Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MALAISIE

Protestations contre le coup de force policier

· Inprecor n° 257, 18 janvier 1988 · p. 8-9 · 1 986 mots

Philippines et Asie du Sud-Est Écologie

pouvoir populaire". Dans chaque village, existe un comité local qui fonctionne comme une direction collective composée d'au moins 2 ou 3 personnes, élus chaque année par l'assemblée générale du village. Ces comités doivent superviser tous les secteurs : production, défense, éducation, santé, loisirs (même par exemple, organiser les matchs de foot dont les Indiens sont friands), le culte (pour tout l'Ixcan, il n'y a pour le moment que 2 prêtres catholiques qui ne sont pas Indiens).

Mais les décisions importantes sont prises par l'assemblée du village qui se réunit en moyenne une fois par semaine. C'est elle, par exemple, qui décide de la date des semailles et qui discute des problèmes qui peuvent se poser avec l'alphabétisateur.

Il existe un projet de lois et règlements des communautés en résistance de l'Ixcan. Ce projet est soumis à la discussion dans tous les villages. Chaque village se réunit 3 ou 4 fois, afin de voir s'il y a lieu de formuler des amendements.

nous étions là, ce projet commençait à circuler. Il devait être adopté dans sa forme définitive en 1987. L'instance suprême, populaire régionale, est constituée de délégations larges, désignées par les communautés (6 à 8 personnes par village) et se réunit au moins une fois par an, généralement deux fois (toujours en décembre et normalement en avril). L'assemblée adopte notamment un plan économique qui, par exemple, sur la base du nombre d'habitants, prévoit la quantité de terres à ensemencer. L'assemblée populaire procède à l'élection de 7 personnes qui forment sonnes, il y a deux femmes : c'est le résultat d'un acte volontariste de l'assemblée populaire qui veut promouvoir le rôle de la femme. Il est important de le souligner car aucune femme ne fait partie d'un comité de

Quand les gens parlent de la guérilla, ils disent "nos garçons". Les guérilleros ne sont pas des étrangers, ce sont généralement des membres de la famille, leurs filles, leurs fils, leurs compagnons. D'ailleurs dans les communautés en résistance, on ne voit pas de jeunes de 17, 18 ans. Ils sont dans la guérilla. Quand la situation le ces jeunes viennent rendre visite

De même, les guérilleros viennent tenir des meetings, donner des informations sur la situation des autres villages, des villages sous contrôle du gouvernement et dans les pays d'accueil comme le Mexique. La radio Voz Popular joue un rôle important pour la guérilla. Les premières émissions ont débuté en mai 1987, elles sont pour l'instant hebdomadaires.

Toute la communauté se réunit pour écouter les nouvelles, bien qu'on manque de postes récepteurs. Avant l'existence de Voz popular, les gens pouvaient capter Radio Venceremos du FMLN salvadorien et Radio Habana de Cuba.

Décembre 1987.

MALAISIE

Protestations

contre le coup de

force policier

ENTRE LE 26 OCTOBRE et le 7 novembre, la branche spéciale de la police malaise a arrêté 106 personnes en vertu de la loi sur la sécurité intérieure. Cette vague de répression a entraîne des critiques et des protestations croissantes, dans le pays même et internationalement. Barbara WENTWORTH

E PREMIER MINISTRE, Mahathir Mohamad a justifié les détentions d'hommes politiques et de dirigeants d'organisations soprévenir des émeutes quelques semaines seulement après le début de la plus grande vague policière qu'ait connue l'histoire de la Malaisie, ce prétexte était réduit en miettes.

La plupart des observateurs politiques, et les Malaisiens eux-mêmes interprètent aujourd'hui cette répression comme une tentative désespérée du Premier ministre pour sauver sa propre carrière politique en faisant taire toutes les critiques contre sa politique, sa personnalité et sa position.

novembre 106 étaient détenues, au total, sans procès et sans contact avec un avocat, gardées dans des petites cellules sans éclairage correct ni ventilation, et dans l'isolement complet. Beaucoup d'entre elles n'ont pas été autorisées à voir leur famille ou leurs amis. On ne connaît même pas le lieu de détention de la majorité de ces prisonniers. Continuellement interrogés par la police spéciale et maintenus dans l'isolement, sans pouvoir parler à quiconque, ces détenus politiques subissent une formidable pression physique, et surtout psychologique.

