l'histoire du pays qui se sont déroulées le 13 mai dernier, ont été un revers pour le parti libéral de nouveau au pouvoir depuis l'élection de Virgilio Barco à la présidence en mai 1986, même s'il gagne la
C'est l'autre grand parti bourgeois traditionnel, les conservateurs
Pour sa part, l'Union patriotique (UP) que domine le Parti communiste colombien, subit un échec avec seulement 14 maires élus, et ce, malgré - ou à cause - des alliances plus que douteuses passées dans la plupart des régions avec des conservateurs ou des libéraux
La violence que connaît ce pays où les groupes paramilitaires alliés à la mafia de la cocaïne règnent en maîtres, ne s'est pas calmée
COLOMBIE
Crise sociale et "sale guerre"
LES PREMIERES ELECTIONS municipales au suffrage universel de majorité absolue des mairies (423 sièges).
(aujourd'hui Parti conservateur) qui remporte les villes les plus importantes du pays, dont Bogota, la capitale, et Medellin, obtenant un total de 415 sièges.
en mal de populisme.
pendant la campagne, loin de là.
Dans bien des endroits, les candidats de l'UP ont été contraints de se retirer sous peine de mort. La moyenne des assassinats en Colombie est d'environ trois par jour...
René GONZALEZ
A CRISE qui s'exprime au plan social et celui des valeurs traditionnelles et des institutions de l'Etat, est le cadre dans lequel se déve-
"sale loppe ce que nous appelons la guerre", qui détermine aujourd'hui le comportement du régime face à l'ensemble de la population et du pays.
Nous allons donner certaines données générales sur cette situation sociale, produite à la fois par le capitalisme dépendant de la Colombie et par l'urbanisation forcée qu'a connue ce pays dans la dernière décennie.
Les chiffres que nous donnerons sont issus d'un rapport officiel présenté dans le cadre d'une intervention dans les zones les plus retardataires du pays, où sévit la pauvreté absolue et la marginalité totale des populations. Ce sont les zones où la radicalisation sociale est la plus forte, et où la guérilla trouve sa base d'appui traditionnelle. Le gouvernement a commencé une campagne pour essayer de pénétrer ces régions, paternalisme à l'apmettant en œuvre certains travaux pui, d'utilité sociale, comme des routes, des adductions d'eau, etc.
Le taux d'analphabétisme est de 30%.
Dans un pays de 28 millions d'habitants, seulement 6 millions ont accès aux structures de santé de l'Etat. Le déficit quant au logement est de l'ordre de 50%. 30% de la population vit dans ce qu'on pourrait ap-
"déficit alimentaire" et, de ces peler le
30%, 10% vivent dans ce que les organismes internationaux appellent la "pauvreté absolue", c'est-à-dire en deça du minimum vital. Ils n'ont pas même le minimum de calories que nécessite physiologiquement le corps humain pour subsister.
Ces conditions de vie "structurelles" s'aggravent dans la conjoncture économique actuelle. Ces deux dernières années, l'économie colombienne a connu une croissance du Produit intérieur brut de l'ordre de 5% en moyenne, ce qui a amené la bourgeoisie à crier à l'abondance. Mais les propres économistes bourgeois conviennent qu'il s'agissait d'une reprise fondamentalement due à la capacité installée au début des années 80. Les limites de la production seront beaucoup plus fortes cette année. Le processus inflationniste va se développer même si, en termes relatifs, la Colombie a été jusqu'à présent relativement stable sur ce plan en comparaison d'autres pays d'Amérique latine, et ce fondamentalement à cause de l'association avec le "capital
Nous assistons au début d'un cycle inflationniste depuis les premiers mois de cette année. Pour les deux seuls mois de janvier et février, la hausse du coût de la vie a été de 7%. Par comparaison, lors des négociations salariales engagées en début d'année par la principale centrale ouvrière, la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), l'accord signé prévoyait une augmentation des salaires pour toute l'année 1988 de l'ordre de 21%. Autrement dit, en deux mois, c'est près d'un tiers de cette augmentation qui a déjà été rognée. Ce facteur est très important car, et nous y reviendrons plus loin, le mouvement syndical colombien est fondamentalement revendicatif sans tradition politique. Que la bourgeoisie puisse encore négocier le niveau du salaire minimum, et le plafond des augmentations de salaire annuelles, lui permet de maintenir un frein revendicatif aux luttes des travailleurs. C'est là un élément qui limite une radicalisation plus forte.
