C'EST AU SEUIL DU QUATRIEME MOIS de soulèvement héroïque tournée au Proche-Orient. C'est donc en désespoir de cause quant à l'affaiblissement proche du mouvement de la jeunesse chef du Département d'Etat avait toutes les raisons d'attendre l'occasion d'une recrudescence de la révolte. Or celle-ci, près de trois mois après son déclenchement le 9 décembre dernier,
PALESTINE
Quatrième mois de soulèvement des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza que le secrétaire d'Etat américain, George Shultz, a entamé sa nouvelle palestinienne que cette tournée est entreprise : en effet, le que le soulèvement prenne fin, avant de se rendre dans la région, ne serait-ce que par crainte que sa visite ne soit semble avoir trouvé un souffle marathonien.
Salah JABER
E SOULEVEMENT de la jeunesse arabe dans les territoires occupés par Israël depuis 1967, y compris le Golan syrien, confirme son allure de guérilla prolongée contre l'occupant. Une guérilla sans autre arme aux mains des guérilleros que ces cailloux, dont nombre de jeunes Palestiniens sont devenus experts en lancement, avec une précision digne du David de la Bible.
La plus forte des condamnations
Rien n'y fait : ni les balles en métal, ni les balles en caoutchouc, ni les passages à tabac. Victimes de la rage meurtrière de soldats et colons israéliens, les morts et blessés palestiniens dont la liste, déjà longue, s'accroît implacablement chaque jour, sont autant d'incitations au rebondissement permanent de la révolte et autant de faits contribuant à jeter l'opprobe sur une entreprise coloniale et raciste qui a longtemps insulté la mémoire des victimes juives de la barbarie nazie, en s'en revendiquant à contresens. Et ce n'est point par effet de cette "haine de soi", que l'étroitesse d'esprit raciste des sionistes croit reconnaître en tout Juif qui réprouve leurs agissements, que l'on trouve aujourd'hui, parmi ceux qui s'indignent le plus sincèrement de la cruauté répressive des forces israéliennes, nombre d'hommes et de femmes beaucoup plus qualifiés pour représenter les victimes de l'Holocauste nazi qu'un Itzhak Shamir ou qu'un Itzhak
Rabin.
Quelle condamnation des sionistes peut-elle être plus forte, plus tragique que cette réaction, parmi tant d'autres, rapportée de Jérusalem par John Kifner, correspondant du New York Times : "Lundi, dans une boutique chic, une vendeuse d'un cer- | tain âge déposa son sandwich à la lecture d'un article du Jérusalem Post, qui parlait d'un mur éclaboussé de sang dans un terrain vague de la ville de Ramallah, en Cisjordanie, où des soldats israéliens avaient emmené des Palestiniens pour les
"Je ne peux plus manger mon sandwich", explosa-t-elle. "C'est comme ce qui était fait dans les camps. Je ne peux plus manger" (International Herald Tri-
S'il est toutefois un parallèle à établir entre Israël et une autre situation, (au-delà des traits inévitablement communs de la brutalité répressive des systèmes d'oppression nationale, raciale ou sociale) ce n'est pas en fait avec l'Allemagne nazie qu'il doit l'être, en dépit des outrances verbales d'un Yasser Arafat affirmant récemment à l'ONU que les soldats israéliens "dépassent en cruauté les nazis" (Le Monde des 21-22 février 1988). L'exagération est ici telle qu'elle rend un bien mauvais service aux Palestiniens de l'intérieur, dont la lutte courageuse a attiré, en trois mois, plus de sympathie pour leur cause, que l'OLP en vingt ans.
Le miroir sud-africain
La ressemblance tout à fait réelle, qui se confirme d'année en année, est celle qui s'est instaurée entre Israël et l'Afrique du Sud, à tel point que même les grands médias américains, généralement favorables à Israël, soulignent cette analogie. Il ne s'agit plus de la présence d'un petite minorité de citoyens de seconde zone, en raison de leur religion, au sein de la démocratie élitiste israélienne, comme c'était le cas avant 1967. Ce dont il s'agit, aujourd'hui, c'est bien d'un véritable système d'apartheid subi par une population qui représente plus du tiers des résidents sous administration israélienne.
Aux divers traits de l'apartheid (ségrégation, déni des droits, restriction de la circulation, surexploitation, etc) reproduits par Israël à l'égard des Palestiniens, s'ajoute maintenant une ressemblance supplémentaire entre les deux Etats : la révolte de la jeunesse autochtone, en tant que trait durable de la situation. Au point que même un proche de Shimon Pérès, tel que l'universitaire Shlomo Avineri, affirmait récemment que si Israël conservait les territoires occupés en 1967, "les quinze prochaines années ressembleront plus aux dernières semaines", et qu'à ce train, en l'an 2 000, "nous nous regarderons dans le miroir et nous verrons l'Afrique du Sud" (cité par Glenn Frankel, IHT, 26 janvier 1988). Ou encore cette analogie établie par le sociologue israélien sioniste de gauche, Meron Benvenisti, dans l'hebdomadaire américain Newsweek du 25 janvier 1988 : "Pour comprendre le cadre de durée de cette guerre civile, il faut se rappeler que (...) le massacre de Sharpeville qui déclencha la confrontation violente entre Noirs et Blancs en Afrique du Sud eut lieu en 1960. C'est là qu'est le futur". Le titre de l'article de Benvenisti est on ne peut plus éloquent : "L'apocalypse now d'Israël".
