encouragé par les indications selon lesquelles Prétoria répondrait favorablement à des initiatives privées et régionales, le grand capital - y compris les représentants de la Chambre fédérale d'Industrie, l'Institut des Banquiers et l'Anglo-American - s'est engagé dans l'ouverture politique que créerait le KwaNatal" (6).
Cette politique a été payante, puisqu'à
1985, le gouvernement va se montrer plus favorable à l'expérience en cours au Natal. Botha n'adhère pas forcément totalement à l'option du KwaNatal, d'autant que son parti, le PN, demeure divisé et que l'aile la plus favorable à l'option régionale a largement pris le train du
Le jeu de Botha a donc consisté à se rapprocher de cette option tout en conservant pour l'exécutif central des prérogatives conformes aux intérêts du Parti national : en juillet 1987 les Conseils régionaux de services (RSC) ont été mis en place. Le 11 août 1987 a été créée l'Autorité exécutive commune (Joint Executive Authority) du KwaZulu-Natal, qui a pris officiellement ses fonctions en novembre 1987. Elle comprend 10 représentants (3 Blancs, 2 Indiens pour le Natal et 5 Noirs pour le KwaZulu). Le gouvernement laisse par ailleurs entendre qu'il envisagerait une structure similaire pour le Transvaal.
La mise en place d'une solution de ce type implique en tout cas une stabilité politique pour que les différents participants disposent d'une assise et d'une autorité suffisantes. C'est précisément cela qui pose problème à Inkatha et à Buthelezi.
Comment jouer ce rôle s'il est contesté au sein même des zones qu'il est censé administrer, s'il n'empêche pas le développement des forces anti-apartheid radicales ? Pour y parvenir, Buthelezi est prêt à en passer par un bain de sang pour tenter d'écraser ses opposants. Il le démontre en ce moment même au Natal.
Décembre 1987.
6) Daryl Glaser, op. Cit.
Les
spécificites
du
KwaZulu
Nathan PALMER
ONTRAIREMENT à d'autres régions comme le Reef, où la population ne vit pas, et parfois n'a même jamais vu le bantoustan auquel elle se trouve rattachée, la quasi-totalité de la population noire du Natal vit sur les différentes parcelles du bantoustan. Le KwaZulu, le plus peuplé des bantoustans, est aussi, avec le Ciskei, celui qui a la population la plus urbanisée.
il reflète la tendance à l'urbanisation croissante de la population classée comme "africaine" (dont l'effectif total atteint aujourd'hui 26 millions). Les experts au Plan du gouvernement estiment que 10à 15 millions d"Africains" vont s'urbaniser d'ici l'an 2000. (1)
Les principaux foyers d'urbanisation du KwaZulu se trouvent au voisinage des zones blanches et des concentrations industrielles : Durban-Pinetown-Hammarsdale et, dans le nord, Empangani et Richards Bay.
La question des investissements
A l'époque où Verwoerd était ministre des Affaires indigènes, la doctrine était de ne pas autoriser d'investissements, blancs évidemment, directement dans les bantoustans. La préférence a été donnée au développement des concentrations industrielles en zone blanche, proches des "frontiè-res" des homelands noirs.
Ce n'est qu'à partir de 1969 que le gouvernement a autorisé les investissements directs en zone noire. Mais les programmes de transfert d'entreprises sont restés triel des bantoustans.
Certaines entreprises ont commencé à s'implanter au KwaZulu, Bata shoes a transféré l'une de ses entreprises de la zone industrielle de Pinetown à Loskop. Intérêt de l'opération : des salaires inférieurs de 2à 3 fois en moyenne à ceux pratiqués en zone blanche. L'entreprise de meubles B&S Furnitures a déménagé son usine de Krugersdorp à Ezakheni pour les mêmes motifs.
En 1984 le KwaZulu Development Council (Conseil de développement du KwaZulu) avait accepté 28 projets d'implantation dans le bantoustan pour un total de 12,9 millions de rands. Douze émanaient d'Israël, 5 des Etats-Unis, 9 d'Extrême-Orient et 2 d'Europe.
La politique des autorités du bantoustan a toujours été d'attirer les investissements étrangers tout en permettant le développement des activités de petites en-
Contrairement à la plupart des autres bantoustans, le KwaZulu possède un réel potentiel agricole, mais comme dans les l'agriculture avant tout une agriculture de subsistance
Cela tient à la fois à la surface cultivable et à la productivité des sols. Depuis 1913 et le premier Land Act, loi foncière, les "Africains" ne peuvent accéder à la propriété terrienne et les terres les fertiles ont, bien sûr, été décrétées "zone
La structure foncière en Afrique du Sud a été modelée politiquement par des caractères propres, liés aux particularités du développement capitaliste dans ce pays, dans les conditions de l'apartheid.
Les autorités blanches ont ainsi joué également sur les structures traditionnelles comme moyen de contrôle supplémentaire de l'accès à la terre. La terre au KwaZulu et dans d'autres bantoustans est détenue selon le système ancestral.
Des structures ancestrales
Ainsi ce ne sont pas les règles du marché qui régissent l'appropriation rienne. Celle-ci se fait par héritage ou attribution par les chefferies, sur les con-
"avisés" des autorités blanches. Il n'existe pas de libre marché de la terre. Les "Africains" ne sont pas libres de vendre ou d'acheter de la terre, y compris dans les bantoustans et bien entendu il n'existe pas, pour la population noire, de marché du capital disponible sous forme de prêts
L'agriculture reste largement féminine. "Pour la plupart des hommes, les gains d'un travail à plein-temps dans l'agriculture ne sont pas comparables à ceux obtenus dans d'autres activités. (...) Tant que les lois sur les mouvements de population empêchent les femmes de venir habiter là où leur mari travaille, la plus grande part de la petite agriculture restera entre leurs mains." (2)
Les besoins de l'agriculture peuvent cependant amener le développement de certaines cultures dans les bantoustans. C'est le cas du sucre. Le long de l'Océan indien, "la côte du Natal est une terre de premier choix pour la canne à sucre ainsi que des portions du KwaZulu. La terre encore disponible pour une extension de la canne à sucre, pourrait devenir très pro ductive. (...) Un système de quota est en place dans la République (sud-africaine) et le KwaZulu a reçu une part à cultiver. Elle est divisée sur avis des 'agents d'extension' qui sont blancs" (3).
1) Herman Giliomee, "The Changing political func tion of the homelands", dans Up against the fences, David Philip, 1985
2) Butler, Rotberg & Adams, op, Cit
3) Idem.