Le "capital mafioso" Le second facteur qui influe fortement sur la situation économique, c'est la dette. Egalement par cette association avec le "capital mafioso", les conséquences de la dette n'étaient pas aussi lourdes en termes relatifs que dans d'autres pays d'Amérique latine. Mais aujourd'hui, le gouvernement lui-même reconnaît que près de 40% du budget national est consacré au paiement du service de la dette. Si l'on ajoute à cela que ce gouvernement s'est lancé dans une campagne de "modernisation" de l'armée et de la police, c'est près de 70% du budget national qui part pour la dette et les mili-
Dans ce panorama social de crise, il faut souligner la question agraire qui se maintient de par la domination traditionnelle des grands propriétaires terriens. La lutte démocratique des paysans pour la terre, a toujours été reçue par les militaires par des assassinats, et la formation
Ice contexte qu'opère le "capital mafioso". L'importance de la mafia en Colombie n'est pas seulement éco-
s'est notamment traduite par l'attentat | de l'Etat n'est évidemment pas sans consénomique. Comme nous le disions, la dette n'a pas été aussi lourde qu'ailleurs car la bourgeoisie s'est inventée un mécanisme qui permet aux mafiosi de "laver" dans les banques les dollars engrangés par le marché de la drogue. Ce sont les banques publiques qui lavent l'argent du trafic international de drogue permettant plus ou moins de maintenir un volant de devises qui donne à ce gouvernement une certaine marge de manœuvre pour la dette, bien que du point de vue de l'infrastructure productive, cela n'ait bien sûr aucune conséquence. Ce qui s'est produit dans le pays, surtout dans ces quinze dernières années, c'est une intégration entre capital traditionnel et "capital mafioso". Aujourd'hui, la banque serait impensable en Colombie sans la mafia ; le commerce de la terre, notamment dans les zones urbaines, serait impensable sans la mafia. Les fortunes immenses qui circulent dans l'immobilier sont acceptées publiquement par tous, comme étant issues du trafic de drogue et contrôlées par le "capital mafioso". Medellin, la seconde ville du pays, rendue célèbre par le fameux "cartel de Medellin" (1), les grandes familles de trafiquants de drogue, une revue bourgeoise, Semana, s'est aventurée à dire que l'on pouvait déduire, par certains calculs, que plus de 70% de l'économie de Medellin est aujourd'hui contrôlée par la mafia. Ce n'est donc plus seulement le commerce ou la banque qui sont touchés, mais c'est maintenant l'appareil productif, notamment l'industrie textile, secteur traditionnel à Medellin. Le processus d'accumulation est aujourd'hui impensable en Colombie en dehors du "capital mafioso", vu l'espace gagné par ce dernier.
La corruption généralisée
Ce facteur, associé à la profonde crise sociale, au fait que le mouvement ouvrier ne soit pas à même de donner des réponses au plan politique, qu'il n'existe pas encore de centralisation politique, associé également à la démoralisation produite par le développement du chômage qui est officiellement de 15% (auquel il faut ajouter le fort sous-emploi qui se traduit par le développement de ce qu'on nomme
"informelle", au total c'est près de la moitié de la population qui est concernée) commence à produire une intégration de couches de la population à la mafia. Il ne s'agit plus simplement des bas-fonds de la société, des mais aussi de couches de techniciens, de professions libérales, qui se rendent compte qu'exercer ces métiers seuls, ou travailler pour l'Etat, ne leur apportera pas les mêmes revenus que ceux que peut offrir la mafia. Inutile de souligner que ces développements sont à prendre en compte de façon très sérieuse par tous ceux qui veulent offrir une alternative sociale.
