Proche-Orient, celui des deux étapes principales de la mainmise coup : depuis le 9 décembre dernier, se déroule le soulèvement populaire le plus ample - en étendue et en durée - qu'ait connu le territoire de la Palestine depuis la création de l'Etat d'Israël.
Peu importe quelle a été la goutte qui a fait déborder le vase,
MOYEN-ORIENT
Le soulèvement
palestinien
L'ANNEE 1987 était celle d'un double anniversaire au sioniste sur le territoire palestinien : 1947 et 1967 (1). Les Palestiniens ne l'ont pas laissé s'achever sans marquer le il était plein depuis longtemps. Salah JABER
UARANTE ANS se sont écoulés depuis l'adoption par l'ONU, le 29 novembre 1947, de son plan de partition inique, qui donna le signal de la guerre d'annexion par laquelle les bandes armées sionistes s'emparèrent au total, en 1948 de 80% du territoire de la Palestine de l'ex-mandat britannique (le plan de l'ONU leur en accordait 55%). Un territoire dont les Juifs ne possédaient, en 1947, que 6% de la superficie et dont ils ne constituaient que le tiers de la population totale, soit 630 000 habitants sur près de deux millions. Au lendemain de la guerre de fondation de l'Etat d'Israël, en décembre 1949, il n'y avait plus sur les 80% de territoire usurpés que 160 000 Arabes palestiniens contre plus d'un million de Juifs : expulsion massive des Arabes, immigration massive des Juifs au nom de "droits bibliques", tels sont les deux fondements de l'entreprise coloniale sioniste.
1967 : création des "territoires occupés"
En juin 1967, l'usurpation sioniste du territoire palestinien était parachevée avec l'occupation par l'armée israélienne de la Cisjordanie et du secteur de Gaza, auxquels s'ajoutaient le plateau syrien du Golan et le désert égyptien du Sinaï. Parmi ces territoires, seul le Sinaï sera évacué par Israël en 1982. Jérusalem-Est sera officiellement annexée, pour des raisons "bibliques", dès 1967 et le Golan, pour des raisons de "sécurité", en 1981. Le reste de la Cisjordanie, ainsi que le secteur de Gaza, garderont, jusqu'à ce jour, le statut officiel de territoires occupés, et pour cause : contrairement au Golan, dont la très grande majorité de la population (plus de 150 000 avant juin 1967) avait dû fuir pendant la guerre des six jours, sans pouvoir y retourner par la suite, et où les colons juifs sont aujourd'hui plus nombreux que les autochtones, ces territoires restent peuplés d'un nombre d'Arabes dont l'accession à la citoyenneté israélienne, corollaire d'une annexion formelle, bouleverserait profondément la composition ethnique et politique de la société israélienne et serait contradictoire avec l'essence même du sionisme. A terme, la nature même de l'Etat d'Israël en tant qu"Etat juif" serait mise en péril, du fait de la différence entre le taux de croissance de la population juive et celui, bien supérieur, de la population arabe. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le mouvement sioniste accorde une telle importance à l'émigration des Juifs d'URSS, unique source présente d'une candidature massive à l'immigration en Israël et, partant, seul moyen disponible de compenser la natalité relativement faible des Juifs israéliens. Israël manque, non pas de main-d'œuvre, mais de chair à canon.
Au lendemain de la guerre de Juin, l'Etat sioniste se retrouvait déjà avec près de 1 400 000 Arabes sous son contrôle - dont près d'un million en Cisjordanie et à Gaza - contre près de 2 400 000 Juifs.
