Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PHILIPPINES

Une banlieue ordinaire

· Inprecor n° 260, 29 février 1988 · p. 12-16 · 3 424 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Philippines et Asie du Sud-Est Syndicalisme Femmes

NOUS PUBLIONS CI-DESSOUS un reportage réalisé en août 1987 dans la grande banlieue de Manille. Il éclaire ce qu'est la situation ouvrière aux Philippines et dans quelles difficiles conditions les militants syndicaux doivent poursuivre leur combat revendicatif. Il présente une expérience originale de coordination locale intersyndicale.

Paul PETITJEAN

U NE FORET DE PARAPLUIES,

sous un lampadaire falot. Un militant parle dans le mégaphone. C'est une réunion syndicale, Camarin, dans les confins du Grand Manille.

Localité d'environ 5 000 habitants, Camarin est aujourd'hui intégrée à l'immense zone urbaine de la capitale des Philippines, tout juste, du moins. On se croirait plutôt dans un petit bourg provincial. Des carabaos, les buffles d'eau philippins, déambulent paisiblement. Plusieurs entreprises, petites et moyennes, sont implantées là, du côté ville comme du côté champs.

Island Biscuit produit de la pâtisserie industrielle et emploie environ 500 travailleurs, à 95 % des femmes. Le cadre syndical qui parle est un homme. La présidente du syndicat est une ouvrière. A de rares exceptions près, comme celle de l'usine Philippine Belt, qui produit des courroies de transmission et où les travailleurs sont à 80 % des hommes, la classe ouvrière industrielle de Camarin est féminine.

Un enjeu d'importance

La réunion a pour objectif de discuter de la Convention collective (CBA) de l'entreprise Island Biscuit. L'orateur fait le point des négociations en cours. Elles sont difficiles mais l'enjeu est important. Là où il existe, le CBA détermine les conditions de travail, de rémunération et de représentation. Renouvelé tous les 3 ans, il donne lieu à consultation électorale. Le syndicat qui l'emporte, dans l'hypothèse où il y a plusieurs organisations dans l'entreprise, sera le seul à être reconnu légalement pour les 3 ans à venir. L'ensemble des travailleurs réguliers cotiseront alors automatiquement à sa caisse et seront officiellement considérés comme ses membres par l'administration du travail. Cette procédure est dangereuse quand des syndicats jaunes, avec l'aide de la maîtrise, emportent les élections. Mais elle garantit aussi aux syndicats militants qui s'imposent une assise organisationelle et financière: "Tous les travailleurs bénéficient des clauses de la CBA obtenues grâce à l'action syndicale, il est normal que tous cotisent", note un militant.

L'obtention d'une CBA représente donc bien souvent un moment particulièrement important des luttes syndicales, le point d'aboutissement d'un long travail de mobilisation. C'est particulièrement le cas ici : cela fait 10 ans que l'usine fonctionne et c'est la première fois qu'une CBA est négociée ! Le syndicat lui-même n'existe que depuis 1986.

Un véritable "parrain"

Le travail d'organisation n'est pas facile. Il faut lutter contre le patron qui ne voit pas d'un bon œil la constitution du syndicat; il a fallu faire grève. Il faut combattre la "propagande noire" organisée par la maîtrise pour démoraliser les ou-

Page 13

vriers et isoler les militants. Il faut enfin surmonter tout un héritage psychologique qui, trop les travailleurs là où il n'y a pas de longue tradition de lutsoumission" rend l'autorité du sudifficile à rejeter. Il me, 9 ans pour voir entreprise qui n'avait pas d'organisation ouvrière. Le patron est connu comme

"C'est un véritable 'parrain' capitaliste. Il soigne son image, donne de l'argent aux écoles et aux œuvres de sa communauté locale, mais traîte les ouvriers de son entreprise comme des esclaves". Le salaire minimum n'est que de 37 pesos par jour, soit 46 pesos — moins de 14 francs (1) — en comptant l'allocation vie chère qui accompagne généralement la rémunération de base. Quand les carnets de commandes sont pleins, la maîtrise impose des journées de travail sans fin : les ouvrières ne peuvent sortir tant que le plan de production n'est pas rempli.

