Inprecor 1974–2004

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MOYEN-ORIENT

Le Litani coule aussi à Tel-Aviv

· Inprecor n° 26, 14 avril 1978 · p. 3-9 · 5 060 mots

Palestine et Israël Liban États-Unis

On connait la fameuse déclaration du général israélien Abraham Yofé il y a quelques années : «Nous regardons la question arabe à travers le viseur d'un fusil».

Ayant expulsé les Palestiniens de leur patrie et établi un Etat juif en 1948, le régime sioniste considère la question palestinienne comme un fâcheux problème diplomatique auquel son délégué à l'ONU doit faire face chaque fois qu'un Etat arabe soulève la question des réfugiés. Confrontés à la lutte armée et à la lutte politique du mouvement national palestinien depuis 1965, l'Etat d'Israël est déterminé à donner à ce problème, qui est devenu une question internationale, une solution radicale à coups de fusil. C'est cette solution finale qu'Israël pensait mener à bien avec «l'opération nettoyage» dans le sud du Liban.

Soutenue par l'aviation et la marine, une armée de 30 000 soldats devait porter un coup mortel à la résistance palestinienne. A l'origine, le plan était d'envahir le sud du Liban, de détruire la résistance palestinienne au cours d'une «guerre éclair» et de «créer une ceinture de sécurité» de 10 km de profondeur, contrôlée par les sionistes par l'intermédiaire de leurs alliés phalangistes. Israël estimait que les forces syriennes respecteraient l'accord tacite qui existe entre les deux pays et ne franchirait pas la «ligne rouge». Effectivement, la Syrie ne vou-

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Le Litani coule aussi à Tel-Aviv

La sous-estimation de la détermination et des capacités du mouvement palestinien à combattre l'armée sioniste a ruiné les plans des dirigeants de Tel-Aviv qui comptaient sur une guerre-éclair lait pas affronter l'armée israélienne, et cette attitude fut celle de tous les régimes arabes.

Cependant, les forces sionistes n'ont pas atteint leur objectif, pour deux raisons :

1) Les combattants palestiniens opposèrent une forte résistance;

2) les forces palestiniennes reculèrent vers le nord, mais continuèrent le combat.

Conscient de cet échec, le gouvernement de Tel Aviv décida de faire progresser ses forces jusqu'au fleuve

Litani, pour qu'elles mènent à bien leur mission dans cet espace territorial.

Mais cette seconde étape de l'opération échoua également, pour les mêmes raisons que la première et malgré ses lourdes pertes, la résistance palestinienne conserva sa capacité de combattre.

LE PLAN SIONISTE

Les Israéliens ont réussi, sans aucun doute, à porter la mort et la destruction au Liban : plus de 200 combattants palestiniens furent tués et 200 autres blessés; plus de 2000 civils, libanais et palestiniens, furent tués; 265 000 sont devenus des réfugiés (beaucoup d'entre eux pour la deuxième, troisième ou quatrième fois) qui cherchent un abri à Saida, ou Beyrouth, et de nombreux villages ne sont plus que ruines.

Le plan israélien n'est pas nouveau. Selon certains journaux, dossier était déjà prêt lorsque le Parti travailliste était au pouvoir. Mais au-delà de la question des détails de ce plan spécifique, on peut affirmer sans hésitation que depuis des années l'armée sioniste voulait mener une «opération de nettoyage» dans le Sud du Liban. Pendant la guerre civile au Liban, le gouvernement israélien tenta plus d'une fois des incursions au-delà frontière nord, mais il avait été arrêté par les injonctions venues de Washington. Ce dernier estimait qu'une attaque d'Israël provoquerait la mobilisation des Palestiniens et des Libanais et que, par conséquent, bien que plus faibles militairement, les regimes arabes pourraient faire le travail plus efficace-

A cette époque, Israël a donc dû se contenter de patrouiller dans le Sud-Liban, entraînant militairement, aidant les phalangistes et établissant un siège naval. Après la guerre, Israël approfondit son alliance avec les phalangistes, élargit le cadre de ses liens avec la population chrétienne pro-phalangiste pour y inclure des relations économques et lança des attaques armées à plus petite échelle contre les Palestiniens et les villages musulmans.

