Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE

Pour qui combattent les soldats cubains ?

· Inprecor n° 26, 14 avril 1978 · p. 12-17 · 4 537 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

Cuba URSS et Russie Afrique australe Stalinisme

Il n'est plus possible de lire un article sur l'Afrique noire dans la presse internationale sans y trouver un couplet sur «l'expansionisme soviéto-cubain». bourgeoisie impérialiste semble avoir trouvé la pierre philosophale pour expliquer sa politique africaine : il s'agirait de défendre les peuples africains contre l'agressivité du «bloc communiste». Le slogan de Giscard d'Estaing n'est-il pas «l'Afrique aux Africains» ! Les pays occidentaux se chargent ainsi d'une nouvelle mission, celle de protéger le continent africain d'un funeste et diabolique projet de déstabilisation.

Après les trois années durant lesquelles il ne fut question que de «nouvel ordre économique international» et de «dialogue nord-sud», après que, bon an mal an, directions impérialistes et directions néo-coloniales se soient accordées sur quelques réformes du système de domination, la «nouvelle grande idée» que l'on lance à la manière d'un produit publicitaire est le pacte de solidarité euro-africain. «Je souhaite qu'un jour», déclarait Giscard d'Estaing en Côte d'Ivoire, «cette complémentarité entre l'Europe et l'Afrique se manifeste avec éclat dans un pacte de solidarité couronnant l'œuvre de décolonisation et ouvrant l'ère de la solidarité». Pour lui faire écho, le président ivoirien, Houphouet Boigny se réjouissait «en tant qu'Africain et en tant

Afrique

Castro fait une analyse erronée de la formation sociale africaine. Il omet toute caractérisation sociale des régimes qu'il soutient, fait silence sur la question du nationalisme petit-bourgeois et le maintien des lois du marché. qu'homme libre» que la France ait décidé de s'opposer aux «heurts des idéologies par peuples asiatiques et africains interposés.

En conséquence, les pays impérialistes les plus agressifs comme la France se présentent maintenant comme les meilleurs défenseurs de la paix. Plus nationalistes que les nationalistes africains eux-mêmes, les voilà qui se multiplient en déclarations tonitruantes sur les spécificités africaines qu'il faut protéger contre les ingérences extérieures, qu'elles soient « militaires ou idéologiques». Ce fantastique bluff n'a évidemment guère de crédibilité parmi les masses africaines qui ont pu constater depuis vingt ans combien ces beaux principes n'étaient que fadaises. L'intervention des parachutistes belges en 1960 au Congo, celle des troupes françaises au Gabon en 1964, en 1968 au Sénégal, en 1970 au Tchad, en 1976 au Laire, en 19T1 au Sahara, au Tchad et à Djibouti, la multiplication des garnisons et des délégations militaires, rendent compte des intentions occidentales dans ce continent.

Quant à la politique soviétique, elle n'a jamais brillé par sa clarté. Diplomatie secrète, manœuvres et aide au compte-gouttes pour les mouvements de libération, n'ont guère favorisé, depuis les indépendances, le crédit de la direction soviétique parmi les rangs de la nouvelle génération politique. La

Pour qui combattent

les soldats cubains ?

Chine pouvait ainsi se targuer d'être aux avant-postes de la solidarité par quelques communiqués et quelques aides matérielles. La crise généralisée des Etats néo-coloniaux, la remontée des luttes et la radicalisade la jeunesse africaine ont depuis lors rendu plus complexes les manœuvres des directions bureaucratiques de Moscou et de Pékin. CUBA DANS LA GUERRE CIVILE ANGOLAISE

La direction castriste bénéficiait d'un certain prestige dans cette partie de l'Afrique centrale depuis les maquis de Mulele au Congo ex-belge et depuis l'insurrection de 1963 au Congo-Brazzaville, durant lesquelles apparaissaient des organisations de jeunes faisant explicitement référence au Che. Pour autant, tout cela restait au rang d'une influence superficielle parmi les fractions nationalistes.