La nationalité du propriétaire de l'usine ? "Chinoise" — de Taiwan ou de Hong Kong ? "Non, des Philippines... nos chinois sont encore pires que les capitalistes

C'est un leitmotiv dans cette zone d'entreprises à (gros) capitaux nationaux. Pour une syndicaliste de Pioneer Texturizing Corp (la plus grosse usine du coin, avec 500-600 travailleurs), Camarin vit à l'heure du "capitalisme des hommes de main". La route qui mène à l'entreprise a d'ailleurs mauvaise réputation. Toute une portion n'est pas éclairée. On a retrouvé dans le fossé des corps anonymes, abandonnés. On surnomme l'endroit le "dépotoir pour disparus". Les dirigeants syndicaux ne s'y promènent jamais seuls, une

Les hommes de main

L'ombre de la répression est toujours présente. Le souvenir d'une visite dans un bidonville, en août 1986, me revient en mémoire. Le bidonville de Sauyo, pas très loin d'ici. 2000 familles de squatters sur 400 hectares. Nous avions demandé à des militants de Kadena (2), une organisation de jeunesse du courant national démocratique, ce qui avait changé pour les habitants depuis la chute de Marcos. La ré ponse était venue, rapide: "Rien, la vie n'a pas changé". Et puis après une pause, "si, une chose. Les gens ont moins peur. Il reste encore beaucoup à faire pour aider la population à s'organiser, ici. Avant, quand nous tenions un meeting, dans le centre du bidonville, il était illégal et les gens restaient chez eux. Grâce à la sonorisation que nous employions, ils écoutaient, mais discrètement. Les parois des habitations sont si fines que tout s'entend ! Aujourd'hui, ils sortent et se regroupent ouvertement au pied du manguier. Ils participent à la réunion, faisant connaître leurs opinions".

La peur s'était éloignée — il y a un an de cela, seulement. Elle revient maintenant, angoissante. Une tension permanente pour ces militants qui travaillent à découvert. Camarin n'est pas un point particulièrement "chaud", il y a bien pire Et pourtant la menace est là : les hommes de main.

La police n'est pas neutre

Face à un patronat de choc qui joue l'usure, les grèves s'éternisent souvent. C'était, en août, le cas à Pioneer Texturizing Corp. La signature de la CBA était l'occasion d'une importante épreuve de forces. Bien que meilleur qu'à Island Biscuit, le salaire restait encore en dessous du minimum légal. Après une dernière négociation marathon de 13 heures d'affilée, organisée au ministère du Travail, un accord est intervenu le 16 septembre 1987, à la suite d'un compromis entre le syndicat et l'encadrement. Cette convention collective inclut une augmentation du salaire de 10 pesos, la reconnaissance légale et la protection du syndicat, 22 jours payés par an pour congés maladie et vacances réunis, les hausses de salaires pour ancienneté sont définies, ainsi que d'autres mesures concernant notamment l'assistance médicale, les jours de disponibilité pour les responsables syndicaux, les conditions de travail. Ce n'est pas ce que voulait le syndicat, mais c'est un premier pas dans la lutte.

En août toujours, à ERA (E. R. Angeles), une usine de 70 travailleurs qui produit des briques et des tuiles, la grève dure depuis 5 mois, accompagnée d'un lock-out. Le patron veut éviter à tout prix la reconnaissance du syndicat. Les ouvrières luttent pour l'obtention d'une CBA acceptable. La rémunération est ici de 35 pesos par jour; elles demandent une aug mentation de 19 pesos pour rattrapper le salaire minimum officiel que plus de la moitié des usines de la zone ignorent superbement. Lawman Indus500 travailleurs, est fermée depuis 1984. La grève avec piquets se poursuit donc depuis 3 ans. C'est un cas exemplaire quant à la façon dont les patrons tournent la loi — et quant à la façon dont l'administration les laisse faire. Ce conflit du travail a été présenté devant les tribunaux. Les syndicats sont allés jusqu'à la Cour suprême et ont obtenu gain de cause. Ordre a été donné au Dole de faire appliquer la décision de justice. Le patron a simplement changé le nom de son entreprise, et toute la procédure administrative a dû reprendre. Lawman est devenu Libra Garment, puis Dolphin Entreprise. Elle s'appelle aujourd'hui Jade Garment. Une farce cyclique et tragique

Il n'est pas fréquent que la justice donne raison aux travailleurs plutôt qu'aux patrons. Pour une fois que cela arrive, rien n'a été fait en pratique. "Dole, ce n'est pas le ministère du Travail", ricane un syndicaliste de Lawman, "c'est le ministère de la Maîtrise". Un ouvrier, Nolimo Pala, a été abattu le 27 août 1985. On sait par qui... mais les assassins n'ont jamais été inquiétés. La police non plus n'est pas neutre dans les conflits de classe.

de piquet de grève

Le président du syndicat de l'entreprise Galaxie, dans la localité proche de Novaliches, renchérit : "bien souvent, nos capitalistes sont tellement agressifs qu'ils préfèrent perdre de l'argent plutôt que d'accepter une organisation syndicale indépendante". Depuis plus de 2 ans, le piquet de grève bloque l'entrée de l'usine. Huit familles sont installées là, à demeure, sous des abris de bois, de tôle, de toile. C'est la seule façon de faire pression sur de tels patrons : interdire l'entrée des jaunes embauchés comme briseurs de grèves ; éviter que les machines, les véhicules, les sto-

1) Il faut environ 20 pesos pour faire un dollar américain ; un peso vaut donc aujourd'hui environ 30 cen times. Les équivalents en francs français varient avec le taux de change du dollar, mais ils donnent un ordre de grandeur utile.

