ETATS-UNIS Jeunes, Irlandais et illégaux
On estime à environ 150 000 le nombre de jeunes qui ont quitté l'Irlande pour les Etats-Unis au cours des cinq dernières années, sans permis de travail, fuyant une économie en stagnation et un chômage de 20%, pour tenter leur chance et trouver une vie meilleure.
Ils viennent "en vacances" avec des visas de tourisme, exhibant aux fonctionnaires de l'immigration des billets de retour qu'ils revendent ensuite. Etrangers dans l'illégalité, ils vivent dans un no man's land, sans personne à qui faire confiance, craignant l'expulsion à chaque coin de rue.
Cet exode des jeunes Irlandais, vers l'Australie, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis est la plus grande vague d'émigration depuis celle de la Grande famine des pommes de terres (une maladie ayant détruit toutes les pommes de terre, aliment de base de beaucoup à cette époque) qui amena deux millions de personnes aux Etats-Unis entre 1845 et 1870.
Les clauses de la Loi d'amnistie sur la réforme et le contrôle de l'immigration de 1986 dite Lois-Simpson du nom de ses promoteurs, autorisent les immigrants illégaux, arrivés avant 1982, à demander le statut de résidents permanents. Mais la vague irlandaise n'a débuté qu'après cette date. Cette loi considèrant, en outre, comme un crime le fait d'embaucher sciemment ces illégaux rend encore plus difficile de trouver du travail.
Josephine, 27 ans, est originaire de Cork. Elle et son mari, maçon, sont arrivés à Boston il y a huit mois. Elle travaille comme secrétaire et elle n'a obtenu ce poste que parce que son patron n'avait rien compris aux nouvelles formalités.
"Ces deux derniers mois tout va de travers à cause des sanctions qui menacent les employeurs" dit-elle. "Au pays les gens pensent que nous gagnons des fortunes. Mais nous avons tous un loyer à payer et d'énormes notes de téléphone parce que nous aimons téléphoner à la maison. Mais ça vaut mieux que de retourner là-bas, où il n'y a rien du tout."
Parmi le nombre approximatif de 20 à 25 000 Irlandais sans papiers à Boston, des avocats expérimentés, nés à Dublin travaillent dans la construction. Quelques infirmières tiennent des bars au lieu de
Une jeune femme, interviewée dans un pub irlandais, diplômée de l'université en chimie, ne fait pas de recherche en laboratoire, elle sert à table et fait des ménages. "On a tout le temps peur, on ne sait jamais qui va vous dénoncer" pourtant, je ne peux m'imaginer retour-
Ces Irlandais clandestins ont mis en place leur propre réseau d'entraide. Ils recueillent des fonds pour organiser des actions en faveur d'une réforme des lois sur l'immigration, pour aider ceux qui ont des problèmes légaux, ceux qui ont d'importants frais médicaux sans assurance mala-
Il n'est pas inhabituel que de nouveaux arrivants - qui cherchent toujours du travail - doivent partager une seule pièce avec six autres personnes. Ils changent souvent de travail et de domicile de peur que le Service de l'immigration et de la naturalisation ne les retrouve.
Certains n'avaient jamais travaillé avant de quitter l'Irlande. D'autres sont exploités par les patrons ou les proprié-
"Pour chaque cas d'exploitation dont nous avons connaissance, il y en a litté ralement des milliers d'autres" dit un jeune Irlandais, légal, qui travaille dans le Mouvement pour la réforme de l'immigration irlandaise.
Ce Mouvement pour la réforme, groupe sans appartenance politique, a été lancé par des Irlandais sans papiers pour faire pression afin que les étrangers en situation illégale soient amnistiés et que les quotas d'immigration soient augmen-
1. La place du marxisme dans l'histoire, E. Mandel. 2 & 3. La révolution chinoise, P. Rousset. 4. Sur la révolution permanente. M. Löwy. 5. Lutte de classe et innovation de quel numéro). Tous à CER, 2 rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil, France.
tés pour les gens en provenance des 36 pays pour lesquels ils ont été réduits. Il explique que la loi de réforme de l'immigration de 1986 est une l'exploitation", ajoutant : "Les en dessous de table sont peu nombreux et difficiles à obtenir. Le patron sait que si vous partez, vous aurez beaucoup de mal à en trouver un autre." On vous dit : "Non, vous n'aurez pas d'augmentation. avez de la chance d'avoir un travail."