Le problème de la mafia est lié aux institutions mêmes de l'Etat. Reagan a essayé, en début d'année, d'obliger le gouvernement de Virgil Barco à décréter la guerre contre la mafia, ou pour le moins, à purger certains secteurs.
contre la maison d'Escobar - l'un des parrains du Cartel - à Medellin, maison que tout le monde connaît dans la région. La réponse de la mafia ne se fit pas attendre : ce fut l'assassinat du procureur général de la république Carlos Hoyos, le 25 janvier dernier et l'enlèvement du candidat du parti conservateur à la présidence, Andrès Pestrana, aujourd'hui maire de Bogota. C'est là que tout le monde a pu voir crûment que les institutions de l'Etat, l'armée, le Congrès, les partis traditionnels sont traversés par la mafia. Ils sont tellement associés qu'il est impossible de penser mener la guerre à la mafia en Colombie, à partir de la bourgeoisie. Il n'est jusqu'à la hiérarchie catholique qui ne soit liée à cette mafia ! Traditionnellement, le catholicisme a été un mécanisme de contrôle de la population extrêmement fort, avec cette idéologie de la soumission, de la résignation, d'attendre dans cette vie pour gagner dans l'autre. Mais la mise au grand jour des liens existants entre mafiosi et hiérarchie ecclésiastique a provoqué un profond mécontentement au sein de la population qui commence à penser que l'Eglise est moins pure qu'elle ne veut le faire croire dans ses discours.
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Le même phénomène se produit pour l'armée. Les liens des militaires avec la mafia sont tels, que dans certaines régions, on ne peut les distinguer. Cette armée n'a jamais été confrontée à un ennemi extérieur, elle est toute entière tournée vers la lutte contre "l'ennemi intérieur" avec une idéologie profondément anticommuniste, une longue tradition d'assassinats répétés, dans une situation d'état de siège qui ne garantit pas les libertés démocratiques les plus minimes.
Enfin, pour ce qui est du Parlement, il est totalement corrompu et discrédité, composé de politicards, infiltré jusqu'à la moëlle par cette même mafia, basé sur le clientélisme et la distribution des postes de la bureaucratie d'Etat, et de prébendes diverses aux frais de l'Etat.
Une telle situation de crise généralisée quences pour le développement du mouvement de masse. Ce dernier commence à ne plus seulement se contenter de répondre à la crise sociale, aux plans d'austérité du gouvernement et du Fonds monétaire international (FMI), mais une centralisation des différentes luttes voit le jour. Il s'agit là d'un changement d'ampleur mouvement de masse en Colombie a une tradition de trente ou quarante ans de division. Ainsi, le mouvement syndical jusqu'en 1987, date à laquelle se forme la CUT, était divisé en quatre confédérations (2), sans compter ce qu'on appelait le syndicalisme indépendant qui n'était lié à aucune d'entre elles. L'apparition de la CUT est donc un phénomène extrêmement important, puisqu'il existe maintenant un organisme de réponse centralisée, au moins au plan de la lutte revendicative face aux plans d'austérité du FMI et du gouvernement. De même, nous assistons à une centralisation du mouvement paysan ; on discute de la formation d'une seule confédération paysanne et il existe d'ores et déjà une unité d'action assez forte dans les campagnes qui va permettre un meilleur développement des luttes paysannes dans le pays. Le même phénomène se produit avec les Indiens qui construisent également un appareil national de lutte. Mais les progressions du mouvement de masse que nous venons de décrire sont contradictoires, car en même temps, il n'est pas exempt de faiblesses : la lutte du mouvement syndical, de par le type de direction qu'a la CUT, se cantonne exclusivement au terrain revendicatif. La lutte politique, même celle pour les libertés démocratiques dans le pays, n'est pas posée. De là, le fossé qui existe entre la "sale guerre" et la réponse qu'y apporte le mouvement de masse.
La "sale guerre"
Quelles sont aujourd'hui les méthodes utilisées par la bourgeoisie et les forces armées dans cette sale guerre ? Premièrement, nous avons ce que l'on pourrait qualifier de traditionnel, les bandes armées paramilitaires. Le gouvernement reconnaissait voilà six mois qu'il y avait en Colombie plus de 140 groupes de ce type. La plupart du temps, ce sont des associations régionales entre les patrons du privé, les grands propriétaires terriens, les mafiosi bien entendu, et les structures régionales des forces armées. Les opérations de renseignement sont faites par les services de l'armée et les basses œuvres sont effectuées par les hommes de main de la mafia. Des camps d'entraînement organisés par la mafia existent dans le pays. Si le gouvernement a reconnu officiellement l'existence de 140 groupes, on peut facilement imaginer qu'il faut multiplier
) Regroupement des "gros bonnets" de la drogue dont la famille Escobar, les Ochoa, l'une des plus importantes fortunes du monde.