Durant la lutte de libération en Angola, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) s'adressa à La Havane pour des aides secondaires au plan militaire et pour la formation de médecins, l'essentiel de l'aide venant d'URSS. Lorsque la guerre civile éclata et que se mit en place la coalition FNLA-UNITA-Zaïre-Afrique Sud, le MPLA se trouva incapable de faire face aux offensives militaires de ses adversaires. Ses troupes,

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1) La Quatrième Internationale, pour sa part, a apporté un soutien au camp du MPLA contre l'intervention de l'impérialisme, sans jamais renoncer à une critique permanente de la direction petite-bourgeoise de ce mouvement et de son programme. Elle appela à la formation du parti révolutionnaire et se solidarisa avec les militants de l'extrême-gauche réprimés.

les FAPLA (Forces armées populaires de libération de l'Angola), mal équipées, mal organisées et les régiments formés à la hâte à partir des milices de Luanda n'étaient pas capables de tenir dans une guerre de positions.

Contrairement à ce que raconte a posteriori la presse occidentale, c'est après l'entrée en Angola des troupes sud-africaines que l'URSS décida d'accroître son aide militaire au MPLA. Des armes lourdes furent livrées en grande quantité pour la défense de Luanda. Mais cela ne pouvait suffire, tant la désorganisation politique du camp du MPLA était grande. Les conflits entre les comités de quartier, les groupes d'extrême-gauche et la direction d'Agostinho Neto rendaient inefficaces les appels à la cohésion et à la discipline. C'est alors que le premier corps expéditionnaire cubain arriva en Angola. Il prit en charge, dans un premier temps, la préparation des troupes et leur entraînement. Mais très rapidement ses rangs grossirent et les milliers de soldats cubains se partagèrent peu à peu les différentes tâches. D'une part, le front militaire, où ils assuraient un rôle décisif, d'autre part, la réorganisation des arrières. La politique cubaine en Angola pouvait faire illusion tant que le premier aspect semblait être l'essentiel de son intervention. Face à la coalition réactionnaire, les masses de Luanda, Benguela et Malange qui s'étaient mobilisées de façon particulièrement radicale, étaient en position de faiblesse; et la direction nationale à qui elles faisaient confiance avait largement contribué à cette impréparation. L'opportunisme de la direction castriste consistait alors à ne pas émettre la moindre critique envers cette direction du MPLA et même d'en faíre une apologie telle, que les masses s'en trouvaient encore plus suivistes. Evidemment, il était hors de question pour les Cubains d'aider à la formation d'une authentique direction communiste de rechange. Tout au plus entretinrent-ils des rapports complexes avec différentes fractions de l'appareil du MPLA, pour s'en remettre, en définitive, à la fraction dominante, celle de Neto et Lucio Lara (1).

Dès août 1975, quand la direction du MPLA enclencha une répression contre l'extrême-gauche, il ne fit plus aucun doute que l'état major cubain soutenait cette politique. Fin 75-début 76, lorsque l'ennemi commença à reculer et qu'il s'agit de reconstruire l'économie angolaise, les Cubains prirent une part décisive dans l'encadrement des entreprises et des ministères. Là, au nom de l'efficacité et du slogan «produire et résister», ils n'ont pas craint de se faire les meilleurs agents de la surveillance du personnel et

«reconstruction nationale». La direction castriste ne cacha plus alors son désir de construire, aux côtés du MPLA, un Etat fort. L'institutionalisation des comités de quartiers a entériné la nature bourgeoise de cet Etat. L'économie angolaise, malgré la nationalisation des investissements portugais, reste dominée par ses ressources pétrolières et diamantifères sous contrôle des impérialistes américains et européens et des capitalistes sud-africains. C'est donc un Etat bourgeois et une économie néo-coloniale que les Cubains ont aidé à stabiliser.

Lorsqu'en mai 77 une fraction de la bureaucratie dirigée par Nito Alves, tenta un coup de force aventuriste contre la direction netiste du MPLA, ce sont les troupes cubaines qui aidèrent au rétablissement de l'ordre.

Aujourd'hui, l'Angola a quitté, pour un temps, la «une» des journaux. Mais tout laisse à penser qu'il y reviendra dans des conditions délicates pour la politique cubaine. Sans les milliers de Cubains, sans les techniciens soviétiques et est-Allemands, l'Etat angolais n'est pas grand-chose. L'UNITA maintient, avec l'aide de l'Afrique du Sud, une forte pression militaire au sud et au centre du pays.