2) Kadena (la "chaîne") est l'acronyme de Kabataan para sa demokrasya at nasyonalismo - — la Jeunesse pour la démocratie et le nationalisme.

Page 14

TITA CORY

PA

DONT PLAY WITH OUR LIVES! !

SA....:

Joker.goung a big JOKE LAPA cks ne puissent être évacués. Tels sont les piquets "illégaux" dénoncés si violemment par Corazon Aquino, l'arme du dernier recours pacifique pour des ouvriers, le dos au mur, face à un véritable capitalisme sauvage.

Corazon Aquino prône le libéralisme économique le plus radical, c'est-à-dire qu'elle veut libérer les patrons des contraintes administratives, réduire autant que possible le rôle de l'État. Refusant de légiférer en ce domaine, elle a renvoyé la réévaluation du salaire minimum au niveau de l'entreprise.

Une série de luttes s'est, en conséquence, ouverte dans les usines du pays. A Camarin, en août, cinq grèves devaient être soutenues simultanément par le réseau intersyndical local. Un poids énorme. Les fonds de grève se sont épuisés. Devant chaque piquet, des travailleurs collectent de l'argent, en permanence, jour après jour, faisant appel à la solidarité des passants et des automobilistes. Des piétons, des camioneurs, des passagers des Jeepneys (le principal transport en commun) versent. Les piécettes tintent en tombant dans la boîte de conserve qui sert à la collecte. Mais les sommes restent bien en-deçà des besoins.

Survivre

Le dimanche, les ouvriers se répandent dans la capitale, pour élargir les collectes en se rendant à la sortie des églises. Mais cela ne suffit toujours pas. Des travailleurs font de petits boulots ou se replient dans leur famille, à la campagne, en attendant que l'usine ouvre à nouveau. Il faut beaucoup d'énergie pour maintenir en activité les piquets de grèves nuit et jour, des semaines, des mois, voire des années durant. Les piquets deviennent des lieux sociaux. Les entreprises Lawman (pardon, Jade) et Pioneer sont voisines. Entre les deux piquets, protégés des intempéries par des bâches, une cuisine a été installée sous un auvent. Nous partageons le dîner des grévistes, du riz, un légume vert (du sayote), finement saupoudré de giniling (une viande hachée), le tout arrosé de l'inévitable renforceur de goût Aji-nomoto. Poisson, bon marché, et riz forment l'essentiel de l'ordinaire.

DANG. TUNAY rey Comprelenise nd a REFORM Un groupe culturel local, Makatao (3), contribue à animer les piquets. Il chante, accompagné à la guitare : Haranang Bayan, une chanson en "sérénade", pour la collecte des fonds de maison en maison ; Lupa, "Cette terre est nôtre"; Nagkakaisang Hanay "Formons les rangs de l'unité"), dans laquelle je reconnais brusquement la mélodie d'une vieille chanson du mouvement ouvrier allemand, devenue internationale ; Manggagawa leurs", et bien d'autres.

L'entraide intersyndicale et la solidarité locale font partie des réponses opposées par les militants de Camarin à l'intransigeance patronnale. Les syndicats de cette localité appartienent à des centrales différentes. Les entreprises Lawman, Phi-

ERA et VCA (V.C. Angeles, qui fait de la briquetterie, comme son usine sœur) sont rattachées au KMU (4). Pioneer et Island Biscuit appartiennent à la FFW (5). El Buen Asenso y Cia (qui pro duit des feuilles et sacs plastiques) et Norco Steel (qui assemble des corps de Jeepneys) sont dans le TUCP (6).

