Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

QUATRIEME INTERNATIONALE

Déclarations du Secrétariat unifié : Afghanistan

· Inprecor n° 263, 11 avril 1988 · p. 23-25 · 1 242 mots

Afghanistan IVe Internationale URSS et Russie États-Unis

E 8 FEVRIER, Mikhail Gorbatchev a annoncé que les troupes soviétiques se retireraient d'Afghanistan dans un délai de dix mois, à Le fait que le retrait de ces troupes soit décidé alors que "les causes qui ont amené leur présence en ce pays" - pour reprendre les termes employés par Leonid Brejnev au lendemain de l'intervention soviétique - n'ont pas disparu, mais sont au contraire plus agissantes que jamais, est en soi un formidable constat d'échec. Plus de huit ans après le début de l'intervention, son bilan est terriblement négatif :

- L'URSS s'est embourbée dans une guerre d'invasion, provoquant une hécatombe et d'énormes destructions ;

- son intervention s'est heurtée à la profonde hostilité de la grande majorité de la population afghane ;

- les forces réactionnaires afghanes ont pu ainsi accroître immensément leur influence, au nom de la lutte contre l'en-

- l'impopularité et la précarité du régime "progressiste" du PPDA à Kaboul sont plus grandes qu'elles ne l'étaient à la veille de l'intervention soviétique ;

l'intervention en Afghanistan l'impérialisme américain et de ses partenaires régionaux, dont le Pakistan et l'Arabie Saoudite au premier chef, par le biais de leur soutien aux "moudjahidin", est plus importante que jamais ;

- l'impérialisme américain et ses alliés européens ont grandement profité, sur le plan politique, de la vaste réprobation par l'opinion publique mondiale, y compris le mouvement ouvrier, de la guerre soviétique en Afghanistan ;

- en URSS même, la "sale guerre" a provoqué une "grangrène morale"' dans les rangs de l'armée et un profond mécontentement au sein de la population, notamment dans les républiques "musulmanes", où la propagande islamique anticommuniste a connu une vigueur inégalée depuis plusieurs décennies.

La Quatrième internationale avait jugé correctement que l'intervention massive des troupes soviétiques en Afghanistan, telle qu'elle s'était déroulée, était non seulement contraire au droit du peuple afgan à disposer de lui-même, mais aussi contraire aux intérêts réels de la lutte des

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exploités et des opprimés dans l'ensemble de la région et à ceux de l'Etat ouvrier soviétique. La prolongation de cette intervention ne pouvait qu'aggraver le tort qu'elle portait aux causes précitées. C'est pourquoi la Quatrième internationale s'était prononcée pour le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan (1).

Il faut que la décision annoncée par Mikhail Gorbatchev soit suivie d'exécution ; les dégâts qu'elle entend limiter ont atteint, depuis longtemps, d'énormes

Dans sa déclaration du 8 février, Gorbatchev a refusé de lier le retrait des troupes soviétiques à un accord avec Washington et Islamabad sur la formation d'un nouveau gouvernement aghan, tel que le réclame la dictature pakistanaise.

"C'est un problème afghan purement intérieur. Seuls les Afghans sont à même de le régler, même s'ils appartiennent à différents camps, voire à des camps adverses. Lorsqu'on nous suggère que l'Union soviétique doit prendre part à des négociations appropriées, et qui plus est avec les Etats tiers, nous répondons de façon claire et nette : épargnez nous cela, ce n'est pas notre problème, ni le votre". C'est ce qu'a déclaré Mikhail Gorbatchev.

Cette attitude est en contradiction totale avec la grossière ingérence qu'à représenté l'intervention des troupes soviétiques à Kaboul, en décembre 1979, de même qu'elle est en contradiction avec les très nombreuses occasions où la bureaucratie soviétique, tout au long de son histoire, a négocié avec l'impérialisme le sort de gouvernements dans des pays tiers, et imposé à ses alliés dans ces pays de se conformer au résultat de ces négocia-

