BRESIL Une démocratie sous surveillance
Il n'est pas sûr que le Brésil reste longtemps une démocratie. Tel est le verdict qu'un universitaire américain, Alfred Stepan, professeur à l'Université de Columbia, spécialisé dans l'étude des forces armées en Amérique latine, émet dans un livre qui vient d'être édité aux Etats-Unis, "Repenser la politique des militaires : Le Brésil et le Cône Sud".
Ses conclusions coïncident avec celles d'une autre étude sur la question, écrite cette fois par un universitaire brésilien, José Murillo de Carvalho, qui pense quant à lui, que l'assemblée brésilienne, par peur, sera incapable de limiter l'autonomie dont jouissent les militaires dans ce pays, et leur "rôle grandissant" dans le gouvernement.
Les deux universitaires avancent les arguments suivants:
- Aucune autre démocratie au monde n'a six généraux en activité dans son gouvernement. Au Brésil, en plus des ministres pour l'armée de terre, l'air, on trouve le commandant en chef de l'en-semble des forces armées, du cabinet militaire de la présidence, et le chef des services de renseignements, le Service national d'information (SNI).
- Les militaires participent aux affaires politiques "avec toujours l'argument que leur activité est nécessaire pour garantir la stabilité du régime". Même s'ils ne sont pas "formellement" au pouvoir, les militaires brésiliens "gardent toutes leurs prérogatives et donnent souvent le mot de la fin, sur les questions controversées" Stepan donne en exemple la question de la réforme agraire.
- Le gouvernement de Sarney, dans ses trois années d'exercice, "n'a jamais proposé, ou même suggéré, de nouvelles formes pour que les civils puissent accroître leur pouvoir aux dépens des militaires".
Cette analyse de Murillo confirmée par le rôle qui est dévolu aux forces armées dans la nouvelle constitution. Une commission désignée par le Président Sarney propose que les militaires doivent avoir les moyens de défendre l'ordre constitutionnel au moyen de pouvoirs constitutionnels. Il n'est pas civile", mais, dans la version finale, il est stipulé que les forces armées sont là pour "défendre le pays, garantir les pouvoirs constitutionnel et en vertu de l'un de ces derniers, la loi et l'ordre".
Murillo critique également ce qu'il considère comme une "faiblesse" de l'assemblée constituante vis-à-vis des militaires : alors que l'assemblée a supprimé les généreuses exonérations fiscales dont bénéficiaient jusqu'à présent les magistrats et les députés, le Trésor doit encore décider de celles des militaires qui, pour l'instant, ne payent absolument aucun impôt. "Il n'est guère difficile de deviner ce que nos vaillants officiers du Trésor vont décider", écrit un journaliste brési-
Les dernières démonstrations de grogne dans les casernes furent réglées par une augmentation des soldes de 110%.
On est loin de l'attitude prise par le gouvernement quand il s'agit de revendi-