Sa campagne «contre l'invasion étrangère» connaît un certain suecès. Face à cela, et contre toutes les oppositions, la direction angolaise, aidée et inspirée par les Soviétiques, les Cubains et les Allemands de l'Est, crée un Etat policier digne des méthodes staliniennes classiques. Bagnes, police politique, et omnipotence de la bureaucratie d'Etat, forgent peu à peu au sein des masses un fort sentiment anticommuniste. Ce n'est pas le moindre des paradoxes pour qui se souvient du niveau de conscience radical des travailleurs des villes angolaises durant la guerre civile de 1975.

Republica Popular ANGOLA DE L'ANGOLA A L'ETHIOPIE

La présence cubaine en Angola défraya, bien évidemment, la chronime de la presse pro-impérialiste. Il s'agissait pour les défenseurs de la «pax americana» de dénoncer ce nouveau «coup de Prague» ! Les Cubains étaient partout, le continent entier basculait dans le camp communiste : voilà quelle était l'image d'Epinal que décrivaient chaque jour ceux qui se taisaient depuis tant d'années sur le pillage impérialiste de ce continent. La grande frousse se porta alors sur le Zimbabwe, où la lutte armée se développait centralement contre le régime raciste de Ian Smith. La diplomatie occidentale tempêta et menaça d'intervenir si jamais les troupes cubaines d'Angola devaient se porter sur le front rodhésien. Il n'en fut rien et La Havane a démenti à plusieurs reprises tout projet de sa part dans ce pays.

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l'Afrique, en Ethiopie, que la direc- du mouvement de masse, et con-

C'est, en fait, vers la corne de tion castriste va porter son attention. Depuis la chute de l'empereur Hailé Sélassié se développe dans ce pays une succession de crises politiques et d'affrontements sociaux. Paysans et masses urbaines se sont mobilisés contre tout ce qui subsiste de l'ancien système et amorcent par endroit des luttes plus radicales en imposant leurs propres formes d'organisation. L'extrême-gauche maoïste se construit rapidement mais se divise en plusieurs organisations dont les deux composantes principales, le Me'ison et le PRPE, finissent par s'affronter violemment. Les anciens féodaux, les couches les plus à droite de l'appareil d'Etat, rejoignent les rangs de l'UDE (2). La junte militaire au pouvoir, le Derg, se divise en diverses fractions et connaît successivement des révolutions de palais et des règlements de comptes. L'empire de Menelik subit un processus d'éclatement. Les nationalités opprimées révoltent contre le pouvoir central. Les fronts de libération érythréens progressent peu à peu vers la capitale régionale d'Asmara.

Fin 1976, on annonce l'arrivée des premiers Cubains en Ethiopie. Le contingent se renforce rapidement dès que, dans l'Ogaden, les troupes somaliennes remportent des victoires rapides et avancent vers le chemin de fer qui relie Addis-Abeba au port de Djibouti. Un véritable pont aérien soviétique fournit alors au Derg un armement lourd que les conseillers cubains et soviétiques mettent en œuvre avant de lancer la récente contre-offensive victorieuse du mois de mars 1978.

En quelques mois, nous avons assisté à un retournement spectaculaire d'alliance dans cette région. Au départ, la Somalie constituait une tête de pont des Soviétiques. Siad Barré, son dirigeant, était considéré comme le type même du militaire «progressiste». La «Révolution somalienne» était fêtée régulièrement dans la presse stalinienne. En Ethiopie, au sein du Derg, s'affrontaient des fractions dont les propositions d'alliances internationales étaient les plus diverses. 2) UDE : Union démocratique éthiopienne, groupe armé de droite.

Face aux poussées permanentes frontés au délabrement de l'appareil d'Etat et de l'économie, les militaires éthiopiens se divisèrent sur les solutions à adopter. Mais la nature petite-bourgeoise de cette direction limita grandement ses moyens politiques et économiques. A l'encontre des tendances qui estimèrent nécessaire de briser net le mouvement de masse et de s'appuyer résolument sur l'impérialisme, la tendance «radicale» du Derg, dirigée par Mengistu, s'imposa peu à peu au terme d'une hécatombe dans les rangs de la junte. La politique de Mengistu consista à intégrer petit à petit les formes d'organisations du mouvement de masse au sein de l'appareil d'Etat, en les dénaturant. Ainsi, il se donna à bon compte une légitimité par rapport aux masses, renforça son pouvoir sur le dos de la gauche, en s'érigeant en Bonaparte. Il céda sur un certain nombre de revendications, se répandit en verbiage populiste, clama son attachement au socialisme. Il effectua enfin un rapprochement spectaculaire avec Moscou dans l'espoir d'y trouver une aide économique et militaire.

