Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE

Jimmy Carter, l'Afrique et Cuba

· Inprecor n° 26, 14 avril 1978 · p. 18-21 · 3 249 mots

Cuba États-Unis Afrique australe URSS et Russie

Carter, jouant son rôle de chef politique de l'impérialisme américain, tente de faire naître un vent d'hystérie contre Cuba.

Utilisant comme prétexte

«danger» de l'intervention cubaine dans les affaires africaines, il a commencé ses accusations belliqueuses au début de novembre, en qualifiant la présence de soldats cubains de «menace contre la paix établie en Afrique». LA CAMPAGNE ANTICUBAINE

Ce tir de barrage initial de Carter fut suivi d'une déclaration du Département d'Etat (ministère des Affaires étrangères) selon laquelle le rôle joué par les Cubains en Afrique pourrait empêcher «une normalisation possible des relations» entre Washington et La Havane. . Dans le cadre des efforts faits par les Américains depuis 17 ans pour étrangler cubaine, c'était la menacer ouvertement d'un renforde l'embargo commercial américain et donner le feu vert aux complots de la CIA pour renverser le gouvernement cubain en assassinant Fidel Castro.

Un certain nombre de proches de Carter, au plus haut niveau, désignèrent également Cuba à la vindicte publique. Andrew Young, représentant de la Maison-Blanche aux Nations-Unies accusa le 4 décembre 1977 l'action cubaine en Afrique

Afrique

Jimmy Carter,

d'être une sorte « de nouveau colonialisme» contribuant à «la destruction et au chaos en Afrique». Deux jours après, parlant aux Nations-Unies, il essaya de faire porter aux Cubains la responsabilité de la politique de répression de certains Etats africains.

Pour donner à ces accusations une apparence «factuelle», le conseiller national de Carter à la Sécurité, Zbigniew Brzezinski, fit connaître en novembre une étude détaillée visant à donner un tableau précis de la présence civile et militaire des Cubains dans 16 pays d'Afrique. Les chiffres les plus élevés concernaient l'Angola où le personnel militaire était évalué à 19 000 personnes et les conseillers civils à 4000.

Les éditeurs de l'influent New York Times participèrent à cet effort. Ils publièrent, entre autres, une carte basée sur le rapport du Conseil national de sécurité, à la «une» de leur édition du 7 novembre. L'opération anti-cubaine de la Maison-Blanche, mise sur pied au début de février 1978, se concentra surtout sur l'aide de La Havane au régime éthiopien.

Des «officiers des renseignements», anonymes, déclarèrent qu'il y avait des pilotes cubains en Ethiopie et qu'ils lançaient des raids de bombardement contre les forces érythréennes d'indépendance et contre des unités somalies dans la partie éthiopienne du désert de l'Ogaden où des guérilleros somalis et des troupes somaliennes régulières combattent les Ethiopien pour obtenir le contrôle de cette region. Les pilotes cubains dont ils dénonçaient la présence en Ethiopie, seraient si nombreux, qu'en fait il faudrait recourir à des pilotes soviétiques pour les remplacer dans la défense aérienne de Cuba elle-même !

Le 24 février, dans deux articles différents, Brzezinski et le représentant du Département d'Etat, Hodding Carter III, expliquerent qu'il y avait environ 10 000 soldats cubains en Ethiopie. Brzezinski déclara que les Cubains étaient «ungagés dans des actions de combat» et organisés en deux brigades d'infanterie et une brigade mécanisée. Il affirma également qu'un général soviétique était «au commandement direct» des troupes éthiopiennes dans la région de Harar, ville des plus importantes à la frontière de lOgaden.

Au début de mars, le secrétaire d'Etat Cyrus Vance, déclara que le nombre total des militaires cubains atteignait 35 à 37 000 pour l'ensemble de l'Afrique.

Le plus important quotidien capitaliste des Etats-Unis prit une part active dans cette campagne. Le New York Times, dans son éditorial du 5 février, accusa les Cubains «d'être des instruments au service des projets impérialistes des Soviétiques» et «la première force intercontinentale de mercenaires du monde».