Un réseau militant

Cette coordination, établie entre un tel éventail de syndicats, constitue l'une des originalités de l'expérience poursuivie ici. Elle dépasse à l'occasion le seul cadre de Camarin. Le 23 août, un "forum" a été organisé à Novaliches, rassemblant près de 500 travailleurs de ces deux localités, en majorité des femmes. Des représentants d'usines en grève exposent la situation de leur mouvement. Le groupe culturel Makatao est là, ainsi qu'un groupe de

3) L'acronyme Makatao veut dire "humaniste"

4) Le Kilusang Mayo Uno (KMU) ou Mouvement du Premier Mai, a été fondé en 1980. C'est la centrale syndiale la plus militante. Les syndicats de Lawman et Philip ine Belt sont rattachés à la la fédération nationale de syndicats de travailleurs (NAFLU). ERA et VCA sont rattachées à la la Fédération nationale des travailleurs (NFL). Le KMU n'est affilié à aucune confédération mondiale. Il est reconnu par une série de fédérations nationales en Irlande, Australie, Nouvelle-Zélande, Italie, etc.

5) La fédération des travailleurs libres (FFW), organisée dans les années 50 par des jésuites américains, est rattachée à la Fraterité des syndicats asiatiques (BATU) et la Confédération mondiale des travailleurs (WCL), syndicats chrétiens.

6) Le Fédération nationale des syndicats philippins (TUCP) était la centrale syndicale reconnue par le régime Marcos. Elle est membre de la Confédération mondiale des syndicats libres (CISL).

jeune qui joue une satire théâtrale de la télévision, passant en revue les prévisions météorologiques en matière sociale. Des religieux, Paterson Menzon pour le centre syndical LMLC (7), des étrangers même, ainsi que Francisco Nemenzo pour l'organisation socialiste Bisig (8) apportent leur soutien aux grévistes. Ce forum donnait l'occasion aux travailleurs de la région d'affirmer ensemble une véritable solidarité ouvrière, à un moment où de difficiles luttes se poursuivaient à Camarin comme à Novaliches. C'était peut-être son aspect le plus important.

Un réseau de militant ouvriers, Kamao (9), joue un rôle particulièrement dynamique dans la localité de Camarin. Il vient du courant appelé aux Philippines "Soc. Dem.", ou SD, pour sociaux-démocrates. Contrairement à ce que ce nom pourrait laisser croire à des Occidentaux, il s'agit en fait d'un courant d'origine chrétienne. Kamao s'est progressivement radicalisé, de concert avec Krus - l'Union chrétienne pour le socialisme (10) - qui intervient dans la jeunesse, le secteur des pauvres urbains et le secteur industriel. Après avoir rompu avec le mouvement Social démocrate, des cadres de Krus ont participé à la fondation, en 1986, de Bisig.

Kamao intervient dans cinq zones du Grand Manille : Camarin, Novaliches, Mandaluyong, Marikina et Cainta-Taytay. Des militants de Bisig côtoient des indépendants et des militants de Pandayan (11), la gauche du courant social-démocrate, présent pour sa part surtout dans les deux dernières localités mentionnées. "Nous ne cherchons pas à entrer en concurrence avec d'autres mouvements", note un cadre de Kamao. "Nous cherchons surtout à élargir et consolider l'organisation de masse. A Camarin, aucun autre réseau militant n'est à même de remplir la tâche que nous nous assignons. Nous travaillons là avec des syndicats affiliés à plusieurs fédérations nationales. Ailleurs, il s'agit surtout de syndicats indépendants, ou qui ont rejoint pour l'instant le

Kamao a développé le concept d'alliances locales, intersyndicales et populaires, malgré l'opposition de diverses directions de fédérations qui se contentent d'assurer verticalement à leurs sections un appui légal dans les conflits du travail (à part quelques fédérations comme NAFLU qui contribuent aussi à l'éducation politique des ouvriers).

7) La Centrale ouvrière force des travailleurs (LMLC) a été créée en décembre 1986. Elle regroupe environ 40 000 membres. Paterson Menzon, un avocat, est son président. Elle comprend des syndicats et des fédérations indépendantes qui ne veulent actuellement rejoindre aucune des principales centrales existantes.

3) Bisig (le Bras) Union pour le développement de 1 héorie et de la pratique socialistes. Francisco Nemenzo es son président.

9) Kamao (le Poing) Alliance chrétienne des travailleurs nationalistes. Cette organisation a été fondée en 1983.

10) Krus (la Croix), mêlant l'orthographe tagalog (philippin) et l'anglais vient de Rassemblement chrétien pour le socialisme.

11) Pandayan (la Forge), soit Forger une vision des Philippines socialistes, se situe à gauche des deux groupes socio-démocrates "classiques", le PDSP (le Parti socialiste démocratique des Philippines) ou Forum philippin des idées de base).

