du Golfe arabo-persique et à ses abords, dans le cadre d'une sixième flotte US détachées auprès de la force d'intervention.
MOYEN-ORIENT
L'impérialisme et la guerre du Golfe
UNE FORMIDABLE ARMADA impérialiste croise dans les eaux coordination navale d'ampleur inégalée depuis la dernière guerre mondiale : près de soixante navires, dont trois porte-avions, appartenant aux flottes des Etats-Unis, de France, de Grande-Bretagne et d'Italie, sans oublier les dragueurs de mines belges et hollandais.
A cette concentration, s'ajoute la contribution indirecte de la marine ouest-allemande déployant des bâtiments en mer Méditerranée (1), pour remplacer les unités de la
Salah JABER
UELLE EST DONC la raison de ce branle-bas de combat généralisé ?
Qu'est-ce qui motive cette agglutination de machines de guerre flottantes, dont le coût pour la seule marine américaine se monte à un million de dollars par jour ?
Serait-ce l'assistance à des populations en péril ? Serait-ce la cessation d'une guerre qui, en sept ans, a tué largement plus qu'un million de personnes ?
Assurer la "liberté de navigation"
Nenni ! Il ne faut pas prendre les armées impérialistes pour des armées du salut. Elles ne sauraient servir d'autre maître que le grand capital. Or, dans le cas présent, le souci premier des métropoles impérialistes est d'assurer la "liberté de navigation" dans le Golfe, menacée par les débordements du conflit entre l'Iran et lIrak. En d'autres termes, leur souci majeur est d'empêcher une interruption des exportations pétrolières en provenance du
Golfe ainsi que des importations de ses pays riverains, qui pourrait avoir de graves sur l'équilibre du répercussions marché mondial. Par ailleurs, ce déploiement de forces a pour effet complémentaire de conforter les monarchies pétrolières arabes, étroitement liées à l'économie des pays impérialistes, et dont la stabilité s'est trouvée plus que jamais menacée, cette année, par les retombées de la guerre entre leurs deux voisins. Le 23 septembre 1980, au lendemain même du déclenchement de l'effroyable carnage irako-iranien, les neuf pays alors membres de la CEE - dont les six principaux participent aujourd'hui à l'effort militaire en cours - soulignaient dans une déclaration commune : portance capitale que revêt, pour la communauté internationale tout entière, la liberté de navigation dans le Golfe, à laquelle il est impératif de ne porter aucune atteinte". C'était là, en termes à peine voilés, l'expression du cynisme sordide des gouvernements impérialistes à l'égaro l'une guerre qu'ils contribueront grandement à alimenter jusqu'à ce jour.
D'emblée, la limite était fixée : ne porter aucune atteinte au trafic maritime desservant les ports des pays riverains du Golfe, non-belligérants. Implicitement, et à plus forte raison, ces pays ne devaient ›as être agressés. En deçà de cette limite rakiens et Iraniens pouvaient s entre-tuer à cœur joie. Il n'était pas proclamé, bien sûr, mais non moins pensé, que plus le conflit durerait, mieux cela vaudrait pour les intérêts impérialistes. Et c'est, en effet, à plus d'un titre que la prolongation de la guerre Iran-Irak a profité jusqu'à présent à ces intérêts : aussi bien du point de vue de l'économie que de celui de la politique.
Commençons par le portefeuille, puisque c'est de ce côté là que bat le cœur des États concernés. Les représentants du capital financier planétaire ont eu trois raisons économiques majeures de se réjouir des sept ans de carnage entre les deux belligérants du Golfe : la première est relative au marché pétrolier mondial et, partant, à la santé globale du système économique impérialiste ; la seconde se rapporte au marché de l'armement ; la troisième a trait aux perspectives de l'après-guerre.
Le "pourvu que ça dure" des milieux pétroliers En désorganisant la production pétrolière de l'Iran (tombée de 6 millions de barils par jour en 1978 à 3,5 millions de b/j environ après le renversement du Chah) et en menaçant la stabilité des pays voisins, qui constituent ensemble, et de loin, le principal fournisseur en pétrole de l'Europe capitaliste et du Japon, la "révolution islamique" avait provoqué une panique sur le marché pétrolier mondial, d'autant plus grave qu'elle survenait à un moment où les stocks des pays impérialistes étaient au plus bas. Il en résulta ce qui fut qualifié de 'second choc pétrolier" ", par référence au précédent qui s'était produit dans la foulée de la guerre israélo-arabe d'octobre 1973. Les prix du pétrole doublèrent entre janvier 1979 et février 1980 et poursuivèrent leur hausse cette année-là, la spéculation aidant. L'effet prévisible de ce choc fut que les stocks se reconstituèrent jusqu'à saturation et que d'importantes mesures d'économie d'énergie furent réalisées dans les pays consommateurs (2), tandis que la production mondiale de pétrole montait en flèche, les taux de rentabilité fortement accrus permettant l'exploitation de gisements jusque-là délaissés et favorisant, du même coup, l'exploitation de sources d'énergie de substitution au pétrole. Il ne fallait pas être grand gourou pour prévoir que les éléments combinés de cet embrasement allaient produire un puissant retour
De fait, dès 1980, les experts financiers et pétroliers s'inquiétaient de l'ampleur que pouvait atteindre une dégringolade des prix du pétrole qu'ils savaient iné
Get d'autant plus risquée que l'ascension des prix avait été fulgurante et que les prévisions pour la nouvelle décennie envisageaient, à juste titre, un excédent permanent de l'offre sur la demande. L'intérêt du système impérialiste exigeait l'interruption de ce mouvement de yo-yo et la stabilisation à long terme des prix à un niveau permettant de maintenir la rentabilité des productions de pétrole de la mer du
Il était donc impérieux d'amortir la chute des cours jusqu'à leur niveau optimal. De ce point de vue, la guerre entre l'Irak et l'Iran ne pouvait éclater à un moment plus opportun : déclenchée en septembre 1980, elle accroîtra inévitablement la hausse des prix par effet de panique, dans un premier temps assez bref, de sorte que le renchérissement du pétrole (brut de référence) avoisinera les 160% au total à son apogée en 1981, par rapport au début de 1979.
1) Cest la première fois, depuis Hitler, que des bâtiments de la marine ouest-allemande quittent la zone Baltique-mer du Nord.
2) Ainsi, par exemple, les importations pétrolières nettes de la France passèrent de 118 millions de tonnes en 1979 à 69 millions en 1982!
• TABRIZ IE
TEHERAN TE
BAGDAD ISPAHAN IRAK JABADAN • SHIRAZ KOWEITS BIE SÉOUDITE KATAR Mais dès l'automne 1981, la baisse des cours du pétrole, dont les prémices étaient apparues en 1980, enclenchait son mécanisme inexorable.
Le bonheur des producteurs de pétrole...
Sans la guerre qui réduisit, en 1981, la production iranienne de pétrole à 1 million de b/i et la production irakienne à moins encore (contre près de 3,5 millions de b/j en 1979) - soit une réduction globale de 5 millions de b/j, plus du quart de la production de l'OPEP à la même période ! - la baisse aurait pris des allures d'effondrement. C'est-à-dire qu'il se serait produit un dérapage des prix semblable à celui que provoqua l'Arabie Saoudite en 1986, dans le cadre de la guerre des cours et des quotas de production, à cette différence près que le processus aurait alors été incontrôlé et donc infiniment plus dangereux (3) et plus difficile à juguler.
De 1981 à la fin de 1986, une cessation des hostilités entre l'Iran et l'Irak aurait eu un effet catastrophique sur le marché pétrolier, par un accroissement brusque des exportations des deux pays dans un contexte de pléthore mondiale (nous expliquerons plus loin pourquoi ce risque est beaucoup plus réduit aujourd'hui).