L'exode palestinien, cette fois-là, bien que massif, n'avait pas été proporimportant qu'en 1948, quand la grande majorité (80%) des Arabes palestiniens avait fui les territoires usurpés. Même si depuis 1967, et de façon croissante, la majorité de l'ensemble des Palestiniens réside en dehors des frontières de la Palestine de l'ex-mandat britannique - contre un quart seulement au début des années cinquante et près de 35% à la veille de la guerre de Juin - il reste que c'est moins du tiers des résidents de la Cisjordanie et de Gaza qui fuit ces territoires en 1967. La raison n'en était pas que l'invasion de 1967 avait été plus "douce" que la précédente, encore qu'elle ne donna pas lieu à des massacres collectifs délibérés tels que celui perpétré par les terroristes sionistes de l'Irgoun, à Deir Yassine, en 1948. La moindre proportion de l'exode de 1967 était due à plusieurs raisons combinées : pour deux-tiers, l'exode de 1948 s'était effectué d'une partie du territoire palestinien vers une autre ; ce n'était plus possible en 1967, l'ensemble de la Palestine étant alors occupé. Ensuite, majorité des réfugiés de 1948 avait cru quitter temporairement son lieu de résidence ; la leçon était claire en 1967. Le fait que les Arabes restés sous domination israélienne en 1948 n'avaient pas été massacrés, bien que brimés, également un facteur important. Enfin, la misère dans laquelle vivaient les réfugiés de 1948 ne pouvait qu'inciter les autochtones de Cisjordanie et de Gaza à se cramponner à leurs habitations et à leurs moyens d'existence. Ce sont d'ailleurs les réfugiés de 1948 qui fourniront le gros des réfugiés de 1967, ceux qui ne laissaient rien d'enviable derrière eux, deux fois déplacés, deux fois réfugiés.
Une bombe à retardement
En conséquence, l'Etat sioniste, en s'emparant des 20% restants du territoire de la Palestine, prenait sous son contrôle près de 40% des Palestiniens, s'ajoutant à ceux qui étaient déjà sous sa juridiction. C'était la faille principale du projet expansionniste sioniste, une véritable bombe à retardement que les gouvernements successifs d'Israël ne réussiront pas à désarmorcer, et dont la puissance explosive augmente avec le temps. Aujourd'hui, selon les chiffres israéliens, 2 125 000 Arabes vivent sous juridiction sioniste (dont les deux-tiers en Cisjordanie et à Gaza), contre 3 590 000 Juifs, soit un rapport de 37/63. Les projections
1) Voir l'éditorial d'Inprecor 244 du 8 juin 1987.
Liban Liban Syrie
Haita
Nazareth
Tel
Avivo
Jerusalem
Gaza
Beersheb PALESTINE AVANT REPA 1947 de
Egypte Trans- Egypte
Jordanie des Israéliens eux-mêmes prévoient, au rythme de croissance actuel, que ce rap port sera de 45/55 en l'an 2 000, c'est-àdire dans douze ans !
C'est dire toute l'inquiétude des sionistes "éclairés" (épithète plus appropriée que celle de "modérés"). Il n'est qu'à entendre leur chef de file, le travailliste Pérès, s'écrier avec des frissons dans le dos, le 30 décembre dernier, que "dans douze ans, les Arabes de Gaza seront un million et la densité démographique y sera plus forte qu'à Hong-Kong", et se lamenter sur le fait qu'aujourd'hui, "sur cent enfants qui naissent entre le Jourdain et la Méditerranée, cinquante sont arabes et cinquante sont juifs, et personne n'arrêtera ce phénomène"
Tel est le dilemme fondamental du sionisme : la contradiction entre ses ambitions territoriales expansionnistes et son projet raciste d'Etat "juif". Celui-ci est, bien sûr, le principe majeur "préserver le caractère juif d'Israël" comme dit Pérès, est le souci prioritaire commun de tous les sionistes. Comment donc concilier ce souci avec les données démographiques exposées ci-dessus C'est un débat vieux de vingt ans en Israël. Quatre réponses différentes à cette question peuvent être discernées parmi les sionistes.
Les difficultés d'une solution
"apartheid"
Il y a d'abord celle des extrémistes les plus imbéciles ou les plus francs, tels le rabin fasciste Meir Kahane, chef du parti Kach, qui se bat pour un Israël "Arabenrein" (comme les nazis voulaient une Allemagne "Judenrein" "sans Juifs") et qui, faute de pouvoir expulser les Arabes manu militari, offre visa, billet d'avion et aide financière à tout candidat arabe au départ. Ou encore ce général qui, il y a quelques mois, rendait le terme "transfert" célèbre en Israël, en propo-
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1947 Zones arabes Egypto Zones Territoire juives occupés sant la déportation massive des Palestiniens hors du "Grand Israël".