2) La Confédération des travailleurs de Colombie (CTC), liée au Parti libéral ; l'Union des travailleurs de Colombie (UIC) d'inspiration confessionnelle liée au Parti conservateur ; la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération syndicale des travailleurs de Colombie (CSTC) dirigée par le PC.
INDICE DEL COSTO DE LA VILA. ce chiffre par 5 ou 6 pour en connaître le nombre véritable.
Semer la terreur
Ces bandes ne reculent devant aucun moyen pour terroriser les gens. Existent des "listes noires" qui sont rendues publiques partout dans le pays, et qui portent les noms de ceux - dirigeants syndicaux, politiques, militants des droits de l'Homme - susceptibles d'être assassinés dans les plus brefs délais. Elles utilisent également le chantage téléphonique, avec menaces de mort si l'intéressé ne se retire pas de ses activités, ou bien envoient aux militants un faire-part de décès portant son nom et le conviant à son propre enterrement. C'est en général la première étape, celle de l'intimidation, mais ils
La seconde est celle de l'assassinat pur et simple par un homme de main, ou "disparition". Le militant est enlevé et son corps est découvert quelques jours plus tard, sans vie et portant les marques visibles de tortures. Depuis quelques temps, notamment dans la province d'Antochia, nous assistons à des pratiques d'assassinat de masse. Ce fut le cas à Medellin en novembre 1987, quand groupe de paramilitaires firent irruption dans le local de la jeunesse communiste et exécutèrent tous les militants qui s'y trouvaient, une vingtaine environ. Récemment, à Urabà, également dans la province d'Antiocha, à la frontière avec le Panama, des hommes de mains assassinèrent une quarantaine de dirigeants syndicaux de la zone où existent de grandes plantations de bananes. Ils entrèrent dans une propriété et en tuèrent une vingtaine, puis passèrent à une autre propriété et en tuèrent vingt autres. Ici, le lien avec la mafia est clair car il s'agit de terres qu'elle veut récupérer. A l'instar de ce qui a pu se passer en Argentine pendant la dictature, nous assistons à un mécanisme de répression sélective de l'avant-garde : les groupes paramilitaires assassinent les meilleurs cadres syndicaux et politiques, ceux qui ont une large audience de abilio masse, afin que si une montée généralisée du mouvement de masse se produit, celui-ci se trouve sans direction. Nous le voyons très clairement car ce ne sont pas les seuls cadres "publics" de la gauche qui sont assassinés, mais aussi des cadres internes des organisations. Et l'on peut reconnaître là, le rôle des services de renseignements militaires.
Tout en multipliant les déclarations sur l'ouverture d'enquêtes pour retrouver les assassins - qui sont d'ailleurs connus de tous - le gouvernement investit dans la modernisation et le renforcement numérique de l'armée et de la police, comme nous l'avons déjà dit. Les forces armées comprennent aujourd'hui environ 120 000 hommes que le gouvernement se propose d'augmenter dans les deux ans qui viennent de 40 ou 50 hommes. De plus, en Colombie, la police ne dépend pas du ministère de l'Intérieur, mais également de l'armée. L'appareil policier va se gonfler de 30 000 hommes supplémentaires dans les mêmes délais. La bourgeoisie agit d'ores et déjà, comme si nous étions dans une situation de guerre civile, comme si nous avions déjà un affrontement généra-lisé, et met tout le poids de l'Etat dans la préparation de cette guerre.
Luttes paysannes et guérilla
La réponse du mouvement de masse est importante au niveau social. Le nombre de "grèves civiques", notamment dans les villes moyennes, est impressionnant, comme les luttes agraires qui, en Colombie, sont presque inéluctablement, des luttes de guérilla. En effet, les conditions sont telles que mener une lutte légale dans les campagnes, implique automatiquement d'accepter l'assassinat des cadres du mouvement paysan, et c'est pourquoi ce mouvement accompagne inévitablement la lutte de guérilla et constitue la base des mouvements de guérilla. Mais les directions des mouvements de guérilla ont compris que par l'urbanisation du pays, il
"transvaser" une partie des acquis rurales, dans les zones urbaines, ce qu'elles font surtout dans les villes moyennes. A côté de cette situation très radicale dans les campagnes, nous avons, comme nous l'avons déjà souligné, les limites du mouvement syndical qui se cantonne sur le terrain strictement revendicatif. Dans les grandes villes, les institutions de l'Etat gardent un poids important. Preuve en est, les dernières élections de maires, où nous avons assisté à un renforcement du bipartisme traditionnel, malgré une abstention de l'ordre de 44%, et qui signifie qu'il n'existe pas d'alternative, au moins sur le plan électoral, aux partis conservateur et libéral.
