Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

L'Etat mercenaire

· Inprecor n° 260, 29 février 1988 · p. 6-7 · 2 119 mots

Palestine et Israël Iran Nicaragua Argentine et Chili

LES METHODES APPLIQUEES aujourd'hui par l'armée israélienne d'information alternative a rencontré Noam Chomsky, l'un des

ISRAEL

L'Etat mercenaire dans les territoires occupés ne sont pas chose nouvelle.

Mieux, producteur et exportateur d'armes dans les pays du

Tiers-monde, Israël a également beaucoup exporté, sous la houlette des Etats-Unis, son rôle de gendarme mercenaire.

De l'Amérique centrale à l'Afrique du Sud, generaux a l'irangate, Israël est de tous les "coups"

par son protecteur américain.

La revue israélienne "News from Within" que publie le Centre intellectuels progressistes américains les plus prestigieux, et a recueilli son opinion sur l'implication d'Israel dans l'Irangate.

Noam CHOMSKY

A SEULE NOUVEAUTE que nous révèle cette affaire, c'est la connexion entre la chaîne Etats-

Unis-Israël-Iran d'une part, et

Etats-Unis-Israël-"Contra" de l'autre, dont les agissements étaient séparément, déjà connus, malgré l'occultation systématique des informations à ce sujet. Toutefois, les ventes d'armes à l'Iran par Israël et les

Etats-Unis depuis des années, sont une évidence et n'ont rien à voir avec le fait de sauver des otages ou d'appuyer des

"fractions modérées" du régime islamique. Il est également bien connu que les Etats-

Unis comme Israël sont largement compromis dans l'appui à l'armée mercenaire qui sème la terreur au Nicaragua.

Que ces deux opérations s'avèrent liées est, en définitive, la seule chose nouvelle de toute cette question, quoique ce ne soit pas surprenant.

La connexion Etats-Unis-Israël-Iran, a commencé à fonctionner juste après la chute du Shah. Israël avait alors envoyé ses premières livraisons d'armement, et ceci suppose logiquement qu'il avait l'accord des Etats-Unis. A l'époque, ces opérations n'étaient pas dissimulées. Rappelons-nous que Moshé Arens, quand il était ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, avait donné une interview à un journal de Boston dans laquelle il reconnaissait ouvertement ces envois et que la collaboration avec les Etats-Unis se situait au plus haut niveau. Ce qu'espérait Israël, c'était de parvenir à établir des contacts avec les militaires iraniens, ce qui permettrait de réaliser un coup d'Etat ou bien de jouer un rôle décisif dans la succession de Khomeiny. Quant au fond, c'était la volonté de réaffirmer la relation privilégiée Israël-

Etats-Unis-Iran qui existait du temps du

Shah. On peut difficilement croire ceux qui se disent surpris aujourd'hui de cette connexion. Non seulement à cause de de l'Argentine des organisés l'interview que nous venons de citer et qui parut dans un journal aussi important que le Boston Globe, mais aussi parce que Leslie Gleb, aujourd'hui l'un des rédacteurs en chef du New-York Times, écrivit en 1982, un article en première page, dans lequel il soulignait que les chargements d'armes provenaient tant de l'Etat d'Israël que de trafiquants d'armes ayant des connexions étroites à l'intérieur du gouvernement israélien. Il traitait également de l'implication de la CIA et, en définitive, était très conscient que cela était possible, grâce à la bénédiction des Etats-Unis.

Israël a choisi le rôle d'Etat mercenaire des Etats-Unis et, en conséquence, ne fait rien que son maître n'autorise. Le pourquoi de ces envois d'armes fait encore l'objet de discussions entre ceux qui sont aujourd'hui appelés les initiateurs de l'opération, tels David Kimche ou Yakov Nimrodi. Au début des années 80, Uri Lubrani, censé être un modéré, parlait ouvertement de la nécessité de rencontrer des gens "dévoués, cruels et brutaux, préparés à tuer dix mille personnes si nécessaire" et ajoutait que si l'on avait les moyens de trouver ce type de gens, on pouvait également organiser un coup d'Etat pour remettre le Shah sur son trône.

La connexion saoudienne

L'Arabie Saoudite entretenait depuis les années 70 des relations étroites avec Israël et l'Iran, au moyen d'alliances explicites ausi bien que tacites, et il n'est donc guère surprenant de la rencontrer dans cet embroglio.

Avec la doctrine Nixon-Kissinger, Israël et l'Iran furent désignés comme gardiens du Golfe, le "trésor"' à protéger fondamentalement, étant l'Arabie Saoudite. C'est-à-dire qu'ils devaient protéger l'élite saoudienne contre les forces nationalistes de son propre pays et du monde arabe en général, assurant ainsi que les riches sources d'énergie de la péninsule arabique demeurent aux mains des agents de l'élite saoudienne et des Etats-Unis.