Il y a ensuite ceux qui, tout en proclamant leur attachement indéfectible au même "Grand Israël", et en particulier à la Judée et à la Samarie (noms bibliques des contrées de Cisjordanie), sont conscients du fait que le "transfert" est aujourd'hui impraticable. Ils savent que l'extrême dépendance d'Israël envers les Etats-Unis rend une expulsion massive des Palestiniens de leurs territoires tout à fait impossible dans les circonstances actuelles (2). Mais ils préfèrent néanmoins conserver lesdits territoires, quitte à maintenir indéfiniment l'apartheid qui a pris forme, depuis plusieurs années, sous l'égide des sionistes. C'est l'avis de la droite et d'une partie de l'extrême-droite sionistes qu'exprimait récemment la dirigeante du parti Tehiya, Guéoula Cohen. dans une interview à l'hebdomadaire américain Newsweek (du 31 août 1987) : "Je préfère garder le million et quelques d'Arabes ici, où ils sont sous notre contrôle, en dépit de tous les problèmes. A présent, l'idée d'un transfert massif de population me semble impossible, bien que non immorale. C'est l'idée la plus morale du monde".
Cependant, ce "réalisme" de la droite sioniste laisse entier le dilemme décrit ci-dessus. Elle ne saurait arguer du fait qu'au pays d'origine de l'apartheid, 5 millions de Blancs contrôlent six fois plus de Noirs. La puissance de l'environnement arabe d'Israël et l'étroitesse du territoire palestinien sont des éléments majeurs de la différence qualitative avec l'Afrique du Sud. C'est pourquoi, de fait, la droite sioniste envisage de juguler le péril démographique par l'expulsion 'rampante" d'une masse importante de Palestiniens, même si elle ne l'avoue pas toujours ouvertement. Déjà au 30ème congrès du mouvement sioniste, en décembre 1982, Menahem Begin rétorquait à l'argument démographique de Pérès en déclarant que les statisticiens s'étaient souvent trompés dans leurs prévisions en ne tenant pas compte de l'émigration croissante des Palestiniens ! L'aggravation, ces dernières années, de la répression, des brimades et des provocations à l'égard des Palestiniens des territoires occupés en 1967, ont précisément pour objectif de les inciter au départ "volontaire".
Les sionistes éclairés considèrent, quant à eux, qu'il s'agit là d'une option aussi bien illusoire qu'impossible, tout autant que le "transfert" pur et simple. IIlusoire, parce que rien n'indique que l'émigration des Palestiniens de leurs territoires soit en voie de compenser leur natalité. Bien au contraire, la fermeture des débouchés traditionnels de leur émigration - notamment les pays pétroliers du Golfe arabo-persique frappés par la chute brutale de leur pouvoir d'achat -, de même que la fermeté de leur résolution politique et le spectacle des malheurs subis par les réfugiés au Liban, dernier pays où ils jouissaient d'une certaine autonomie, sont autant de facteurs qui concourent à enraciner solidement les Palestiniens dans le sol de leur patrie. Ils ne la quitteront massivement que s'ils sont délogés par la force, de telle sorte que leur départ ne pourrait apparaître comme "volontaire". L'impossibilité du "transfert" se retrouve ici : lorsque Pérès, avec son air de faux jeton, explique qu'Israël ne saurait perdre son âme "démocratique" (sic), il veut dire par là qu'une telle détérioration de son image de marque risquerait d'être fatale pour l'Etat sioniste au regard de sa dépendance extérieure, aussi bien envers son tuteur américain qu'envers la "diaspora".
