La question du boycott économique, par exemple, pose divers des travailleurs et de leurs organisations. Cette affirmation ne signifie pas que toute autre bataille démocratique soit inutile.
Mais, tout indique aujourd'hui que la lutte révolutionnaire des certains cercles bourgeois, libéraux ou réformistes n'a rien de définitif et, dans ce contexte, la position des Soviétiques sera déterminante. C'est ce qui vient encore d'être démontré lors de la Conférence internationale réunie à Arusha, en Tanzanie,
Vu les difficultés actuelles du mouvement de masse en Afrique du Sud même, des initiatives diplomatiques peuvent maintenir une certaine pression sur le gouvernement de Prétoria. Mais, là l'hebdomadaire sud-africain Weekly Mail, du 17 décembre 1987 journal démocratique de gauche, généralement bien informé
AFRIQUE DU SUD
La conférence d'Arusha
LA CONSTRUCTION D'UN VASTE mouvement de solidarité militante avec le combat anti-apartheid est loin d'être une tâche aisée.
problèmes pour que l'objectif puisse être mis en pratique
I est de plus en plus évident qu'un soutien solide à cette lutte ne pourra être bâti que sur la mobilisation de la jeunesse,
Noirs sud-africains met en jeu de tels intérêts politiques et stratégiques, que la bonne conscience anti-apartheid de les premiers jours de décembre, à l'initiative du Congrès national africain (ANC).
encore, on constate les difficultés que rencontre ce type d activites, compte tenu des grandes negociations en cours.
Nous publions, sur cette conférence, un article paru dans et sans animosité vis-à-vis de l'ANC.
Weekly Mail
PPELER ET ORGANISER son
A propre congrès international est une étape majeure pour un mouvement de libération nationale, surtout quand des représentants d'Etats font partie des invités.
La conférence convoquée par l'ANC la semaine passée à Arusha, au pied du Kilimandjaro, fut une occasion pour ce mouvement de démontrer son immense prestige international.
Des groupes de solidarité venant de plus de 50 pays allant du Kampuchea aux
Etats-Unis, participèrent à l'événement, décrit par les officiels de l'ANC comme "le parlement du mouvement anti-apartheid mondial".
Peu d'éléments nouveaux
Comme on pouvait le prévoir, la réunion s'est close par un appel à redoubler d'efforts pour imposer des sanctions au gouvernement sud-africain et pour travailler à son isolement diplomatique total. Un programme d'action a été rédigé, contenant des objectifs précis, tels l'arrêt des crédits à Prétoria et le développement des
"sanctions populaires" contre les produits en provenance d'Afrique du Sud.
Peu d'éléments neufs dans ces appels et leur impact doit être relativisé par le fait que la conférence d'Arusha était un rassemblement de gens déjà convaincus et décidés, selon les mots d'un représentant de l'ANC à "donner un nouvel élan au mouvement de solidarité international".
Leur unanimité sur la nécessité de sanctions drastiques contre Prétoria ne résoud pas l'obstacle le plus important que rencontre l'ANC dans son offensive diplomatique : comment briser les liens, entre autres économiques, qu'entretiennent des pays occidentaux comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne de l'Ouest avec Prétoria et qui minent la mise en application des
Sur beaucoup de plans, la conférence fut décevante. Beaucoup des invités les plus importants n'y assistèrent pas et ce, pour diverses raisons.
Le chanteur Stevie Wonder et le candidat aux élections présidentielles Jessie Jackson, comme bien d'autres militants Noirs du mouvement anti-apartheid, demeurèrent aux Etats-Unis pour assister aux funérailles du maire noir de Chicago
Le haut commandement du Umkhonto we Sizwe (bras armé de l'ANC, ndlr) - le Commandant Joe Modise, le chef d'état-major Chris Hani et le commissaire politique Steve Tshwete - n'était pas là, pas plus que le Secrétaire général du Parti communiste Joe Slovo. "Quelqu'un doit garder le fort" expliquèrent les officiels de T'ANC. "Ils sont fatigués des sempiternelles conférences internationales" disaient d'autres.
Le plus clair de la conférence fut consacré à des messages de solidarité sans fin qui, après quelques heures paraissaient totalement identiques.
Beaucoup de gens de l'ANC qui étaient là ressemblaient à un corps diplomatique sans gouvernement, "ambassadeurs" poste au loin, dont la mémoire du "pays" s'estompe dans les longues années d'exil.