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UN PRETEXTE TOUT TROUVE

Le dispositif de l'invasion ne doit rien au hasard. Israël a utilisé l'opération «autobus» revendiquée par le Fath pour expliquer son offensive comme une mesure de représailles; mais c'est le contexte politique, à une plus vaste échelle, qui peut seul rendre compte de la mise en œuvre d'une opération de cette envergure. Les négociations entre Sadate et Begin étaient au point mort. Le président égyptien avait offert à l'Etat israélien ce qu'aucun sioniste n'avait jamais imaginé : sa reconnaissance par le plus grand Etat arabe, ouvrant la voie à des relations de paix avec le régime égyptien, et peut-être avec d'autres gouvernements arabes et, ce qui n'est pas moins important, une claire allusion de Sadate l'éventualité, acceptée par lui, de l'éviction de P'OLP de la table des négociations. Mais cependant, l'agenouillement du dirigeant égyptien, la cassure du monde arabe, et le fait que les USA n'aient montré aucune intention d'exercer une pression sur leur allié sioniste, n'ont fait qu'augmenter l'arrogance du gouvernement de Tel Aviv et qu'accroître son appétit. Il a rejeté l'initiative de paix de Sadate en refusant de se retirer de la rive occidentale du canal et de la bande de Gaza, d'envisager une «solution» politique à la question palestinienne et d'évacuer les colonies juives établies dans les territoires occupés en 1967; qui plus est, il en a créé de nouvelles pendant les pourparlers de paix.

C'est cette arrogance qui explique la décision du gouvernement Begin de détruire la résistance palestinienne une fois pour toutes. Cependant, enivré par ses succès antérieurs, il a commis une erreur fondamentale : l'extrême sous-estimation de la détermination et des capacités du mouvement palestinien à combattre contre l'armée sioniste. Cette erreur fondamentale a ruiné le plan des dirigeants de Tel Aviv qui comptaient sur une guerre-éclair. Israël pensait que le combat serait terminé avant que le facteur international ne vienne s'interposer; et si cela s'était déroulé comme les sionistes le désiraient, cela n'aurait pas contrarié les intérêts américains, cela n'aurait pas non plus été vu d'un mauvais oeil par le gouvernement égyptien qui recherche un règlement pacifique et pour qui POLP constitue l'obstacle principal.

Mais, face à une puissante résistance de la part du mouvement national palestinien, la bataille tourna à la guerre et les plans israéliens échouèrent. Agissant avec une extrême rapidité, les USA poussèrent à un vote du Conseil de sécurité des Nations-Unies, visant à installer une force intérimaire de l'ONU au Liban. De fait, les casques bleus sont 'arrivés au Liban le onzième jour de linvasion. Le premier rôle des casques bleus est de déloger les Palestiniens de leurs positions le long du fleuve Litani et de les empêcher de

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Sca TAL Av U. A. R. Territoires occupés par Israël en 1967 revenir au sud. Pour sa part, le régime syrien se propose de contenir la résistance palestinienne dans le nord. La seconde étape du plan impérialiste est de remplacer les Israéliens dans le sud.

Israël n'a cependant pas encore décidé ce qu'il va faire maintenant. La direction sioniste n'avait pas prévu les complications qui sont apparues. Elle ne le pouvait pas. Elle n'a jamais pris en compte l'hypothèse d'un échec.

LES CONSEQUENCES POLITIQUES DE L'ECHEC ISRAELIEN

Que les forces israéliennes n'aient pas rempli leurs objectifs ne signifie pas seulement qu'Israël sera obligé de continuer à affronter la lutte des Palestiniens, mais a de plus larges implications pour sa politique intérieure comme pour ses relations internationales.