C'est cette crainte que décrivait Véronique Maurus, la spécialiste des affaires pétrolières du journal Le Monde, dans un article publié dans le numéro daté des 2324 septembre 1984 sous un titre on ne peut plus éloquent : "Le discret" "Pourvu que ça dure !" des milieux pétroliers"
Certains parleront de cynisme" écrivait la journaliste. "Pourtant force est de constater que la principale crainte des opérateurs pétroliers - et de nombreux pays producteurs, - quatre ans aprés le dé. but de la guerre Iran-Irak, est... la fin éventuelle d'un conflit dont tout le monde a appris à s'accommoder, et qui, dans une certaine mesure, arrange bien les choses, en gelant durablement une part des capacités de production". (4)
L'intérêt de la guerre entre l'Iran et l'Irak pour les principaux marchands de canons de la planète n'est pas à démontrer. Deux estimations récentes évaluent les dépenses en équipements militaires des deux
S S
MESHED HERAT IRAN
AFGHANISTAN
KANDAHA YEZD KERMAN
ZAEDHAN QUETTA
BELOUTCHI
pays, depuis le début de la guerre, à 30 et 38 milliards de dollars pour l'Iran, 40 et 45 milliards pour l'Irak. Un rapport plus précis, publié cette année par l'Agence pour le désarmement et le contrôle des ırmements, dont le siège est à Washing on, donne les chiffres suivants pour la période 1981-1985 : Bagdad aurait importé pour 23,9 milliards de dollars d'équipements militaires, contre 6,4 milliards pour Téhéran.
Pour la période envisagée, l'Irak a donc été le premier importateur d'armes au monde, dépassant de beaucoup les 15 milliards de dollars de l'Arabie Saoudite qui vient en deuxième position. La frénésie d'achats militaires déclenchée par la guerre du Golfe, s'ajoutant au conflit israélo-arabe, a grandement élargi la part déjà considérable du Moyen-orient dans les importations mondiales d'armement. Le rapport de l'Agence affirme que cette part a atteint le niveau extraordinaire de 49% pour les cinq années considérées !
...et celui des marchands de canons
Près de 40 pays sont impliqués, à des pements militaires à l'un ou l'autre des belligérants du Golfe - ou aux deux simultané ment, ce qui est le cas de la plupart. Ce sont aussi bien des Etats ouvriers bureaucratiques que des Etats impérialistes ou capitalistes dépendants : l'URSS et les pays d'Europe orientale, les Etats-Unis el les pays d'Europe occidentale, la Chine, la Corée du Nord, Israël, l'Afrique du Sud, la Corée du Sud, l'Egypte, la Syrie, la Libye, ayant tous décrété, depuis le début du conflit, des embargos sur les livraisons de matériel militaire aux deux belligérants, - parfois partiel "offensif" et d'importance "stratégique", dans le cas de la Grande-Bretagne) ou partial (envers l'Iran uniquement, dans le cas de la France) - une partie de l'immense iceberg du trafic international d'armes en direction de l'Irak et, surtout, de l'Iran a récemment émergé sous forme de dans la foulée de celui des livraisons d'armes américaines à l'Iran, le fameux "Irangate" : Luchaire, en France ;
Borletti, en Italie ; le bureau d'achat iranien, à Londres ; Messerschmitt, en RFA ; Noricum, en Autriche ; Bofors, en Suède ; la filière de Zeebrugge, en Belgique ; etc.
L'armement fourni par l'URSS constitue, de très loin, la majeure partie de l'armement irakien, y compris plus de 75% de l'aviation et la quasi-totalité des 5 000 chars dont dispose Bagdad. Ce fait place Moscou en tête des marchands de canons ayant tait leur beurre avec la guerre di
Golfe. La vente de matériel militaire con ventionnel, une des rares industries mondialement compétitives de l'URSS, permet ainsi d'amortir partiellement les dépenses militaires de la bureaucratie soviétique face aux puissances impérialistes.
Une aubaine pour l'impérialisme français Tout est ici lié : une certaine conception stalinienne de la défense de l'URSS, qui implique d'énormes dépenses et passe par la recherche de clients et alliés bourgeois dans le Tiers monde. Le seul paradoxe est que les petro-dollars des clients traditionnels des impérialismes américain et britannique auront alimenté en partie, ces dernières années, l'industrie militaire soviétique : les monarchies pétrolières du Golfe, et notamment la monarchie saoudienne, ont versé, en effet, plusieurs dizaines de milliards de dollars - les estimations varient beaucoup, mais la réalité se situe certainement au-dessus de 50 milliards de dollars de dons et prêts - au régime irakien qui, sinon, aurait depuis longtemps été acculé à la reddition, faute de moyens financiers pour poursuivre la guerre. Les fournitures de Moscou à l'Irak ne sont cependant pas dénuées de toute "éthique" politique. Ainsi, du début des hostilités en 1980 jusqu'à la retraite irakienne en 1982, c'est-à-dire tant que les troupes de Bagdad occupaient une superficie importante du territoire iranien, les livraisons d'armes soviétiques à ces dernières furent interrompues. C'est dans cette brèche-là que s'est engouffrée l'industrie militaire de l'impérialisme français, déjà deuxième fournisseur d'armes de l'Irak, après Moscou, avant le déclenchement de la guerre du Golfe.
Selon Jacques Isnard, spécialiste des questions militaires du journal Le Monde (29 juillet 1987), les transactions d'armement entre la France et l'Irak se sont élevées à environ 50 milliards de francs français entre 1980 et 1982. "Au point que certaines usines, notamment dans l'industrie des missiles tactiques, ont travaillé au niveau de 40 à 50% de leur production anau profit des seuls besoins de l'armée de terre irakienne". ! (5).
3) Le dérapage relativement bien contrôlé de 1986 n'en coûta pas moins son poste au "pilote" l'ex-ministre saoudien du pétrole, Ahmed Zaki Yamani. Par ailleurs, le fait que ce dérapage ait pu avoir lieu à un moment où la "guerre des pétroliers" dans le Golfe battait son plein montre bien à quel point l'excédent mondial de l'offre sur la demande est actuellement le facteur dominant.
4) Ajoutons subsidiairement que les attaques de navires dans le nord du Golfe ont paradoxalement profité aux... armateurs ! Dans un contexte de surcapacité endémique de la flotte pétrolière mondiale depuis plusieurs années, la possibilité de se débarrasser de quelques navires tout en étant dédommagé par les assureurs, a été fort appréciée. D'autant plus que la hausse des primes d'assurance est compensée par les ristoumes consenties à ce titre aux importateurs par le pays exportateur
5) Ce qui n'a pas empêché le gouvemement français de "fermer les yeux" sur des ventes d'armes françaises à l'Iran, dont le demi-million d'obus de 155 mm livrés par la société Luchaire à l'armée de Téhéran, entre 1982 et 1985
Quant à l'armement de l'Iran, il est en majeure partie de fabrication américaine, les marchands de canons des Etats-Unis ayant été, de loin, les principaux bénéficiaires des fabuleux contrats d'armement dûs à la folie des grandeurs du Chah d'Iran, avant son renversement en 1979.
Depuis, et notamment après le déguerre avec l'Irak en jusqu'en 1986, année où éclate le scandale de l'Irangate et où les actions terroristes organisées par Téhéran au Liban et en France atteignent leur comble, l'Iran aurait reçu 40% de ses armes d'Europe occidentale, selon Les Aspin, président du Comité des Services armés de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Newsweek (21 septembre 1987). Si Pon ajoute à cette part majeure, les armes et pièces de rechange américaines et isracliennes fournies par Israël à lIran (6), ainsi que les livraisons américaines directes et semi-directes (via Israël) de 1985-86, révélées au grand jour par l'affaire IranContra, et dont l'importance militaire a été décisive (7), il apparaît que le "camp impé-
La été la source majoritaire de l'approvisionnement de l'effort de guerre iranien jusqu'en 1986.
