Interview d'un dirigeant du GCR (Section libanaise de la IVe Internationale) Cette interview d'un membre du Comité exécutif du Groupe communiste révolutionnaire (section libanaise de la IVe Internationale) a été obtenue à Beyrouth, le 2 avril 1978. Press, no 24 du 30 mars 1978. A propos de l'intervention des troupes de l'ONU, on pouvait notamment y liveut permettre aux classes dominantes arabes de sauver la face, l'ONU a adopté une résolution hypocrite qui évite toute condamnation explicite de l'invasion du Liban et décidé une nouvelle expédition des « casques-bleus». Ceux-ci n'auront d'autre tâche que de sauvegarder, contre le mouvement palestinien, le nouveau statu-quo après que l'armée sioniste aura accompli sa mission de «nettoyage». (...) «Il faut exiger le retrait immédiat des troupes israéliennes du Liban et dénoncer l'installation de contingents de l'ONU arrivés derrière les tanks israéliens.» Telle est la position officielle de la IVe Internationale. view du dirigeant du GCR, nos lecteurs se référeront à cette déclaration pour connaître le point de vue du Secrétariat unifié.
Liban
L'opinion du Secrétariat unifié de la IVe Internationale sur l'agression sioniste au Liban est exprimée dans une déclaration, publiée dans Inprecor-Intercontinental
«A l'initiative du gouvernement des Etats-Unis qui
Sir d'autres problèmes également soulevés par l'inter-
Question : La propagande sioniste a présenté l'agression israélienne au Sud-Liban comme une réaction à l'opération de commando du «Fatah», au nord de Tel-Aviv. Qu'en penses-tu ? Réponse : L'ampleur même de l'intervention de larmée sioniste ne laisse subsister aucun doute quant à son caractère prémédité. L'intervention combinée par terre, air et mer des troupes sionistes contre les forces de la résistance palestinienne et de la gauche libanaise et contre la population chiite du Sud-Liban n'est en aucune façon une réaction spontanée à une quelconque opération terroriste. En fait, l'armée sioniste prévoyait de longue date l'occupation du Sud-Liban. Israël y intervenait déjà, d'ailleurs, par le truchement des bandes réactionnaires maronites locales, que le pouvoir sioniste armait et encourageait à continuer le combat contre les forces communes libano-palestiniennes. En un sens, l'intervention militaire israélienne est bien plus le résultat de l'impasse à laquelle sont parvenues les négociations israélo-égyptiennes que de la volonté de «venger le sang juif» comme l'a dit Begin. L'initiative de paix de Sadate avait elle-même été motivée en partie par sa volonté de prévenir cette intervention qui semblait imminente. C'est la politique cyniquement expansioniste de Begin et la conception sioniste de la sécurité des frontières d'Israël qui ont déterminé l'occupation du Sud-Liban par l'armée israélienne.
Quant à l'opération du commando du Fatah sur la route Haïfa-Tel Aviv, il faut noter qu'elle a dévié de ses objectifs pour des raisons indépendantes de la volonté des membres du commando, qu'elle visait en tout cas à une prise d'otages en vue d'obtenir la libération des combattants emprisonnés dans les geôles sionistes, et qu'elle ne s'est transformée en hécatombe qu'en raison de l'intervention des sionistes, y compris celle d'un des otages qui ne s'est pas privé de décrire la façon dont il a tiré sur les membres du commando présents dans l'autobus, et provoqué l'explosion de celui-ci. En tout état de cause, il ne nous appartient pas de porter des jugements d'ordre moral ou pseudo-politiques sur cette opération, qui s'insère dans une ligne de lutte armée antisioniste, longtemps abandonnée par le Fatah. Quelle que soit la violence des opérations de la résistance en Israël, elle reste une pâle réaction aux atrocités commises par les Sionistes au cours de leur histoire et à leur tentative d'annihilation physique et politique du peuple palestiQ: L'intervention israélienne a-t-elle rempli ses objectifs ? Crois-tu qu'elle se transformera en occupation permanente ? R: Il faudrait d'abord définir les objectifs de l'intervention israélienne. Il s'agissait, bien entendu, pour l'armée sioniste, de porter un grand coup à la résistance palestinienne et à ses alliés libanais. Mais il est tout aussi évident que l'état-major sioniste ne se faisait pas d'illusions quant à la possibilité d'annihiler la résistance palestinienne par ce type d'intervention. Il semble done que l'objectif premier de l'agression était l'occupation permanente, sous une forme ou sous une autre, d'une «ceinture de sécurité»de 10 km de large à la frontière libano-israélienne.