Depuis la guerre d'octobre 73, l'invasion du Sud-Liban est la première confrontation militaire à grande échelle de l'Etat sioniste avec une force arabe. Depuis la défaite, qu'elle a expérimentée politiquement pour la première fois en 1973, la direction de l'Etat d'Israël a souhaité et voulu prouver au monde, aussi bien qu'en Israël même, que la guerre d'octobre n'avait été qu'une bévue du service de renseignements de l'armée, qui, les mesures adéquates étant prises, ne se répéterait jamais plus. Certains officiers étaient même partisans d'engager une guerre dans le seul but de prouver que l'armée sioniste est invincible, preuve dont l'importance a crû à la lumière du renforcement de l'alliance entre l'impérialisme américain et les régimes arabes, et, par voie de conséquence, de la peur grandissante de l'Etat d'Israël de ne plus être le seul sur qui les Américains s'appuient.

Mais la guerre d'octobre a été un véritable tremblement de terre pour la société israélienne et a ouvert une période de crises économiques, sociales, politiques et idéologiques profondes. L'élection de Begin comme Premier minsitre a nourri au sein de la population israélienne lespoir qu'un gouvernement fort serait capable de résoudre ces crises.

Il est vrai que la chance a semblé sourire à Begin pendant les premiers mois de son gouvernement. Peu après la mise en œuvre du nouveau plan économique du gouvernement - attaque ouverte contre la classe ouvrière - Sadate fit sa spectaculaire visite, et c'est Begin qui bénéficia du crédit de ce nouveau rêve de paix. Sa ligne dure apparut comme payante. Mais l'écran de fumée fut vite dissipé.

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Zayyad - Maire de Nazareth

Les négociations de paix entre Israël et l'Egypte ouvrirent un débat au sein de la direction israélienne, entre ceux qui étaient prêts à faire quelques concessions mineures et ceux qui adhéraient au programme du Likoud. Les conversations BeginSadate ayant abouti à une impasse, les divergences se sont aiguisées. Les uns étaient partisans de se saisir de l'occasion pour établir des relations économiques et politiques avec l'Egypte, bien que leurs propositions soient loin de ce qui aurait pu être accepté par Sadate; les autres arguaient que, puisque la paix entre l'Etat sioniste et les Etats arabes ne peut etre que provisoire, le contrôle des territoires par l'armée israélienne constitue une bien meilleure garantie que toutes les implantations de colonies. Il ne faut non plus sousestimer le facteur idéologique qui accompagne habituellement le dernier argument : l'évacuation des colonies juives (condition préalable à tout accord) implique la négation du sionisme et donc le commencement de sa fin.

En fait ce débat - entre faucons et colombes sionistes - s'est ouvert en 67 avec la conquête de nouveaux territoires, entre les partis politiques et en leur sein. DES CONSEQUENCES CONCRETES

Depuis la visite de Sadate, cependant, il y a des implications concrètes et certaines conséquences. En dépit de ce débat, Begin semblait avoir les commandes bien en main. Il s'est lancé dans son baptême du feu... mais a échoué. Et il ne s'agit pas d'un échec dans la confrontation avec un Etat arabe, mais avec le mouvement de résistance du peuple palestinien dont Israël nie jusqu'à l'existence. C'est l'invasion du Sud-Liban qui a mis au jour tous les aspects de la crise de l'Etat israélien que Begin avait semblé faire disparaître d'un coup de baguette magique le 17 mai 1977, date de son entrée en fonction.

Il a fallu l'invasion du sud du Liban pour alerter les Etats-Unis et les convaincre que les choses etalent en train de lui échapper. Pendant les premiers jours de l'incursion, Washington a observé les événements sans faire de commentaires, mais quand il est devenu clair que les forces israéliennes rencontraient une résistance acharnée et qu'elles poursuivaient leur opération et étendaient les territoires occupés, les Etats-Unis se décidèrent à reprendre et à garder fermement en mains le contrôle d'une situation qui évoluait dangereusement. L'offensive israélienne menaçait ce que la réaction avait acquis pendant la guerre civile et ne pouvait pas être indéfiniment regardée avec indifférence par les régimes arabes. La décision US d'intervenir par l'intermédiaire de l'ONU est le premier maillon dans l'actuelle série de heurts qui se produisent entre Washinton et Tel

