ES SERVICES de sécurité ont lancé depuis août dernier une vaste campagne de répression contre le Parti d'action communiste. Cette offensive qui se poursuit, vise la liquidation du parti. Elle s'inscrit dans le cours d'une longue lutte déclenchée par les services de sécurité en mars 1977, quelques mois après la fondation du PAC. Depuis, une dizaine de campagnes d'arrestations ont eu lieu, poursuivant toutes le même objectif : l'élimination définitive du parti le plus actif de l'opposition de gauche en Syrie, celui qui a le mieux tenu tête à la répression généralisée.
Bien que plus de 300 membres et sympathisants du PAC aient été arrêtés à ce jour, dont la plupart de ses dirigeants, le parti a su maintenir son activité politique. L'offensive répressive en cours a commencé avec l'arrestation le 11 août, de deux membres du comité central du parti, recherchés depuis plusieurs années : Akram Al Bunni et Wajih Ghanem. suite de quoi, les services de sécurité ont arrêté, en quelques semaines, des centaines de personnes dont la plupart n'avaient aucune activité politique organisée.
L'utilisation systématique de la torture
Outre les personnes accusées d'appartenir au PAC et donc maintenues en détention à ce titre, des dizaines d'autres personnes ont été détenues en qualité d'otages afin que se livrent leurs proches, recherchés par les organismes répressifs. Il va sans dire que les détenus n'ont eu droit à aucune forme de procès et ont été soumis, lors des interrogatoires, à divers degrés de torture : des méthodes les plus "banales" telles que le fouet, la bastonnade ou l'électrocution, à des méthodes plus perverses, telles que les sévices sexuels ou le supplice du chevalet entraînant une paralysie ou une rupture de la colonne vertébrale.
Par suite de la torture, d'autant plus intense que la victime était censée disposer d'informations importantes et tenait tête aux tortionnaires, plusieurs détenus ont eu de graves lésions.
Ainsi, Wajih Ghanem a été atteint de paralysie de la main droite et d'hémorragie interne. Adnane Mahfouz a été transporté à l'hôpital aux soins intensifs, après trois jours de détention. Akram Al Bunni est atteint d'une lésion d'une dos. Par ailleurs, la détenue Lina Al Mir est en danger de mort, en raison d'une insuffisance cardiaque.
1) Les services de sécurité ont eu recours pour la première fois, au cours de cette campagne, à des rafles dans des lieux publics, cherchant à créer un climat de terreur.
2) Un grand nombre de personnes sont détenues en otages, dont une majorité de femmes. C'est la seconde fois que cette méthode est utilisée contre le PAC, après la vague d'arrestations de 1986, qui le visait ainsi que les Comités populaires palestiniens qui lui sont liés.
3) Le nombre des personnes arrêtées depuis août, y compris celles qui ont été relâchées après quelques jours, s'élève à plus de 450. Plus du tiers sont encore détenues.
4) Si la liquidation du PAC est, sans aucun doute, en tête des objectifs de la campagne, celle-ci vise également à terroriser la population et l'opposition à titre préventif, face à la chute brutale du niveau de vie.
5) En dépit de l'ampleur de l'offensive et de la violence de la torture, les services de sécurité n'ont pas réussi à mettre la main sur l'imprimerie clandestine du PAC. Celle-ci avait été atteinte pour la dernière fois en 1982.
Novembre 1987