La gauche colombienne
Voyons maintenant ce qui se passe dans la gauche. Tout d'abord il faut signaler qu'à cause des caractéristiques du pays, de sa formation sociale même, une grande partie de cette gauche est liée à la guérilla. Cette dernière n'est donc pas seulement la simple expression des mouvements paysans, mais c'est aussi le produit de l'étroitesse des possibilités d'action légale de la gauche. Récemment, en septembre 1987, les différentes organisations de guérilla, ont décidé de créer une structure de coordination commune, la Coordination de guérilla "Simon Bolivar" (Voir page 13).
- Le Parti communiste : c'est l'organisation de gauche la plus forte, liée à la plus ancienne des guérillas colombiennes, les Forces armées révolutionnaires combattantes (FARC-EP), qui participèrent à l'opération de trêve montée sous le gouvernement du conservateur Betancur (1982-1986) en 1983. La politique du PC était alors de chercher à s'intégrer de nouveau au maximum dans les institutions politiques de l'Etat. Nous trouvons de nombreuses déclarations de l'époque du PC comme de la direction des FARC, allant dans ce sens, soutenant qu'il était possible de gagner un espace de masse en "réinvestissant" le capital de la guérilla au plan légal et allant jusqu'à envisager pour ce faire, le désarmement de cette guérilla. Ils pensaient que le régime pourrait donner des garanties, une réforme agraire minimum, etc. Les FARC sont largement une guérilla rurale, avec un programme agraire, des méthodes d'autodéfense paysanne. Le Parti agit au niveau urbain, et les FARC dans les zones rurales. Les FARC sont aujourd'hui présentes sur une cinquantaine de "fronts" avec quelque 4 500 guérilleros, selon les propres estimations
Produit de cette négociation avec Betancur, le PC revendique publiquement son lien avec les FARC et crée en 1985 l'Union patriotique (UP) regroupant cadres du PC et cadres des FARC, devenus "légaux". Cette organisation mène une politique de conciliation et de collaboration de classe que nous pourrions appeler classique, consistant notamment à présenter sous un jour systématiquement favorable, toutes les manœuvres du gouvernement. Lors des dernières élections de mars, dans 80% des cas, l'UP fit des accords avec les libéraux les plus corrompus. Ils ne cherchèrent
même pas à s'allier avec les libéraux les plus "présentables". , mais appuyèrent ce type de candidats bien que ce régime soit implacable avec l'UP qui a eu près de 600 de ses dirigeants et militants assassinés en deux ans, dont son secrétaire général, Jaime Pardo Leal, exécuté en octobre dernier. Lors des élections municipales, ils n'ont obtenu que 14 postes, et l'un de ces maires a déjà été assassiné.
Cette situation de répression massive à leur encontre, face à leur discours politique réformiste, amène un débat au sein de l'UP. Mais nous savons que cela ne se fera pas de façon mécanique, toute crise importante dans le Parti communiste de Colombie passe inévitablement par la construction d'un pôle révolutionnaire alternatif, qui montrera aux militants une politique révolutionnaire différente sur tous les terrains de la lutte : syndicale, paysanne, urbaine, etc.
Puissance des organisations armées
- Le M-19, autre courant de la gauche armée. Une partie de la direction de cette organisation de guérilla est issue d'une scission des FARC, l'autre vient de l'ANAPO. Dans les années 60, ils lancèrent le débat suivant. Constatant l'existence d'une guérilla stable, mais sans répercussions à l'intérieur du pays, parce qu'essentiellement rurale alors même que l'urbanisation du pays allait s'accélérant, Bateman (issu des FARC) qui allait devenir le principal dirigeant du M-19, pose le problème d'une guérilla qui se projette dans les villes. Au début des années 70, parce qu'en Colombie la guérilla est un pôle d'attraction impressionnant sur la gauche classiste, sur les syndicalistes radicaux, sur le mouvement paysan radical, quand se forme le M-19, il va capter une large frange de ce mouvement syndical radical et cette organisation va donc être d'emblée différente des guérillas traditionnelles que connaît la Colombie. Sous le gouvernement libéral de Turbay (1978-1982), d'opérations d'envergure amenant une réponse brutale de la part du régime, qui se traduit par l'utilisation systématique de la torture, l'assassinat de ses dirigeants. Toute la direction - à l'excep tion de Bateman - est emprisonnée. Mais, parce que le M-19 avait déjà gagné une audience de masse, cette répression provoque la formation d'organisations pour la défense des droits de l'Homme qui, menant campagne au niveau international, permet au M-19 d'accroître son prestige.