"La cupidité
La horreur du vide" Depuis la fin de la même année, cette part a considérablement baissé, les multiples embargos ayant été nettement renforcés alors que les chaîne. Selon le même Aspin, la Chine et la Corée du Nord fournissent actuellement 65% des importations iraniennes d'armement. Le reste est assuré par les marchands de canons du "Tiers monde" les trafiquants internationaux dont le rôle est précisément de contourner les embargos. Comme le dit si bien l'article cité de Vewsweek : "la cupidité a horreur du
Reste le formidable marché que constitueront les deux pays belligérants pour les industries civiles des pays impérialistes, une fois la guerre terminée. Sur fond de crise de surproduction mondiale, dont le récent krach boursier est le plus récent avatar (8), le plus spectaculaire aussi, c'est Il faudra bien un jour reconstruire... (DR)
là une des parades les plus classiques dont dispose l'impérialisme. Comme l'écrivaient Marx et Engels, il y a 140 ans : "Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans
Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l'autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens" (Manifeste Commu-
La manne future
Les dizaines de milliards de pétrodollars versés dans la besace des économies impérialistes pour l'achat d'armes, en sept ans de guerre, n'offrent qu'un avantgout de la manne qui gonflera cette même besace lorsque l'Iran et lIrak s'attelleront à leur reconstruction. Alors que les capacités d'absorption d'équipements d'infrastructure des pays pétroliers les plus riches, et généralement les moins peuplés, ont atteint ces dernières années leur niveau de saturation, le fait que deux pays parmi les plus peuplés du même peloton - donc ceux qui disposent des capacités d'absorption plus grandes - se soient détruit muuellement une part considérable de leurs investissements des années du premier boom pétrolier (1974-1978) est, sans nul doute, une excellente chose pour les principaux exportateurs impérialistes.
En mai 1987, soit avant l'accès de rage destructrice manifesté par les deux belligérants au cours de ces derniers mois, un expert estimait que "les coûts de réparation dans l'infrastructure économique des deux pays pourraient s'élever à quelque 50 milliards de dollars pour l'Iran et à 35 milliards pour l'Irak" (9). Si l'on ajoute à ces "coûts de réparation", les plans de développement des deux pays, interrompus par la guerre dans le cas de l'Irak et par la révolution khomeiniste dans le cas de l'Iran, on arrive à un marché global se montant à environ 200 milliards de dollars d'ici la fin du siècle, dans l'hypothèse d'une fin
L'attitude des puissances impérialistes à l'égard du conflit est d'ailleurs, dans une large mesure, déterminée par des calculs économiques portant sur l'après-guerre. Des deux belligérants, l'Iran est le client potentiel le plus in1 648 000 km2 de superficie contre 15 millions d'habitants et 435 000 km2 pour l'Irak ; une dette extérieure négligeable contre une dette astronomique pour Bagdad; des réserves pétrolières qui sont les plus importantes du Golfe après celles de l'Arabie Saoudite, et représentent près du double de celles de l'Irak, elles-mêmes considérables ; enfin, d'énormes réserves de gaz naturel. Ce qui explique la bienveillance manifestée à l'égard de Téhéran par la RFA et le Japon, qui étaient déjà des fournisseurs patentés du Chah d'Iran (ainsi que de l'Irak), et sont restés en tête des fournisseurs civils de l'Iran khomeiniste, rejoints par l'Italie. Idem pour la Grande-Bretagne, jusqu'à ce que Téhéran en vienne à menacer, cette année, ses clients prioritaires, les monarchies pétrolières du Golfe.
L'importance du marché iranien a, en une considération majeure, s'ajoutant aux considérations d'ordre stratégique et politique, motivant les démarches courtisanes de Washington auprès de Téhéran, jusqu'à l'Irangate. étaient, avant 1979, le principal fournisseur de l'Iran.
La contribution des monarchies pétrolières
Si l'Iran est certainement le client potentiel le plus prometteur, l'Irak n'en demeure pas moins un marché futur très important, bien qu'hypothéqué par la lourde dette qu'il a accumulé envers ses bailleurs de fonds arabes. Or, il est quasiment certain que les prêts arabes à Bagdad, et non seulement les dons, ne seront jamais remboursés, mais plutôt considérés comme une participation financière des monarchies pétrolières à l'effort de guerre d'un Irak qui leur rappelle sans cesse, et à juste titre, qu'il est leur principal rempart contre le déferlement khomeiniste.
Après tout, ces monarchies ont également versé des milliards de dollars de dons à la Syrie, au titre d'un effort de guerre contre Israel dans lequel leurs intérêts réels ne sont nullement en jeu. Elles ont même été jusqu'à proposer à plusieurs reprises, depuis 1982, de verser des dédommagements
6) Un pont aérien a été établi entre Israël et l'Iran, via la Turquie, à partir de 1981. D'autre part, selon le quoti lien israélien Haaretz, cité par Amnon Kapéliouk dans L Monde Diplomatique d'octobre 1987, un important trafic a relié le port israélien d'Eilat au port iranien de Bandar-Abbas.
7) "Le sénateur démocrate Wright affirme que 2008 missiles antitanks TOW et 253 batteries antiaériennes Hawk ont été livrés, parmi d'autres armes et pièces déta chées. Le potentiel aérien (Donnell Douglas F4 remis en état de marche) et antiaérien de l'Iran a donc été considérablement renforcé..." (Politique Etrangère, été 1987). Les experts militaires s'accordent généralement pour reconnaître que les missiles Tow et Hawk fournis par les Etats-Unis à l'Iran ont grandement contribué aux succès par l'armée de Téhéran en 1986 (prise du port irakien de Fao) et au début de 1987, " L'Irak a perdu 10% de ses forces aériennes au cours des deux derniers mois et les environs de la ville de Bassorah sont jonchés de centaines de chars irakiens détruits, a affirmé jeudi 19 février un représentant américain de retour d'Irak. M. Robert Torricelli, représentant démocrate du New-Jersey a d'autre part, déclaré que les armes américaines fournies à l'Iran en 1986 avaient eu un "impact spectacuiaire" sur le déroulement du conflit irano-irakien... Les Irakiens "ont perdu leur seul avantage dans les combats", a déclaré M Torricelli à propos des pertes de l'aviation irakienne... (Le Monde du 21 février 1987)
8) Cf. l'exposé d'Erest Mandel publiée dans Inpre cor numéro 253 du 16 novembre 1987
9) G. Salamé, dans Politique Etrangère, déjà cité.
10) Le chiffre de 50 milliards de dollars a été cité à ce propos, en 1985.
à l'Iran (10), en échange de la cessation des combats.
ailleurs, si la guerre venait à prendre fin sans un démantèlement de la force armée irakienne, celle-ci constituerait la plus forte des armées arabes (11) - position qui lui vaudrait non seulement l'annulation de ses dettes arabes, mais aussi, très probablement, lobtention de nouveaux dons et prêts au titre de la reconstruction.
C'est sur cette issue là qu'à misé l'impérialisme français, qui s'est hissé à la faveur de la de guerre au rang premier partenaire occidental de l'Irak
(12), au nom d'une certaine politique gaulliste de flatterie des pays arabes, valant à la
France une présence sur leurs marchés sans commune mesure avec sa présence sur le marché iranien, même du temps du Chah. L'impérialisme français est allé jusqu'à octroyer des prêts à l'Irak - à hauteur de 6 milliards de dollars, dont moitié de une créances civiles. Les calculs de Paris et l'engrenage implacable qui en a résulté l'ont même amené en 1983, année la plus critique pour Bagdad, à prêter à l'armée irakienne cinq avions d'attaque Super-
Etendard prélevés dans l'équipement de la marine française ! Les prises d'otages et
"inspiattentats terroristes rés"
par Téhéran contre Paris ne sont que la rançon de cet engagement français aux côtés de l'Irak.