A terme, Mengistu espère reconstruire l'appareil d'Etat et ainsi pouvoir désarmer les milices, «normaliser» les syndicats et rebâtir l'économie. Tout cela, seule une alliance avec la bureaucratie soviétique le permet. Mieux encore : l'idéologie empruntée au stalinisme fournit à des aventuriers politiques en uniforme un minimum de cohérence pour la construction d'un Etat bureaucratique, pour la mise en place d'une économie partagée entre Touverture envers les capitaux étrangers et la nationalisation d'un certain nombre de secteurs et enfin pour la caporalisation des masses.

Il ne fait pas de doute que pour empêcher la révolution éthiopienne d'aller plus loin, la solution Mengistu était la meilleure. Le mouvement de masse a d'ores et déjà reculé. Le Me'ison, qui apportait un «soutien critique», a dû passer dans l'opposition.

La victoire récente remportée sur les Somaliens va sans doute permettre aux Soviétiques et aux Cubains de se tourner vers des tâches de reconstruction «pacifique» de l'appareil d'Etat. Mais à la différence du

Cubains et soldats du MPLA en 1976 cas angolais, les Cubains se trouvent ici dans une position plus délicate. D'une part, la gauche éthiopienne est bien plus forte que ne l'étaient les militants oppositionnels angolais. Sans attendre un changement de rapport de forces, il est du moins prévisible que les résistances seront beaucoup plus fortes. D'autre part, les Cubains n'ont plus l'argument de la lutte de libération nationale et de l'intervention contre un cartel pro-impérialiste comme l'était l'alliance FNLA-UNITA. Ils sont intervenus aux côtés d'une direction militaire au pouvoir, en lutte contre la Somalie. En ce sens, l'intervention cubaine contre le peuple érythréen et contre les comités populaires éthiopiens apparait sans mys-

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tère. Consciente de cela, la direction castriste propose sa solution aux questions nationales. Elle se fait l'avocat d'une «fédération socialiste» des Etats de la Corne dans la mesure où elle avait précédemment soutenu les Erythréens et le régime somalien. Cette proposition n'a aucune chance de se réaliser. Mais elle permet une fois encore d'y reconnaître de vieilles théories centralisatrices qui contournent les tâches démocratiques que réclament les populations opprimées. En quelque sorte, les Cubains s'en remettent aux régimes réactionnaires de la région pour satisfaire les demandes des populations de l'Erythrée et le droit à l'autodétermination des habitants de l'Ogaden. La lutte pour la satisfaction de ces revendications étant partie prenante de la lutte pour la révolution socialiste dans la région, La Havane et Moscou la dénonce comme une «théorie pro-impérialiste» visant à la balkanisation de l'Afrique, suivant en cela les thèses mêmes de la charte de POUA. CASTRO THEORISE SON REVISIONNISME

Dans la crise angolaise, les Cubains avaient, dans un temps, laissé croire à une indépendance vis-à-vis de la politique soviétique. Alors que Moscou, à l'unisde l'ensemble des Etats africains se montrait sensible aux palabres de TOUA, l'un des staliniens les plus en vue au sein de la direction cubaine, Carlos Rafael Rodriguez, avait clairement expliqué que seuls les rapports de Cuba avec la direction du MPLA décideraient de son maintien ou de son retrait d'Angola. Mais, au-delà de ces déclarations, il s'avéra bien vite que l'intervention cubaine ne pouvait avoir lieu que grâce aux livraisons d'armes et à l'aide économique de l'Union soviétique. La division des tâches entre Cubains et Soviétiques (ou Allemands de l'Est) ne recouvre pas une politique différente. Elle se fait en fonction notamment, du contact avec les masses, les Cubains étant, en quelque sorte plus « militants» que les Soviétiques dont les comportements sont traditionnellement haïs par les populations.