Les éditeurs du Wall Street Journal suivirent le mouvement le 23 février en traitant les Cubains et les Soviétiques, de «troupes de choe», profitant de l'occasion pour réclamer un accroissement du budget militaire américain. LE CHANTAGE AMERICAIN

La tentative de l'administration Carter de faire naître l'hystérie à propos des activités cubaines en Afrique ne s'inscrit pas sur un nouveau terrain. C'est une simple reviviscence des craintes suscitées par l'administration républicaine

Page 19

Hailé Mariam, dut concéder que des protestations de Carter contre pendant la guerre civile de 1975-76 en Angola. A cette époque, le président Gerald Ford condamna Castro comme «hors-la-loi international» et qualifia son gouvernement de «régime d'agression». Le «crime» de Castro était d'avoir répondu à un appel à l'aide des Angolais pour écraser une invasion militaire montée par le gouvernement raciste d'Afrique du Sud. Comme il l'a déjà fait depuis de nombreuses années, le gouvernement cubain a réaux pressions et à l'intimidation américaines en refusant de concéder une parcelle de ses droits à la souveraineté sur ses propres affaires intérieures et extérieures.

Défendant les droits souverains de son gouvernement, Castro déclara le 6 décembre :«Si on veut lier une solution au problème des relations américano-cubaines au contexte africain, la restauration de ces relations ne progressera pas. Nous ne sommes prêts à aucune sorte de compromis sur cette question» .

Il fit également remarquer que le nombre estimé par l'administration US des militaires cubains en Afrique était exagéré et que dans certains des pays cités par Washington, comme la Libye ou Ouganda, il n'y avait aucune mission militaire cubaine.

Dans son reportage du 14 février, Marcel Niedergang, envoyé du Monde à La Havane, indiquait que les derniers chiffres publiés par les services de Carter sur le blablement exagéré. Selon certains officiers cubains, écrivait-il, l'aide cubaine au régime étiopien ne comprenait pas «l'envoi d'un grand nombre d'unités de combat en Ethiopie».

Cependant, Ramon SanchezParodi, la plus haute personnalité officielle cubaine à Washington admit, le 14 février, qu'il y avait quelques unités cubaines en Ethiopie. «Nous n'agissons pas comme un corps expéditionnaire», dit-il, «mais comme conseillers, techniciens et soldats».

Le 2 mars, le chef d'Etat éthiopien, le Lieutenant-colonel Mengistu quelques Cubains servaient avec des troupes éthiopiennes dans la zone des combats : «Les Cubains, qui sont bien connus pour répandre leur sang en tout temps et en tout lieu dans des combats justes et pour la sauvegarde des principes, sont aux côtés des forces de défense du peuple éthiopien sur le front des combats.»

Parlant à La Havane le 24 décembre devant l'Assemblée nationale du pouvoir du peuple, Castro remarqua que Washington exagérait la présence cubaine en Afrique «dans l'intention évidente d'exercer un chantage».

Il continua en ces termes : «Même si le gouvernement US s'embarquait dans une politique de chantage et de pressions contre nous, en maintenant son blocus, comme une arme ignoble et criminelle contre notre peuple; s'il croit que pour améliorer nos relations, notre peuple doit abandonner ses principes, trons maintenant contre le sixième.» WASHINGTON ET L'AFRIQUE

Castro fustigea l'hypocrisie des accusations Washington :«De quel droit les USA parlent-ils des troupes cubaines en Afrique ? Quel droit a-t-il, ce pays dont les troupes sont sur tous les continents, qui a, par exemple, plus de 20 bases militaires aux Philippines, des douzaines de bases à Okinawa, au Japon, en Asie, en Turquie, en Grèce, en RFA, en Europe, en Espagne, en Italie et partout ailleurs ? Au nom de quelle morale les USA peuvent-ils utiliser l'argument de la présence de nos soldats en Afrique alors que leurs propres troupes stationnent de Torce sur le territoire panameen, occupant une partie de ce pays ? Au nom de quoi les Etats-Unis peuvent-ils parler de nos troupes en Afrique alors que les leurs sont stationnées ici même, sur notre propre territoire national, à la base de Guantanaто ?»

Castro aurait pu aussi facilement montrer la nature mensongère

«l'ingérence» en Afrique en citant les exploits de Washington lui-même dans cette contrée.