Washington et l'armée iranienne
Les intérêts économiques bien compris du capital financier mondial - s'ils constituent une dimension fondamentale de son attitude consistant à alimenter de fait la guerre Iran-Irak, pendant plus de six ans - ne sauraient être déterminants en soi, indépendamment des considérations giques et politiques, qui sont elles-mêmes des lexpression concentrée économiques les plus globaux.
Ainsi, une guerre entre deux riches partenaires de l'impérialisme mondial (par exemple, entre l'Iran du Chah et l'Arabie
Saoudite) aurait pu comporter les mêmes avantages économiques pour lui, tout en étant désastreuse au regard de la stabilité de son hégémonie sur les deux pays et du rapport régional et global entre l'impérialisme et l'ensemble des forces qui lui sont opposées, dont particulièrement l'URSS.
C'est l'impérialisme américain, clef de voûte du système militaire de l'impérialisme mondial, qui définit les considérations stratégiques et politiques prioritaires dans pareils cas, notamment quand il s'agit de régions de sa zone d'intervention directe (13).
Comment, de ce point de vue là, la guerre du Golfe et sa prolongation ont- elles servi les desseins de Washington ?
Du côté iranien, d'abord. L'offensive irakienne de septembre survint à point nomsur l'Iran était en pleine débâcle depuis la confrontés de surcroît, depuis novembre 1979, au problème de l'occupation de leur ambassade à Téhéran, avec la séquestration de leur personnel diplomatique. L'opérastraté- tion américaine de Tabas, visant, en avril 1980, la libération des otages du intérêts d'espions", ton pouvait escompter de la pénétration des troupes irakiennes en territoire iranien, au-delà d'un renversement bien hypothétique du régime de Khomeiny (14) était la réactivation de la dépendance iranienne envers les Etats-Unis. La pièce maîtresse de cette dépendance n'était pas l'économie (15), mais bien l'armée construite dont Khomeiny avait hérité Chah était devenue manifeste, Washington avait placé l'armée impériale au centre de sa stratégie iranienne (gouvernement militaire du général Azhari, en novembre 1980). Elle y est restée depuis. Dès février 1979, l'armée a été le terrain sur lequel un compromis était réalisé entre Washington et Khomeiny : les deux parties partageaient le même souci de sauver l'armée de l'éclatement qui la menaçait (16)
mé pour les Etats-Unis, dont l'hégémonie révolution de février 1979, et qui étaient d'armes
"nid les Etats-Unis.
; avait lamentablement échoué.
Or, le principal résultat que Washingsaire en sumombre.
à Bagdad.
par le Pentagone pour le Chah e
Dès 1978, quand la faillite politique du réels ou potentiels par exemple, de subsister.
cié.
Jusqu'à l'affaire de l'ambassade, l'administration Carter avait fourpièces de rechange à ni des l'armée iranienne pour sa guerre contre les Kurdes. L'invasion irakienne allait ensuite donner à ladite armée l'occasion de se ressaisir et de redorer son blason, tandis que le régime islamique faisait libérer et réintégrer les officiers de l'armée du Chah, "purgés" dans la foulée de la révolution de février.
Les banques et les otages
"En octobre 1980, un mois après le début des hostilités
Vashington, informait le gou vernement iranien qu'il était à lever les prêt à le soutenir, sanctions et à lui fournir des armes et des pièces de rechange en contrepartie du retour des otages." (17)
De fait, si le retournement spectaculaire de Téhéran auquel pouvait rever Carter n'eut pa lieu, il n'en demeure pas moin.
que l'affaire de l'ambassade se dénoua, en janvier 1981, dan.
des conditions qui, avant septembre 1980, semblaient inespérées et qui firent le bonheur des grandes banques améri caines. Business Week jugeai éloquemment, dans son numé ro du 2 février 1981, que "mis à part les otages, les banques comme les sont apparues principales bénéficiaires du règlement ", au point que la revue citait un officiel de l'administration sortante suggérant que ces dernières avaient "finalement profité de la prise
En réalité, la principale contrepartie américaine de ce réglement, sans laquelle il paraît absurde, était gardée secrète dans l'intérêt des deux parties : c'était le feu vert donné par Washington à Israël pour les livraisons et de pièces de rechange américaines, à Téhéran, via la Turquie (18), livraisons d'une importance vitale pour une armée iranienne équipée et formée par
11) L'armée irakienne a été considérablement renforcée et aguerrie, en sept ans de combats contre un adver-
12) Troisième avant la guerre, après le Japon et la
RFA. Voir plus haut au sujet des ventes d'armes françaises
13) Auxquelles correspondent les six grands com mandements militaires du Pentagone, dont le CENTCOM
(Central Command) chargé du
"croissant de crise" qui va du Pakistan à la Somalie en passant par l'Egypte
14) Washington ne pouvait ignorer qu'en septembre
1980, aucune force réactionnaire à Téhéran n'était en mesure de se substituer, à court terme, au régime islamique
D'ailleurs, loin de provoquer un renversement de celui-ci, l'invasion irakienne allait servir au plus haut point son renforcement, par l'élimination de tous ses adversaires
15) Le facteur pétrole octroye, en ce domaine, une marge d'autonomie appréciable, permettant à un Kadhafi,
16) De très nombreux récits et témoignages contir ment même que ce compromis avait été directement négo
17) Chapour Haghighat, "Iran, la révolution islaéd. Complexe, Bruxelles, 1985, p. 190.
18) L'écrasement d'un avion cargo en Turquie, en juillet 1981, dévoila le pot aux roses
Outre ses calculs quant au rôle futur de cette dernière, le gouvernement américain trouvait une justification de son attitude de complicité tacite avec l'Iran en avec le régime de Khomeiny sur le terrain de l'anti-communisme et de l'hostilité à l'URSS, considération majeure pour les stratèges de Wa-
Les deux parties soutenaient les Moudjahidins afghans contre les troupes de Moscou et de Kaboul. Dès 1981, le parti Toudeh, communiste pro-soviétique, contraint de passer à la clandestinité en Iran. La reprise des livraisons d'armes soviétiques à Bagdad, à partir de 1982, allait confirmer cette tendance.
A l'ombre de l'Irangate
En février 1983, sur la base de renseignements transmis par les services britanniques (19), l'infrastructure du Toudeh fut détruite, ses dirigeants arrêtés, ainsi que des centaines de personnes, tandis que 18 diplomates soviétiques en poste à Té. héran étaient expulsés. La complicité tacite et inavouée de Washington avec l'Iran (20) a, bien sûr, connu des hauts et des bas de 1981 à 1986. La principale phase de tension entre les deux parties, au cours de cette période, s'est située entre octobre 1983 et la fin de 1984 : destruction du QG des marines à Beyrouth et recrudescence des activités et prises d'otages organisées ou "inspirées" par Téhéran;
lancée par Washington, en janvier 1984, pour bloquer les ventes d'armes par ses alliés à l'Iran; transgression par ce dernier pays, en mai, de la limite mentionnée au début de cet article - en riposte aux attaques irakiennes contre son commerce maritime, Téhéran fera donner ses Phantoms F-4 contre des navires desservant les ports du Koweit et de l'Arabie saoudite ; enfin, en juin, intervention fortement dissuasive de l'aviation saoudienne - il serait plus exact de dire : l'aviation saoudo-américaine - contre l'aviation iranienne. Une trêve entre les deux parties suivra cette escalade et débouchera, à partir du printemps 1985, sur la reprise de plus belle de leur collaboration inavouée : c'est Verande, l'abomie 1936. La poleide l'épisode aboutira au scandale de pratiquée par le groupe CIA-NSC (21) de Casey, Mac Farlane, Poindexter et North, avec la bénédiction de Reagan, n'était nullement dictée par le souci humanitaire d'obtenir la libération des otages américains détenus au Liban ; c'était bien la suite conséquente de la ligne de conduite inaugurée peu après l'invasion irakienne de septembre 1980 et décrite plus haut.
