REVUES Le CER numéro 7-8 est paru : La crise des sociétés post-capitalistes
Quelle est la dynamique sociale des réformes en cours dans l'URSS de Gorbatchev ? Le marché peut-il résoudre les problèmes de la planification bureaucratique? N'est-il pas la condition d'existence d'une véritable autogestion des en-
Ces questions sont aujourd'hui débattues de la Chine au Nicaragua, en passant par Solidarité en Pologne et les syndicalistes et économistes de gauche de toute l'Europe occidentale. Le débat qui a oppo-
sé l'historien britannique Alec Nove à Ernest Mandel dans les pages de la New Left Review et de Quatrième Internationale (voir notamment le numéro 25), à propos de la possibilité d'une planification socialiste, tourne aussi autour de ces interroga-
Pour répondre à ces questions, Catherine Samary propose un bilan de trois modèles économiques mis à l'essai dans les pays de l'Est au cours des trente dernières années. Le premier est celui de la planification bureaucratiquement centralisée, dont le prototype est l'URSS de Brejnev, mais dont des variantes ont été appliquées par presque tous les régimes post-capitalistes, à un moment ou à un autre de leur histoire. Le deuxième est celui des réformes marchandes subordonnées au plan ; il a été mis à l'essai, sans autogestion, en Tchécoslovaquie sous Dubcek et en Hongrie sous Kadar, et en combinaison avec l'autogestion, en Yougoslavie de 1950 à 1965. Le troisième est celui du "socialisme de marché", c'est-à-dire des réformes marchandes "libérées" de la plupart de leurs obligations vis-à-vis du plan, jusqu'à présent tenté uniquement en Yougoslavie de 1965 à 1971, mais avec des conséquences sociales retentissantes (révolte étudiante, grèves ouvrières, dégagement d'une intelligentsia de gauche oppositionnelle, montée des séparatismes régionaux).
Finalement, le bilan de l'expérience soviétique, implique un retour critique sur l'interruption de la Nouvelle politique économique (NEP) à la fin des années 20 en URSS : Boukharine, qui s'est heureusement mis à "avoir existé" en URSS, aurait-il eu en outre raison, non seulement contre Staline, mais aussi contre l'Opposition de gauche en défendant la "construction du socialisme à pas de tortue" ?
revient sur cette période et propose une actualisation critique de ces conclusions principales. donc une analyse théorique et expérimentale éclairant ces débats, du point de vue de l'autogestion ouvrière.
Cet effort de réflexion est d'autant plus important que l'illusion que l'on pourrait combattre la bureaucratie par le marché est puissante à l'Est. Au-delà de la tactique politique (briser le monopole de pouvoir du parti sur l'économie), le bilan désastreux de la planification bureaucratique favorise une approche de "bon sens" qui voit dans le marché, au moins le moyen pour le consommateur d'exprimer ses préférences. Les idées d'Alec Nove semblent plus réalistes que les seuls appels à la démocratie des "producteurs associés".
Ce petit ouvrage permet de prendre de front ces débats. "Nous n'avons qu'un seul postulat : l'idée que le projet communiste n'a de sens que s'il est émancipateur pour chacun et chacune - et donc pour tous et toutes. S'il faut rejeter les dogmes, il faut aussi rejeter le terrorisme intellectuel qui voudrait faire passer pour de l'innovation l'absence de tout esprit critique envers le marché : il faut mettre à nu derrière le marché (qu'on le baptise ou non "socialiste") et derrière le plan bureaucratique, tout ce qui couvre les relations sociales d'exploitation et d'oppression". Tel est le fil conducteur des quatre exposés de ce cahier, donnés à l'Institut international de recherche et de formation (IIRF), à Amsterdam. Il donne des critères de jugement non seulement sur la planification bureaucratique mais aussi sur les réformes expé-
Un Cahier qu'il faut lire, travailler,
Plan, marché et démocratie : l'expérience des pays dits socialistes, par Catherine Samary, Cahier d'étude et de recherche (CER), numéro double 7/8, 64 pages, 40 francs français.
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