Les propositions de Pérès Pérès propose donc, tout bonnement, de garder le contrôle des territoires, tout en confiant aux Jordaniens le soin d'en contrôler la population ! Selon le plan travailliste, élaboré par Ygal Allon dans les années soixante-dix, Israël maintiendrait en Cisjordanie, où près de 55 000 Israéliens se sont établis jusqu'à présent, un cordon de colonies stratégiques et de bases militaires, notamment le long de la vallée du Jourdain considérée comme frontière de "sécurité" intangible de l'Etat sioniste. L'armée israélienne se retirerait des zones de peuplement arabe dense du territoire, tout en se réservant le droit de contrôler leur démilitarisation. L'administration civile et le maintien de l'ordre policier seraient confiés au roi Hussein, dans le cadre d'un règlement résultant
2) Rien que la décision de bannir neuf "meneurs" palestiniens a valu à Israël une forte réprobation (ainsi qu'un vote contre à l'ONU) de la part de son tuteur américain, soucieux de calmer le jeu au Moyen-Orient. Une déportation massive des Palestiniens aurait pour conséquence immédiate d'embraser l'ensemble de la région - c'est-à-dire une véritable catastrophe pour Washington. Signalons, par ailleurs, que la condamnation internationale du bannissement des neuf, alors qu'il s'agit d'une pratique ancienne et presque constante des gouvernements israéliens, montre à quel point les droits ne simposent que par la lutte. Jamais les droits des Palestiniens n'ont été aussi évidents aux yeux du monde entier, que depuis le soulèvement en
d'une "conférence internationale" qui, dans l'esprit de Pérès, serait une sorte de Camp David bis, avec la Jordanie cette fois-ci.
Devant les réticences de l'opinion publique israélienne face au plan de son parti, et la surenchère sioniste du Likoud au sujet de la "Judée-Samarie", Pérès a récemment choisi de scinder le problème en centrant sa campagne sur le sort de Gaza. Il lui semble plus facile de gagner une majorité sur la question de ce dernier territoire, et ce pour plusieurs raisons : il n'est pas l'objet du même attachement "biblique" sioniste que la Cisjordanie ; il s'agit d'un territoire exigu (360 km2) qui, de surcroît, est fortement peuplé (600 000 habitants) avec une solide réputation d'indocilité ; moins de 2 000 Israéliens y sont établis ; enfin, et surtout, au delà de Gaza court cette immense zone tampon qu'est le Sinaï, restitué à l'Egypte à condition d'être démilitarisé sous contrôle américain. Dès le début de décembre dernier, avant même que ne se déploie le soulèvement palestinien cours dont Gaza est le bastion principal, Pérès avait entamé sa campagne sur le sort de ce territoire. Il est revenu à la charge, fin décembre, dès que la révolte palestinienne semblait s'être calmée. Ses propositions pour Gaza sont identiques à celles concernant la Cisjordanie, à la différence près qu'il n'y est pas prévu de rôle pour les colonies dont l'effectif actuel est négligeable.
L'impasse des conférences internationale
"Pérès propose la création d'un bantoustan", a protesté ingénument Yasser Arafat, le chef de l'OLP et de sa fraction droitière hégémonique. Comme s'il pouvait s'attendre que d'une conférence internationale pour un "règlement" négocié de la question palestinienne, dans l'optique jordano-palestinienne - c'est-à-dire dans le cadre du programme adopté officiellement par l'OLP depuis 1983, et reconfirmé l'année dernière -, il puisse sortir autre chose. Comme s'il n'était pas évident que, "outre le caractère tout à fait illusoire d'une prétention à l'indépendance dans un mini-Etat entièrement pris dans l'étau israélien, avec le dos à la Jordanie d'un côté (Cisjordanie), et à la mer et au désert de l'autre (Gaza), avec Israël interposé entre les deux composantes - il est strictement impossible que cet objectif soit atteint par un retrait consenti(négocié) de l'armée israélienne des territoires occupés en 1967. Dans l'hypothèse la plus "optimiste", l'Etat sioniste consentirait à un retrait très partiel de la Cisjordanie - dont il s'est déjà "approprié" près de la moitié des terres - et de Gaza, assorti de conditions draconiennes qui feraient de ces territoires rien de plus que des bantoustans, et cela, au prix d'une capitulation politique totale des Etats arabes, à la Saaucune autodétermination partielle - en Cisjordanie et à Gaza - des Palestiniens ne saurait être réelle, à moins d'un retrait israélien inconditionnel de ces territoires. Or, une telle issue ne résultera jamais d'une conférence internationale