Depuis la guerre d'octobre 73, les Etats-Unis subissent des pressions grandissantes de leurs alliés arabes, surtout de l'Arabie Saoudite et de l'Egypte, pour obliger Israël à se retirer des territoires occupés en 1967, ou au moins d'une partie significative de ceux-ci et de préparer ainsi la voie à un règlement pacifique au Moyen-Orient. Mais c'est tout le contraire qu'a fait le gouvernement américain. Sauf dans le cas de l'accord intérimaire IsraëlEgypte de 1975, aucune pression importante n'a été exercée sur l'Etat sioniste. La politique des USA fut d'accorder à Israël une aide militaire et économique plus grande que jamais et de faire pression sur ses alliés égyptiens. UNE CONTRADICTION FONDAMENTALE

Aujourd'hui, les projets de Carter de vendre des avions de combat F-15 à l'Arabie Saoudite et les difficultés que Begin a rencontrées dans sa récente visite à Washington, les déclarations de Carter faisant allusion aux moyens qu'ont les USA de faire pression sur un allié trop entêté qui refuse tout pas en avant vers Sadate, découvrent une fois de plus la contradiction qui caractérise le régime colonialiste israélien, dont la force et l'existence même sont fondées sur sa dynamique expansionniste et colonisatrice et dont on exige qu'il sacrifie cette politique sur l'autel des intérêts globaux du pouvoir impérialiste qu'il sert.

Begin a réussi à unifier autour de lui l'ensemble du camp sioniste après que des rumeurs aient circulé Sur des tentatives des USA d'organiser le remplacement de Begin. Mais cette unité pourra difficilement durer longtemps en face des choix - dont aucun ne semble satisfaisant - que le gouvernement de Tel-Aviv doit faire concernant deux problèmes :

1) Ou bien se retirer du Liban et laisser la surveillance du sud du pays aux mains des phalangistes avec l'aide de l'ONU - deux forces qui sont incapables de prévenir le retour des combattants de la résistance palestinienne - ou garder une armée de dizaines de milliers de soldats, avec un prix élevé à payer, surtout si cela va à l'encontre des visées US.

2) Ou bien accepter le «plan de paix» qui prévoit que la rive occidentale du Jourdain soit internationalisée pour cinq ans et que ses habitants aient à décider s'ils veulent être réunis à Israël, à la Jordanie ou garder un statut «international», ou alors insister sur le refus de tout retrait de la rive occidentale et avoir à faire face à la possibilité que l'Amérique se départisse de sa politique de la carotte pour adopter celle du bâton.

Mais les désaccords au sein de la direction sioniste et les frictions entre les divers partis politiques sur la tactique à utiliser dans les négociations avec Sadate ou pour éviter les pressions US ou contrôler le Sud-Liban n'ont, pris tous ensemble, aucune commune mesure avec l'apparition d'un nouveau phénomène : une manifestation spontanée de 30 000 personnes a eu lieu, le ler avril, à Tel-Aviv avec comme mots d'ordre : «Mieux vaut la paix maintenant que le grand Israël»; «La paix

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n'est pas un rêve»; «l'avenir de nos enfants nous importe plus que le tombeau de nos ancêtres».

La confiance dans les moyens militaires comme solution à tous les problèmes a été ébranlée par l'échec, et de la paix et de la guerre.

Cette nouvelle réaction de masse au rejet par le gouvernement de l'initiative de paix qui s'est réveillée juste après l'échec de l'invasion du Sud-Liban, va dans une direction opposée à celle du «mouvement de protestation» qui s'était développé après la guerre d'octobre. A cette époque, la revendication était de renvoyer les responsables directs de la «gaffe» qui «avait causé» la défaite d'Israël dans cette guerre. Aujourd'hui, la protestation s'élève contre l'affirmation que la guerre est inévitable.

De même que la défaite militaire seule ne suffisait pas à provoquer un mouvement en faveur de la paix, l'initiative de Sadate, à elle seule, fut insuffisante pour créer une opposition de masse à la politique militariste. Il a fallu l'échec de l'invasion pour créer un soutien de masse aux idées exprimées dans la pétition des officiers (réservistes) et par les étudiants devant l'offensive israélienne.