L'armée sioniste comptait y maintenir des postes militaires qui auraient eu pour tâche, avec la collaboration des réactionnaires chrétiens, d'empêcher toute activité antisioniste à partir du Sud-Liban. Or l'attitude américaine, soucieuse d'éviter toute complication du contentieux israélo-arabe, et d'éviter surtout que la situation au Sud-Liban fasse éclater le semblant d'Etat reconstruit à grand peine dans le reste du Liban, l'attitude américaine, donc, a pris de court le pouvoir sioniste. L'empressement qu'ont mis les USA à faire adopter par le Conseil de sécurité de l'ONU une résolution prévoyant le retrait des troupes israéliennes et leur remplacement par des forces intermédiaires de l'ONU, a poussé les dirigeants sionistes - devant l'éventualité d'un retrait de leur armée du Sud-Liban sous la pression américaine et internationale - à élargir la zone occupée par leurs troupes jusqu'au fleuve du Litani, de façon à permettre la présence des troupes de l'ONU dans l'ensemble de cette région.
Les dirigeants sionistes, tout en déclarant leur intention de se retirer du Sud-Liban, l'assortissent de conditions rendant l'ONU responsable de toute présence des Fedayines au Sud-Litani. Ils déclarent qu'ils se retireront avec l'intention de retourner au cas où les forces de l'ONU n'arriveraient pas à empêcher les Fedayines de s'établir au sud du fleuve. La façon dont s'est opéré jusqu'ici le déploiement des troupes de l'ONU ne peut en aucun cas satisfaire les conditions israéliennes. La tactique des dirigeants sionistes semble donc être de prolonger leur occupation jusqu'à obtenir un contrôle efficace des voies de passage au sud du Litani par les forces de l'ONU, et en tous les cas ne se retirer que par étapes en posant des conditions à toute nouvelle étape, tout en renforçant les réactionnaires libanais à leur solde et en imposant la reconnaissance de ceux-ci par l'ONU. En fait, à moins d'une forte pression américaine et internationale, l'invasion israélienne risque fort de se transformer en occupation permanente, totale ou partielle, au sud du Litani. Q : Quelle analyse faites-vous du rôle de l'ONU et de l'intervention de ses troupes ? R: Le problème est plus compliqué qu'il ne le paraît à première vue. Ce qui le rend compliqué, c'est l'aspect double de l'intervention de TONU. Celle-ci intervient en même temps contre l'occupation israélienne et contre la présence armée palestinienne. Or nous sommes tout autant pour la première que contre la seconde. C'est ce qui détermine notre attitude à l'égard des forces de l'ONU. Dans la mesure où ses troupes peuvent forcer l'armée sioniste à se retirer du Sud-Liban et protéger la frontière libanaise contre les interventions de celle-ci, nous ne pouvons pas nous opposer à elles, toute autre attitude signifiant la perpétuation de l'occupation.
Par contre, et dans la mesure où ces troupes essaieraient de s'opposer à l'action de la résistance palestinienne et de la gauche libanaise, elles seront traitées comme quiconque se chargerait d'une telle tâche, fût-il Français, Norvégien, Iranien, Sénégalais, Syrien ou Libanais. Or, jusqu'ici, les troupes de l'ONU n'ont obtenu aucun retrait israélien et se sont déployées entre les deux camps. En outre, les troupes françaises ont essayé de s'emparer, dans la région de Tyr, de points-clés très importants pour les forces communes libano-palestiniennes et non occupés par l'armée israélienne (port de Tyr, pont de Kasmieh sur le Litani). Elles se sont heurtées au refus des forces communes, mais envisagent toujours de le faire. Sur ce dernier point, aucune concession n'est possible.