dans le cadre des rapports de force actuels. Il faudrait pour y parvenir la combinaison d'une pression insupportable des Palestiniens sur les forces d'occupation, d'un soutien arabe ferme à leur lutte, d'une forte pression internationale sur le gouvernement sioniste et d'un puissant mouvement favorable au retrait inconditionnel en Israël même. Si, aujourd'hui, les partisans, anti-sionistes et "colombes" sionistes, d'une telle issue sont très minoritaires parmi les Juifs israéliens - seuls deux mille manifestants avaient répondu à l'appel du mouvement "La paix maintenant" ", le 26 décembre dernier - la concrétisation des trois autres conditions citées ci-dessus ne pourrait que renforcer leurs arguments. Il faudrait pour cela que réponde à la détermination manifestée par les masses palestiniennes révoltées une direction non moins déterminée, rejettant les divers projets de conférence internationale devant décider du sort des Palestiniens, que ces projets soient américain ou soviétique, arabe ou israélien ; une direction qui revendique sans ambages le retrait total et inconditionnel de l'armée sioniste des territoires occupés en 1967. Il faudrait également que soit levée l'hypothèque jordanienne qui pèse sur les Palestiniens, afin que leur autodétermination partielle puisse être réelle, notamment en Cisjordanie. Ceci ne signifie pas seulement qu'il faudrait balayer les propositions soumettant le sort des Palestiniens à la tutelle du roi Hussein, y compris la fameuse "confédération". (C'est d'ailleurs la volonté de ne pas rompre les ponts définitivement avec ce dernier qui explique la grande réticence d'Arafat à proclamer le "gouvernement palestinien en exil" dont il a été beaucoup question récemment). Cela signifie également qu'il faudrait compléter la lutte des Palestiniens de Palestine par celle des Palestiniens de Jordanie, où ils sont largement majoritaires, lutte combinée avec celle des forces progressistes et des masses travailleuses jordaniennes, pour un renversement de la monarchie hachémite, qui n'a pas moins de sang palestinien sur les mains que ses compères sionistes.
L'expansion du courant intégriste
Le soulèvement en cours des Palestiniens en Palestine même crée les conditions objectives de l'émergence d'une direction radicale, précisément dans la mesure où, comme tout le monde s'accorde pour le reconnaître, le mouvement est largement spontané. En fait, devant l'impasse durable à laquelle ont abouti les capitulations successives de la direction de l'OLP et le discrédit politique général des autres fractions de la Résistance palestinienne à l'extérieur, le phénomène marquant des dernières années a été le développement des expressions spontanées de la lutte palestinienne. Elles constituent la grande majorité 3 150 "incidents violents" pierre à l'attaque armée) quasi quotidiens recensés, entre avril 1986 et mai 1987, par le sociologue israélien Meron Benvenisti. Même si, faute d'une alternative crédible, les masses palestiniennes continuent à soutenir en majorité la direction de l'OLP, leur nouvelle génération est d'ores et déjà radicalisée par l'expérience du soulèvement en cours. Il reste à espérer qu'une direction de gauche pourra émerger de cette radicalisation, faute de quoi le risque est grand que ce soit le courant intégriste islamique qui en profite seul. Celui-ci est déjà en forte expansion parmi les Palestiniens, et notamment à Gaza. Or, ce serait là un départ vers une nouvelle impasse, encore plus tragique et plus néfaste que celle sur laquelle a débouché la politique de la direction de l'OLP.
Rappelons enfin que, par delà les autodéterminations partielles dont il a été question, l'autodétermination véritable du peuple palestinien dans son ensemble passe inévitablement par la destruction de l'Etat sioniste et l'abolition de toute discrimination et de toute restriction à l'installation et au déplacement des Palestiniens sur le territoire de leur patrie historique. Après tout, pour ne donner qu'un exemple, 60% des habitants de Gaza sont des réfugiés... de 1948 ! Cette dernière perspective est inconcevable en dehors d'une solution prolétarienne internationaliste, dont les conditions sont encore loin d'être réunies à l'échelle régionale et locale. La tâche de ceux qui luttent pour cette solution n'en est que plus considérable. Puissent-ils trouver dans le soulèvement palestinien un puissant catalyseur de leur action. 7 janvier 1988 3) Rapport approuvé par le SU publié dans Quatrième Internationale, numéro 21, septem bre 1986.