Les manifestants de Tel-Aviv n'ont bien sûr pas rompu avec l'idéologie sioniste, et le chemin sera long. L'initiative de Sadate crée Pillusion qu'un accord entre les régimes arabes et l'Etat sioniste pourrait apporter la du proyen-orieaix sui masses Mais ce refus de la guerre affirmée comme seule solution entre en opposition avec le sionisme qui est condamné à être en permanence engagé dans le combat contre les masses arabes et qui mène les masses juives à un piège mortel.

Cette réaction de masse peut faire entrevoir la possibilité, pour la révolution socialiste arabe d'éloigner des secteurs des masses juives de l'idéologie sioniste.

C'est pourquoi on peut comprendre les réactions hystériques des dirigeants israéliens («cela sent le putsch militaire», a dit le ministre des Finances) et le fait qu'aucun parti sioniste ne veuille ni ne puisse conduire un mouvement pour la paix, bien que chacun d'entre eux ait son propre «plan de paix».

Les déclarations «dures» de Begin à son retour des USA aussi bien que celles de Ruhas Eliav, membre de la délégation israélienne aux Nations-Unies, expliquant que les troupes israéliennes resteraient probablement pour longtemps au Liban, montrent que le gouvernement de Tel-Aviv a l'intention de poursuivre son actuelle politique. Le ministre vernement national de paix», qui n'a pas fait naître un grand enthousiasme dans l'opposition. C'est là une indication de ce que, alors qu'elle a besoin d'un front national pour faire face à des pressions éventuelles des Américains, la direction israélienne n'est pas à l'abri de craquements au sein de son propre gouvernement. Plus même, le ballon de «l'invincible Israël» ayant crevé juste un peu avant celui des soi-disant recherches «de paix» du gouvernement, les initiatives interpelant ce dernier sur ses projets «de paix», qui avaient commencé avant l'invasion, vont prendre des dimensions plus importantes. ISRAEL A ECHOUE... MAIS L'OLP N'A PAS GAGNE

Pour les combattants palestiniens, c'était l'existence même de leur mouvement national de libération qui était en jeu dans ce combat. Il ne s'agissait pas seulement d'une bataille de plus contre les forces israémais d'une guerre pour maintenir leur base même. Après sa défaite en Jordanie, en septembre 70, aprés les coups violents qui lui ont été portés pendant la guerre civile au Liban, la résistance palestinienne a pu défier la tentative d'écrasement des sionistes.

Obligés, par l'attaque israélienne, de se déplacer vers le nord, tandis que la Svrie maintenait ses forces à une certaine distance de la «ligne rouge», les troupes de résistance se sont établies au-delà du Litani, menant depuis cette base des attaques au sud du fleuve, ils empêchèrent l'armée, la marine et les paras israé liens d'envahir Tyr et Rashidieh.

Cependant, les pertes subies par la résistance sont énormes : des centaines de combattants morts ou blessés; ses bases du sud détruites; la majorité de la population musulmane a fui vers le nord et les habitants Chiites qui restent gardent une attitude neutre envers les envahisseurs; plusieurs centaines de supplétifs chrétiens sont descendus du nord vers le territoire occupé par Pour fêter le jour de l'indépendance. Israël; les phalangistes ont essayé - soutenus par Israël - de créer une armée du sud, basée sur des unités mixtes Chiites-chrétiens. Quel que soit le succès de ce dernier projet et quelle que soit la force qui contrôle le sud, les sionistes, les phalangistes, les casques bleus, ou une combinaison de ces forces, il sera beaucoup plus difficile pour la résistance palestinienne d'opérer dans le sud du

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Liban (il faut se rappeler que sa liberté de mouvement a déjà été restreinte à la fin de la guerre civile). Au nord du Litani, la Syrie déploie ses troupes, ne faisant pas secret de leur mission de contenir la résistance palestinienne. Le long du Litani, la direction de l'OLP a accepté d'évacuer ses positions et de les laisser aux mains des forces de l'ONU.