Quand le Shah fut détrôné, ils perdrent un protecteur ce qui les entraîna, de façon surprenante, à se voir impliquer dans l'opération de reconstruction de l'alliance.

Les commentateurs israéliens indiquent que leurs contacts furent éliminés, c'est-à-dire exécutés, en 1984. En supposant que cela soit vrai, il paraît plausible qu'en 1985, ils reprirent les opérations en cherchant de nouveau des agents actifs. Il faut ajouter que des personnes de l'exécutif américain comme Richard Helms, ex-directeur de la CIA et ancien ambassadeur en Iran, considéraient publiquement ce type de propositions au début des années 80, comme les plus utiles, tout en montrant un certain scepticisme quant aux résultats. vis de l'Iran, et les Israéliens, sur la nécessité de rencontrer des gens à l'intérieur de l'Iran, avec les caractéristiques décrites plus haut.

Une vieille pratique

Ce mode d'action est d'ailleurs, absolument classique et reproduit ce qui s'est passé pour le Chili d'Allende, à savoir, d'un côté, maintien des relations hostiles avec le gouvernement, et, de l'autre, poursuite des livraisons d'armes aux militaires avec l'espoir d'en trouver certains "dé voués, cruels et brutaux". Au Chili, ils eurent du succès et trouvèrent Pinochet. C'est ainsi qu'ils purent rétablir des relations cordiales en s'appuyant sur la torture et en faisant des transferts d'armements via la connexion israélienne. Rappelons-nous qu'Israël a appuyé activement les assassins et les tortionnaires chiliens et continue de soutenir des gens de cet acabit de par le monde.

Nous trouvons un cas encore plus semblable avec l'Indonésie de Sukharno, où les Etats-Unis essayèrent d'organiser une invasion ou un coup d'Etat. Le premier, en 1958, fut un échec et à l'origine de fortes tensions entre les deux pays, ce qui n'empêcha pas la poursuite des envois d'armes au gouvernement de Sukharno.

En 1965, les généraux pro-américains firent un coup d'Etat qui se transforma immédiatement en boucherie massive de près de 700 000 personnes, putsch qui fut fort bien reçu en Occident et salué notamment par les libéraux américains qui y virent une façon élégante de purger la société indonésienne et d'ouvrir ainsi le pays aux investissements économiques et au pillage en bonne et due forme. Peu après le putsch, Robert McNamara, qui était alors secrétaire à la Défense, se vit demander par un comité du Congrès pourquoi les Etats-Unis avaient continuer d'envoyer des armes pendant la période Sukharno. Il répondit en disant que l'idée avait été bonne et qu'elle avait rapporté des bénéfices.

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LONISI HOBUOI

Nous reconnaissons donc à chaque fois, le même schéma d'intervention et il n'y a aucune raison de penser qu'il ne s'applique pas en Iran.

En ce qui concerne le Nicaragua, il existe certains parallélismes historiques dont il faut se souvenir. Le Nicaragua fut dans le passé la base de la protection du pouvoir américain dans la Caraïbe, jouant un rôle identique à celui de l'Iran dans le Golfe. Dans les deux cas, nous trouvons des relations étroites avec Israël.

De la même façon que le Shah parvint au pouvoir en 1953 par un coup d'Etat renversant un gouvernement nationaliste et se maintint au pouvoir grâce à l'intervention américaine, la dynastie Somoza s'est maintenue au pouvoir grâce à l'intervention régulière des Etats-Unis.

Le Nicaragua était la base stratégique des Etats-Unis en Amérique centrale : c'est de là qu'embarquèrent les troupes qui envahirent la République dominicaine. Ce pays participa également au coup d'Etat au Guatemala en 1954 et, en général, le Nicaragua et sa Garde nationale était le centre du pouvoir des Etats-Unis dans la région.

A la fin, pendant l'époque Carter, il devenait difficile de maintenir un appui si ouvert au régime somoziste. A cause des restrictions imposées par le Congrès les envois d'armes durent se faire par l'intermédiaire d'Israël, qui devint ainsi le principal pourvoyeur de Somoza. Dans les dernières années de la dynastie, on calcule qu'environ 98% des envois d'armes avait cette provenance. Rappelons que c'est durant cette période que la dictature massacra entre 40 et 50 000 personnes, ce qui n'aurait pu se faire sans l'aide d'Israël.