En mars 1977, alors que Podgorny encore chef de l'Etat soviétique, effectuait une tournée en Afrique australe, Fidel Castro se rendait dans plusieurs capitales africaines, dont d'Angola, de Somalie (-), d'Ethiopie. La concordance de ces deux voyages symbolisait la collaboration à grande échelle qui s'était instituée en ce domaine entre La Havane et le Kremlin. Quelques mois plus tard, le conflit de l'Ogaden confirmait que l'opération cubaine en Angola n'était pas un feu de paille. Par leurs visites à Addis-Abeba, les plus hautes personnalités cubaines entendaient bien exprimer l'importance de leur engagement dans cette région du monde.

Dans une entrevue accordée au journal Afrique-Asie, publiée dans le numéro 135 du 16 mai 1977, Castro précise ses vues sur la situation en Afrique et sur la politique cubaine dans cette région. Ce document, très important pour anaiyser la politique castriste, confirme à la fois l'opportunisme et «l'astuce» du ministre cubain en matière de caractérisation politique de tel ou tel régime. Maîtrisant parfaitement son vocabulaire, il défend son soutien à des régimes bourgeois au nom de classifications parfaitement idéalistes et subjectives. Il entend ainsi justifier le présent mais aussi prévenir les évolutions à venir de la part des Etats considérés :

«Nous resterons en Angola aussi longtemps qu'il faut, en accord avec le gouvernement souverain de cette nation sœur, pour contribuer à la défense de ce pays et à la consolidation de son indépendance contre toute menace d'agression d'où qu'elle vienne.»

«L'Afrique est aujourd'hui le maillon le plus faible de l'impérialisme. C'est là qu'existent des perspectives excellentes pour pouvoir passer presque du tribalisme au socialisme, sans avoir à traverser les diverses étapes qu'ont dû parcourir quelques autres régions du monde. Si nous sommes des militants révolutionnaires, nous avons le devoir d'appuyer la lutte anti-impérialiste, antiraciste et antinéocolonialiste. L'Afrique revêt aujourd'hui une importance extrême. La domination impérialiste n'y est pas aussi forte qu'en Amérique latine. Donc, les possibilités d'une évolution fondamentale sur le continent africain sont réelles.»

«Si la lutte reste très dure en Amérique latine car la bourgeoisie y domine l'économie, les universités, la presse et tous les secteurs de la vie nationale, ce phénomène n'existe pas réellement en Afrique où il n'y a pas de bourgeoisie proprement

«Le processus dans lequel s'est engagé le FRELIMO est un processus véritablement révolutionnaire. Le FRELIMO est certainement une organisation très révolutionnaire, très sérieuse, qui travaille avec détermination l'instauration d'un véritable socialisme.»

«Au début, je n'avais pas envisagé d'aller en Ethiopie. Mais les événements survenus le 3 février dernier et l'éclatement des contradictions entre la droite et la gauche éthiopiennes, avec Mengistu Mariam à la tête de la révolution, nous avaient amené à envoyer une délégation pour entrer en contact avec ce pays.»

«Je crois qu'il y a dans la révolution éthiopienne des caractéristiques à la fois de la révolution française et de la révolution bolchévique...»

«Les événements du 3 février dernier ont été décisifs. C'est à partir de ce moment que la gauche et les dirigeants authentiques de la révolution ont pris les rênes du pouvoir et c'est à partir de ce moment-là que le processus s'est acheminé vers une ligne authentiquement révolutionnaire.»

«Je peux dire que je connais bien Mengistu. C'est un homme serein, intelligent, audacieux et courageux et je considère qu'il possède d'exceptionnelles qualités de dirigeant revolutionnaire.» «Laisse-moi te répéter, une fois de plus, que je considère Mengistu comme un vrai révolutionnaire et que la révolution qui se déroule à l'heure actuelle dans ce pays est une vraie révolution.» (3).

Castro fait donc une analyse erronée de la formation sociale africaine («pas de bourgeoisie proprement dite»). Il omet toute caractérisation sociale des régimes qu'il soutient, fait silence sur la question 3) Nous soulignons.