C'est l'impérialisme américain qui pendant de longues années a soutenu les efforts des colonialistes portugais pour conserver leurs «territoires d'outre-mer» en Angola, en Mozambique et en Guinée-Bissau. C'est Washington et ses alliés européens qui ont fourni une aide militaire et économique considérable au régime raciste de la minorité blanche d'Afrique du Sud. Pas plus tard qu'en octobre dernier, juste avant que ne s'élèvent les accusations contre Cuba, Carter mit, par Andrew Young interposé, son veto aux sanctions économiques proposées aux Nations Unies contre le régime d'apartheid.

C'est l'administration Carter qui a approuvé tacitement le pont aérien français transportant 1500 hommes de troupe marocains au Zaïre au début de 1977 pour aider à écraser un soulèvement dans la province de Shaba. Carter n'a pas non plus condamné l'existence de bases militaires françaises au Sénégal et à Djibouti, ni la présence de dizaines de «conseillers» militaires français dans d'autres pays d'Afrique ni les récents raids de bombardiers français contre les combattants de l'indépendance Sahraouis.

En Ethiopie même, Carter a passé sous silence la fourniture massive par Washington d'une aide militaire au gouvernement central d'Addis-Abeba pendant plus de 20 ans, sous le régime de Sélassié comme sous l'actuelle junte militaire «socialiste». De 1954 à 1977, cela fait environ 350 millions de dollars d'armes américaines et à certains moments, il y a eu jusqu'à 6000 «conseillers» US.

Même après la forte réduction de l'assistance américaine, au début de 1977, des policiers d'Allemagne de l'Ouest continuèrent à conseiller le régime éthiopien et des experts israéliens en contre-insurrection l'aidèrent dans son effort de guerre contre les Erythréens, les Somalis et d'autres nationalités opprimées. Il a été dit que l'assistance israélienne était accordée, de fait, avec les encouragements américains.

Page 20

1) MPLA : Movimiento Popular de Libertaçao de Angola (Mouvement populaire de libération de l'Angola).

2) FNLA : Frente Nacional de Libertaçao de Angola (Front national de libération de l'Angola).

3) UNITA : Uniao Nacional para Independencia Total de Angola (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola).

Le fait est que pour un grand nombre de raisons, Washington favorise le maintien des frontières actuelles de l'Ethiopie, dans la mesure du possible. Mais au vu de l'instabilité de la junte éthiopienne et de son échec à contenir jusqu'ici l'agitation de masse dans le pays, Washington a choisi pour le moment de maintenir ses liens directs avec Addis-Abeba au niveau minimum.

Dans ce contexte, la condamnation sévère portée par Carter contre les activités cubaines peuvent être vues largement comme un effort pour justifier et couvrir l'intervention propre de Washington sur ce continent et comme un prétexte pour renforcer la pression contre Cuba.

Mais en même temps, ces clameurs trahissent une certaine inquiétude au sujet des interventions de Castro et une incertitude quant au moment et à l'endroit où les forces cubaines vont apparaître la prochai-

Cela se reflète dans le ton des avertissements de la Maison-Blanche à La Havane qui a été beaucoup plus tranchant que pour ceux émis à l'intention de Moscou. Dans une dépêche en provenance de Nairobi, au Kénya, le correspondant du New York Times, Michael T. Kaufman reportait que beaucoup de diplomates occidentaux et africains pensent que l'engagement de Cuba en Ethiopie «souleve des craintes peut-être hors de proportion avec le rôle militaire présent ou potentiel de Cuba». CUBA EN AFRIQUE

Ce souci de l'impérialisme date pour une part des débuts mêmes de la révolution cubaine.

Dans le contexte des attaques directes de la CIA et du Pentagone contre le nouvel Etat ouvrier cubain, tel que l'embargo commercial et l'invasion avortée de la Baie des Cochons en 1961, la direction cubaine comprit que le plus sûr moyen de défendre la révolution était de l'étendre en Amérique latine. A cette fin, Castro et Che Guevara soutinrent matériellement et politiquement les révolutionnaires dans les autres pays latino-américains en défiant ouvertement Washington.

Malheureusement, la méthode de lutte que Guevara et Castro poussèrent leurs compatriotes à suivre - la guerre de guérilla - était par nature totalement inefficace. Ils n'adoptèrent pas une stratégie léniniste de construction de partis révolutionnaires enracinés dans les masses et capables de les conduire au pouvoir. Le résultat de leurs efforts fut l'échec et Guevara lui-même fut tué en Bolivie en 1967 au cours d'une campagne de guérilla.

