Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TAHITI

Explosions en cascade

Inprecor n° 260, 29 février 1988 · p. 26-27 · 537 mots

Syndicalisme

Explositions en cascade

Trois explosions en Polynésie, en moins de trois semaines : deux d'origine nucléaire dont la dernière est la dixième depuis le début de l'année. Essais atomiques aux retombées radioactives encore inconnues mais dont on commence à mesurer l'ampleur des retombées sociales, syndicales et politiques, pour l'ensemble des Polynésiens.

La troisième explosion, d'origine sociale est d'une puissance jamais égalée jusqu'à présent à Tahiti. Elle s'est déclenchée le 23 octobre. Comme en Nouvelle-Calédonie, le pouvoir, provocateur, a fait donner la troupe contre des grévistes, initiative perçue par tous les observateurs comme démesurée au regard des causes du conflit dont la revendication première se réduisait à renforcer les équipes de dockers sur l'embarcadère de l'atoll de Mururoa. La population polynésienne, en solidarité avec les grévistes, s'est répandue en plein centre de Papeete pour y déclencher une véritable insurrection pendant une nuit entière. Cinq cents gardes mobiles ont été dépêchés sur les lieux, la plupart venant de Nouméa et de France, renforcés par deux cents légionnaires de Mururoa qui ont pris possession du port de Papeete. Le samedi 24 octobre l'état d'urgence a été décrété pour être levé le 6 novembre.

Mais les problèmes à la source du conflit ne sont toujours pas réglés, les dockers et les marins polynésiens sont encore en grève et se heurtent à une féroce répression. L'Assemblée territoriale a entériné le projet de création d'un service public de la manutention portuaire et, conséquence logique, un service minimum obligatoire en cas de grève. Dans un second temps, soixante-deux Polynésiens ont été inculpés, vingt-six d'entre eux sont passés en procès le 6 novembre. Les peines prononcées sont les peines maximales prévues pour chaque chef d'inculpation.

La "première fournée" s'est vue condamnée à un emprisonnement allant de quinze jours à deux ans, et chacun s'attend à ce qu'au cours de cette semaine d'autres peines, encore plus sévères soient prononcées. Voici le côté face de la répression, celle qui est à la "une" des journaux.

Côté pile, côté militaire, côté nucléaire, plus précisément dans le Centre d'expérimentation du Pacifique à Mururoa, la répression syndicale bat son plein contre les travailleurs polynésiens. Dans le centre, sous autorité militaire, les conditions de travail sont inadmissibles : dix à quatorze heures de travail supplémentaires par semaine, parfois vingt-quatre heures de présence d'affilée aucune récupération. Le personnel de Mururoa s'est mis en

Page 27

grève, la direction a décidé de sanctionner quinze des 125 grévistes du CEA dont deux sont des délégués du syndicat Aita I Mua. Ces Polynésiens de Mururoa ont été expulsés manu militari de l'atoll et, le ven-

Pons, ministre des DOM-TOM, annonçait qu'il n'y aurait plus de Polynésiens à Mururoa, mesure confirmée par la direction du CEA.

Dans un grand nombre d'entreprises en Polynésie, le Code du travail est systématiquement foulé aux pieds. A côté des problèmes sociaux et syndicaux criants, la mesure d'apartheid excluant tous les Polynésiens d'un emploi à Mururoa entérine une coupure définitive entre l'atoll, où la France forge les outils de sa puissance nucléaire, et le reste de la Polynésie. Cette décision du gouvernement français reflète crûment sa volonté de museler et de réprimer tous les mouvements sociaux, syndicaux et, avec encore plus de férocité. les mouvements indépendantistes qui voient leur audience s'élargir de

Une erreur sur cette page ?