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du nationalisme petit-bourgeois et le maintien des lois du marché. Il caractérise les dirigeants en question comme de «vrais» révolutionnaires et annonce des «processus» amenant de «véritables» révolutions. En ce qui concerne l'Ethiopie, non seulement il reprend les arguments officiels du Derg pour placer toute opposition dans le camp de la reaction, mais selon lui, c'est la victoire d'une aile «gauche» de l'armée sur une aile «droite» qui permet de placer le pays «sus des voies révolutionnaires». CUBA ET LA COEXISTENCE PACIFIQUE En 1977- Valors que les troupes du Front national de libération de Congo attaquaient le Shaba, la grande presse internationale, à la suite de Mobutu, dénonça la présence des Cubains et des Soviétiques. C'était, à première vue, ne pas comprendre les difficultés que rencontraient La Havane et Moscou dans leur projet de reconstruire l'économie de l'Etat angolais. Déstabiliser le régime zaïrois aurait créé un Océan tel chaos dans la région que la Atla politique soviéto-cubaine en Angola aurait été impraticable. Mais plus intéressante furent, à cette époque, les déclarations d'Andrew Young, l'ambassadeur américain à l'ONU qui déclara sans ambage : «Nous ne faisons pas de la paranoia au sujet du communisme et de la présence cubaine en Afrique.»

Le 15 avril 1977, Carter lui-même affirmait : «Il est vrai que l'arrivée des troupes cubaines, force militaire disciplinée, a aidé au rétablissement de l'ordre et manifestement stabilisé la situation» en Angola!

Les choses sont donc plus politiques que ne le laissent entrevoir les grandes trouilles anticubaines de la presse pro-impérialiste. Faut-il la révolution socialiste ou un régime bonapartiste populiste soutenu par les Soviétiques et les Cubains ? C'est une question élémentaire pour un dirigeant bourgeois.

En février 1978, Carlos Rafael Rodriguez faisait d'ailleurs écho à , ces déclarations. Il déclarait au journal Le Monde que «Cuba n'aide pas la subversion, mais participe, contraire, comme l'a admis l'ambasaméricain aux Nations-Unies, à une entreprise de stabilisation, de lutte contre la subversion»!

Bien évidemment, la politique de coexistence pacifique ne signifie pas que chacun des deux camps considère comme immuables les rapporis de forces entre l'impérialisme et la bureaucratie soviétique. Le statu quo mondial ne veut pas dire que la carte diplomatique est fixée une fois pour toutes. Au contraire, l'impérialisme et la bureaucratie stali-

Congo

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•LUANDA

•Malanie ntiquel Lobito •Luso

Nova Lisboa Gaco • Coutinho Zambie

Porte

Alexandre

Namibie Rhodésie Botswana\ nienne se livrent une dure bataille d'influence et les Soviétiques peuvent parfaitement s'engouffrer dans des brèches que l'impérialisme est incapable de colmater. Mais en dernière analyse cette intervention ne vise évidemment pas a aider aux progrès deyla thévdition socialiste, mais au contraire à stabiliser la situation, à bloquer les processus anticapitalistes en cours. La rançon de cette politique est l'utilisation pendant un temps, par les Soviétiques, des prébendes économiques et diplomatiques qu'ils ont ainsi gagnées dans tel ou tel pays. Mais en définitive, les Soviétiques ne sont pas les maîtres du jeu. Pour mener une telle politique, ils doivent être à la remorque de directions petites-bourgeoises ou bourgeoises auxquelles l'aide soviétique est conjoncturellement nécessaire. Une fois passé le temps des vaches maigres pour ces directions indigènes, l'alliance avec l'impérialisme leur apparaît comme la meilleure garantie et la plus sécurisante vis-à-vis du mouvement de masse. les Soviétiques sont donc contraints de revoir en permanence leur système d'alliances dans un continent comme l'Afrique. Cette versatilité n'est pas, comme feint de le croire la presse occidentale, le fruit d'un cynisme calculateur et des manœuvres retorses des Soviétiques. Ceux-ci subissent en fait les contradictions de leur attachement à la

«coexistence pacifique». A ce jeu sordide, les Chinois ont montré leur capacité de coneurrencer les Soviétiques. Entre Pékin et Moscou, c'est à celui qui rivalisera d'opportunisme. Les Soviétiques ont su avantageusement, ces dernières années se trouver du côté du progressisme, à l'encontre des Chinois, guil se sont, comme en Angola, trouvés côte-à-côte aveo les instructeurs de la CIA et les Sud-Africains. Pourtant, cela ne peut modifier le caractère identique de leur politique. La direction cubaine, selon la vieille théorie «les amis de mes amis, sont mes amis», suit le mouvement et épouse les méandres de la politique soviétique.