Depuis sa création, le mouvement national palestinien s'est toujours trouvé seul en face de ses ennemis, qu'il s'agisse d'Israël, des casques bleus ou de l'armée syrienne -sur le champ de bataille; cependant, il a été de moins en moins seul à déterminer sa politique, au fur et à mesure que l'emprise des régimes arabes sur sa direction se renforçait.

L'acceptation, par la majorité de la direction de l'OLP du projet d'Etat palestinien dans le cadre d'un règlement pacifique au Moyen-Orient, a largement conditionné les initiatives armées qu'il a prises et cela a, en retour, affaibli son pouvoir politique. Il y a quatre ans, au moment où l'adoption du mini-Etat par la direction de l'OLP fut considérée par les régimes arabes comme un grand succès pour eux, l'organisation de libération de la Palestine obtint des victoires diplomatiques qui dépassaient de loin ses gains sur le champ de bataille; aujourd'hui, ce que l'OLP gagne sur le terrain peut difficilement être transformé en avantages politiques.

L'opération spectaculaire sur la route Tel-Aviv-Haïfa, devait servir de signal d'alarme pour toutes les forces politiques de la région, particulièrement pour l'Egypte, les USA et Israël : aucune paix ne pouvait être établie au Moyen-Orient sans l'OLP. De plus, étant donné qu'Israël ne laisserait pas cette opération sans réponse, il est probable que l'OLP s'attendait à une riposte (bien que de moindre ampleur), qui obligerait tous les régimes arabes - y compris l'Egypte - à alliance avec elle. Elle cherchait à réaliser une des deux possibilités suivantes : soit mettre un terme aux pourparlers de paix israélo-égypsoit, mieux encore, de son point de vue, forcer les participants de la négociation de l'intégrer à l'accord. Elle n'y est pas parvenue et c'est probablement le gouvernement égyptien qui tirera les marrons du feu. D'une part la tension croissante dans les relations entre Washington et Tel-Aviv, et d'autre part, résistance acharnée des Palestiniens contre l'armée sioniste ne peuvent que favoriser la position de Sadate sur les questions de la rive occidentale du Jourdain et de la bande de Gaza. Cependant, l'éventualité d'une intégration de l'OLP aux pourparlers de paix est toujours aussi faible. Washington soutient clairement le refus d'Israël d'accepter l'OLP comme interlocuteur.

Plus que jamais, la direction de POLP est en train de démontrer comment elle sait réduire ses victoires à néant. Les forces des Nations-Unies ont été envoyées au Liban pour servir les plans de l'impérialisme; leur première tâche a été de déloger les combattants palestiniens des positions qu'ils avaient conquises le long du Litani. Pourtant, elles furent chaleureusement accueillies par Yasser Arafat qui devait déclarer, à l'issue de sa rencontre avec le général Emmanuel Erskine, commandant en chef des troupes de TONU au Sud-Liban : «Au nom de l'OLP et des forces communes libano-palestiniennes, je déclare que nous ferons tout pour faciliter la mission au Liban des forces intérimaires des Nations-Unies». La politique d'Arafat n'est pas sans rencontrer d'obstacles. Le FPLP a clairement rejeté toute espèce de cessez-le-feu; parmi la gauche libanaise, l'opposition à la présence des forces de l'ONU est très largement répandue. Les combattants palestiniens et leurs alliés libanais, encouragés par l'échec sioniste, ne montrent aucune volonté de se retirer devant les forces de l'impérialisme américain et français. LA SOLIDARITE DES POPULATIONS DE LA RIVE OCCIDENTALE ET DE GAZA

Au moment même où leur offensive au Sud-Liban se heurtait à la résistance des Palestiniens, les forces israéliennes devaient faire face à une nouvelle vague de mobilisation sur la rive occidentale du Jourdain et dans la bande de Gaza. Grève des écoles, des commerçants, manifestations, jets de pierres et incendies de véhicules contre les forces d'occupation : les Palestiniens exprimaient ainsi leur détermination, eux qui sont sous la botte sioniste depuis 1967, de continuer leur lutte contre l'occupant sioniste et de manifester leur totale solidarité avec les combattants palestiniens au Liban. Malgré la répression (coups de feu, morts, blessés, arrestations) pendant quelques jours, les forces militaires se révélèrent incapables de rétablir leur ordre.