Si bien qu'à la fin du gouvernement de Turbay, en 1982, non seulement l'activité des militaires avait discrédité ce gouvernement, mais aussi renforcé le rôle du M-19 dans la gauche et le mouvement social dans son ensemble. Aussi, quand Betancur met en place sa commission de paix, c'est fondamentalement au départ, en fonction du M-19.
Cette organisation avait déclaré que s'il y avait un processus d'amnistie générale, elle était prête à rentrer dans le cadre légal. Et c'est ce qui se produit quand Betancur avance son opération. Or, les cadres militaires étant en même temps les cadres politiques et réciproquement, la direction était à la fois direction politique et militaire. Ceux qui menaient publiquement la négociation avec le gouvernement étaient en même temps, les cadres militaires du Mouvement. A la fin de la période de Betancur, au début de la période Barco, cette direction va être décimée par la répression. Autrement dit, l'opération du régime consistant à les faire apparaître au grand jour pendant la période de "paix" pour mieux les assassiner ensuite, aura été un succès. C'est aussi un bilan et une leçon pour l'ensemble de la gauche en Colombie. Si l'on compare ce qui s'est passé avec les FARC, par exemple, le contraste est frappant : cette organisation, qui sépare nettement l'apparition publique de l'activité militaire, n'a pas subi les conséquences des coups reçus par l'UP. Sa direction est aujourd'hui intacte. Bien évidemment, toute la tactique de "paix" de Betancur, n'était qu'une manœuvre, comme la suite des événements allait le prouver. Il n'y eut pas la moindre mesure de réforme agraire, ou d'élargissement des libertés démocratiques, seulement une accentuation de la répression.
Le Parti communiste marxiste-léniniste : d'origine maoïste, il a rompu tous liens avec la Chine, l'Albanie, etc., et est aujourd'hui un parti qui s'adapte de plus en plus à la politique du Parti communiste, ce qui a provoqué une crise interne qui les paralyse en grande partie à l'heure actuelle, mais qui maintient toujours une base de masse. Le PCML est lié à une organisation de guérilla, l'Armée populaire de libération (EPL).
- L'Union camilliste-Armée de libération nationale (UC-ELN : dernier grand courant de la gauche armée. D'origine "guévariste", elle comptait dans ses rangs Camillo Torres, le prêtre passé à la guérilla et qui mourra au combat en 1967. Après avoir connu une crise importante due à sa stratégie foquiste, cette organisation va tirer un bilan du foco et s'orienter vers une conception de zones stables jouissant d'une base paysanne, plus ou moins de "guerre populaire prolongée", qui va leur permettre de retrouver des forces. L'ELN ne participera pas aux "négociations de paix" de l'époque de Betancur, car elle était politiquement en désaccord avec la démarche engagée, par exemple, par les FARC et le M-19, et se méfiait des intengouvernement. La suite des événements confirmera ce jugement. Cette attitude va la renforcer numériquement et jourd'hui, le ministère de la Défense avance le chiffre de 1 500 guérilleros et d'une dizaine de fronts de guerre dans le pays. C'est indiscutablement la seconde guérilla du pays après les FARC et qui, comme cette dernière, ne se contente pas d'opérations sporadiques, mais contrôle certaines zones dans lesquelles les populations assument le rôle de protagoniste
C'est dans un cadre général de recomposition du mouvement de masse et de la révolutionnaire, qu'est l'organisation A Luchar qui regroupe aujourd'hui ce qu'il y a de plus radical dans l'ensemble du mouvement social, et notamment du mouvement syndical.
