au début des années 1980 ont-elles évolué? Attachement à la protection sociale et répulsion pour le centralisme bureaucratique, la dichotomie entre "eux" (les dirigeants) et "nous", structure-t-elle toujours les courants dominants de la société polonaise?

Sur ce thème, le document dont nous publions ci-après, de larges extraits, a été rédigé par le professeur Stefan Nowak, pionnier de la recherche sociologique en Pologne. Adopté par la Société polonaise de sociologie (PTS) qui jouit d'une forte tradition d'autonomie envers le pouvoir, ce rapport intitulé La société polonaise de la seconde moitié des années 1980, a été reproduit par la revue clandestine de Varsovie "21", à l'été 1987, sans accord de ses auteurs. La présente traduction est basé sur le texte de

Les résultats des principales enquêtes menées jusqu'à présent et les modifications de la conscience sociale, apparues en particulier depuis l'instauration de l'état de guerre en décembre 1981, y sont résumés. Délaissant une approche étroitement statistique, il s'attache surtout à décrire les valeurs et aspirations dominantes, telles qu'elles s'expriment au sein des divers secteurs de la société. •

1) Le 25 octobre, une nouvelle structure de direction, la Commission nationale exécutive (KKW) a été constituée. Elle remplace la Commission provisoire de coordination (TKK-clandestine) et le Conseil provisoire de Solidarité (TRS-publie). La situation due aux graves tensions apparues (voir Inprecor n°248, du 7 septembre 1987) a fait l'objet de nombreuses critiques, dont celle de 22 dirigeants nationaux, qui, dans une lettre du 20 septembre adressée à L. Walesa, réclamaient la convocation de la direction élue lors du Congrès de 1981.

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