C'est la plus importante manifestation de masse qu'ait connue la rive occidentale depuis 1976. Comparée à 75 et 76, la combativité était pourtant plus faible en raison de l'impasse politique dans laquelle s'est laissée pousser l'OLP et en raison de l'affaiblissement de son activité armée. C'est pourquoi l'initiative de paix de Sadate n'avait suscité aucune réaction des masses de la rive occidentale. Mais que l'armée sioniste ne soit pas parvenue à écraser la résistance palestinienne a donné une impulsion aux récentes grèves et manifestations qui se sont déroulées. PASSIFS DEVANT L'INVASION

L'agression sioniste a volontairement abouti à faire exploser les anciennes alliances et à en remodeler de nouvelles dans la région arabe. Le «front de la fermeté» qui ne s'était guère manifesté pendant sa courte existence, s'est effondré. La conférence des ministres des Affaires étrangères des Etats arabes qui l'avait formé s'est terminée par une scission. La Syrie et l'Algérie ont approuvé l'entrée des forces de l'ONU et ont ainsi rejoint le concert des Etats favorables à un règlement; la Libye et le Yemen l'ont rejeté. L'Egypte est sortie de son isolement : le Conseil des ministres de la Ligue arabe s'est réuni au Caire, rassemblant les représentants des Etats membres à l'exception de l'Irak et des quatre Etats membres du «front fermeté». Quels que soient leurs intérêts divers et conflictuels, tous les Etats arabes - ceux de la «fermeté» comme les partisans d'un règlement - étaient unis dans leur détermination de rester à l'écart des affrontements israélo-palestiniens et de tout faire pour y mettre un ter-

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Aucun des Etats arabes n'était désireux de se confronter militairement à Israël. Mais il ne leur a guère été possible de rester à l'écart car la lutte menée par les Palestiniens est comme une preuve vivante de leur propre faiblesse, et une guerre prolongée minerait leur stabilité interne - déjà compromise. La seule façon de sortir de l'impasse était de faire pression sur Washington pour qu'à son tour, celui-ci exerce son pouvoir sur l'Etat israélien et l'oblige à se retirer.

Bien qu'ils soient restés des spectateurs - actifs - de cette pièce sanglante, il y a parmi eux des gagnants et des perdants. Pour le front arabe Réfugiés quittant la ville de Tyr, de la «fermeté», les choses vont de mal en pis. Le jugement de Sadate sur l'inconsistance de ce front s'est avéré exact et sa bruyante défense de la cause palestinienne apparait aujourd'hui plus ridicule que jamais. Mais c'est la Syrie qui s'en tire le plus mal. L'invasion israélienne a remis en cause le contrôle syrien sur le Liban. Voulant éviter tout affrontement avec l'armée israélienne, elle est devenue sa collaboratrice; ses 30 000 soldats ont respecté l'accord tacite passé avec Israël de rester au nord du Litani; qui plus est, après la décision de l'ONU d'envoyer des casques-bleus au Liban, la Syrie a décrété l'embargo sur toute entrée d'armes au Liban comme sur tout renfort pour la résistance palestinienne.

Le régime égyptien, lui, a relativement bénéficié de la situation créée. Sadate, qui avait été critiqué sur son initiative de paix avec Israël, a maintenant une chance de reprendre sa place dans le monde arabe, ses critiques n'ayant pas remué le petit doigt pour empêcher les forces sionistes d'entrer au Liban. En outre, l'invasion israélienne a fait du règlement pacifique une tache urgente pour l'impérialisme américain et la question palestinienne se révèle à nouveau comme l'un des principaux éléments minant l'ordre social dans l'Orient arabe. Les possibilités de voir les USA exercer une pression sur Israël à propos de la question de la rive occidentale et de la bande de Gaza sont plus grandes que jamais.