Comme initiative diplomatique, la conférence aura au moins permis à l'ANC d'expliquer clairement aux mouvements de solidarité de par le monde, ses perspectives sur la lutte à mener.
La position de l'ANC sur la question des négociations consiste à reconnaître la nécessité de conversations en fin de parcours, mais uniquement si elles portent sur le transfert du pouvoir à la majorité. Avant que ce but ne soit clairement atteint, l'organisation ne renoncera pas ou ne suspendra pas la lutte armée. Des négociations dans un futur proche avec le gouvernement du Parti national sont ainsi écartées, subordonnées qu'elles sont à la lutte internationale, politique et, plus importante, à la lutte armée que mène l'ANC contre Prétoria.
Les objectifs à long terme de l'ANC dépendent ainsi en grande partie de la guerre de guérilla qui, malgré des déclarations d'intensification massive, demeure largement sans effets.
La tiédeur des Soviétiques
Des sources en provenance de l'ANC indiquent qu'un événement "majeur" pourrait se produire dans les mois qui viennent, semblant ainsi confirmer des déclarations de Steve Tshwete, mais les cyniques affirment qu'ils l'ont déjà souvent entendu.
L'ANC perçoit qu'il doit franchir une étape supérieure dans la lutte armée s'il veut pouvoir mettre sur la table des négociations quelque chose de substantiel à discuter. C'est pour cette raison, que des déclarations récentes faites par des spécialistes soviétiques influents et se faisant l'avocat d'une solution politique, sont porteuses d'un danger potentiellement plus grand pour l'ANC qu'un relâchement à l'Ouest de la campagne pour les sanctions.
Ces déclarations furent vigoureusement démenties à la conférence par les membres du comité soviétique de solidarité, l'un d'entre eux suggérant même que les "dissidents", Gleb Starushenko et Victor Goncharov de l'Institut africain de Moscou, devraient être sanctionnés. (1)
1) Gleb Starushenko et Victor Goncharov ont tous deux exprimé dans des articles ou des conférences, des vues qui étaient supposées refléter l'opinion du Kremlin. Ils semblaient favorables à un accord politique minimum entre l'ANC et le pouvoir. Goncharov avançait même l'idée d'un accord entre Moscou et Washington sur cette affaire. Leurs positions ont été publiées dans la presse dé mocratique sud-africaine et abondamment discutées.
Ils déclarèrent que Starushenko et Goncharov exprimaient leurs vues "personnelles" depuis vingt ans, et que l'Ouest leur prêtait maintenant attention parce qu'ils publiaient en Anglais.
Malgré tout, les actions officielles du gouvernement soviétique - et notamment l'action menée en commun avec les EtatsUnis en septembre dernier pour bloquer l'expulsion de l'Afrique du Sud du Commissariat international à l'énergie atomique -ont été critiqué par certains délégués.
L'un des points principaux du programme d'action qui fut adopté par la conférence précise que l'Afrique du Sud doit être expulsée du Commissariat l'an pro-
Le dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev envoya un message de "soutien indéfectible et total à la libération de l'Afrique du Sud", sentiment dont le président du Soviet suprême, Youri Vagris, qui assistait à la conférence, se fit l'écho.
Mais, comparée aux déclarations de Nyerere et du Président de l'ANC, Oliver Tambo, les positions des Soviétiques sur les négociations de l'ANC avec Prétoria, surprirent par leur tiédeur. Vagris déclara qu'une solution politique - que soutient l'Union soviétique - pourrait se matérialiser si Prétorialibérait les prisonniers politiques, supprimait l'é-tat d'urgence, retirait ses troupes des townships et levait le banissement de l'ANC et des autres organisations politiques.
1988
Ce sont les liens persistants de Prétoria avec les pays occidentaux qui occupèrent cependant le plus clair du temps des délégués à la recherche de moyens pratiques pour accroître les sanctions contre l'Afrique du Sud.
C'est contre les dirigeants de ces pays, et notamment le Premier ministre de Grande-Bretagne, Margaret Thatcher, qui a qualifié l'ANC "d'organisation terrorence elle-même ne répondit pas à la question de savoir comment ce but pouvait être atteint.
Cette rencontre fut, malgré tout, une occasion, pour les groupes de solidarité de commencer à planifier ensemble une action conjointe, le boycott de Shell étant l'exemple le plus clair de ce qui pourrait être fait.
Johannesburg 11 décembre 1987