Cependant, ces efforts engendrèrent chez les impérialistes américains de vives alarmes. L'engagement cubain en Afrique commença également pendant cette période. Cuba aida de nombreuses luttes anti-impérialistes, parmi lesquelles celle d'Algérie, du Mozambique, d'Angola et de Guinée-Bissau. Le commandant Pedro Rodriguez Peralta, aujourd'hui membre du Comité central du Parti communiste de Cuba, fut emprisonné par les colonialistes portugais pendant plusieurs années pour avoir participé aux luttes de libération.

Dans l'ancien Congo belge (aujourd'hui Zaïre), Guevara se joignit lui-même à la guérilla dirigée par le Conseil national de la révolution de Gaston Soumaliot qui luttait contre le gouvernement de Moise Tschombé. Guevara resta au Congo d'avril à décembre 1965.

En République de Guinée, une unité cubaine aida à repousser, en 1970, une invasion de mercenaires soutenue par les Portugais.

Dans de nombreux pays africains, La Havane a fourni une aide médicale, industrielle, culturelle et agricole. « En fait», écrivait David B. Ottaway dans le Washington Post du 5 janvier, «Cuba, avec une population de moins de 10 millions d'haprobablement, à l'heure actuelle, davantage de médecins, de personnel médical et de techniciens à l'Afrique que les EtatsUnis avec leurs 200 millions d'habitants.»

L'opposition de Cuba à l'intervention impérialiste en Afrique a atteint un haut niveau en octobre 1975, lorsque des milliers de soldats cubains furent envoyés en Angola pour aider le MPLA (1) à repousser une intervention directe des troupes sud-africaines aux côtés du FNLA (2) et de PUNITA (3). Ce faisant, La Havane défiait à nouveau les impérialistes américains qui soutenaient l'intervention sud-africaine et qui étaient impliqués dans une intervention camouflée de la CIA.

L'aide matérielle cubaine (et soviétique) au MPLA fut décisive pour lui permettre de vaincre l'agression sud-africaine et pour résister aux pressions de Washington. L'échec de cette opération commune américano-sud-africaine eut pour conséquence de pousser les masses du Zimbabwe, de Namibie et d'Afrique du Sud même à redoubler d'efforts pour en finir avec la domination blanche dans leur propre pays. LA POLITIQUE ETRANGERE CUBAINE

Mais l'engagement cubain en Angola a aussi des côté négatifs. En dépit de son discours radical, le MPLA est une force pro-capitaliste. Les Cubains n'ont rien dit sur sa politique néocolonialiste et l'ont en fait aidé à garder une couverture «gauche». Ils n'ont pas non plus critiqué les attaques du MPLA contre la classe ouvrière ni la répression menée contre les maoïstes, les trotskystes et d'autres courants politiques critiques envers le régime du MPLA. Les Cubains ont aidé à l'entraînement de la police et de l'armée du MPLA.

Ces aspects négatifs de la politique étrangère de Cuba remontent également à un grand nombre d'années en arrière. Par exemple, avant le coup d'Etat militaire au Brésil en

Page 21

4) «Ethiopie : Une révolution ignorée», est paru sous forme d'articles successifs dans les numéros des 22 et 29 janvier, 5 et

12 février de l'édition hebdomadaire en anglais de «Granma», l'organe du Comité central du Parti communiste de Cuba.

1964, La Havane adopta une attitude favorable au régime bourgeois populiste dirigé par Joao Goulart.

La Havane prit une position semblable envers le régime d'Allende au Chili et de la junte militaire péruvienne de Velasco Alvarado, ainsi qu'envers un certain nombre de régimes africains.

Plus récemment, le gouvernement castriste a fait des commentaires particulièrement élogieux sur la junte militaire éthiopienne, le Derg, et sur Mengistu, son président.

A la suite d'une visite en Ethiopie en mars 1977, Castro déclara qu'il y avait une «profonde révolution» en Ethiopie et que les dirigeants militaires «ont fait une révolution antiféodale œuvrant dans le même temps pour le socialisme». Il qualifia Mengistu de «véritable révolutionnaire».

Raul Valdès Vivo, membre du Secrétariat du Comité central du Parti communiste de Cuba décrivit dans un livre récent le processus éthiopien comme «une révolution du peuple, une révolution de masse, spontanée, à laquelle les forces armées donnent une direction en l'absence d'un parti ou d'une direction révolutionnaire». Il fustigea les mouvements de libération nationale érythréen et somalien comme «des forces sécessionnistes encouragées par la réaction arabe et l'impérialisте» (4).