Cette ligne, qui consiste à miser sur l'ex-armée impériale, a toujours ses défenseurs dans l'establishment américain et parmi les réactionnaires iraniens. rogé par Newsweek (16 mars 1987) sur l'opportunité d'une poursuite des relations entre Washington et Téhéran, Ali Pahlavi, le neveu du défunt Chah, faisait cette réponse lucide : "C'est dans les intérêts américains de continuer à fournir des pieces de rechange à l'Iran, pas pour sortir les otages du Liban, mais pour soutenir la seule institution en Iran qui est encore du cole au monde libre : les forces armées ira-
Si l'offensive de lIrak contre l'Iran, en septembre 1980, survint à point pour Washington, c'était essentiellement, comme nous l'avons expliqué, qu'elle permettait de réactiver la dépendance militaire de Téhéran à son égard ; d'où les offres de soutien faites, immédiatement après, par Washington au régime islamique. Sans comprendre cela, il est impossible de saisir la cohérence profonde de la politique américaine, qui apparaît alors comme totalement absurde.
Le rôle de l'Irak
C'est là un aspect majeur de l'inconchéenne et superficielle, selon laquelle lIrak aurait agi en service commandé pour le compte des Etats-Unis, qui auraient souhaité qu'il l'emporte. Cette vision est totalement déphasée par rapport aux faits les plus têtus : le rôle de Washington dans l'armement de l'Iran et celui de Moscou dans l'armement de l'Irak. En fait, l'impé rialisme américain ne souhaitait pas plus une victoire de ce dernier pays en 1980-82, qu'il ne souhaite aujourd'hui une victoire de l'Iran. L'attitude de Washington a été très bien résumée par Kissinger qui affirmait, au début de 1984, que l'issue idéale pour les Etats-Unis serait que les deux belligérants soient perdants ! A quoi faisait écho, encore récemment, le ministre israélien de la Défense, Ytzhak Rabin, déclarant : "Israël aspire à ce qu'il n'y ait pas de vainqueur dans cette guerre" (22). Quand on sait l'importance stratégique de l'Iran dans le dispositif antisoviétique de l'impérialisme américain, alors que Saddam Hussein, le dictateur irakien, se prononçait publiquement à deux reprises, en novembre 1980 (23), pour le démembrement de l'Iran et l'autogouvernement de ses diffé rentes minorités, il coule de source que "les Etats-Unis n'ont jamais espéré la victoire décisive de l'Irak. La disparition du régime islamique ne se ferait pas nécessairement dans un sens qui leur serait fa-
Une défaite de l'Iran risquerait d'attiser les révoltes des minorités, de provoquer une guerre civile et, pire encore, de conduire au démembrement de l'Iran"
Mais outre la profonde différence des intérêts américains et irakiens - déduire de l'opportunité évidente du déclenchement de la guerre par l'Irak, en septembre 1980, pour les intérêts américains, l'identité de ceux-ci avec ceux de l'agresseur est une erreur de logique tout à fait élémentaire - et les espoirs fondés par Washington sur l'ex-armée du Chah, les Etats-Unis souhaitaient que la guerre se prolonge et que l'Irak s'y enlise pour des raisons se rapportant également à ce dernier pays. En effet, de 1971 à 1975, la fraction baassiste (26) au pouvoir à Bagdad avait mené une surenchère véhémente par rapport à ses ridans l'opposition à l'impérialisme, au sionisme et à la réaction arabe. L'Irak avait signé, en 1972, un d'amitié et de coopération" avec T'URSS, tandis qu'un pacte puis un front étaient établis entre le Baas et le Parti communiste irakien, dont deux dirigeants siègeront au gouvernement jusqu'en 1979. Par ailleurs, l'Irak avait parrainé le "Front du refus" lestinien, fondé en 1974 contre les perspectives de réglement négocié israélo-arabe. Si, en 1975, face à la pression militaire kurde, soutenue par le Chah d'Iran, Israël et les Etats-Unis, le régime de Bag dad avait mis un genou en terre et modéré sa politique arabe, ce n'était pas pour se ranger derrière les alliés de dans la région. Saddam avait besoin d'un répit pour consolider sa dictature personnelle et éliminer tous ses rivaux et enne. mis : Kurdes, communistes, intégristes chiites, et même baassistes (27). L'am-
19) Grâce à la défection du vice-consul soviétique à 20) Prisonnier de sa propre idéologie et des sentiments de sa clientèle populaire, ainsi que de ceux des larges masses iraniennes, le régime khomeiniste a constamment maintenu un discours de façade violemment anti-américain, auquel les Etats-Unis ont répondu du pareil au même. A ceux qui prendraient encore ces échanges d'invectives pour l'expression de la politique réelle des deux gouvernements, rappelons que le discours anti sioniste, voire anti-juif, du régime iranien, qui est non moins violent que son discours anti-américain, n'a pas empêché la longue collaboration que l'on sait entre Israe
21) NSC : Conseil national de sécurité.
22) Discours au Washington Institute for Near East Policy, le 13 juillet 1987 - cité par A. Kapeliouk dans Le Monde diplomatique, déjà cité.
23) Conférences de presse des 12 et 27 novembre
24) Au cours des premiers mois de la guerre, quand lIrak avait le dessus et que la gauche iranienne semblait être la principale candidate à la prise du pouvoir à Téhé ran.
25) Chapour Haghighat, ouvrage déjà cité, p.190 26) Du parti Baas, "Parti de la résurrection arabe socialiste" d'origine nationaliste-populiste, dont des fracpays, en 1978-79, ne signifiait pas que Bagdad passait du côté américain, pas plus que la liquidation du Toudeh en 1983 n'a signifié l'alignement de Téhéran sur Washing ton, et d'autant moins que l'Irak maintenait fondamentalement ses rapports étroits avec l'URSS, malgré quelques tiraillements
bition de la bureaucratie bourgeoise nationaliste au pouvoir à Bagdad, amplifiée par la megalomanie personnelle du tyran Saddam, restait de s'imposer comme force hégémonique régionale, en mettant à profit la forte hausse des revenus pétroliers survenue à partir de 1974. L'occasion lui en sera fournie par la visite du président égyptien Sadate en Israël, en 1977, et la mise en route du processus qui aboutira à la signature des accords de Camp David, en septembre 1978, par Israël, les Etats-Unis le Yer pécial choisisait insemis leader régional, choisissait ainsi s'isoler de la communauté des pays arabes.
Des alliés méfiants
L'Irak, qui, pendant cette période, achètera des armes pour quelques milliards de dollars, à l'URSS et, dans une moindre mesure, à la France, convoquera un sommet des chefs d'Etats arabes à Bagdad, en novembre 1978, qui dénoncera les fameux accords et mettra l'Egypte au ban. Simultanément, l'Irak conclura avec la Syrie un accord prévoyant la fusion des deux pays, accord qui sera rompu en juillet 1979, après avoir vivement inquiété les EtatsUnis et leurs alliés dans la région. L'affaiblissement, puis le renversement du Chah d'Iran, lèveront une lourde hypothèque sur le régime de Bagdad, lui permettant de reprendre sa surenchère anti-américaine et anti-sioniste.
Mais il se trouvera confronté, après février 1979, à l'avènement d'un pouvoir, à Téhéran, lui vouant une solide haine pour sa répression féroce du mouvement intégriste chiite irakien (28). La rébellion des minorités nationales, Kurdes, Arabes, Azerbaïdjanais, à partir du printemps 1979, l'aggravation des conflits politiques à Téhéran, et surtout le délabrement de l'armée iranienne et la rupture de son ar provisionnement par la source maieure de son équipement, les Etats-Unis, à la suite de l'affaire de l'ambassade : tous ces éléments combinés décideront Saddam Hussein à lancer son armée contre l'Iran. Il visait à faire d'une pierre trois coups : réparer l'affront fait par le Chah en 1975 (29) ; se débarrasser et de Khomeiny et de l'Iran en tant que puissance régionale, en catalysant la décomposition du régime et du pays (30); renforcer ainsi, considérablement, ses prétentions à l'hégémonie régionale.