Dirigeants et militants détenus

Le 24 novembre, une pétition pour l'application de l'habeas corpus, signée par sept des détenus a été rejetée et leurs conditions de détention, comme celle des autres prisonniers, sont restées aussi mauvaises. La liste des détenus montre que les hommes politiques (dont plusieurs députés au Parlement et à l'assemblée d'Etat) sont les plus nombreux mais qu'une large proportion sont des dirigeants ou des membres actifs d'organisations sociales bénévoles engagées dans un travail au niveau des communautés, des droits civils, des comités de consommateurs et de défense de l'environnement, des droits des travailleurs et de la recherche socio-économique.

Parmi les gens arrêtés et détenus on trouve des figures bien connues des principaux partis politiques, y compris quelques membres de la coalition au pouvoir, le Front national Parmi les détenus il y a trois dirigeants centraux de l'aile jeune de l'Organisation nationale Malaisienne unie (UMNO), composante dominante du Front national, huit dirigeants importants de l'Association chinoise de malaisie et cinq membres du parti Gerakan Rakyat Malaysia, à composante chinoise, tous faisant partie du Front national.

C'est cependant l'opposition qui est le plus rudement frappée par ces arrestations. Vingt six dirigeants et membres des partis d'opposition, y compris Lim Kit Siang, secrétaire général du Parti d'action démocratique (principalement composé de Chinois), ainsi que 15 de ses collègues de parti et 9 membres du Parti islamique de Malaisie ont été parmi les premières victimes de cette vague de répression. Lim Kit Siang vient d'être condamné à 2 ans de détention sans procès, en vertu de l'Acte sur la sécurité inté-

De plus, il semble que les directions des organisations non-gouvernementales nationales ont également été emprisonnées. La plupart d'entre elles sont de petits groupes qui mènent des recherches ou tiennent des séminaires et fournissent des services collectifs pour les communautés pauvres ou les ouvriers.

Parmi les groupes dont certains membres ont été arrêtés on trouve Aliran, mouvement de réforme sociale qui s'occupe de problèmes de droits civiques et de droits de l'Homme; Sahabat Alam Malaysia (Frères de la terre), groupe important d'écologistes du tiers-monde qui aide les communautés affectées par les problèmes écologiques ; l'Institut d'analyse sociale (Insan), groupe d'universitaires qui publie des livres sur des sujets sociaux et économiques ; l'Association des consommateurs de Penang, largement reconnue comme la plus importante et la plus active organisation de consommateurs du

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tiers-monde; la Confédération des syndicats de Malai - sie, principale organe de rassemblement des syndicats ouvriers du pays ; le Syndicat d'équipement du transport; la Société de protection de l'environnement ; et plusieurs groupes associés aux églises catholiques et protestantes.

Le prétexte des "tensions raciales"

Les membres de ces groupes ont découvert que c'est sous le prétexte incroyable de l'augmentation des tensions raciales que leurs diriont été victimes de geants ces raffles. En effet, les perarrêtées défendent sonnes toutes l'harmonie multiraciale dont elles pensent qu'elle ne pourra être obtenue qu'en aidant les communautés à résoudre leurs problèmes fondamentaux, indépendamment de leur origine ethnique. D'autres détenus sont des dirigeants d'organisations ou de mouvements populaires très enracinés, comme le Perak Anti-

Radioactive Committee qui proteste contre les opérations menées par une compagnie japonaise de produits radio-actifs.

Pour serrer la vis encore davantage aux opposants, les journaux les plus intéressants du pays, The Star (en anglais)

et Watan (en malais), ont été interdits.

Les autres journaux importants sont pour la plupart aux mains de l'UMNO et ont été avertis de ne publier aucune informaanalyse critiquant les arrestations. Et en fait, aujourd'hui les journaux ne publient que très peu d'informations concernant les applications de la loi de sécurité ou sur le destin des prisonniers politiques. La liberté de réunion a été suspendue en même temps qu'était interdit tout rassemblement public. Les sessions parlementaires où des discours critiques ont été faits par les députés des partis d'opposition, comme par ceux du parti du Premier ministre, sont censurés.

