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POLOGNE

Déclaration de Solidarité après le référendum

Inprecor n° 257, 18 janvier 1988 · p. 12 · 755 mots

Pologne

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POLOGNE Déclaration de Solidarité après le référendum

Le 5 décembre 1987 s'est tenue une séance de la Commission nationale exécutive de Solidarité (KKW) examinant la situation créée après le référendum du 29 novembre. Nous publions ci-dessous la dé claration issue de cette réunion. (Source, bulletin de Solidarité, décembre 1987)

L'opération politique du 29 novembre 1987, connue sous le nom de référendum. s'est soldée par une défaite. Le pouvoir de la RPP (République populaire de Pologne, ndlr), n'a pas réussi à obtenir un mandat social de façade, pour gouverner le pays. La société polonaise est consciente de la nécessité des réformes économiques et politiques, mais ne fait pas confiance à la nomenklatura qui détient le monopole du pouvoir. Le nombre de personnes qui ont décidé d'ignorer le référendum ou de répondre par la négative aux questions posées, témoigne d'un réveil progressif de la conscience de la société, de sa détermination à défendre ses droits civiques et sociaux. Il est plus évident que jamais que la réalisation des réformes économiques et politiques indispensables requiert un retour aux accords sociaux. Lors de son premier congrès, en octobre 1981, le syndicat Solidarité a proposé un programme d'accord, portant sur les moyens de lutter contre la crise, la réalisation d'une réforme économique et les transformations de la vie publiques. Ces propositions sont toujours d'actualité. Elles signifient que la transformation du système économique dans le sens de sa rationalisation, de son pluralisme et de son activité, peut être un objectif unissant les organisations indépendantes et les mouvements sociaux. Cela exige une réforme profonde et totale qui délivrerait l'économie polonaise du monopole en vigueur, libérerait le marché et l'initiative individuelle, permettrait le contrôle de la société sur la gestion de l'économie. Pourtant, pour que le travail et l'initiative de l'individu ne soient pas gaspillés, il est indispensable d'apporter les changements appropriés dans l'organisation de la vie publique et, en particulier :

- L'abolition de la législation spéciale, introduite après le 13 décembre 1981, qui sanctionne un recours illimité à la force.

- La légalisation de la société civique, où les droits individuels de l'homme sont réalisés et respectés, particulièrement la liberté de créer et de faire enregistrer des

- La réalisation du pluralisme syndical et la légalisation des activités de Soli-

Dans ces conditions, la crise de confiance entre le pouvoir et la société peut être réglée et le déclin du pays enrayé Cela signifie qu'une entente est possible et nécessaire, en ce qui concerne la protection sociale face aux réformes. (...) La réforme économique ne peut être une raison d'aggraver la situation matérielle et sociale des gens. Il faut qu'apparaisse la perspective qu'il sera possible de vivre mieux, dans la dignité, sans le souci désespéré du lendemain. La société polonaise ne peut accepter une politique qui remplace les réformes globales par des hausses de prix. C'est justement pourquoi les réformes économiques et politiques forment un tout indissociable et que les expériences accumulées montrent que l'on ne peut associer un Etat organisé de manière totalitaire avec un ordre économique rationnel, des mécanismes de marché et une vie sociale indépendante.

La situation dans laquelle une partie de l'élite au pouvoir a conscience de la crise du système, aussi bien en Pologne que dans tout le camp socialiste, exige une réponse globale de la part de Solidarité, où figurent la poursuite d'activités clandestines et l'élargissement d'activités à découvert. Dans ces conditions nouvelles. il faut mettre l'accent sur l'activité à découvert, car de cette façon, on peut soutenir dans la pratique les réformes poli-

Sont particulièrement importantes :

1) Les actions en faveur du pluralisme syndical dans les entreprises par la poursuite des initiatives d'enregistrement et de création de comités légaux de Solidarité.

2) Les actions en faveur de l'autogestion dans l'entreprise par l'adhésion active des membres de Solidarité au travail de ces comités d'autogestion. La création de conseils d'autogestion dans les milieux professionnels.

3) Les actions en faveur de l'autogestion territoriale par la mise au point de programmes régionaux, la création de différentes sortes d'institutions et d'organisations de la société locale.

Le déroulement et les résultats du référendum prouvent que la société polonaise a des chances d'échapper à l'état d'apathie et au sentiment de désespoir qu'elle connaissait à la suite de l'état de siège. Seule l'activité de la société, seules des actions raisonnables et réfléchies permettront l'introduction des profondes réformes indispensables au pays et la suppression de l'opposition d'une partie conservatrice de l'appareil au pouvoir. Nous sommes devant une chance exceptionnelle dont la réalisation exige d'énormes efforts.

Gdansk, le 5 décembre 1987.

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