Inprecor 1974–2004

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EL SALVADOR

Le "vote silencieux" du peuple

Inprecor n° 263, 11 avril 1988 · p. 25 · 533 mots

El Salvador

EL SALVADOR Le "vote silencieux" du peuple.

Une semaine après les élections municipales au Salvador, l'organisation d'extrême-droite, Alliance républicaine na-

(ARENA), fête dans tout le pays, ce qu'elle qualifie de victoire écrasante sur l'autre parti de droite, la Démocratie-chrétienne du président Napoléon Duarte. Mais on ne peut ignorer qu'aux 40% d'abstentions, s'ajoutent 33% de bulletins nuls... Ce qu'on appelle le "vote

C'est cette expression qu'a employée Hector Oqueli, vice-président du Mouvement national révolutionnaire de Guillermo Ungo, également dirigeant du Front démocratique révolutionnaire (FDR), allié au Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), pour traduire la présence muette d'un tiers de la population qui, selon les premiers calculs, a voté nul par dizaines de milliers.

"C'est une manière de voter contre l'ordre établi, contre la farce électorale, puisque toutes les forces ne pouvaient participer à ces élections", faisait observer Oqueli. "Disparus, escadrons de la mort, tortures, faim, misère, voilà le cadre de ces élections, voilà ce que la droite peut offrir au peuple salvadorien"

Les étudiants organisés dans l'Association générale des étudiants salvadoriens (AGEUS) pensent même que le "gouvernement s'emploiera dans les heures qui suivent à manipuler les résultats, non tant pour sauver la face d'une Démocratie-chrétienne définitivement enfoncée dans les miasmes de la mort, de la destruction et de la corruption, que pour éviter que le monde ne se rende compte que des milliers d'électeurs, que l'on a obligé à voter, ont annulé leur vote comme une forme de protestation contre la situation qui règne dans le pays."

AGEUS se réfère "aux employés de l'Etat, aux enseignants, à tous ceux dont le salaire provient des caisses du gouvernement et qui avaient été menacés de perdre leur emploi s'il se vérifiait qu'ils pas rempli leur devoir

Oqueli et l'organisation d'étudiants s'accordent pour dire que "l'opinion internationale a accordé peu d'importance aux élections organisées par Napoléon Duarte et, contrairement à ce qui s'était passé dans d'autres occasions, les observateurs étrangers, pour peu nombreux qu'ils étaient, représentaient dans leur majorité, l'Internationale démocrate-chrétienne".

Le tribunal électoral a, de son côté, évité de se prononcer sur le nombre approximatif de votants qui ont participé le dimanche 20 mars aux élections municipales et législatives, mais, de façon non-officielle, on sait que les milieux gouvernementaux sont plutôt contrariés, estime qu'au moins 40% des électeurs se sont refusés à déposer leur bulletin dans l'urne pour choisir entre le major Roberto d'Aubuisson, triste figure des escadrons de la mort, accusé d'avoir trempé dans l'assassinat de Monseigneur Romero, et dirigeant de l'ARENA, et la Démocratie-chrétienne de Duarte. Des sondages effectués par des quotidiens de droite, comme El Mundo ou El Diario de Hoy, avaient annoncé un fort taux d'abstention, disant que "la majorité des personnes interrogées ne considère pas que les partis en lice représentent leurs intérêts."

Un porte-parole du gouvernement a accusé les guerilleros du FMLN d'être res-

"relatif abstentionnisme" ce qui diffère notablement de déclarations antérieures où le Président Duarte en personne avait qualifié de "fanfarones", les menaces de la guérilla de faire échouer les

Ce qui est certain, c'est que 90% du transport interurbain a été paralysé par la grève appelée par le FMLN.

Défaite certaine pour Duarte, ces élections risquent d'être aussi une victoire à la Pyrrhus pour d'Aubuisson.

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