Aucun, nous disons bien aucun, de ces objectifs ne pouvait être partagé par Washington; ils étaient même contraires à ses intérêts stratégiques. Si le gouvernement américain a néanmoins beaucoup apprécié l'initiative militaire irakienne, c'est comme nous l'avons expliqué, et par delà l'affaire épisodique des otages, parce qu'elle améliorait les perspectives d'un rôle accru, sinon d'une prise du pouvoir, Carm se iranienne, filleule des Etats-Unis. En somme, ce que Washington escomptait de la guerre entre l'Iran et l'Irak se situait à l'opposé des objectifs de Bagdad : un pouvoir fort à Téhéran, plus à même de repousser l'invasion irakienne (31). C'est pour-
Les milices des pasdarans (DR) quoi Washington souhaitait que la guerre durât ! L'enlisement de l'armée irakienne, puis ses revers, avaient en outre pour effet d'obliger Bagdad envers les monarchies arabes du Golfe, celles-là mêmes que le régime baassiste cherchait à dominer auparavant. De même, ce dernier était inévitablement amené à courtiser Washington, tuteur desdites monarchies et détenteur des clés militaires de la guerre iranienne.
En 1984, en pleine phase de haute tension entre l'Iran et les Etats-Unis, l'Irak rétablira ses relations diplomatiques avec ceux-ci, rompues depuis juin 1967 (32) ! Les rapports entre les deux néanmoins empreints de défiance réci proque : de fait, en 1985-86, dans le cadre des tractations entre Washington et la fraction dominante à Téhéran avec la complicité des Saoudiens (33), des solutions de rechange à Saddam Hussein, satisfaisantes pour les trois parties, furent envisagées dans le cadre d'un réglement du conflit (34). Ceci confirme l'inquiétude des Saoudiens et des Américains, partagée et exprimée tout haut par les Israéliens, du rôle que pourrait jouer l'Irak si son armée n'était pas démantelée à l'issue du conflit, éventualité déjà évoquée dans cet article.
Pourquoi donc en 1987, soudain, semble se dessiner un consensus entre les grandes puissances mondiales pour mettre fin à la guerre du Golfe ? Pourquoi, en parl'impérialisme américain manifeste-t-il soudain un empressement à obtenir la cessation du conflit ? Pourquoi les grandes puissances ont-elles attendu jusqu'au 20 juillet 1987 - soit près de sept ans, un million de morts et des millions de d'handicapés, d'orphelins, sans-abri, sans parler des dégâts matériels
28) La majeure partie de ce mouvement, notamment le parti Al-Dawa, luttait contre le régime baassiste 'communiste et athée" depuis son instauration en 1968, et avait, en fait, commencé sa lutte réactionnaire depuis le renversement de la monarchie irakienne en 1958. Avant d'être parrainé par Khomeiny, ce mouvement avait été soutenu par... le Chah, lui aussi chiite, bien que non intégriste, contrairement à la majorité sunnite des dirigeants irakiens.
29) Par les accords d'Alger de mars 1975, Saddam Hussein, le couteau sous la gorge, avait fait une importante concession au Chah d'Iran sur le tracé des frontières entre les deux pays, en sus des concessions politiques. En échange, celui-ci lâcha les Kurdes qui subirent de ce fait une grave déroute.
30) Dans ce cadre, Saddam caressait même l'espoir de s'emparer de la province arabe de l'Iran, le Khouzistan (Arabistan), principale région pétrolifère de l'ex-empire.
31) C'est dans cette perspective que se situa le fils du défunt Chah, Reza Pahlavi, qui faisait parvenir au che d'état-major général de l'armée iranienne, dès le 25 sep tembre 1980, un télégramme, dont nous citons un échantillon : "L'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Iran dépassent toute considération do smatique ou politique En ce moment crucial pour la vie de notre pays, je souhaiterais pouvoir offrir mon sang pour sauvegarder l'inviolabilité de notre chère patrie.
déjà évoqués - pour obtenir à l'unanimité, Conseil de sécurité de comme pred'un règlement négocié, que l'Iran et l'Irak observent immédiatement un cessez-le-feu (...) et toutes les forces jusqu'aux frontières internues" ? Exigence aurait pu faire nimité desdites grandes ment, depuis septembre 1980. Pourquoi le secrétaire d'Etat américain, George Shultz affirme-t-il soudain, ce même 20
I'ONU : "Le monde en a assez, il faut que la guerre s'arrête maintenant" ? La réponse se trouve dans les mêmes facteurs qui faisaient qu'auparavant, pour Shultz & co, il ne fallait pas que la guerre s'arrête.
Paix et pétrole
Sur le plan économique, d'abord. Au monde, était le pétrole : l'année 1986 aura été marquée par la guerre des prix, menée tambour battant par l'ex-ministre du pé trole saoudien, Ahmed Zaki Yamani, et qui lui a coûté son poste. Sur fond d'aggravation constante du déséquilibre structurel entre l'offre et la demande de pétrole au dé triment des exportateurs - aggravation qui, soit dit en passant, ne peut que se poursuivre de plus belle, au regard de la récession qui se profile à l'horizon depuis le krach boursier - le ministre saoudien a voulu casser les prix en inondant le marché, de façon à en reconquérir une part importante et à obliger ses concurrents au sein de l'OPEP à plus de discipline. Sur ce dernier plan au moins, la leçon aura été comprise et l'anarchie sur le marché pétrolier a quelque peu régressé depuis l'accord de stabilisation des prix survenu au sein de l'OPEP en décembre 1986. En d'autres termes, même si rien n'entravait plus, matériellement, ses exportations de pétrole, l'Iran ne pourrait se permettre trop dépasser le quota de production qui lui est assigné, au risque d'annuler l'effet du dépassement par la chute l'Arabie Saoudite refusant désormais de
32) Ajoutons pour compléter l'image du Saddam Hussein, agent des Etats-Unis, propagée par les pro-khomeinistes, que le dictateur irakien avait reçu des mains de Fidel Castro à La Havane, en 1978, les insignes de l'ordre de José Marti !
33) En mai 1985, le prince Saoud El Fayçal, ministre saoudien des Affaires étrangères, effectuait une visite à Téhéran, première visite officielle d'un représentant saoudien en Iran, depuis 1979. En décembre, son homologue iranien, Velayati, visitait Ryad à son tour.
34) Une revue de l'opposition communiste irakienne, paraissant à Londres, a publié des informations édifiantes à ce suiet (Al-Ghad, n°20, mars 1987). C'est l'occasion de rappeler que sur le plan socio-économique - étendue des nationalisations (y compris le commerce dont la liberté es sacro-sainte à Téhéran), réforme agraire, statut de femmes, etc. - le régime irakien est nettement en avance sur celui des mollahs. Les deux se valent sur le plan de la répression, bien que la dictature baassiste soil monolithique, contrairement à la dictature islamique qui se distingue, de surcroît, par une capacité de fanatiser que les baassistes n'ont jamais eue.