Le mythe a du plomb dans l'aile
Le corollaire de la révolte prolongée des Palestiniens est que l'armée sioniste, à l'instar des forces armées sud-africaines, est de plus en plus orientée vers l'intérieur des frontières qu'elle contrôle. En plus de sa nature originelle d'armée d'expansion coloniale et d'intervention contre-révolutionnaire, Tsahal, la soi-disant armée de "défense", confirme son caractère acquis de force de répression intérieure, ne le cédant en rien aux pires corps spéciaux de gendarmerie, en dépit du fait qu'il s'agit d'une armée de conscription. Déjà omniprésente dans la politique et la société israéliennes, Tsahal en verra son rôle encore accru. Le mythe d'Israël, modèle d'Etat démocratique, est d'ores et déjà irré-
L'autre aspect d'Israël, réel celui-ci, que les dirigeants sionistes veulent préserver, c'est son caractère d'Etat "juif". Les sionistes éclairés, représentés aujourd hui par Pérès, estiment que la survie à long terme de l'Etat sioniste nécessite la restauration de sa réputation démocratique, facteur important du soutien occidental dont Israël est totalement tributaire. Le seul moyen de le faire, tout en préservant le caractère "juif" de l'Etat, est de se débarrasser des zones fortement peuplées d'Arabes dans les territoires occupés en 1967. A la droite sioniste qui objecte, non sans arguments, que la sécurité d'Israël serait menacée en cas de retrait substantiel de ces territoires, les travaillistes donnent, depuis longtemps, des assurances : il n'est pas question de laisser les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza déterminer leur propre sort, ni d'abandonner le contrôle de ces territoire. Mais
l'obtention de ses droits nationaux. Cette insurrection s'appuie sur une participation massive des travailleurs et des commerçants à la grève générale. Les forces d'occupation n'hésitent devant aucun moyen pour briser le mouvement : "politique de la matraque", tirs répétés sur les manifestants, ratissage de quartiers entiers, arrestaen lutte à un urgent besoin d'aide financière. Une campagne internationale est aud'Israël et développent de nombreuses activités de soutien à la population des territoires occupés : distribution de tracts dans les grandes villes israéliennes, quêtes de fonds, envois de convois de vivres et médicaments dans les camps de réfugiés, organisation de manifestations, publication des actes de brutalité commis par les forces d'occupation. Ces comités sont composés de militants juifs et arabes, n'appartenant à aucune organisation politique ainsi que de militants du mouvement "Les fils du village" (Bnei Hakfar) et de l'organisation la Ligue communiste révolutionnaire. Ces comités prennent sur eux de faire parvenir aux comités populaires qui organisent la ce dont il s'agit, c'est de transmettre à la police jordanienne le soin de contrôler les populations concernées et d'assurer le contrôle militaire des territoires par le maintien d'un dispositif de colonies et de bases militaires, notamment le long du Jourdain et de la mer Morte qui séparent la Cisjordanie de la Jordanie proprement dite.
Une vieille politique
Cette politique des travaillistes sionistes a été élaborée dès 1967, par son architecte, Yigal Allon ; mais ce n'est qu'après 1971 que ses conditions de crédibilité furent remplies, c'est-à-dire après que le roi Hussein de Jordanie ait pu écraser la Résistance palestinienne dans son royaume. A cette vision des choses s'est constamment opposée la politique formulée par Moshé Dayan, à la même époque : "la vie en commun d'Israël et des Arabes n'est possible que sous l'égide du gouvernement d'Israël et des forces de défense d'Israël, sous l'autorité desquels les Arabes aussi pourront mener une vie normale (sic)" (allocution prononcée à l'Université de Tel-Aviv, le 17 octobre 1972). La même politique est aujourd'hui défendue par la droite sioniste, le Likoud que dirige Shamir, l'actuel Pre mier ministre du gouvernement d'union nationale". Pour le Likoud, l'avenir de la Cisjordanie et de Gaza ne saurait aller au-delà de leur maintien sous occupation israélienne, avec l'octroi d'une "autonomie" administrative à leurs populations arabes.
C'est ce dernier principe, enrobé d'ambiguïté quant à son caractère "transitoire", qui avait prévalu dans les accords de Camp David conclus en 1978 entre l'Egypte et Israël, sous l'égide américaine. Le Likoud, qui avait remporté les élections israéliennes l'année précédentes, était alors au faîte de sa puissance. Carter et Sadate ne pouvaient prendre le risque d'un échec du processus enclenché par la visite de ce dernier en Israël, en novembre 1977. D'où leur concession à Begin sur le sort de la Cisjordanie et de Gaza. En 1982, le "plan Reagan", proclamé à l'occasion du retrait négocié des combattants palestiniens de Beyrouth assiégés par l'armée israélienne, reprenait en fait les principes du plan Allon : "Les EtatsUnis sont fermement co... aincus que la meilleure chance de parvenir à une paix stable, durable et juste est d'instaurer un autogouvernement des Palestiniens de la rive occidentale du Jourdain et du secteur de Gaza, en association avec la Jordanie" (discours du ler septembre 1982).
