Inprecor 1974–2004

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ETAT ESPAGNOL

Iñaki Esnaola (HB)

Inprecor n° 261, 14 mars 1988 · p. 17-18 · 1 066 mots

État espagnol Euskadi

- COMBATE : Vous avez souvent affirmé que la négociation est "irréversible". Peux-tu nous expliquer ce que vous entendez par là ?

- Iñaki ESNAOLA : Quantitativement, ils, sont plus nombreux. Mais je pense que c'est précisément à leurs déclarations qu'on comprend que le processus est irréversible. Un processus qui peut adopter beaucoup de formes différentes, qui peut ne pas être essentiellement la négociation ETA-gouvernement.

Les déclarations du système vont toutes dans le même sens, dire continuellement que la seule chose qu'ils peuvent offrir, c'est la libération des prisonniers... Nous trouvons bien une philosophie centrale : avec ETA on ne peut négocier que sur la violence. Mais cette simple parole a des significations multiples. "L'arrêt de

', mais comment ? Dans quel

Pour ma part, il me semble que le gouvernement espagnol, plus où moins soumis aux pressions de l'Europe de 1992, par les militaires (ceux de Bruxelles, non ceux de Madrid) se voient "obligé" de reconduire la situation actuelle. Et dans cette reconduction, est incluse l'obligation de conclure sur le "problème basque" de la façon la meilleure et la plus rapide qui soit. L'Europe l'aide dans cette tâche, mais l'oblige aussi à trouver un accord négocié, parce que sinon la violence se situe à un niveau différent du reste de l'Europe. On ne peut en finir avec un problème de violence si l'on n'en finit pas de façon négociée.

- Mais, en plus du contexte européen, nous avons les particularités de cet Etat, avec le pouvoir qu'ont les militaires, et une organisation de l'Etat des autonomies (1) que tous jurent et jurent encore de défendre? Crois-tu que le PSOE soit capable de domestiquer ces forces et de leur faire cepter une négociation politique ?

- Je te l'ai déjà dit, pour ce qui est des militaires, il faut aujourd'hui penser davantage à ceux de Bruxelles qu'à ceux de Madrid. Je ne minimise pas l'importance des militaires de Madrid, mais je crois que leur opinion et celle du PSOE ne sont pas très différentes. Le PSOE serait disposé à tracer un nouveau modèle d'Etat en fonction de la fin du problème de la violence. C'est-à-dire, existent des possibilités de changement des limites. Et de fait, il existe des formules avec une interprétation très vague des normes en vigueur qui pourraient permettre de discuter de la question de la Navarre sans toucher apparemment au système. Ces formules-là ne nous plaisent pas. Ce ne serait pas pour moi une conquête significative que les quatre régions soient unies dans un organisme unique, structuré dans le cadre actuel de l'Etat des autonomies.

Toutefois, le problème le plus important, sur lequel le gouvernement va mettre toutes ses forces, c'est dans les possibilités que nous autres Basques, auront au plan du pouvoir politique. C'est là la discussion, parce qu'en fin de compte, la capacité de pouvoir politique ne crée pas seulement le changement des limites du cadre politique actuel, mais (et l'Etat en est conscient) il peut également produire un changement dans le rapport des forces, à cause des aspirations majoritaires des gens.

- Que peut-on attendre donc de ces négociations ?

- On ne peut pas faire de prévisions. Nous sommes encore dans une phase de prise de contacts. Comment vont se passer ces négociations, les protagonistes eux-mêmes ne le savent pas. Mille formules peuvent être adoptées. Il me semble qu'il s'agit de parvenir à un accord qui donne la possibilité politique pour développer toutes les aspirations qui jusqu'à présent, ont été corsetées parce qu'elles n'ont pas de possibilités légales d'expression. D'une certaine façon, il s'agirait de parvenir à une voie démocratique plus ou moins entière en Euskadi, où nous aurions tous les mêmes instruments, contrairement à ce qui prévaut à l'heure actuelle, où nous voyons la majorité (qui ici est la minorité, certainement) qui dispose des instruments politiques pour maintenir cet Etat des Autonomies, alors que toi (qui certainement sur des objectifs démocratiques a la majorité) ne l'a pas, et devient minorité de ce fait même.

- Il serait possible de conquérir l'autodétermination par cette voie ?

- Ce serait un problème de délais. Bien entendu, voilà qui serait un des thèmes de la discussion. Dans cet accord dont il est question, le thème de l'autodétermination doit être en bonne place. Les points de l'alternative doivent être cernés. Il y aura bien entendu, un délai pour leur mise en pratique. L'accord entraînerait des périodes de transition.

1) Sous prétexte "d'égaliser" toutes les autonomies, une loi, promulguée en 1982, vise à réduire les pouvoirs des gouvernements autonomes basque et catalan. C'était clairement une concession faite aux forces armées pour leur faire comprendre que le "message" de la tentative de putsch du 21 février 1981 par Tejero avait été reçu..

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- Ce serait une voie institutionnelle?

- Je ne sais pas. Sur le terrain des forces politiques oui, Institutionnelles, il n'y a pas de raison. Poser le problème de l'autodétermination a la même valeur légale dans le parlement autonome que dans une réunion de partis en marge. Je pense que ce sera là une bataille. Que nous allions ou pas au parlement, se fera en fonction de donner une définition à ces institutions. L'une des tâches était jusqu'à présent de ne pas participer pour délégitimiser le système. Aussi il serait étrange que nous allions maintenant au parlement demander à Madrid le droit à l'autodétermination une fois qu'elle serait reconnue dans la négociation.

Mon idée, c'est de parvenir à des accords entre forces poltiques sans donner aucune valeur aux institutions actuelles.

- Quelles sont les institutions dans lesquelles HB pourrait participer ?

- Purement l'Alternative KAS. Les quatre régions d'Euskadi-Sud unies et un certain pouvoir politique. En principe, il faudra que ce soit les mêmes structures d'Etat que maintenant mais avec des instruments qui puissent changer cette structure d'Etat.

- Le PSOE pourrait-il être disposé à changer son attitude sur la question d'Euskadi ?

- Ils disent que oui. Bien sûr ensuite, il y a les pièges qu'ils peuvent te tendre après avoir dit que oui, mais ce sont eux qui posent le problème. Et ils posent le problème de l'autodétermination, à terme. Même s'ils jurent que non aujourd'hui. Personne ne croit qu'ils vont tous les mois à Alger pour répéter le refrain de ces trois dernières années "laissez les armes en échange des prisonniers". S'ils y vont, cest qu'il se passe des choses différentes. (...)

Combate, 13 février 1988

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