Les mois et les années qui viennent de vérifier si le principe énoncé par Gorbatchev est plus qu'un argument purement circonstanciel, d'autant plus que Moscou prône aujourd'hui un cours mondial de "réconciliation" relevant les pires illusions de la "coexistence pacifique". Ce cours conciliationniste a déjà montré son inanité en Afghanistan, où la "réconciliation nationale" de Najibullah, s'est vu opposer une fin de non-recevoir de la part de l'Alliance islamique réactionnaire. Ceci n'a pourtant pas empêché Gorbatchev, dans sa déclaration du 8 février, de souhaiter cette même "réconciliation" pour le Proche-Orient, l'Afrique du Sud, le Kamputchéa et l'Amérique centrale ! Nous nous opposerons à toute pression du Kremlin pour imposer aux peuples de ces pays et régions de prétendues "réconciliations" avec leurs pires ennemis. Le devoir de l'URSS est de fournir une aide inconditionnelle aux peuples en lutte contre l'impérialisme et la réaction. Seules les directions de ces luttes ont le droit de négocier des compromis avec l'impérialisme et ses partenaires. En ce sens, Moscou ayant dans un premier temps, posé comme condition pour le retrait de ses troupes d'Afghanistan la cessation de l'aide que fournissent les Etats-Unis et le Pakistan aux moudjahidin, s'est vu rapidement confrontée à une nouvelle condition de la part

Washington : la cessation de l'aide soviétique au gouvernement de Kaboul, après le retrait des troupes en URSS. Ce type de marchandage entre Moscou et Washington, sur le dos de leurs alliés respectifs, ne peut que nuire en dernière instance aux luttes révolutionnaires les plus avancées : pour obtenir gain de cause en Afghanistan, Moscou pourrait être amené à faire des concessions aux dépens du Nicaragua, moins important pour sa propre sécurité. C'est pourquoi, rejetant le principe même de ce marchandage, nous nous prononçons pour un retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan qui ne soit pas négocié entre Moscou et Washington. L'URSS doit retirer sans plus tarder son contingent d'Afghanistan, et continuer à fournir son aide aux forces progressistes afghanes en lutte contre la réaction féodale-tribale et islamique, soutenue par l'impérialisme et les Etats musulmans réactionnaires. Elle doit se conformer à l'annonce faite à Moscou, le 17 mars, selon laquelle le retrait des troupes aura lieu, même si aucun accord n'est conclu avec le Pakistan et les Etats-Unis. Moscou continue à souhaiter un tel accord et à œuvrer pour l'obtenir.

D'ores et déjà, la décision soviétique, avant même qu'elle ne se traduise dans les faits, a suscité un profond désarroi dans le camp ennemi. C'est le cas à l'échelle mondiale : les courants les plus réactionnaires dans les pays impérialistes sont navrés par la perspective de perdre un de leurs principaux arguments antisoviétiques de ces dernières années. Certains vont même jusqu'à dénoncer la décision de retrait soviétique, la qualifiant de "machiavélique" ! Washington, loin de faciliter la tâche à Moscou pour le retrait de ses troupes, pousse les enchères.

C'est le cas aussi et surtout sur le terrain : après avoir caché leurs divergences et rivalités derrière une unité de façade contre l'envahisseur soviétique, les diffécomposantes de l'Alliance Islamique basée à Peshawar, en territoire pakistanais, sont en conflit de plus en plus ouvert. C'est la plus forte d'entre elles, mais aussi la plus fanatique et la plus réac-

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tionnaire - le Hezb-i Islami de Hekmatyar - qui a pris la tête de l'Alliance, récemment. Au fur et à mesure que les troupes soviétiques se retireront, les organisations de l'Alliance Islamique perdront leur prestige mythique de "combattants de la liberté" - comme les décrit Reagan - pour apparaître sous leur vrai jour : des organisations réactionnaires profondément corrompues et représentant autant d'ambitions de pouvoir rivales et inconciliables. Si toutefois le gouvernement de Kaboul s'avérait incapable de survivre au retrait soviétique, sa chute constituerait en tout état de cause un moindre mal que la perpétuation de l'enlisement soviétique en Afghanistan. A long terme, le retrait profitera, en tout cas, à la constitution d'un mouvement révolutionnaire de masse en Afghanistan et dans les pays avoisinants. •

1) (Résolution adoptée par le CEI en mai 1981, Cf. Inprecor numéro 69 du 6 juillet 1981, ndlr.).

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