35) Ce demier courant a subi récemment un important revers avec l'exécution du chef du "Bureau d'aide aux mouvements de libération islamique", Mehdi Hachemi, d'ailleurs responsable de la divulgation des informations sur les tractations entre les Américains et Rafsandiani
stabiliser ceux-ci par une réduction de sa propre extraction, épongeant les dépassements des autres. Quant à l'Irak, il produit déjà au maximum de sa capacité disponibie En somme, la cessation du conflit du Golfe ne saurait avoir aujourd'hui l'impact dramatique sur le marché pétrolier qu'elle aurait pu avoir en 1981-85. Et ce d'autant moins que les deux belligérants se dotent de moyens d'exportation à l'abri des actions guerrières : par des oléoducs reliant ses puits à la Méditerranée, via la Turquie, et à la mer Rouge, via l'Arabie Saoudite l'Irak dispose actuellement d'une capacité d'exportation d'environ 2,5 millions de barils/jour, qui équivaut à son rythme d'exportation davant-guerre. Quant à l'Iran, il construit actuellement un oléoduc reliant ses champs au golfe d'Oman, au-delà du détroit d'Ormuz, et projette de transformer en oléoduc son gazoduc relié à Bakou, en URSS, ce qui lui permettrait au total d'exporter son quota disponible, l'abri des attaques de l'aviation irakienne. En outre, l'Iran - disposant d'une grande marge d'augmentation de sa production (actuellement, près de 40% seulement du rythme d'extraction pratiqué sous le Chah) - peut toujours, comme c'est le cas, assurer ses revenus en exportant plus, à des prix de rabais qui trouvent toujours preneurs, l'entreprise étant gagnante à coups (voir note 4).
"Faut que ça cesse !"
Pour toutes ces raisons, les opérateurs du marché pétrolier mondial n'ont plus de raison de souhaiter que "ça dure", en 1987. A quoi s'ajoute le désintérêt croissant de la majeure partie des marchands de canons, impliqués auparavant dans la vente d'armes aux deux belligérants. Depuis l'Irangate de l'automne 1986, les exportateurs impérialistes d'armement ne jouissent plus du laissez-passer hypocrite de leurs gouvernements, au moins en ce qui concerne les fournitures à l'Iran.
Les trafiquants en profitent, mais ce ne sont pas eux qui déterminent l'attitude des Etats impérialistes. Quant à l'Irak, ses fournisseurs attitrés, l'URSS et la France, s'inquiètent de la lourde dette qu'il a accumulé à leur égard et savent que ses capacid'armes s'épuisent par saturation en matériel lourd, d'une part, et par réduction de ses disponibilités financières, d'autre part. Cette dernière considération est fondamentale : les monarchies pétrolières arabes, qui ont soutenu l'Irak financièrement ces dernières années, ne sont plus en mesure de continuer à le faire. La situation du marché pétrolier (quotas et chute des cours) fait que leurs revenus pétroliers diminuent en valeur nominale, et encore plus en pouvoir d'achat réel du fait de la baisse continue du dollar en lequel sont effectuées les transactions pétrolières.
Cette réalité commence à peser lourd, y compris sur les promesses de l'après-guerre qui ont tant alléché les puissances industrielles. C'est pourquoi, du point de vue des intérêts économiques impérialistes, il est grand temps d'arrêter la destruction mutuelle de l'Iran et de l'Irak.
Sur le plan des considérations stratégiques et politiques, vues de Washington, le "il faut que la guerre s'arrête maintede Shultz se justifie tout autant. Commençons par l'Iran. Le fiasco principal de l'Irangate, fin 1986, n'était pas le
L'armée, un groupe politique à part entière (DR) scandale qui a éclaboussé la Maison blanche, mais bien l'effritement des rapPadministration Reagan et le très influent l'hodiatoleslam Rafsandiani. La facon dont ce dernier, une fois le pot aux roses découvert, s'est rétracté et s'est lancé dans la surenchère contre le Grand Satan américain, a fortement échaudé les diablotins de Washington, pourtant familiers des feux de l'enfer. Cette mésaventure a montré aux dirigeants américains que le rapport des forces à Téhéran était plus délicat qu'ils ne
En effet, par delà les diverses interpré tations, souvent contradictoires, peut trouver dans la presse mondiale au sujet de la lutte des fractions au sein du régime iranien, il est possible d'identifier grosso modo deux blocs dans le conglomérat de clans socio-politiques que constitue actuellement la "République isla-
, blocs eux-mêmes très hétérogènes. D'une part, le bloc dont la figure de proue est Rafsandjani et qui regroupe les militaires, les technocrates et autres partisans d'un Etat bureaucratique capitaliste "ordinaire". D'autre part, la nébuleuse intégriste pure et dure qui va de l'extrême droite réactionnaire du régime, ralliée autour du journal Ressalat, s'insurgeant au nom de l'Islam contre toute atteinte à la li berté du commerce et liée au "Conseil central des commerçants de Téhéran", jusqu'à l'extrême-gauche populiste du régime, les
"partisans de la ligne et plaidant la cause "mostazafines" (les déshérités), mais dont le radicalisme s'exprime principalement au niveau de l'exportation de la révolution islamique (35), avec une implantation importante de ces courants au sein du clergé et de la milice des "pasdarans" (Gardiens de la révolution).
La nébuleuse intégriste défend la spécificité et la continuité des institutions "révolutionnaires", y compris l'adhésion stricte à la loi islamique et le pouvoir clérical, où la prééminence est accordée au "maktabi" thoningen
(homme pieux). En ce sens, cette nébuleuse soutient le principe du "Velayat-e faghih" (tutelle du faghih) et donc le successeur, désigné selon cette règle, de l'ayatollah Khomeiny, l'ayatollah Montazeri. Le même principe ne lais se, par contre, aucune chance à Rafsandja ni, qui n'est même pas un ayatollah (36), pour détenir l'autorité suprême après la mort de Khoméiny.
De nouveau l'armée
La nébuleuse intégriste, de par son extrême hétérogénéité, n'a nucune perspective sérieuse de gouvernement, sinon celle d'accroître la pagaille actuelle. En tant que bloc opposé à Rafsandjani, elle peut cependant le gêner considérablement, comme elle l'a amplement démontré : les gens du Ressalat et les "Emamieh" ont unanimement dénoncé les tractations du président du Parlement avec Washington. qu'une issue favorable aux Etats-Unis se dégage du magma iranien - qu'elle passe par Rafsandjani ou par un coup d'Etat militaire - il faut donc au préalable que le rapport des forces soit modifié à Téhéran : c'est dire que la condition indispensable d'une telle issue est que l'armée iranienne
Bani Sadr, avant Rafsandjani et pour des buts similaires, comptait sur cette confiera-t-il, "une négociation (avec l'Irak) était sur le point d'aboutir dans des conditions honorables. Toutefois, redoutant le retour d'une armée redevenue disponible et le renforcement du prestige du chef de l'Etat (Bani Sadr), les religieux du Parti de la révolution islamique, qui lui étaient hostiles, auraient torpillé cette possibilité de paix" (37). Le même scénario semble se répéter, dans le cadre d'un rapport de forces différent, pour Rafsandjani, qui a exploré avec l'administration américaine les conditions d'un règlement du conflit que nous évoquions plus haut (38). En tout état de
36) Hodjatoleslam est un rang inférieur à celui d'ayatollah dans la hiérarchie des théologiens chiites.
37) Paul Balta, dans Maghreb-Machrek, numéro
38) Extrait d'une interview accordée par Rafsandjani à la télévision iranienne, début septembre 1986:
"Question : Si l'Irak est gouverné par un pouvoir non baassiste, mais américain, quelle serait la position de
Réponse : Nous combattons le parti Baas irakien et ne sommes pas responsables de qui gouverne l'Irak (...). Si le rôle du parti Baas est terminé, beaucoup de problèmes se-
cause, Washington est maintenant persuadé de la nécessité de mettre un terme à la guerre, pour permettre à sa filleule, l'ex-armée du Chah, de peser dans la balance politique iranienne.