Les députés doivent faire des photocopies des comptes-rendus de ces sessions pour circulation privée.

Les observateurs indépendants considèrent de plus en plus ces opérations de police contre des opposants politiques et des dirigeants d'organisations sociales ainsi que l'interdiction des journaux critiques et des réunions publiques comme le moyen trouvé par Mahathir pour faire taire les critiques portées contre lui et ses collaborateurs politiques.

La corruption

Au cours des derniers mois la crédibilité et l'autorité du ont été mises en cause par des révélations et des accusations de corruption et

Le Premier ministre, Mohamad Mahatir (DR) d'abus de pouvoir suscitées par les bénéfices financiers faits l'UMNO et par des politiciens tels que le ministre des Finances Daim Zainnudin, et des hommes d'affaires proche de lui.

La répression est aussi considérée comme une façon de réduire au silence et de paralyser les critiques subies par le Premier ministre au sein de son propre parti, qui a même failli le démettre de son poste lors des élections internes d'avril 1987.

Le spectre de 1969

Pour justifier une répression de cette ampleur, Mahathir a dépeint le tableau de tensions raciales extrêmes, entre Malais et non-Malais en particulier. Il a également brandi le spectre du conflit racial violent et sanglant de mai 1969 pour justifier les arrestations et détentions des opposants politiques et des dissidents, expliquant qu'elles sont "absolument nécessaires" pour empêcher l'explosion d'émeutes.

Il y a eu une tension sous-jacente parmi les ressortissants des différents groupes ethniques, surtout dans les dernières semaines, mais la plus grande part en a été engendrée par la politique gouvernementale et par les querelles entre les partis politiques organisés sur des bases raciales au sein de la coalition du Front national.

Ces derniers mois, Mahathir a délibérément autorisé, et même nourri, les tensions raciales pour écarter l'attention d'autres problèmes pressants, économiques et sociaux, comme le chômage et la stagnation économique.

ministre a promis de maintenir le système de démocratie parlementaire, tout en expliquant que la période du libéralisme était terminée.

En fait, le récent mouvement de répression et les autres actions gouvernementales qui y sont associées ont substantiellement balayé la plupart des institutions vitales de la démocratie.

Comme un Etat policier

La Malaisie ressemble aujourd'hui à un Etat policier. Les

106 détenus ont été arrêtés en vertu de la Section 73-1 de la loi sur la sécurité intérieure qui autorise la police à détenir n'importe qui pour une période allant jusqu'à 60 jours.

A la fin de cette période, le ministère de l'Intérieur peut décider de signer un ordre de maintien en détention pour deux ans, ou un ordre de relaxe. La période initiale de deux ans peut être renouvelée, certaines personnes sont restées en prison sans jugement pendant 15 ans.

Dans cette atmosphère étouffante d'extrême tension et de peur, il est très difficile de protester contre les arrestations. La crainte existe que quiconque émet des critiques à sera à son tour arrêté. Et de fait, plusieurs personnes qui s'apprêtaient à défendre quelques-uns des prisonniers ont été arrêtées quelques heures plus tard.

Mais, malgré ces difficultés, plusieurs personnes et plusieurs groupes ont protesté publiquement contre ces détentions.

La critique la plus influente est venue du premier Premier ministre de Malaisie et

"père de l'indépendance",

", Tunku Abdul

Rahman, qui a déclaré : "C'est antidémocratique et je déplore l'attitude du

Premier ministre...C'est mauvais pour l'avenir du pays. Il est difficile de savoir ce que sera cet avenir. Je ne vois pas comment la démocratie parlementaire pourrait être maintenue."

Le barreau, dont sont membres tous les avocats du pays, a également fait une déclaration caractérisant les arrestations comme "un problème extrêmement sérieux".

Un regroupement de 14 organisations sociales de Kuala Lumpur a été formé pour fournir aide et assistance aux détenus et à leurs familles. Il a lancé une pétition appelant le gouvernement soit à faire passer en jugement, soit à relâcher immédiatement ceux qu'il détient. Il s'inscrit en faux contre le raisonnement du gouvernement selon lequel les arrestations étaient nécessaires pour prévenir des émeutes raciales. Un groupe de soutien semblable a été mis sur pied par 8 organisations à Penang

Décembre 1987

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