Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOUVELLE-CALEDONIE

Communiqué du FLNKS

Inprecor n° 265, 9 mai 1988 · p. 27-28 · 678 mots

France

Quatre jours après le déclenchement des actions dont le principe avait été décidé en congrès, pour la première fois, le FLNKS donne une conférence de presse pour informer les opinions nationale et internationale. Depuis mars 1986, Bernard Pons, ministre des colonies du gouvernement français, a mis en place tous les ingrédients nécessaires au déclenchement d'une guerre coloniale : dispositif militaire partout chez les Kanaks, provocations incessantes des individus kanaks et de l'ensemble du peuple kanak. Cette mise en place a provoqué l'organisation d'une résistance légitime du peuple kanak.

Aujourd'hui pour des raisons électoralistes métropolitaines, Bernard Pons engage des opérations de guerre coloniale pour écraser cette résistance. Depuis ces derniers jours, le peuple kanak intensifie sa résistance contre l'ordre colonial français sur tout le territoire de Kanaky. Malgré cela Pons, persiste à nier l'ampleur du soulèvement du peuple kanak organisé par le FLNKS.

A Ouvéa, en libérant onze gendarmes détenus, les camarades faisaient un geste d'ouverture prouvant ainsi leur volonté de négocier sur les trois points exposés. Pons répond à cette volonté de dialogue par des opérations de guerre coloniale contre l'ensemble de la population d'Ouvéa comme ailleurs (saccage méthodique des tribus, prise en otage des hommes de certaines tribus, regroupement de populations comme en Algérie, etc...).

A Canala, en application des ordres donnés par Pons, les forces de l'ordre tirent à vue sur les Kanaks. Une jeune fille a été tuée. La décision prise d'évacuer la population européenne alors qu'elle n'a jamais été la cible des actions de camarades, nous laisse penser que les forces armées se préparent à une action d'envergure contre les kanaks.

A Saint-Louis, les CRS qui interviennent en dehors de leur zone urbaine défont les barrages d'autodéfense de la tribu ouvrant ainsi le passage aux milices armées du RPCR, pour qu'elles tirent sur les habitants. Nos militants ont heureusement riposté à ces agressions. Les mesures d'exception annoncées par le ministre Bernard Pons ne peuvent être dissociées des tentatives du candidat

Chirac d'engager tous les moyens pour aborder dans les meilleures conditions possibles, le deuxième tour des présidentielles. La majorité sort très affaiblie du premier tour et Chirac se retrouve aujourd'hui l'otage de Le Pen et du Front national. Placé au pied du mur, le gouvernement Chirac se trouve dans l'obligation de l'électorat du Front national, et la Nouvelle-Calédonie devient de ce fait un enjeu capital dans la campagne du deuxième tour

Le voyage express de Pons en Kanaky, la dramatisation de sa mission, la fermeté du langage adopté par le ministre et Tamplification de la répression sur le terrain, ne procèdent que de cette volonté de coupler la stratégie électorale de Chirac à l'évolution de la situation en Nouvelle-

La politique du tandem Chirac-Pons vient de subir un échec cuisant dans l'ensemble des DOM-TOM. Contrairement à toutes les prévisions, et malgré les formidables cadeaux électoraux distribués par les féodaux du RPR dans les colonies, les candidats de droite sont battus à plate couture par François Mitterrand. Ce résultat est la sanction populaire d'une politique néfaste qui a consisté à privilégier les intérêts des potentats locaux et à consolider les intérêts de l'impérialisme français dans les colonies.

A la lumière des résultats électoraux dans l'ensemble des DOM et TOM, les 70% récoltés par Chirac en Kanaky apparaissent comme une anomalie. Ce plébiscite colonial atteste des moyens mis en œuvre par le gouvernement de droite depuis mars 1986 pour se constituer une majorité artificielle, quitte à pousser à l'extrême les provocations contre le peuple kanak, et à entraîner les différentes communautés dans une logique d'affrontement. Si la situation en Kanaky se singularise dans le contexte d'une politique coloniale qui aboutit partout à l'échec, c'est parce que l'on bafoue et humilie le peuple kanak comme nulle part ailleurs. Si, en Martinique, en Guadeloupe, et à la Réunion, les populations opprimées ont exprimé leur ras-le-bol de Chirac et de Pons par le biais du suffrage universel, la situation de négation de ses droits histo-

Page 28

riques a conduit le peuple kanak à engager d'autres moyens pour se faire

• entendre.

Nouméa le 26 avril 1988.

Une erreur sur cette page ?