Ce qui dicte la souplesse de notre attitude vis-à-vis des troupes de l'ONU, c'est le fait que le seul autre choix paraît être aujourd'hui le maintien de l'occupation israélienne et de la situation qu'elle crée pour des dizaines de milliers de réfugiés. Les forces anti-impérialistes ne doivent en aucun cas apparaître comme la cause du maintien de loccupation (quand à la libération du Sud-Liban par une guerre populaire, elle ne saurait être une alternative à court terme). Elles doivent rejeter la balle dans le camp sioniste. Q: Peux-tu nous décrire les réactions arabes et libanaises à l'invasion ? R: La réaction des régimes arabes n'est pas sortie de la norme : solidarité verbale et messages de soutien.
Le cas le plus flagrant est celui du régime syrien, dont les troupes au Liban se sont contentées d'assister passivement à l'occupation du Sud-Liban. Mais ceci n'est pas pour nous étonner.
Quant au semblant d'Etat libanais, il est apparu plus impuissant que jamais au cours de ces derniers jours, incapable de prendre une attitude tant soit peu claire, du fait de la diversité des pressions dont il fait l'objet.
Les réactionnaires chrétiens libanais ont, pour leur part, manifesté leur mécontentement à l'égard de la résolution de l'ONU. Ils craignent en effet que le déploiement des «casques bleus» au Sud-Liban ne leur permette plus de recourir au chantage à l'intervention israélienne et les laisse affronter seuls les forces communes libano-palestiniennes et une Syrie avec laquelle leurs relations sont dans une mauvaise passe. C'est pourquoi ils menaçent de proclamer le remplacement des troupes synennes par des troupes de PONU, sur l'ensemble du territoire libanais, au cas où la Syrie ne romprait pas son alliance actuelle avec la résitance palestinienne.
La résistance des forces commulibano-palestiniennes à l'invasion israélienne a été réellement héroïque. Il n'est qu'à comparer la difficulté rencontrée par l'invasion avec la façon dont s'est opérée l'occupation des territoires arabes en juin 1967, en dépit du fait que pour la première fois, dans une guerre israélo-arabe, le rapport des forces numérique soit nettement en faveur des sionistes, sans parler du rapport de forces matérielles. La preuve a été faite une fois de plus que la guerre populaire est la meilleure parade contre la technologie impérialiste. Ceci dit, le Mouvement national libanais (cartel de la gauche libanaise), n'a entrepris aucune mobilisation réelle des masses libanaises sur l'ensemble du territoire libanais. Il s'est contenté d'appeler à la mobilisation sans la pratiquer.
Ceci est dû à la veulerie politique des réformistes qui composent ce mouvement et qui craignent de couper les amarres entre eux et le pouvoir officiel libanais. Ces réformistes craignent la perspective d'une guerre populaire prolongée qui embraserait l'ensemble de la région et forcerait à aller au-delà du cadre bourgeois de la société libanaise. Evidemment, si l'occupation israélienne se prolonge, les réformistes, de même que tous les anti-impérialistes n'auront d'autre choix que de déclencher le combat pour la libération du Sud. Q: Quelle a été l'intervention du GCR et quels sont les thèmes de cette intervention ? R : Le GCR ne pouvait assister en spectateur à l'invasion du Sud-Liban par les troupes sionistes.
Des groupes de combattants de notre organisation ont participé à l'effort militaire au Sud-Liban, en collaboration avec le Front palestinien de libération, aile gauche dissidente du Front populaire commandement-général de Jibril, et composante du Front du refus palestinien.
Au début de l'invasion, un communiqué commun signé par le GCR, le FLP et un autre groupe libanais d'extrême-gauche, appelant à la mobilisation contre l'invasion israélienne, pour le retrait inconditionnel des troupes sionistes, a été diffusé à plusieurs milliers d'exemplaires.
Le GCR s'est d'ailleurs engagé à Beyrouth dans des activités d'encadrement et d'aide aux réfugiés du Sud-Liban.
Les principaux mots d'ordre du GCR, relatifs à la situation actuelle sont les suivants :
«casques bleus» français du Se RPIMA à Abbassiah, à 5 km de Tyr.
- Retrait total, immédiat et inconditionnel, des troupes sionistes du Sud-Liban.
Mobilisation générale libanopalestinienne pour imposer ce retrait. - Liberté totale pour la lutte antisioniste libano-palestinienne. - Non à toute intervention de
TONU contre la lutte antisioniste libano-palestinienne.
- Non au désarmement des masses du Liban.