Il n'est certes pas suffisant de caractériser une politique étrangère pour définir la nature politique d'une direction ouvrière. Mais force est de reconnaître que l'envoi en Afrique de plusieurs milliers de soldats et de civils n'est plus du seul domaine de la politique extérieure. Une telle ponction d'hommes ne peut que correspondre à une nécessité économique et politique interne. En conséquence, la politique cubaine en Afrique renvoie à un débat plus large sur la nature présente de la direction castriste et sur le degré de bureaucratisation de l'Etat cubain. La politique castriste fait d'ores et déjà partie des discussions

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en cours avec l'impérialisme américain pour la levée du blocus économique. Nous sommes très loin de ce que devrait être une politique d'internationalisme prolétarien, même si celle-ci n'exclut pas, a priori, un soutien tactique à des directions nationalistes contre l'impérialisme.

C'est pourquoi les directions impérialistes oscillent entre l'hystérie anticubaine et des déclarations plus réalistes. Ce que les occidentaux craignent manifestement, ce n'est pas une intervention anticapitaliste des Cubains en Angola, en Ethiopie ou ailleurs. Ce qu'ils redoutent, c'est que, comme dans le cas angolais, la défaite de la réaction n'encourage le combat des masses africaines. Ils se souviennent que les défaites des Sud-Africains ont précédé les émeutes de Soweto.

La défaite du MPLA en Angola aurait abouti à liquider physiquement le mouvement de masse urbain et à contrarier tous les agencements diplomatiques des Soviétiques en Afrique centrale et en Australie. Elle aurait donné une immense victoire à l'impérialisme. La victoire du MPLA, avec l'aide des Cubains, a permis par contre à la direction de Neto d'intégrer les structures populaires et de rétablir l'autorité des nationalistes. La dynamique sociale avait donc été enrayée, mais il y avait, par ailleurs, renforcement de la diplomatie soviétique dans la région. Dans le cas éthiopien, il s'agit d'une aide à une junte militaire au pouvoir.

La fraction de Mengistu est menacée de toute part, y compris au sein du Derg. L'instabilité est tellement grande que l'impérialisme a hésité à aider directement la Somalie. En passant par l'Arabie Saoudite par exemple, les capitales occidentales se réservaient d'autres cartes : celle de la chute de Mengistu et l'arrivée au pouvoir à Addis-Abeba d'une équipe plus ouverte aux pressions américaines. Mais le Derg dans son ensemble, Mengistu compris, n'est pas opposé à un compromis avec Washington. Le Front populaire de libération de l'Erythrée

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plomatiques américains dans la région. Les retrouvailles entre Siad Barré, les Somaliens et les dirigeants impérialistes prouvent, une fois encore, que le nombre d'experts soviétiques qui travaillaient auparavant à «révolution somalienne» n'avait pas changé la nature de ce type de régime ni la nature capitaliste de son économie. Cuba est intervenu en Ethiopie au moment même où Mengistu passait à l'action contre l'autonomie des masses éthiopiennes. Aider Mengistu, c'est, en dernière analyse, appuyer ce projet politique. Cela ne fait pas avancer d'un pouce la lutte de libération dans la Corme de l'Afrique. Cela permet au Derg de se donner facilement une image de marque «progressiste» et renforce l'influence des thèses maoïstes les plus aventuristes parmi la jeunesse. Cela pousse les troupes cubaines dans une dynamidangereuse : ne pas laisser les troupes éthiopiennes subir la moindre défaite sur aucun front pour ne pas apparaître elles-mêmes comme

Hier c'était face aux troupes somaliennes, demain cela pourrait être contre les Erythréens ou contre les militants de la gauche éthiopienne. En aucune manière une telle pratique ne peut être soutenue. Elle doit

25 mars 1978

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