Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PHILIPPINES

Aquino contre le mouvement ouvrier

· Inprecor n° 260, 29 février 1988 · p. 11-12 · 1 349 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Philippines et Asie du Sud-Est Syndicalisme

L'ACTION SYNDICALE a pu se déployer plus librement après la pour le droit à l'existence. Selon le KMU (Kilusang Mayo Uno ou

Mouvement du Premier Mai), de la victoire d'Aquino, la nouvelle présidente, au putsch manqué du 28 août 1987, 46 ouvriers ont ont été blessés et 263 arrêtés. Durant les derniers mois de l'année

1987, la politique du régime s'est notablement durcie sur le front héritées de la dictature. Elle brandit aujourd'hui cette "légalité", héritée de Marcos, pour s'attaquer frontalement aux syndicats

PHILIPPINES

Aquino contre le mouvement ouvrier chute de la dictature Marcos en février 1986, aux Philippines.

Mais la situation n'a pourtant jamais été facile pour un mouvement ouvrier qui doit combattre quotidiennement été tués à l'occasion de conflits du travail, 10 ont "disparu"

social, comme dans les autres domaines.

Corazon Aquino n'a jamais abrogé les lois anti-syndicales militants et indépendants.

Paul PETITJEAN

UX PHILIPPINES, la compas-

A sion présidentielle profite d'abord aux riches. Lors d'un discours, devenu fameux, prononcé le 20 octobre 1987 devant une assemblée d'hommes d'affaires, Corazon

Aquino a certes promis que les nids de poules seraient comblés dans les rues de la capitale et que les ordures seraient ramassées sous huitaine. Les pauvres comme les moins pauvres auront apprécié l'effort consenti. Mais elle a surtout dénoncé — et très brutalement - l'action ouvrière, promettant de disperser de force les piquets de grèves bloquant "illégalement"

l'accès des entreprises. Les 1 300 patrons réunis dans le cadre luxueux du Manila

Hôtel n'ont pas compté leurs applaudissements.

Grève nationale

C'était la réponse de la présidente à la semaine de grève organisée nationalement du 12 au 16 octobre. Ce mouvement était largement unitaire, organisé par le Conseil consultatif du Travail (LACC) qui regroupe plusieurs centrales. Alors que le

KMU a soutenu le mouvement pendant 5 jours durant, la confédération la plus modérée, le Congrès des syndicats des Philippines (TUCP) a dû elle-même se joindre à l'action en fin de semaine. Les syndicats réclamaient une augmentation générale de 10 pesos (soit 3 francs) du salaire quotidien. Contrairement à ce qui s'était passé en août dernier, les transports ne se sont pas engagés dans la grève, pas plus que les fonctionnaires.

Mais le mouvement a été important dans l'industrie. Le premier jour, de 350 à 400 entreprises et environ 250 000 travailleurs ont été touchés (1), le chiffre des entreprises concernées dépassant probablement les 1 000 en fin de semaine.

Cette grève générale a été organisée alors qu'une véritable campagne anti-syndicale se poursuit dans le pays. Le ministère du Travail et de l'Emploi (DOLE) a renforcé ses liens avec l'appareil militaire, depuis le mois de septembre, en vue d'assurer la formation "d'une brigade de policiers et de personnel militaire spécialement entraînée pour s'opposer aux piquets de grève" (2).

Ernesto Herrera était le président du TUCP sous la loi martiale, quand cette confédération était très officiellement reconnue par le régime Marcos. Il est aujourd'hui sénateur. Il a réclamé le renforcement des mesures répressives contre le mouvement ouvrier combatif : arrestations de militants et retrait de l'enregistrement légal des syndicats coupables d'actions de "déstabilisation" (3). Président de la Commission du Travail du Sénat, il est chargé d'enquêter sur les organisations ouvrières suspectes d'action sub-

Le "complot politique"

Car telle est bien l'accusation qui doit justifier toutes les répressions : subversion. Corazon Aquino elle-même, dans son discours du 20 octobre, a repris ce thème éculé du "complot politique": "Je ne permettrai pas qu'une minorité illégale utilise la législation du travail destinée à améliorer la condition ouvrière, pour parvenir à une victoire du communisme. Le chemin du pouvoir c'est le vote, pas la grève" (4).