A ces considérations, s'ajoute un facteur décisif qui a pris de l'ampleur au cours des derniers mois de 1986 et début 1987. Se sentant, à juste titre, l'objet d'une machination américaine révélée par l'Irangate, le régime de Bagdad qui, sous la pression conjointe de l'Arabie Saoudite et des Etats-Unis, avait accepté de faire tomber la tension dans les eaux du Golfe arabo-persique après la flambée de 1984, décida qu'on ne l'y prendrait plus. Dès l'automne 1986, son aviation reprit ses attaques intensives contre l'ensemble des terminaux iraniens, y compris ceux du sud du Golfe (39), provoquant inévitablement - et à dessein ! - les représailles annoncées par l'Iran et qui s'exerceront contre le Koweit.
Le sens de l'intervention impérialiste
En l'absence de trafic maritime à destination directe de l'Irak, et devant la ferme protection aérienne américaine de l'Arabie Saoudite, Téhéran se défoulera sur le petit émirat, transgressant ainsi les deux limites fixées par les puissances impérialistes à la guerre du Golfe : atteinté était portée, d'une part, à la "liberté de navigation" dans le Golfe à destination des non-belligérants, et d'autre part, à la sécurité d'un protégé de l'impérialisme ayant, de surcroît, un grand poids économique. Et
Washington ne répondra pas favorablement dans un premier temps, à la requête de protection adressée par le Koweit aux grandes puissances. A la surprise générale, c'est l'URSS qui prendra l'initiative d'y accéder, en mettant à la disposition de l'émirat trois pétroliers arborant pavillon soviétique. Moscou entendait ainsi démontrer aux Etats arabes, en plein Irangate, que l'URSS est pour eux une alliée beaucoup plus fiable que les Américains.
Ceux-ci se trouvèrent donc contraints, avec très peu d'enthousiasme, à relever le défi et à accepter le principe de l'immatriculation aux Etats-Unis de onze pétroliers
Ils ne passèrent à avec l'envoi d'une imposante flotte militaire de protection des navires arborant pavillon américain, que - paradoxalement -après l'attaque de leur frégate Stark par l'aviation irakienne, en mai dernier, attaque qui ne semble pas avoir été fortuite.
L'armada multinationale S'engageant avec hésitation, l'administration Reagan essaya d'obtenir la participation à l'entreprise de ses alliés européens, qui rechignèrent à leur tour. Toutefois, la réaction de l'Iran transgressant largement, fin juillet - début août, la double limite - en posant des mines dans les eaux internationales du Golfe et en organisant des manifestations de pélerins à La Mecque (Arabie Saoudite), qui furent réprimées dans le sang - achèvera de convaincre l'ensemble des puissances militaires impérialistes d'envoyer des bâtiments de leurs flottes escorter leurs navires marchands.
Certains, à partir d'une appréhensior erronée du conflit Iran-Irak, ont cru voi
Dieu, que la guerre est jolie ! (DR) dans le déploiement de l'armada impérialiste l'intention d'une intervention dans le conflit en faveur de Bagdad.
Il n'y a pas lieu, en fait, de s'attendre à pareille intervention dans les circonstances actuelles, et de croire que les raisons invoquées par les gouvernements occidentaux pour justifier l'envoi de leurs flottes ne sont que "prétextes". Ces raisons sont du point de vue impérialiste, pour expliquer la constitution de l'armada multinationale.
Il s'agit, en effet, pour Washington et ses alliés d'imposer le respect de la "liberté de navigation" dans le Golfe (40) et de se tenir prêts à intervenir en défense des monarchies pétrolières, si l'Iran venait à attaquer leurs territoires. Même si l'Irak devait vaciller militairement - avec le risque réel d'une victoire décisive de l'Iran que l'impérialisme a toutes les raisons de craindre, ne serait-ce que parce qu'elle déstabiliserait les monarchies pétrolières avoisinantes - il est très improbable que des forces impérialistes interviennent dans les limites territoriales des deux belligérants, avec toutes les implications dangereuses d'une telle intervention, aussi bien par rapport à la réaction qu'elle pourrait susciter de la part des populations de la région, que par rapport à celle de
Si l'Irak perdait.. Pour l'éventualité d'une déroute irakienne, un scénario beaucoup plus réaliste est déjà prêt à passer au stade de la réalisation : l'intervention en Irak de l'armée égyptienne, dont il était d'ailleurs question au récent sommet arabe d'Amman
En fait, Washington déploie actuellement une intense activité pour imposer à l'Iran, par une menace unanime de sanctions des grandes puissances, d'accepter la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Or, l'effort américain se heurte à présent aux atermoiements de Moscou qui réclame, d'une part, le retrait des flottes impérialistes du Golfe et de ses abords et essaye d'autre part, de marquer à son tour des points en Iran - un Etat qu'à tour de rôle, Washington et Moscou n'ont pas cessé de courtiser depuis 1979.
Toute attitude internationaliste à l'égard de la guerre du Golfe doit combiner aujourd'hui une réponse à son caractère fondamental avec une réaction aux développements conjoncturels. L'attitude fondamentale est, bien entendu, la dénonciation de cette boucherie insensée dont sont victimes les populations de l'Iran et de l'Irak, l'appel au soulèvement des travailleurs des deux pays contre leurs régimes respectifs, l'appel à la fraternisation des soldats contre leurs gouvernants. Il faut se prononcer pour un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel entre les deux belligérants et pour le droit à l'autodétermination des minorités nationales de chacun des deux Etats. Telle est la seule attitude prolétarienne face à une guerre où les travailleurs n'ont rien à gagner et ont leur vie à perdre ! Il faut, aussi, bien sûr, dénoncer le rôle des Etats impérialistes qui ont attisé cyniquement ce long carnage, ainsi que ce. lui des Etats "socialistes" bureaucratiques qui n'ont pas peu contribué au même résultat. Il faut dénoncer les ventes d'armes aux deux belligérants, qui ne font qu'accroître le nombre déjà impressionnant des victimes de la folie meurtrière de Saddam Hussein et de Khomeiny.
Dénoncer l'hypocrisie impérialiste Face à l'intervention des flottes impérialistes, il faut, bien entendu, exiger le retrait immédiat et inconditionnel des flottes étrangères du Golfe et de ses alentours. Tel doit être, en particulier, l'axe principal de toute campagne dans les pays impérialistes, au sujet de la guerre du Golfe. Il faut dénier énergiquement aux gouvernements de ces pays le droit de s'ériger en "agents de la circulation internationale", dénoncer l'hypocrisie de ceux qui s'indignent du minage iranien des eaux du Golfe, alors qu'ils n'ont jamais protesté contre le minage américain des ports du Nicaragua. Il faut s'opposer à toutes sancdirigées contre les Il faut s'opposer destination de l'Iran seul, et exiger un embargo similaire sur les livraisons d'armes à l'Irak (41). Tels doivent être les thèmes maJeurs de l'intervention des internationalistes.
1er décembre 1987.
39) Bien entendu, le but général des attaques irakiennes est d'entraver les exportations pétrolières de son ennemi, de manière à trancher ce nerf économique de la guerre iranienne. Voir à ce sujet notre article dans Inprecor, numéro 249, 21 septembre 1987.
40) "L'insistance avec laquelle les puissances occi dentales s'efforcent de protéger ces voies d'eau stratégiques et d'assurer la perméabilité du Golfe tient peut-être moins à leur crainte d'une pénurie pétrolière qu'à leur désir de maintenir ouvertes les voies d'accês à un marché d'exportation florissant, le seul actuellement dans le Tiers-Monde capable d'absorber 60 milliards de dollars de marchandises par an, dont la moitié provient de la CEE et un tiers des Etats-Unis." Chapour Haghighat, ouvrage cité, p. 189
41) Il faut dénoncer l'hypocrisie qui règne dans un ›ays comme la France, où la livraison d'obus à l'Iran fa 'objet d'un "scandale", alors que, par ailleurs, le énormes livraisons d'armes en tous genres à l'Irak sont considérées comme tout à fait "normales"!