***

L'invasion israélienne du Sud-Liban a soulevé trois problèmes majeurs, au centre desquels se trouve la question palestinienne.

Le problème le plus immédiat est celui du retrait d'Israël du Liban. Quelle que soit la solution choisie par l'Etat sioniste - retrait laissant les phalangistes et les forces de l'ONU prendre le contrôle du Sud-Liban ou bien maintien de ses forces armées - le prix à payer par le gouvernement de Tel-Aviv sera très élevé. Ni les phalangistes ni les troupes de l'ONU ne sont capables d'empêcher un retour des Palestiniens dans le sud. Les milices chrétiennes sont trop faibles et le projet d'une armée composée de chrétiens et de Chiites ne semble guère réaliste. En ce qui concerne les casques-bleus, la direction de l'OLP recule devant une confrontation armée des forces d'un pouvoir dont elles a besoin pour être intégrée à un règlement de paix. Mais il est peu probable qu'elle arrêtera la lutte armée si rien ne lui est offert en échange.

Le maintien, par Israël, de ses troupes au Sud-Liban signifie le maintien d'une forte armée d'occupation, sans cesse engagée dans la guerre contre la résistance; mais cela va à l'encontre des intérêts de ceux qui financent l'armée israélienne. Le projet US de restaurer l'ordre au Liban et de parvenir à un règlement global exclut la présence d'Israël dans un nouveau pays arabe.

Le deuxième problème est l'avenir de l'Etat libanais. L'impérialisme américain qui a amené ses troupes au Liban, par l'intermédiaire des Nations-Unies, a intérêt à la reconstruction de l'Etat libanais, et la résistance palestinienne est l'obstacle majeur. En dépit de la politique de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats arabes de cette dernière, son existence même, comme force armée autonome, engagée dans la lutte contre le sionisme, a sapé l'ordre bourgeois au Liban. Sa présence fut un facteur déterminant de la naissance du mouvement de masse libanais et de l'effondrement de l'autorité centrale de l'Etat libanais. Il est done indispensable pour l'impérialisme de se débarasser de cette menace. Cependant, ni les forces de l'ONU, ni la droite libanaise, ne sont capables de venir à bout de cette tâche. Le contrôle de l'armée syrienne sur la résistance palestinienne s'est révélé insuffisant et, qui plus est, la restauration de l'Etat libanais impliquera le retrait

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des forces de la Syrie. Celle-ci a, malgré tout, intérêt à maintenir l'existence de la résistance palestinienne, sous sa surveillance, comme une carte dans la négociation d'un règlement.

Au regard de la conclusion d'un accord de paix dans l'Orient arabe, la question palestinienne est une pomme de discorde entre les négociateurs, actuels ou potentiels.

L'Egypte propose «l'autodétermination» du peuple palestinien sous une forme déjà déterminée par elle et ses partenaires dans la négociation; la Syrie aurait intérêt à un Etat palestinien qu'elle chapeauterait; Carter propose «l'internationalisation» du peuple palestinien. Israël, qui préfère une paix séparée avec l'Egypte, compte sur ses propres forces pour contrôler les Palestiniens sur la rive occidentale et dans la bande de Gaza, et pour détruire le mouvement de résistance d'un peuple dont il nie l'existence, parce qu'il sait qu'aussi longtemps que l'Etat sioniste existera, la lutte des Palestiniens continuera.

Ainsi, pendant que toutes les forces réactionnaires de la région arabe échafaude des plans pour liquider la résistance palestinienne, en lui coupant les ailes, en la soumettant ou en la détruisant physiquement, la direction de l'OLP propose son projet de liquidation de cette résistance en échange d'un Etat palestinien autonome sur la rive occidentale et la bande de Gaza. Pourtant aujourd'hui, même ce compromis n'est plus à l'ordre du jour, pour n'est plus à l'ordre du jour pour les forces politiques impliquées qui le soutenaient dans le passé.

2 avril 1978

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