La seconde force du pays
A Luchar est aujourd'hui la seconde force de gauche du pays, après l'UP. Elle est hégémonique dans la confédération paysanne qui se met en place et qui tiendra sans doute son congrès dans six mois, elle contrôle la majeure partie de l'organisation indienne, et également un tiers de la direction de la CUT. C'est le seul secteur radical à l'intérieur de la CUT et le seul qui s'affronte réellement à la politique de la bureaucratie syndicale et à celle de conciliation de classe de l'UP. Si, au début, A Luchar n'était qu'un mouvement large de masse, à cause des besoins du mouvement social, de la centralisation de ce mouvement, elle se pose le problème de se centraliser politiquement, de se doter d'un programme, d'une plate-forme et d'une action politiques plus définies. A Luchar vient de connaître toute une période de discussion dans le cadre de la préparation de sa seconde convention nationale qui se tiendra en mai 1988. Son objectif aujourd'hui, c'est de devenir un parti révolutionnaire au sens plein du terme. Pour ce qui est du Parti socialiste révolutionnaire (PSR), la section colombienne de la IVe Internationale, nous avons décidé de rentrer dans A Luchar (voir accord politique page 12). Nous participerons à la prochaine convention de cette organisation et, à compter de cette date, nous agirons comme une seule organisation. Nous sommes arrivés à cette conclusion après un processus de bilan autocritique de l'activité et de la ligne politique qui furent celles du PSR, dans la période passée. Nous avions sous-estimé certains aspects fondamentaux de la réalité du pays, la
tradition de la guérilla, le poids de la question paysanne, la question de la souveraineté nationale. En ce sens, nous tirons un bilan négatif de la période passée. Il nous est apparu que nous ne pourrions, depuis le seul PSR, construire une alternative révolutionnaire. On ne construit pas une direction révolutionnaire sur la seule base de la justesse de son programme général.
Une direction révolutionnaire à construire
A Luchar est une organisation à construire. Elle n'a pas encore, à l'heure actuelle une infrastructure stable, avec des directions régionales, une assiette de cadres stable, etc. C'est le principal problème auquel nous sommes confrontés. A Luchar est une organisation révolutionnaire qui dispose d'une audience de masse extrêmement large, et qui doit se doter d'une colonne vertébrale militante, afin de répondre aux exigences de la situation. C'est aussi une des leçons que l'on peut tirer de l'expérience des directions révolutionnaires centro-américaines et c'est d'ailleurs aussi le type des problèmes qui se posent dans une certaine mesure, à nos camarades du PRT mexicain, produits de la formation sociale de ces pays.
Ce que nous discutons avec les camarades de A Luchar au plan plus strictement politique, c'est également la tactique que nous devons adopter dans les zones urbaines, y compris au plan institutionnel et parlementaire. Nous pensons que nous devons aussi disputer le mouvement de masse aux partis traditionnels - libéral et conservateur - sur ce terrain, car tant que le mouvement de masse n'aura pas dépassé le cadre imposé par le bipartisme politique, nous ne pourrons passer à une étape supérieure de confrontation centrale avec ce pouvoir. Bien évidemment, on ne peut se contenter de dire qu'il faut faire ce type de politique que nous qualifierons d'institutionnelle, car le cadre même de la sale guerre impose une combinaison des tâches.
Notre entrée dans A Luchar se fait comme courant politique, et nous mènerons des batailles politiques et idéologiques dans l'organisation qui verra le jour au mois de mai prochain, sur la base bien entendu, d'une acceptation de notre part, de la discipline publique de l'organisation. Nous aurons tous les moyens de mener ces débats et ces discussions poli- l tiques et idéologiques : structures intérieures, bulletins de discussions etc., afin de convaincre les autres militants de A Luchar de ce que nous croyons être juste. Nous pensons que ce qui reste des trotskystes aujourd'hui en Colombie et que re présente le PSR, peut jouer un rôle important dans la construction d'une direction révolutionnaire en Colombie. C'est un chemin difficile, les enjeux sont énormes dans une situation plus qu'instable, où les rythmes peuvent s'accélérer brusquement. L'entrée dans A Luchar n'est pas pour nous une "opération" politique, voire un
"coup". C'est une étape importante dans le processus de recomposition de l'avant-garde révolutionnaire en Colombie, dont le but est de construire une direction révolutionnaire dans ce pays.
25 mars 1988