Carter voulait sauver Somoza, ou tout du moins, sa Garde nationale, afin de bloquer toute réforme possible. Cette tentative faisant faillite, et avec l'aide de ses Etats clients, Israël, l'Argentine (sous les généraux néo-nazis) et Taïwan, elle transféra cette armée aux frontières du Nicaragua. La différence intervenue avec l'arrivée de Reagan au pouvoir, c'est que les Etats-Unis ont pris une responsabilité directe sur cette armée terroriste. Pour éluder les contrôles imposés par le Congrès, les

Etats-Unis ont construit un impressionnant réseau terroriste international qui comprend des pays comme Israël ou l'Arabie Saoudite, cette dernière finançant la vente d'armes israéliennes à la Contra.

Nous savions que le réseau avec l'Iran, à participation israélienne et saoudienne, s'était établi avec des propositions très différentes. Il faut avoir à l'esprit que l'équipe actuelle dirigée par Shultz n'a fait que construire une petite partie de ce qui était prévu.

Terrorisme

Get anti-communisme

Nous ne trouvons rien de comparable à ce réseau dans l'histoire. C'est comme si les Etats-Unis de Reagan avaient pris le contrôle d'une loge mondiale anti-communiste, composée de nazis, d'anti-sémites fanatiques, de commandos d'escadrons de la mort et d'assassins de toutes sortes qui, s'ils ne sont pas directement impliqués dans des actions terroristes contre le Nicaragua, ont bel et bien participé à des activités de ce genre au Mozambique et en Angola. C'est également une pièce importante dans les tentatives faites par les Etats-Unis de déstabiliser, avec l'aide de l'Afrique du Sud, les Etats africains qui entourent cette dernière et d'empêcher ainsi leur indépendance réelle en mettant fin effectivement à l'héritage colonial. A l'intérieur de ce réseau, nous trouvons également les Khmers rouges qui reçoivent depuis des années l'appui des Américains. En définitive, le système qu'ils ont développé est très élaboré et sophistiqué, et montre une vision et une connaissance géo-politique profonde.

Même s'il est de mode de condamner l'administration Reagan comme incompétente et stupide, l'existence même de ce jugement n'est pas autre chose qu'une réaction défensive essayant de détourner l'attention pour prévenir ainsi une anade sophistication très achevé, a commencé à s'effondrer sous son propre poids et il faut le prendre comme une victoire pour le mouvement de la paix américain.

Il est difficile à l'administration Reagan de mener de façon ouverte des actions terroristes à cause de l'opposition populaire qu'elle rencontre, elle doit le faire de façon cachée. C'est ce qui rend impossible la reproduction de ce que fit Lyndon Johnson en 1965, l'envoi des marines en République dominicaine, ou l'équivalent de 1962, quand Kennedy envoya l'aviation américaine bombarder le Vietnam. En réalité, c'est la raison de la mise en place de ce réseau. Il est très difficile de maintenir le secret sur des opérations d'une telle complexité et quand elles deviennent publiques, elles provoquent un scandale. Voilà pourquoi les Etats-Unis en chargent des Etats mercenaires. Il s'est développé une rhétorique qui aboutit à s'opposer aux actions quand elles sont découvertes et tout débouche sur une situation où les plus hauts commandements nient finalement avoir jamais donné un ordre quelconque. Dans ce contexte, les contradictions grossissant, le tissu de mensonges finit par se décomposer. Tout ceci montre ce qu'ont obtenu les mouvements populaires aux Etats-Unis et nous devons prendre en compte que c'est une société profondément dépolitisée, où n'existent pas de partis politiques d'opposition ou de presse importante de ce genre. Cela démontre la possibilité d'action politique dans une situation de ce type, de façon significative et avec un effet considérable à long terme.

Je pense que la meilleure solution pour Israël, serait d'en finir avec l'affrontement militaire actuel. Tant que cette situation durera, Israël restera un Etat hautement militarisé totalement dépendant des EtatsUnis. Il restera un Etat mendiant avec tout ce que cela implique et, tôt ou tard, certaines des guerres dans lesquelles il est impliqué le conduiront à sa perte.

Israël : l'Etat mendiant

La seule sortie possible, c'est donc d'abandonner la confrontation militaire et d'accepter la négociation politique et j'utilise le mot "accepter" parce que je pense qu'une solution politique existe. Elle l'était déjà en 1971 quand le président Sadate offrit un traité de paix complet, qui ne mentionnait pas les Palestiniens, traité qui fut repoussé. Depuis lors, Israël a refusé de nombreuses occasions de solutions politiques. De fait, les Etats-Unis et Israël ont dirigé ce que nous pouvons hon-. nêtement appeler un "front du refus" puisqu'ils nient l'existence des droits nationaux d'une partie des protagonistes de la lutte pour l'autodétermination nationale de l'ancienne Palestine.

Tant que cette position ne sera pas modifiée, Israël demeurera dans une situation de confrontation militaire et comme il refuse l'accord politique et met l'accent sur l'affrontement, nous entrons dans le domaine des stratégies du suicide à long terme.

News from Within; Septembre 1987

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