AMERIQUE LATINE Les risques de coups d'Etat militaires vus par les Etats-Unis
Cet article est paru dans le Latin American Weekly Report du 26 novembre 1987. Nous le reproduisons ici in-
Quelles sont les chances de coups d'Etat militaires en Amérique latine ? La réflexion sur la "vague de démocratisation" qui a touché la région, s'inquiétait souvent de la faiblesse de ces démocraties dans certains pays et rappelait que les dangers d'intervention militaire demeurent. Sont venus nourrir ces craintes le coup d'Etat "constitutionnel" à Panama et le remplacement en Haiti de Jean-Claude Duvalier par un gouvernement militaire.
Ce qui est sûr, c'est que cette question - les risques de coups d'Etat dans cette région du monde - semble préoccuper constamment les officiels du département d'Etat américain. Bien qu'il n'y ait eu aucun document officiel à ce sujet, le département d'Etat classe ces risques par pays selon le "hit parade" suivant:
- Equateur : Contrairement au sentiment général, c'est le pays qui semble confronté au risque le plus immédiat et le plus fort d'une intervention des militaires. En septembre dernier, le congrès a voté la démission du ministre de l'Intérieur Luis Robles qui, appuyé par le Président Frebes Cordero, a refusé de s'incliner. Le gouvernement a riposté à la grève générale appelée par la plus importante centrale ouvrière, la Fédération unitaire des travailleurs (FUT), pour exiger la démission de Robles, par la promulgation de l'état d'urgence. Le danger d'un putsch n'a pas disparu, le président Cordero étant plus isolé politiquement que jamais. élections sont prévues pour janvier 1988.
- Colombie : seconde sur la liste "critique", non seulement à cause des problèmes dans les forces armées, mais plus généralement à cause de l'ensemble de la situation politique (unification des rebelles, activités des escadrons de la mort, groupes d'auto-défense, activités de la mafia de la drogue, etc.), l'une des menaces les plus sérieuses pour la stabilité de la région.
- Plus bas sur la liste se trouvent le
Guatémala et le Salvador. Ces deux pays connaissent une reprise des activités de l'extrême-droite, dans les deux cas, en réaction à la signature des accords de paix d'Esquipulas II, en août dernier. Pour l'instant, toutefois, cette recrudescence d'activité ne s'est pas reflétée parmi les forces armées.
- Haïti (se rappeler que cet article a été écrit le 26 novembre, ndlr) : le doute plane quant à la tenue effective des élections générales prévues pour le 29 novembre. Toutefois, la crainte que Washington ne suspende son aide au pays si tel était le cas, a soulevé une vague d'inquiétude parmi les leaders haïtiens. En même temps, le Général Henri Namphy vient juste de se désigner comme commandant en chef des forces armées ce qui signifie effectivement que le prochain président gouvernera dans l'ombre du général.
- Panama : le cas est insaisissable et imprévisible. Washington dit qu'il fait pression pour que l'homme fort du régime, le général Manuel Antonio Noriega parte avant les prochaines élections (prévues pour 1989). Il est difficile de prévoir quelle sera la réponse de Noriega (même s'il a déclaré qu'il était d'accord pour se retirer, moyennant certaines garanties, en
- Autre pays avec de moindres chances de coup d'Etat, le Brésil. Dans le cas présent, les forces armées qui jouissent toujours d'un pouvoir énorme, ont clairement laissé entendre qu'elles soutiendraient le départ du président José Sarney via des élections présidentielles directes, peut-
- Argentine : sujet à des spéculations sans fin en matière de putsch, on espère du Général José Dante Caridi qu'il sera capable de consolider la discipline intérieure des forces armées. Mais la possibilité d'autres rébellions des militaires n'est pas à écarter, même si l'on ni envisage pas des incidents aussi sérieux que ceux de la rébellion de Pâques dernier.