Page 15

L'idée de base de Kamao est qu'il faut lier l'organisation du travailleur dans son entreprise et dans sa communauté de vie, au lieu de séparer systématiquement ces deux terrains d'action. L'objectif est de rassembler autour d'une même cause intersectorielle l'ouvrier, sa famille, ses amis et le voisinage de l'entreprise, de renforcer ainsi l'unité populaire et la puissance de la classe ouvrière. C'est un objectif difficile qui n'a pas encore été vraiment atteint. L'alliance bâtie à Camarin est centrée sur les usines de la localité. Elle n'englobe pas vraiment amis et voisins...

Développer la vie communautaire

Un travail communautaire existe pourtant à Camarin, notamment dans le dotreprises. Une militante m'explique que la Likas (12) se préoccupe avant tout des conditions sanitaires générales de la population laborieuse, de l'action préventive plus que thérapeutique, à l'encontre des orientations en vigueur dans les services de santé. Cette organisation cherche à combiner les apports de la médecine occidentale avec ceux de la médecine traditionnelle (les plantes) et orientale (l'acupuncture).

L'objectif est de constituer un service de santé coopératif. Des séminaires sur les conditions de travail dans les usines commencent à être organisés : des talakayan", à savoir "de petits groupes de discussion au sein desquelles les ouvrières et ouvriers examinent la situation qui est la leur. C'est l'occasion d'une prise de conscience. Il devient possible de faire connaître l'existence de lois, censées protéger les travailleurs mais presque jamais respectées par les patrons." Il faut encore étudier plus à fond les conditions concrètes d'existence, à l'entreprise comme dans la communauté, pour pouvoir agir efficacement. L'action n'en est qu'à ses dé-

"L'action engagée sur le terrain sanitaire comme sur celui du planning familial peut être l'occasion, en intégrant des données féministes, d'amorcer un mouvement femme. Les cadres syndicaux masculins se plaignent souvent de ce que leurs compagnes ne comprennent pas l'importance du travail qu'ils poursuivent. Mais les femmes sont généralement laissées à la maison et, de ce fait, ne peuvent développer pleinement leur personnalité. Nous essayons de constituer des noyaux femmes où leurs problèmes et leurs aspirations propres pourront être mieux définis"

Favoriser le développement syndical

Ce type de travail communautaire peut donc aider à organiser de nouveaux secteurs et à pénétrer dans les entreprises, là où il n'existe pas encore d'implantation syndicale effective.

"Nous voulons contribuer à forger une alliance entre ouvriers, pauvres urbains et paysans", explique un cadre de Kamao. "Nous sommes convaincus de la nécessité d'une solution socialiste à la crise, d'un projet socialiste pour la société. Dans cette perspective d'ensemble, nous voulons combiner une action syndicale re vendicative efficace à une capacité poli-

12) Likas ("Naturel") de la santé du peuple. se voyait prédire qu'il finirait par rece

Page 16

tique effective du mouvement ouvrier, dépassant ainsi l'opposition traditionnelle entre syndicats économistes et corporatistes, d'une part, et syndicats ultra-politiques de l'autre. Chrétiens, nous défendons une foi militante, inspirée de la théologie de la libération"

"Animant des 'alliances' locales, nous organisons aussi divers types de séminaires. Des séminaires de formation syndicale de base ou de spécialisation (sur les conventions collectives, etc.). Des séminaires d'éducation politique (analyse structurelle de la crise, étude comparative des idéologies...). Des séminaires d'éducation socialiste (les programmes minimum et тахітит, l'éthique socialiste, la ligne politique...)"

Image quotidienne

"Ces derniers temps, toutes nos énergies ont été captées par la vague de grève, mais nous espérons développer bientôt à nouveau ce travail de formation que nous pensons absolument indispensable. Malheureusement, nous manquons cruellement de ressources financières... La rupture avec le mouvement social-démocrate a coûté cher ! Les organisations agréées par les Soc. Dem. reçoivent en effet une aide financière, de la fédération syndicale chrétienne hollandaise CNV, par exemple. Celles qui n'ont plus l'heur de plaire se voient couper les fonds . Et pourtant, il y a tellement à faire...

Camarin est un coin très ordinaire des Philippines, en bordure d'une immense métropole urbaine de 6 ou 8 millions d'habitants, gonflée par l'exode rural. L'image quotidienne d'un horizon humain bouché.

La lutte est dure. Mais le fossé social entre possédants et non-possédants est si large, il laisse si peu d'espoir aux démunis, que les patrons risquent de payer un jour très cher leur arrogante brutalité présente. •

8 février 1988 Barry RAWLINSON ;

Une erreur sur cette page ?