La junte éthiopienne a pris des mesures limitées contre l'impérialisme, telles que la nationalisation de quelques compagnies possédées par les impérialistes et la fermeture de certaines installations US. Mais cela ne fut accompli que sous une considérable pression des masses et resta dans le cadre d'une politique fondamentalement pro-capitaliste, malgré ces pressions. Le cours général de la junte est opposé à celui qui mena à la victoire la révolution cubaine.

Bien qu'il se proclame partisan du «marxisme-léninisme», Derg a interdit les grèves et a pris d'autres mesures contre la classe ouvrière. Il a également cherché à supprimer toute opposition ou toute critique régime, qu'elles viennent de droite ou de gauche, par des mesures extrêmement répressives.

La politique du Derg est particulièrement réactionnaire dans ses efforts pour maintenir l'actuel Etat éthiopien dans lequel les Amharas lis et les autres nationalités opprimées luttent contre cette domination amharique depuis des années.

Les impérialistes et leurs alliés arabes peuvent bien manoeuvrer pour marquer des points auprès des Erythréens et des Somalis, mais c'est dans l'intention de contenir leurs luttes. Washington craint lui aussi une fragmentation de l'Etat éthiopien, car une victoire érythréenne ou somalie encouragerait les peuples opprimés d'autres pays.

Quelles que soient leurs intentions, le soutien politique et matériel des Cubains au Derg ne fait pas avancer les luttes de classe ou de libération nationale dans la corne de l'Afrique. Qui plus est, leur peinture positive de la junte aide celle-ci à maintenir son image radicale et sème la confusion chez les révolutionnaires. L'INQUIETUDE DE WASHINGTON

Cependant, l'administratior cubaine est inquiète de l'engagement cubain dans la corne de l'Afrique. En premier lieu, cette présence peut entraver les efforts de Carter pour manoeuvrer entre les différents régimes et forces en présence. De plus, dans la lignée des proclamations du Département d'Etat qui clame que les Cubains agissent en tant que substituts des Soviétiques, Washington peut craindre que cet engagement n'aide Moscou à accroitre son influence diplomatique.

Vu l'agitation qui règne dans toute la Corne et les soudains changements d'alignement internationaux qui s'y produisent, il n'est pas exclu qu'un prochain tourant dans la situation mettent les forces cubaines directement aux prises avec les intérêts américains.

Dans la période actuelle d'agitation de masse de tout le continent, les impérialistes craignent que les forces cubaines ne servent à catalyser d'importants bouleversements.

Le Département d'Etat lui-même a exprimé cette crainte. Le 17 novembre, un de ses représentants déclarait : «Nous croyons que la présence d'un grand nombre de Cubains en Afrique aura obligatoirement un rôle déstabilisateur et qu'elle est une menace pour la paix en Afrique». Les craintes suscitées par la présence cubaine en Afrique - et le but, poursuivi depuis lontemps, de renverser les acquis de la révolution cubaine elle-même - inclinent Washington à renouer avec une politique de force. Cela fut le cas au moment de la campagne menaçante du Président Ford contre l'engagement cubain en Angola. A l'époque, le Pentagone avait indiqué qu'il envisageait un blocus naval et aérien de Cuba et même l'éventualité d'une attaque aérienne. De telles menaces n'ont pas encore été publiquement proférées par Carter, mais le Christian Science Monitor, qui entretient d'excellentes relations avec le Département d'Etat écrivait dans son numéro du 27 février que plusieurs «contre-mesures» étaient en discussion à Washington.

Dans la corne de l'Afrique elle-même, il y a eu de sérieuses menaces d'intervention militaire directe de l'impérialisme. Au début février, deux navires de guerre US furent envoyés dans la mer Rouge au large des côtes de l'Erythrée comme démonstration de force. Et le 27 février, l'ambassadeur français aux Etats-Unis a averti que des troupes «protégeraient» l'ancienne colonie française de Djibouti qui a des frontières communes avec l'Ethiopie et la Somalie.

Ces dangers d'intervention impérialiste en Afrique - et contre Cuba - ne doivent pas être négligés. Tous ceux qui s'opposent à l'agression américaine doivent rester vigilants.

Une erreur sur cette page ?