Il n'est pourtant pas besoin d'en appeler à un complot communiste pour comprendre pourquoi, à l'automne 1987, les ouvriers philippins luttent. Après plusieurs années de récession et de stagnation, l'économie du pays a connu, en 1987, une croissance de plus de 5 %. Le niveau de vie des travailleurs n'a pourtant pas cessé de chuter. En juillet 1987, le salaire nominal des ouvriers d'industrie n'avait augmenté que de 1,5 % par rapport à 1984 ; le salaire réel avait officiellement baissé de 15,4 %. Le salaire nominal des ouvriers agricoles avait augmenté pour sa part de 1,15 % et leur salaire réel avait baissé de 7,13 % (5).

Le salaire minimum officiel n'est souvent pas respecté par les patrons. Il ne représente pourtant qu'à peine plus de la moitié de ce qui est nécessaire pour faire vivre une famille de 6 personnes juste au-dessus du niveau de pauvreté absolue. La situation sociale d'ensemble se dégrade, comme en témoigne la prostitution et le travail des enfants. Selon une étude du Bureau de la main-d'œuvre des jeunes et des femmes (BWYW), le nombre des enfants employés dans l'industrie et l'agriculture augmente et atteindrait les 5 à 7 millions. Le salaire quotidien d'un adulte devrait être aujourd'hui d'environ 60 pesos dans l'industrie (soit 18 francs). Selon les données récoltées par le BWYW, un enfant employé à coudre, gagne 16 pesos (soit moins de 5 francs), ou 13 pesos (4 francs) comme poseur de boutons, 12 pesos comme fronceur et 5 pesos (1 franc 50) comme plieur magasinier. Nombre des enfants qui travaillent dans l'agriculture ne reçoivent aucun salaire propre, l'employeur considérant qu'ils aident simplement leurs parents (6).

Un patronat de combat Les travailleurs philippins doivent bien souvent faire face à un patronat de combat qui se soucie fort peu de respecter les droits humains et les droits légaux des travailleurs — et à une administration activement complice des capitalistes. Même si le pouvoir consent à une augmentation nominale de 10 pesos du salaire minimum, il n'est pas prêt à envoyer sa police contre les nombreux patrons qui n'ont jamais tenu compte du plancher légal des rémunérations. L'attention des "forces de l'ordre" est réservée aux non-possédants.

Alors qu'elle appelait la police et l'armée à briser les piquets de grève "illégaux", Corazon Aquino s'est contentée d'en appeler aux bons sentiments de ces

1) Selon Philnews, 344 entreprises ont été paralysées dans le pays à cette occasion dès le 12 octobre. Les revendications ouvrières ont été acceptées par la direction dans au moins 9 cas, dont Asia Brewery, Magnolia (Laguna) et Philsteel Solidaridad II, vol. 11, nº4 Oct-Dec 1987, p. 9. Des chiffres plus importants sont donnés ar ailleurs

2) Jose Galang, Summer of discontent", Far Eastern Economic Review 15 octobre 1987, p. 77.

3) Solidaridad II , op. cit.

4) Corazon Aquino, "Speech before businessmen at the Manila Hotel", 20 octobre 1987, Chronology of Events, n° 38, octobre 1987, p. 11

5) Chiffres de Jose Galang, Far Eastern Economic Review op. cit.

6) Business World , 28 décembre 1987, p 2. Chronology of Events n° 40, décembre 1987, p. 6.

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INCREASES patrons qui ne respectent pas les droits légaux des travailleurs. Devant les 1300 hommes d'affaires réunis au Manila Hôtel, la présidente a brièvement prêché la charité chrétienne: "Notre classe laborieuse est très pauvre et sa vie est vraiment difficile. Je suis étonnée par la façon dont ils survivent. Je vous demande de fouiller vos têtes et vos cœurs, et même vos poches, pour partager avec nos frères et sœurs travailleurs les bénéfices que vous faites. Les travailleurs ont autant de droits que vous. Mais en fin de comptes ce qui en sortira ce n'est pas tant le renforcement mutuel des droits que l'engagement réciproque de croître ensemble dans la prospérité". Réaliste, Sainte Cory note qu'il ne s'agit là que d'une "vision" du futur. En attendant: "notre politique est claire depuis le début : c'est la croissance qui a la priorité" (7). Et tant pis pour les droits du travail.

Le mouvement ouvrier philippin sait, quant à lui, qu'il doit compter sur sa propre lutte plutôt que sur le sens moral et la confraternité humaine manifestés par les patrons ! 1988 sera une année très importante pour préserver et consolider les gains enregistrés ces dernières années par le syndicalisme militant philippin.

8 février 1988

7) Corazon Aquino, op. cit, p. 11-12.

NO TO OIL

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PRICE HIKE

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YES TO pan

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WAGE

YEREASE

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