Pour la mise en œuvre de cette "paix", l'administration américaine, ses alliés travaillistes israéliens et leur compère jordanien prévoient une "conférence internationale". , en tant que cadre indispensable des négociations entre Israël et la Jordanie, cette dernière ne pouvant se permettre, vu la faiblesse de ses moyens, un processus de négociations directes avec l'Etat sioniste au grand jour, à la Sadate.
Le soulèvement récent des Palestiniens a convaincu, plus que jamais, les travaillistes sionistes et l'administration Reagan du bien-fondé de leur conception commune. La nouvelle tournée de Shultz au Proche-Orient s'inscrit dans le cadre des efforts pour la promouvoir. Cependant, cette politique bute aujourd'hui principalement sur deux obstacles.
Le premier c'est l'opposition du Likoud que Shultz et Pérès espèrent contourner à terme par une victoire électorale des travaillistes. Comme toutefois cette perspective ne se dessine pas encore, l'administration américaine essaye de parer au plus pressé en relançant, à titre prol'idée d'autonomie contenue dans les accords de Camp David, sans abandonner l'objectif de la conférence internationale. Shultz, qui apporte cette suggestion dans ses bagages, croit pouvoir ainsi amadouer à la fois Shamir et les Palestiniens.
Quelle représentation palestinienne ?
Le second est bien sûr, le problème de la représentation palestinienne. Si l'OLP apparaît de plus en plus comme "incontournable" pour tout "règlement" de la question palestinienne, il n'en reste pas moins qu'elle demeure, en tant que telle, une interlocutrice inacceptable pour Washington et Pérès, en l'absence d'une reconnaissance officielle de sa part du "droit" de l'Etat d'Israël à exister. Or cette reconnaissance signifierait, en l'état actuel des choses, un nouvel éclatement de l'OLP, déjà fort affaiblie par ses capitulations successives depuis 1982 (voir Inprecor numéro 243 du 25 mai 1987 et 244
Appel à l'aide internationale
Soutenez le peuple palestinien dans sa lutte contre l'occupation vertement les forces d'occupation. tion de milliers de personnes, par centaines, parmi eux de nombreux femmes et enfants.(...) cipal moyen utilisé afin de briser la volonté de lutte de la population. (...) jourd'hui nécessaire. lutte dans les territoires occupés, tous les fonds qui seront rassemblés.
du 8 juin 1987). C'est la dernière carte dont dispose encore la direction Arafat, qui hésite à l'abattre en l'absence de solides garanties quant au "règlement" proposé, en ce qui concerne la part qui lui est réservée. Elle a tout consenti, hormis cette dernière concession : l'OLP a déjà adopté officiellement le principe d'une
"conférence internationale" sur laquelle
Arafat a beaucoup insisté ces dernières semaines.
En d'autres termes, sur la lancée de sa politique substitutiste, l'OLP - au lieu de s'en tenir fermement au principe imprescriptible de l'autodétermination de la population des territoires concernés, c'est-àdire la Cisjordanie et Gaza - se déclare prête à négocier le sort de ces territoires avec Israël et les grandes puissances. Il va sans dire que d'une telle "conférence internationale"
, il ne saurait résulter autre chose qu'un diktat visant à liquider la question palestinienne et à juguler le peuple palestinien.
La seule attitude digne des sacrifices consentis par les jeunes Palestiniens en lutte et fidèle à ce que ceux-ci ont exprimé nettement, est la revendication intransigeante du retrait total et inconditionnel de l'armée israélienne des territoires occupés en 1967 et l'autodétermination de la population de ces territoires, autodétermina tion partielle du peuple palestinien qui doit être complétée par son autodétermination intégrale qui passe par le démantèlement révolutionnaire judéo-arabe de l'Etat raciste sioniste et l'abolition de toute forme de discrimination sur le territoire de la Palestine.
25 février 1988.
Depuis le 9 décembre 1987, la population des territoires occupés affronte ou-
Nous sommes témoins d'une véritable insurrection du peuple palestinien pour
"normalisation" de la torture.
A ce jour, les victimes de la répression se comptent par dizaines et les blessés
Le couvre-feu imposé sur des quartiers, des villages, des villes est devenu le prin-
Pour lutter contre la politique de couvre-feu et maintenir la grève, la population
Des comités de lutte contre l'occupation se sont formés en plusieurs endroits
Pour les comités de lutte contre l'occupation :
à Haifa : MENDELZWEIG Rémy , 20a Sport ST 34574 HAIFA à Tel-Aviv : WEKSLER Marcello, BP 26163 Tel-Aviv